‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 225 sur 258 · AVRIL. — OUVERTURE DU MOIS DE MARIE · texte numérisé non relu

AVRIL. — OUVERTURE DU MOIS DE MARIE

désirs, les doux sentiments de la dévotion, une âme qui se contente de prier, sans rien faire de plus. Il faut encore s'efforcer de devenir un arbre solide comme ceux des prairies, c'est-à-dire une ame forte et généreuse qui, puisant en Marie par l'oraison la sève de la grâce, porte d'abondants fruits de vertus.

Une telle âme, toujours unie à la divine Mère, lui fait chaque jour l'offrande de ses actions, se dirige à sa lumière, n'entreprend rien sans son consentement et sa bénédiction, et ne va jamais à Jésus que par son entremise. Quel progrès ne fait-elle pas sous sa protection puissante ! Nourrie des pensées de la foi et d'une prière persévérante, elle croît sans cesse dans la connaissance et le mépris d'elle-même ; dans le désir de s'assujettir à Dieu et à ceux qui tiennent sa place ; dans le support paisible des défauts d'autrui et des peines de chaque jour; dans l'esprit de sacrifice et de dévouement à Dieu, qui la fait renoncer aux intérêts de la nature, en faveur de l'esprit de grâce, de confiance et d'amour. Jamais on ne la voit triste, ni sujette à l'humeur et au chagrin. Toujours calme et heureuse, elle s'applique à faire bien toutes choses, en harmonisant ses devoirs d'état avec ses exercices de piété.

Semblable au palmier planté le long des eaux, le véritable enfant de Marie, se retrempant sans cesse par l'esprit d'oraison, reçoit d'en haut la force de produire des fruits de donnes oeuvres, non seulement pour lui-môme, mais encore pour les autres. Son exemple et son zèle amènent à la Reine du ciel de nouveaux serviteurs. S'il parle, c'est pour édifier et mêler l'utile à l'agréable. S'il rend des visites, c'est pour consoler les malades, les pauvres, les affligés, ou accomplir des devoirs de convenance et de charité. Jamais il n'agit sans un but approuvé de Jésus et de Marie. 11 mérite ainsi leur tendresse et leurs plus précieuses faveurs. Incbriabo praiï mei fruchtm.

0 Vierge très clémente, Notre-Dame du Perpétuel-Secours! je me propose, pendant le mois qui vous est consacré, de vous honorer : 1° Par une vigilance habituelle sur moi-même pour penser à vous et m'entretenir avec votre Cœur maternel, comme un enfant avec sa mère. 2° Par un soin particulier de renoncer à mes imperfections, de pratiquer mieux la résignation sans réserve et l'union continuelle de mon âme au bon plaisir divin. Regardez-moi désormais avec cet amour miséricordieux, qui a converti tant de pécheurs et a produit tant d'élus.

fin du mois. — Le flambeau de la mort.

Préparation. — Pour nous disposer à mourir, selon la pratique des Saints, considérons : 1° Combien l'heure du trépas nous apporte de clartés. 2° Combien elle éveille en nous de souvenirs et de regrets. — Nous nous figurerons ensuite que le Seigneur nous dit aujourd'hui : « Mettez ordre à vos affaires; car vous allez mourir dans les vingt-quatre heures qui vont suivre. » Dispone donna tuœ, quia morieris tu, et non vives. {

lo Combien l'heure de la mort nous éclaire.

Quand le néant de la vie présente se manifeste-t-il le mieux à nous, si ce n'est au moment de quitter la terre ? A la lueur du flambeau de la mort, se dissipent les vains fantômes regardés par le monde comme des réalités. Le mondain, saisi d'effroi en cet instant suprême, se demande ce que sont devenues ces années où il brillait dans le siècle, plein d'espérance et d'avenir. Hélas ! tout s'est évanoui. Que deviendront bientôt ses dignités, sa fortune, sa vie môme? tout lui échappera malgré lui. Semblable au dernier des mendiants, ce grand de la terre n'a plus à attendre qu'un sépulcre, et, dans cette froide demeure, une poussière infecte, seul reste de sa dépouille mortelle. Et solum milii superest sepulchrum .2

Oh ! comme les vérités de la foi se montrent. alors à lui dans leur vrai jour ! Lorsqu'il était en pleine santé, il semblait en douter, et il oubliait sa fin dernière. Mais à l'approche du trépas, aux premières lueurs de l'éternelle clarté, il rentre en lui-même et se réveille comme d'un profond sommeil. Les mystères que jusque-là il avait seulement entrevus, se révèlent à son âme effrayée et lui font regretter d'y avoir si peu conformé sa conduite. Combien donc n'est-il pas dangereux d'attendre le moment de la mort pour réfléchir à l'importance du salut !

Le dernier flambeau éclaire le moribond sur les grâces dont Dieu l'a comblé. Né dans la religion catholique, il avait à sa dispo-

(i)Is, 3, 1. (2) Job. 17, 1.

sition la prière, les sacrements, les bons livres, les instructions, les exemples, les avis salutaires. Il aurait pu se sanctifier, à l'aide de ces moyens. Mais, hélas ! qu'a-t-il fait? Il a vécu dans la tiédeur et l'indifférence, plus occupé des affaires du temps que de celles de l'éternité. Oh ! combien ces pensées sont amères au mondain qui va paraître devant Dieu !

Ame appelée à la perfection soit dans le siècle, soit dans la vie religieuse ou dans le sacerdoce ! la mort aussi vous éclairera sur la frivolité des affections déréglées que vous entretenez au détriment de votre progrès ; sur vos résistances aux inspirations célestes, aux grâces si nombreuses de chaque jour : tant d'oraisons, de lectures, de prières, de messes, de communions, qui portent à peine en vous quelque fruit, et cela par votre faute et votre lâcheté !

0 mon Dieu ! pardonnez-moi tandis qu'il en est temps; je veux changer de vie et accomplir chacune de mes actions, comme si je devais mourir après l'avoir faite. Yidete, vigilate et onde; nescitis enim qaando tempus si t.*

2° Regrets que la. mort éveille en nous.

A la vue du temps perdu par sa faute, le malade peu fervent se dira plein de tristesse : « Insensé que j'ai été ! Dieu m'avait prévenu de tant de lumières, et je n'en ai pas profité. Que de fois il m'a ramené à la pénitence et appelé à la perfection ! Tant d'autres, avec les mêmes moyens, se seraient sanctifiés; tandis que moi, je ne sais quel sort m'attend durant l'éternité. « — Ah ! que ces remords sont amers, quand la conscience elle-même accuse, et qu'on va bientôt mourir!...

En considérant les fautes de son enfance, de son adolescence, de sa jeunesse, de toute sa vie, de quelle terreur sera saisi le moribond ! Il verra la laideur, la malice, le nombre incalculable de ses péchés. « Hélas! se dira-t-il, quel compte terrible je devrai rendre à Dieu ! Que de reproches il m'adressera sur ma paresse à remplir mes devoirs, sur ma dissipation habituelle, sur ma tiédeur et mes infidélités de chaque jour ! » —Et ces tristes réflexions feront frémir le pauvre mourant, au moment de comparaître devant son Juge.

(1) Marc, 13, 53.

Encore, si ces regrets pouvaient réparer le passé ! mais ils sont en grande partie stériles. La pesanteur du cerveau, l'oppression de la poitrine n'empêchent-elles pas d'ordinaire le malade d'utiliser le peu d'instants qui lui restent à vivre? « Ce n'était pas trop, se dira-t-il, de travailler plusieurs années à mériter une éternité de délices. Mais, hélas! il est trop tard. Ces années ont fui sans profit. Déjà la mort approche, elle m'envahit de toutes parts. Jamais Dieu ne me rendra une autre vie, pour réparer les écarts de celle-ci. » — Et dans ces sentiments expire le moribond qui a vécu dans la négligence.

0 mon Dieu ! que je suis loin des dispositions où je devrais être pour mourir ! Hélas ! je peux expirer à tout moment, et je remets à plus tard l'affaire de ma perfection, au risque de subir un jour un jugement très rigoureux; car on demandera beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. 0 Mère de la Persévérance et du Perpétuel- Secours! laites-moi vivre : 1° Sans péché et sans attachement terrestre, afin que je puisse mourir en paix, sans remords et sans regret. 2° Inspirez-moi l'esprit de prière et le soin de recourir à votre miséricorde maintenant et à ma dernière heure. Je suis résolu de veiller sans cesse sur moi-même, et de passer chaque jour comme si je devais expirer le soir ou la nuit suivante.

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