NOUS ALLONS A NOTRE PATRIE, COMME JÉSUS A LK SIENNE
En retournant en Palestine, Jésus pense à sa mort douloureuse et à sa glorieuse résurrection. Oh ! si nous avions toujours aussi devant les yeux le souvenir de notre mort et de ce qui doit la suivre, avec quelle soumission parfaite nous endurerions les amertumes de cette vie, par l'espérance du ronheur futur, bonheur qui nous attend au delà du tombeau! — Jésus Enfant souffrait beaucoup, en voyageant par le désert : son lit était la terre nue, sa nourriture, un peu de pain; souvent il endurait la soif, dans des plages si arides. Mais, ô aimable Enfant! vous vous consoliez de ces privations, en pensant aux délices ineffables qui seraient la récompense de vos souffrances, après votre crucifiement sur le Calvaire. — Ainsi la pensée de la béatitude qui nous est promise après cette vie, devrait nous soulager dans toutes nos peines. « Un seul moment de tribulation légère, assure l'Apôtre, nous vaudra un poids immense de gloire éternelle.2 »
Mais pour être dignes de posséder cette gloire, nous devons apprendre à nous humilier et à renoncer à tout ce qui n'est pas Dieu. A cette fin, n'oublions jamais le but et la brièveté de notre pèlerinage terrestre. Combien de saints ont quitté le siècle, leur
(1) Sap. 5, 11-12 et I Cor. 7, 29. (2) II Cor. 4, 1 7.
patrie et leurs parents, à la pensée du dernier soupir et de l'éternité! Les anachorètes n'avaient pas de meubles plus précieux, dans leurs grottes solitaires, qu'une croix et une tète de mort. La croix leur rappelait les souffrances et l'agonie du Sauveur, et les encourageait à mourir à eux-mêmes; la tète de mort entretenait en eux la pensée du dernier passage ; elle les détachait du monde et des satisfactions des sens : elle les tenait toujours prêts à paraître devant Dieu.
A leur exemple, armez-vous du souvenir de la passion du divin Maître et de votre propre mort, pour vivre avec ferveur et vous appliquer uniquement à votre sanctification. Quel bonheur sera le vôtre, à l'heure suprême, si dès maintenant vous mettez ordre à votre conscience, et vous disposez chaque soir à quitter cette vie et à comparaître devant votre Juge! Au moins chaque mois, sous la protection de Jésus, de Marie et de Joseph, préparez-vous sérieusement à mourir. — Proposez-vous ensuite : 1° De vous humilier souvent en la présence divine, afin de mourir à vousmême. 2° De considérer chaque jour le néant de la vie présente, pour vous détacher du monde et de tout ce qui est créé.
0 mon Dieu ! j'accepte la mort en expiation de mes péchés, pour satisfaire à votre justice, glorifier vos grandeurs et vous remercier de vos bienfaits. En sacrifiant mon corps, je veux honorer votre souverain domaine et accomplir votre volonté qui m'est plus chère que la vie. Accordez-moi la grâce d'achever saintement ma carrière terrestre, de recevoir dans ma dernière maladie les sacrements des mourants, et d'expirer dans les sentiments qui animaient Jésus, Marie, Joseph et les saints martyrs, s'immolant comme des victimes, à votre bon plaisir.
25 janvier. — Le Verbe Incarné digne d'adoration et d'amour.
Préparation. — Le Verbe éternel s'étant fait homme pour nous, notre devoir est de lui rendre nos hommages. Considérons donc combien il mérite 1° Nos adorations. 2° Notre amour. — Humilions-nous en sa présence et reconnaissons ses grandeurs ; étudions ses perfections divines, et aimons par-dessus tout son infinie bonté, nous écriant avec saint Bernard : « Mon Sauveur est grand
et digne de toute louange, et il s'est fait petit pour se rendre tout aimable. Maqnus Dominus et tandabilis nimis ; parvas Dominas et amabilis nimis.*
1° Le Verbe incarné mérite nos adorations.
Oui pourra jamais comprendre les grandeurs du Verbe éternel qui s'est incarné pour nous? Aucun Ange, aucun Séraphin ne saurait nous en donner une idée. Dire qu'il est plus grand que tous les rois, que tous les pontifes, que toute la cour céleste, c'est en quelque sorte, selon saint Ambroise, lui faire injure, comme si l'on disait à un monarque qu'il surpasse un brin d'herbe en puissance et en majesté. « Seigneur, s'écriait David, qui est semblable à vous?2 » Ni la terre, ni les cieux, ni les princes les plus illustres, ni les millions de Saints et d'Esprits bienheureux qui chantent à jamais votre gloire, rien ne vous est comparable. — Isaïe déclare que la création tout entière est moins qu'un grain de sable, qu'un atome en la présence du Verbe qui, selon l'Apôtre, est le rayonnement du Père éternel et la figure de sa substance. Par lui tous les siècles ont été faits, et la puissance de sa parole soutient lous les êtres créés.3
« Au commencement ou de toute éternité, continue saint Jean, le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. En lui était la vie, la vie par essence, celle qui donne la lumière à tout homme venant en ce monde. Et ce Verbe, ajoute l'Evangéliste, ce Verbe infiniment élevé, s'est anéanti, s'est fait chair. * » Verbum caro factum est. 0 prodige de grandeur et d'abaissement ! — Mais cet abaissement ne doit nullement diminuer notre respect. Car en prenant la nature humaine, le Verbe divin n'a point changé la sienne. Il reste donc toujours infiniment grand, infiniment adorable ici-bas, sous les humbles dehors de son humanité, comme dans les splendeurs ineffables de sa divinité.
De là pour nous I'obligation d'adorer ce Verbe incarné sous les langes de son enfance à Bethléem, aussi bien qu'au plus haut des cieux ; et dans les bras de sa Mère, comme dans le sein du Père qui l'engendre de toute éternité. — Proposons-nous donc de révérer ce Dieu Sauveur avec une religion profonde : 1° Dans les mystères de l'Incarnation, de son Enfance, de sa Passion et de l'Eucharistie.
(1) S. Bern. in Cant. s. 48. (2) Ps. 3i, 10.
(5)Hebr. 1,2-3. (4) Joan. 1, 1...
2° Dans nos supérieurs qui, par leur autorité, nous le représentent ici-bas. 3° Dans le prochain, à qui Jésus lui-même a transmis ses droits à notre estime et à notre déférence.
0 mon Dieu ! ne permettez pas que ma foi s'affaiblisse au point d'oublier les égards et le culte d'adoration qui sont dus à votre divin Fils dans nos églises et partout où son souvenir s'offre à mon esprit. Par les prières de Marie et de Joseph, qui l'ont adoré dans la crèche de Bethléem, accordez-moi la science pratique de ses grandeurs, afin que j'éprouve, comme les saints, un saisissement instinctif de crainte et de vénération, lorsque je parais en sa présence pour lui rendre mes hommages. Adorabo ad templum sanction timm in timoré lno.1
2o Le verbe incarne mérite notre amour.
Après s'être écrié avec transport que le Seigneur est grand et digne de toute louange, saint Bernard ajoute : « Il s'est fait petit et par là même infiniment aimable. Voyez-le, continue-t-il, ce Dieu tout-puissant, voyez-le dans ses langes, où il ne peut se mouvoir ; il est la Sagesse même, il sait tout, et le voilà sans parole! Il gouverne le ciel et la terre, et le voilà sans force, obligé d'être soutenu et porté par des bras étrangers ! Il nourrit tous les hommes et tous les animaux, et lui-même a besoin d'un peu de lait pour vivre ! Que dis-je? on l'entend pleurer et gémir, ce Dieu consolateur des affligés et béatitude du paradis !» — Oh ! qui nous racontera ce qu'ont éprouvé les Anges dans la grotte de Bethléem, en contemplant ces touchants mystères? qui nous fera comprendre avec quelle tendresse la divine Mère et saint Joseph considéraient ce doux Enfant, leur Créateur, anéanti pour leur amour et pour le salut de tout le genre humain ?
« Il s'est fait petit, dit saint Ambroise, afin de nous rendre grands ; ses langes nous délivrent des chaînes de la mort, et son abaissement sur la terre nous ouvre les portes du ciel. » « Nous avons plus gagné par la grâce du Rédempteur, ajoute saint Léon, que nous n'avons perdu par la malice de Satan. » Quel motif pour nous d'aimer ce Dieu qui, non content de se faire homme pour notre amour, nous apporte, en naissant, les remèdes à nos maux et les espérances du salut! Sa faiblesse nous communique la force
(1) Ps. 5, 3.
2o JANVIER. (BIS.) — DÉVOTION A L'ENFANT JÉSUS. 77
de vaincre nos ennemis, ses larmes expient nos iniquités, sa pauvreté nous enrichit des biens de la grâce, et en particulier du don précieux de son amour.
Or cet amour, selon saint Alphonse, est le but principal de sa présence parmi nous sous la forme gracieuse d'un Enfant. S'il avait voulu se faire craindre, il se serait offert à nos regards comme un homme accompli, entouré des insignes de sa royauté ; mais non; voulant se faire aimer, il a pris les dehors les plus aimables, les plus agréables à nos cœurs, c'est-à-dire ceux de l'enfance. Les enfants, en effet, inspirent par eux-mêmes des sentiments d'affection à ceux qui les considèrent; comment pourrions-nous résister aux charmes si séduisants d'un Enfant-Dieu, la pureté, l'innocence infinies, et qui vient à nous dans les conditions les plus capables de nous toucher, de nous attendrir et de nous enflammer d'ardeur à son service ?
0 Verbe divin, Sagesse incréée et incarnée ! vous avez su trouver l'entrée de nos cœurs. Non seulement vos perfections divines et vos bienfaits sans nombre réclament notre amour, mais même, ce qui, selon le monde, paraît vil et abject en vous, nous sollicite et nous presse de nous attacher à vous seul. Montrez-moi donc, comme aux saints, tous les motifs d'amour, cachés dans votre pauvreté, vos souffrances, vos privations, afin que je prenne la résolution sincère : 1° De ne jamais perdre de vue, ni l'amabilité de vos grandeurs, ni le touchant spectacle de vos abaissements. 2° De former souvent des actes d'amour envers vous, en union avec Marie, Joseph et les Esprits bienheureux.
23 janvier (ms\ -Dévotion à, l'Enfant Jésus-
Préparation. — « Un petit Enfant nous est né, dit le prophète ïsaïe, et un Fils nous a été donné.1 » Considérons 1° La dévotion que nous devons avoir à l'Enfant-Dieu. 2° Les fruits que nous pouvons en retirer. — Etudions les Saints qui ont eu le plus de tendresse envers l'Enfant de Bethléem, spécialement la divine Mère et saint Joseph, afin de nous conformer à leurs exemples. Parvulus cnim natus est nobis, et Films datas est nvbis.
(l)ls. 9, 6.