MÉDIT. EN RÉSERVE. III. — 17 JANVIER. SAINT SULPICE
Mais ses œuvres l'avaient déjà rendue digne de la récompense éternelle. Elle mourut âgée de cinquante-huit ans.1 — Lorsqu'on porta son corps au village de Ham, un arbre, qui était proche de là, fleurit au milieu de l'hiver, et plus tard s'arracha de lui-même du lieu où il était, et alla se transplanter, tout couvert de fleurs, devant la porte de l'église do Moorsel où l'on venait de déposer les restes mortels de la Sainte. Le Ciel ne semblait-il pas manifester ainsi les grands mérites de celle qui avait toujours eu tant de soin d'orner son àme des fleurs des vertus, afin de plaire à son Seigneur bien-aimé ?
Oh! qu'il fait bon servir un Dieu si généreux! îl nous compte au centuple les moindres actes intérieurs que nous lui offrons, les plus courtes prières que nous lui adressons, les plus légers services que nous souhaitons lui rendre, quand môme nous ne pouvons en venir à l'exécution. « Il exauce, dit l'Ecriture, les désirs des pauvres ; son oreille entend même la préparation de leur cœur.2 » Prœparationem cordis eorum audivit auris tua.
0 mon Dieu, Bonté infinie! daignez me recevoir au nombre de vos serviteurs, de vos amis, de vos enfants, et faites que je me conduise envers vous, comme un fils soumis envers le meilleur et le plus tendre des pères. 0 Marie ! inspirez-moi les sentiments de tendresse et de confiance que requièrent de moi la bonté du Seigneur et ses immenses bienfaits. Je suis résolu : 1° De purifier et de renouveler souvent mes intentions pour accroître le mérite de mes œuvres. 2° De faire toutes mes actions avec soin, en esprit d'obéissance, de recueillement et de prière.
m. - 17 janvier. - Saint Sulpice le pieux.
Préparation. — Cet éminent et zélé archevêque de Bourges se distingua : 1° Par son union avec Dieu. 2° Par son dévouement à l'égard du prochain. — Retenons, comme bouquet spirituel, cette parole du Saint : « Quand nous avons le nécessaire pour notre nourriture et notre vêtement, disait-il souvent, estimons que c'est bien assez, » et attachons-nous à Dieu seul en toutes choses. Habentes autem alimenta et quibus tegamur, his contenti sumus.5
(1) Entre 652 et 710. (2) Ps. 9, 41. (3) I Tmi. G, 8.
MÉDIT. EN RÉSERVE. III. — 17 JANVIER. SAINT SULPICE. 459 1» Saint sulpice uni a dieu.
Sulpice naquit de parents nobles, vers la fin du vie siècle. Jeune encore, il fut envoyé à la cour; mais il en comprit bientôt les dangers. Pour y échapper, il se mit à lire avec ardeur les Livres saints, fréquenta les églises et y passait même des nuits en prière. Dès qu'il le put, il quitta le service du roi, homme mortel, afin de s'unir plus étroitement à Celui qui donne à ses disciples la bienheureuse immortalité. Il avait pour pratiques et vertus favorites, la crainte de Dieu, le souvenir de sa fin dernière et le détachement parfait de toutes les créatures.
La crainte de Dieu lui faisait éviter les moindres fautes et le tenait sans cesse recueilli sous le regard de la divine majesté. La pensée de la mort et de ses conséquences entretenait sa ferveur, fortifiait sa constance dans le bien, et le rendait capable des plus grands sacrifices. Il joignait à cela une extrême pureté de coeur et une pauvreté telle qu'étant archevêque de Bourges et primat de toute l'Aquitaine, il usa toujours à sa table de vaisselle de bois et de terre, quoiqu'il fût magnifique pour la fondation des églises et des maisons religieuses. Que de grâces ne lui attirèrent pas de si précieuses dispositions !
Devenu prêtre, puis archidiacre, il aspire à de nouveaux progrès dans la vertu et s'efforce de remplir ses sublimes fonctions avec toute la perfection possible. La multiplicité des affaires ne lui ôte point la paix ni l'union avec Dieu. Il dirige à la gloire du Seigneur toutes les œuvres dont il est chargé et puise en lui sans relâche, par la foi et l'oraison, les lumières et les secours nécessaires à ses emplois. — Bien différent en cela de ces âmes agitées et empressées, qui comptent plus sur elles-mêmes que sur Dieu, et font dépendre de leur seule activité tout le succès de leurs entreprises les plus saintes.
0 mon souverain Seigneur ! ne permettez pas que l'esprit naturel l'emporte en moi sur l'esprit de foi, de grâce et d'oraison, et que mes œuvres, au lieu de mériter de vous une récompense, m'attirent vos châtiments. Accordez-moi : 1° L'attention à me tenir en votre divine présence. 2° La fidélité à invoquer fréquemment, même au milieu de mes occupations, les noms si puissants et si doux de Jésus et de Marie.
460 MÉDIT. EN RÉSERVE. III. — 17 JANVIER. SAINT SULPICE. 2o Saint sulpice dévoué au prochain.
Personne n'est plus capable de rendre service aux autres, que celui qui se consacre à Dieu sans réserve. Car il puise chaque jour, en la Bonté infinie, les motifs, l'ardeur et la fécondité nécessaires à la vraie charité. Aussi, à mesure que notre Saint s'unit plus étroitement au Seigneur, il se sent dévoré d'un zèle toujours plus vif, qui ne dit jamais : C'est assez. Etant encore dans le monde, il visite les pauvres, les malades, les affligés; il enseigne les ignorants, descend môme dans les prisons et les cachots pour y convertir les malheureux détenus. N
Plus tard, archevêque, il réforme les abus, veille à I'éducation de ses diocésains, surtout des clercs ; il donne de saints prêtres, de zélés pasteurs à ses ouailles. Qui pourrait compter le nombre des Juifs qu'il a su amener au bercail de l'Eglise, et celui des pécheurs que ses prédications ont convertis? Il veillait à tout, élevait à ses frais des monastères, des hôpitaux, et ne se donnait point de repos avant d'avoir soulagé toutes les misères, remédié à tous les maux et accompli toutes les œuvres que lui inspirait l'ardeur de sa charité.
Oh ! qu'une âme unie à Dieu peut faire de bien aux hommes ! Comme un réservoir toujours trop plein, elle donne de sa surabondance, et imite en cela la générosité divine, inépuisable dans ses bienfaits. — Peut-on dire de vous, comme de saint Sulpice, que votre piété, par la douceur de votre commerce, est pour tous ceux qui vous entourent une source de paix et do bonheur? Ou bien n'ètes-vous peut-être pas de ces dévots sombres, chagrins, maussades, impatients, intraitables, plus faits pour décréditer la dévotion que pour la mettre en honneur? Efforcez-vous de rendre vos œuvres conformes à votre croyance. Que vos paroles, vos procédés, vos manières, votre conduite soient en rapport avec l'opinion qu'on se fait de la vertu !
0 mon Dieu! la vraie vertu est humble, docile, patiente, prudente et mortifiée; donnez-moi ces dispositions, jointes à une charité généreuse et bienveillante envers tous. Je suis résolu : 1° De nourrir en moi la charité par les motifs si puissants de la foi. 2° De l'exercer en toute rencontre, surtout envers ceux qui me sont le moins sympathiques.
iv. — De l'amour envers Jésus-Christ.
Préparation. — « Vous aimerez, dit l'Ecriture, le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur.1 » Considérons : 1° Les motifs qui nous persuadent d'aimer Jésus. 2° Comment nous pouvons lui témoigner notre attachement. — L'un des fruits de cette méditation sera de nous porter à former des actes d'amour, après une faute, après un bienfait, ou chaque fois que nous voyons une église, ou que nous regardons le crucifix. Diliges Dominum, Detim tuum, ex toto corde luo.
lo Motifs d'aimkr jésus.
Jésus mérite infiniment d'être aimé, puisqu'il possède en luimême tout ce qui peut gagner les cœurs. Comme Dieu, il a la grandeur, la puissance, la sagesse, la sainteté et toutes les perfections incréées. Comme homme, il renferme éminemment tout ce qu'il y a de grand, de beau, de bon, de généreux dans tous les cœurs créés réunis. Que pouvons-nous souhaiter de plus? « Trouvez-moi, dit saint Augustin, au ciel ou sur la terre, un objet plus digne d'amour que notre Dieu-Sauveur. » Cherchez un prince plus bienfaisant, un ami plus fidèle, un père plus aimable et plus aimant. Nulle part vous ne le trouverez. Pourquoi donc attacher vos affections à autre chose qu'à Jésus ?
Lui-même, d'ailleurs, ne nous a-t-il pas fait un commandement exprès de son amour? « Vous aimerez, nous dit-il, le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces. C'est là le plus grand et le premier commandement.2 » Déjà promulgué sur le Sinaï, au milieu des éclairs et des tonnerres, il acquiert une nouvelle force dans la bouche du Fils unique du Père, qui nous le redit avec une bonté touchante, plus capable de nous émouvoir que les foudres du Sinaï.
Ce n'est pas seulement sa voix qui nous le redit ; mais son incarnation, sa naissance, sa vie tout entière et surtout sa mort douloureuse nous le proclament avec des accents qui devraient briser
(1) Marc. 1-2, 50. (2) Matth. 22, 57.
les cœurs les plus durs et embraser les âmes les plus glacées. Du fond des tabernacles où il demeure jour et nuit, des autels si nombreux où il s'immole pour nous, voilà dix-neuf siècles qu'il nous cric : « Vous aimerez le Seigneur, votre Dieu, de tout votre esprit, en pensant toujours à lui et à ses bienfaits; de tout votre coeur, en lui donnant sans réserve vos affections et vos désirs; de toute votre ame, en lui consacrant votre volonté dans l'action et dans la souffrance; de toutes vos forces, en ne lui refusant rien de ce qu'il demande de vous, fût-ce môme le sacrifice de votre vie. »
0 Jésus ! votre doux langage me touche, surtout quand vous venez en moi par la sainte Communion. Comment n'aimerais-je pas un Dieu qui pousse la bonté jusqu'à descendre en personne dans l'abîme de mon néant, pour panser mes blessures, fermer mes plaies, me guérir de mes maladies spirituelles et me refaire à son image et à sa ressemblance? Daignez, Seigneur, redresser et purifier en moi ce qui blesse vos divins regards. Mortifiez, vivifiez, sanctifiez tout en moi : voyez vous-même par mes yeux, parlez par ma langue, réfléchissez par mon esprit, aimez par mon cœur, afin qu'étant tout en vous, et vous tout en moi, je puisse vous aimer parfaitement, selon votre précepte et selon vos désirs. Ex toto corde, et ex tota anima, et ex Iota mente, et ex tota virtute.
2° Comment on aime jésus.
« Gardez-vous, dit l'Esprit-Saint, d'oublier Celui qui s'est fait votre Caution et a donné sa vie pour vous.'1 » La reconnaissance nous oblige à nous souvenir de lui par amour, puisque c'est son amour envers nous qui l'a conduit au Calvaire, qui l'a cloué à la croix et qui l'a fait mourir de pure douleur sur ce gibet d'ignominie. Le même amour lui fait renouveler tous les jours son immolation sur nos autels. Pourrions-nous jamais oublier une charité si prodigieuse ? Considérons donc souvent le Crucifix et le Tabernacle. Parcourons les stations du Chemin de la Croix; visitons Jésus dans nos églises ; ne cessons pas de nous rappeler ce qu'un Dieu a daigné souffrir et ce qu'il opère encore chaque jour pour nous arracher à l'enfer et nous ouvrir le ciel. Dédit enim pro te animam sinon.
(1) Eccli. 29, 20.
Ce n'est pas seulement en pensant à Jésus, que nous lui témoignerons notre amour, mais encore en orservant sa loi. « Si vous m'aimez, dit-il, gardez mes commandements; car celui-là m'aime en toute vérité, qui connaît mes préceptes et les met en pratique.1 » — « Au contraire, ajoute saint Jean, celui qui prétend connaître et aimer Dieu, sans accomplir sa loi, n'est point dans la venté.2 » — Ce sont donc les œuvres, bien plus que les parole?, qui prouvent l'amour d'un cœur envers Jésus. Quand on l'aime, on évite de l'offenser et l'on cherche à lui faire plaisir. Si quis diligit me, sermonem meum servabit.5
Bien plus, l'amour rend semblable à l'objet aimé. -Le Rédempteur est devenu notre Modèle dans tous les états. Il s'est fait enfant, adolescent, homme parfait. Il a été pauvre, humilié, souffrant. Il a travaillé, prié. Il a vécu dans l'exil et dans la patrie. On l'a exalté, aimé, recherché; mais aussi combien ne l'a-t-on pas contredit, poursuivi, persécuté ? Il est mort victime de la haine et de la calomnie. Dans ces diverses phases de son amour envers nous, il nous a donné l'exemple de toutes les vertus. — Voulezvous donc savoir si vous l'aimez, examinez s'il y a quelque ressemblance entre vous et lui.
0 Jésus ! que je suis loin de marcher sur vos traces, moi qui ne sais ni me soumettre, ni obéir, et qui supporte si impatiemment les peines de cette vie ! Par l'intercession de votre divine Mère, communiquez-moi la volonté ferme : 1° D'observer vos moindres préceptes, en évitant les fautes les plus légères. 2° D'aspirer à vous imiter dans la pratique de la douceur, du support des défauts d'autrui et do la patience dans les contrariétés. 3° Je veux exécuter ces résolutions à l'aide de la prière et du souvenir habituel de vos bienfaits, surtout de l'Eucharistie, où vous renouvelez sans relâche tous les prodiges de votre amour.
v. — La charité envers le prochain.
Préparation. — Puisque, selon saint Jean, Dieu demeure avec ceux qui exercent la charité, nous méditerons : 1° Les motifs qui nous portent à pratiquer cette vertu. 2° Les défauts qui la bles-
(1) Joan. 14, 1S-21. (2) Joan. 2, 4. (3) Joan. 14, 23.
sent et qu'il nous faut éviter. — Nous examinerons ensuite ce que nous devons corriger dans nos pensées, nos sentiments, nos paroles, notre conduite, par rapport au prochain, afin que le Seigneur demeure avec nous. Si dUigamus invicem, Deus in nobis vianet.1
lo Motifs de pratiquer la. charité.
« Si je parlais toutes les langues, dit l'Apôtre, et que je n'eusse pas la charité, je serais comme un airain sonore et une cymbale retentissante. Si j'avais le don de prophétie et que je connusse tous les mystères et toutes les sciences, si j'avais même une foi capable de transporter les montagnes, et que je n'eusse pas la charité, je ne suis rien. Et si je distribuais tous mes biens aux pauvres, et si je livrais mon corps aux flammes, et que je n'eusse pas la charité, cela ne me servirait de rien.2 » — La charité est donc une vertu aussi nécessaire qu'elle est excellente.
Combien d'autres motifs n'avons-nous pas de l'exercer! Le prochain n'est-il pas, aux yeux de la foi, I'ouvrage et I'image de Dieu? Or, dit la sainte Ecriture, le Seigneur aime toutes les œuvres de ses mains,3 et surtout celles qui manifestent le mieux ses divines perfections. Il chérit donc l'homme, le chef-d'œuvre de la création, l'image finie de son Etre infini, la ressemblance créée de ses attributs incréés. Et si Dieu l'aime, comment ne l'aimerions-nous pas? Comment pourrions-nous le dédaigner, le prendre en aversion, sans blesser au cœur Celui qui l'a produit et dont il est le portrait vivant?
Dieu l'a placé sur la terre comme le roi de la création, comme son représentant en ce monde. Il s'est ainsi rendu sensible à nous tous dans la personne du prochain. Est-il donc possible, dit saint Jean, d'aimer le Seigneur, monarque invisible de l'univers, quand on n'aime pas son lieutenant, son remplaçant visible dans la personne du moindre de nos frères?4 Cessons de penser et de dire que nous aimons notre Créateur, si nous ne savons aimer la créature qui tient sa place en ce monde, qui est spirituelle, immortelle comme lui, et destinée à partager un jour son bonheur et ses biens ineffables.
Voyez donc : 1° Si vous n'envisagez pas d'ordinaire, dans le prochain, son côté faible et défectueux, au lieu de considérer en lui
(1)1 Joan. 4, 12. (2) I Cor. 13, 1-3.
(5)Sap. 11,23. (4) I Joan. 4, 20.
ce qui le rend agréable à Dieu. 2° S'il ne suit pas de là que vous êtes dur, sans compassion, sans condescendance à l'égard de vos semblables.
0 mon Dieu ! inspirez-moi des pensées, des sentiments toujours favorables à mes frères, et ne permettez pas que je les envisage autrement que de l'œil de la foi, qui me les montre dans votre cœur, arrosés du sang de votre Fils et nourris de sa chair sacrée.
2^ Défauts qui blessent la charité.
Considérons, pour les détester et les fuir, certains défauts notables qui blessent la charité. Un des plus ordinaires est la médisance ou la détraction, qui consiste à révéler sans raison suffisante les fautes cachées du prochain. On s'en rend encore coupable, si l'on exagère le mal connu ; si l'on interprète malicieusement les bonnes actions d'autrui, ou qu'on lui suppose sans indice plausible des intentions mauvaises. Il en est de même quand on nie le bien opéré par le prochain, ou les justes éloges qu'on lui donne. —Evitons tous ces défauts dans l'intention de plaire à Dieu.
Poussons même la délicatesse jusqu'à fuir les moindres critiques. Parler, sans motif, des travers connus du prochain, n'est-ce pas manquer à la perfection de la charité? Ne résulte-t-il pas d'ordinaire, de ces conversations , une diminution d'estime à l'égard de ceux dont il s'agit? Si ce sont des parents, des supérieurs, la faute est plus répréhensible et le dommage plus grand : on s'expose soi-même et on expose les autres à manquer de respect aux représentants de Dieu et à ne plus leur obéir qu'avec répugnance.
Selon le conseil de saint François de Sales, habituons-nous à voir le prochain dans la poitrine du Sauveur et à ne le traiter qu'avec déférence, évitant de le froisser par des plaisanteries, de le blesser par des paroles piquantes, de lui causer de la peine ou de la confusion, de lui faire, en un mot, ce que nous n'aimons pas qu'on nous fasse à nous-mêmes.
0 mon Dieu ! vous haïssez la médisance, comme l'assure l'Apôtre ; 1 car c'est un vol de la réputation d'autrui, réputation souvent plus précieuse que tous les trésors. Etouffez en moi toute tendance à la critique, qui est un effet de l'orgueil ou de l'estime de
(l)Rom. i, 30.
i66 MÉDIT. EN RÉSERVE. VI. — BONHEUR DE SERVIR DIEU.
soi. Faites-moi toujours traiter le prochain avec respect, voyant en lui votre excellence infinie, vos attributs divins mieux représentés dans les âmes que dans toutes les splendeurs du firmament. Je suis résolu : 1° De prendre toujours, à l'exemple de sainte Thérèse, la défense des absents. 2° De fuir avec soin toute investigation sur le compte d'autrui et toute remarque peu charitable. 3° De former souvent des actes de foi sur la dignité du prochain, à qui Jésus a cédé ses droits à ma bienveillance et à mon affection. — 0 Marie ! rendez-moi toujours attentif à l'exercice de la charité. Inspirez-moi l'amour de tous les hommes dont vous oies la Reine et la Mère ; je veux les envisager à l'avenir comme vos sujets et vos enfants.
vi. — Bonheur de servir Dieu.
Préparation. — Vainement les mondains cherchent le bonheur en dehors de Dieu : d° On ne le trouve point dans les trois concupiscences du monde. 1° On le trouvera certainement dans la paix avec Dieu, avec le prochain et avec soi-même. — Proposonsnous de travailler chaque jour à nous détacher des choses sensibles et à placer en Dieu seul toutes nos joies, et bientôt nous trouverons le contentement du cœur. Delectarc in Domino, et dabit tibi petitiones cordis lui.1
lo Point de bonheur dans les concupiscences du siècle.
Vainement une âme prétend trouver son repos dans la concupiscence de la chair, c'est-à-dire en se plongeant dans la matière ou les plaisirs des sens. Créée à l'image de Dieu, citoyenne du ciel qu'elle doit reconquérir, il faut à son intelligence et à sa volonté des joies plus nobles et surtout plus durables. Comment ses désirs de félicité pourraient-ils se borner à la terre et aux plaisirs charnels, étant créée elle-même pour une béatitude céleste et spirituelle, qui est la possession de Dieu?
Sera-t-elle plus heureuse dans la possession des richesses ? Nullement : immensément supérieure à tous les trésors que le
(1) Ps. 36, 4.