M& 28 AVRIL. — SAINT PAUL DE LA CROIX
lo Saint paul de la croix dévot a la passion, dès son enfance.
Dès l'âge le plus tendre, notre Saint apprit de sa pieuse mère à compatir aux souffrances de notre très aimant Rédempteur. Ignorant les méthodes d'oraison, il faisait, à la lumière de la grâce, de fréquentes réflexions sur les douleurs de l'Homme- Dieu, fixant longtemps son regard sur l'image du Crucifix, qu'il ne pouvait jamais considérer sans être profondément ému. Combien de fois il versa d'abondantes larmes, au souvenir des tourments endurés par son bon Maître! — Charmé de sa précoce dévotion, le Sauveur lui apparut à plusieurs reprises, tantôt le front couronné d'épines et le visage meurtri, tantôt le corps déchiré, ensanglanté, et sa chair mise en lambeaux. Ce navrant spectacle jetait notre jeune Saint dans une espèce d'agonie, dont il sortait plein du désir de souffrir et de s'immoler pour Jésus.
Il commença dès lors à mortifier son goût, à macérer son corps innocent, prenant son repos sur une' planche, se donnant la discipline et passant une partie des nuits à méditer Jésus crucifié. Le vendredi surtout, il exerçait contre lui-môme les plus étonnantes rigueurs. — Chose admirable, avant l'âge requis pour sa première communion, il réunissait déjà ses petits frères et ses petites sœurs, et leur prêchait avec tant d'onction la mort du Rédempteur, qu'il leur arrachait des larmes et des sanglots. — Ainsi Dieu le préparait à la divine mission de fonder un jour un Ordre religieux, dont le but serait de convertir les hommes par la prédication de Jésus crucifié.
La dévotion si tendre et si précoce de notre Saint au Rédempteur souffrant nous donne une importante leçon. Pour nous comme pour lui, notre grand Dieu a souffert; il a sacrihé sa gloire en embrassant les opprobres; il a voilé sa sagesse sous l'apparente folie de la croix. Il était la puissance même, et on l'a vu tomber dans la poussière sous l'instrument de son supplice; que dis-je? sa sainteté infinie n'a point eu horreur de se charger de nos crimes! 0 charité, qui devrait à jamais toucher nos cœurs ! Quoi ! nous sommes émus des supplices infligés à un scélérat qui ne mérite aucune compassion; et nous resterions insensibles aux douleurs cruelles de l'Innocence incarnée qui meurt pour nos âmes coupables !
0 Jésus crucifié! je me prosterne sur le Calvaire auprès do votre croix. Par les plaies de vos pieds sacrés, inspirez-moi les
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plus vifs sentiments de repentir ; — par le mérite de vos mains transpercées, donnez-moi la force de travailler efficacement à ma sanctification; — faites-moi puiser dans votre divin Cœur, au moyen de la prière, le courage de me vaincre, de supporter le prochain, de pardonner les injures, de triompher des tentations, afin de vous témoigner mon amour en plaçant ma gloire dans votre croix. Hlilà autem absit gloriari nisi in cruce Domini noslri Jcsu Clirisli.
2o Saint pal'L de la croix, sanctifié rn méditant la passion.
La Passion du Sauveur était pour notre Saint un principe de purification, — de progrès — et de perfection dans la vertu. C'est, disait-il, la voie la plus courte, la plus simple, la plus sûre pour arriver au dépouillement du vieil homme et au revêtement du nouveau. Car on y apprend la mort à soi-même et à tout ce qui n'est pas Dieu; et il n'est pas possible de s'y faire illusion sur la nécessité de se purifier de tout attachement aux biens créés et aux satisfactions de la nature.
Comme le progrès dans la vertu dépend spécialement de l'exercice de l'oraison, notre Saint commençait toujours ses méditations par un mystère de la passion du Sauveur; il s'efforçait même de ne jamais perdre de vue Jésus crucifié, son divin modèle. Dans l'océan de ses ineffables douleurs, il péchait, selon son expression, la perle des vertus, s'appropriant ou faisant siennes, disait-il, les souffrances de son bon Maître. Comme le papillon voltige autour de la flamme et finit par s'y jeter ; ainsi notre âme, ajoutait-il, après avoir voltigé longtemps par ses affections, ses sentiments d'humilité, de foi et d'amour, autour de Jésus en croix, lumière divine, finira par se perdre en lui.
Selon saint Jacques, c'est la patience qui achève l'ouvrage de notre perfection.1 De là notre Saint ne se contentait pas de méditer Jésus souffrant, il participait encore à ses douleurs. Pendant cinquante années, sauf de rares intervalles, il vécut dans des ténèbres, des aridités et des désolations affreuses. Et que faisait-il alors ? Il s'humiliait sous la main du Seigneur, s'abandonnait à sa conduite, en union avec le divin Maître. Ainsi pratiqua-t-il toutes les solides vertus, qui le firent placer sur les autels. D'où l'on peut
(l)Jac. 1, 4.