‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 54 sur 258 · L'OBÉISSANCE NOUS REND HEUREUX · texte numérisé non relu

L'OBÉISSANCE NOUS REND HEUREUX

11 est impossible de ne pas être heureux, quand on pratique parfaitement cette vertu. Car on sait alors avec certitude qu'on accomplit la volonté de Dieu, et quoi de plus capable de nous donner la paix? «D'où vient, demandait le jeune Dorothée à un saint abbé, que je suis si content et si paisible ? cependant saint Paul assure que le salut s'achète au prix de beaucoup de tribulations. » « Mon fils, lui répondit le saint vieillard, votre bonheur est le fruit de l'obéissance. » Le bon religieux avait, en effet, consacré tous ses soins à se dépouiller de son jugement et de sa volonté, pour suivre en tout les avis et les intentions de son supérieur. De là cette paix délicieuse qui embaumait son âme.

La pensée même de la mort et du jugement qui la suit, ne saurait troubler un cœur docile. 11 sait qu'on ne rendra pas compte à Dieu de ce qu'on a fait pour obéir. « Les supérieurs, dit l'Apôtre, répondront eux-mêmes devant Dieu, des âmes qu'ils auront dirigées et gouvernées.1 » Quoi de plus capable de nous rassurer pendant la vie et à la mort? — « L'obéissance, selon saint Jean Climaque, est le sépulcre de la propre volonté, » et par conséquent de tous les vices. Or, l'Esprit-Saint déclare heureux les moribonds, morts à eux-mêmes et à leurs défauts, et qui expirent dans le Seigneur.2 Sainte Marie-Madeleine de Pazzi avait donc raison de regarder l'exercice constant de l'obéissance comme un moyen assuré de faire une heureuse mort.

Et puis, quelle béatitude ineffable, ô Jésus! attend au ciel ceux qui vous imitent en pratiquant ici-bas cette vertu! En nous don-

(1) Hebr. 13, 17. (2) Apoc. 14, 13.

nant vos ordres par vos représentants plutôt que par vous-même, vous nous forcez à exercer la foi et à grossir ainsi le trésor de nos mérites pour l'éternité bienheureuse. — Si donc nous comprenons nos vrais intérêts, nous placerons notre joie dans la pratique d'une entière abnégation de nos idées, de nos goûts, de nos désirs; nous ferons nos délices de nous assujettir à la conduite d'autrui, comme a fait Jésus Enfant dans la maison de Nazareth. N'est-ce pas d'ailleurs à ce prix, ô mon Rédempteur! que je vivrai en paix avec vous, avec mes supérieurs et avec moi-même? N'est-ce pas à ce prix que l'obéissance sera pour moi, comme parle saint Jean Climaque, « une navigation sûre, — un affranchissement de la crainte de la mort, — et une excuse légitime au tribunal suprême? » Par l'intercession de votre aimable Mère, accordezmoi la grâce d'obéir toujours comme à vous-même, en toute droiture et simplicité de cœur. In simplicitate cordit, sicut Christo.

28 janvier (bis). — De l'observation des Régies.»

Préparation. — Après avoir considéré l'obéissance de Jésus Enfant, voyons comment nous pouvons l'exercer à son exemple, par l'observation de nos Règles. Méditons donc 1° L'excellence de celles-ci. 2° Les mérites qu'elles nous procurent. — Renouvelonsnous dans l'esprit du noviciat, en examinant quels sont nos manquements ordinaires, et en nous corrigeant sans retard, afin de témoigner à Dieu le plus sincère amour. Ditectio, custodia legum tiliiis es t.*

lo Excellence de la règle religieuse.

Saint François d'Assise appelle la Règle des religieux « la moelle de l'Evangile, » et il la vit un jour représentée sous la forme d'une hostie. Comme le pain d'autel est formé du plus pur froment, ainsi la Règle de chaque Institut approuvé par l'Eglise, se compose des conseils évangéliques, ou des enseignements de perfection donnés aux hommes par Jésus-Christ. Cette Règle, ayant reçu la sanction ecclésiastique, opère en quelque sorte comme une hostie consacrée, c'est-à-dire qu'elle nous transforme en Jésus, en nous communiquant son esprit. Un religieux donc qui

(1) Pour les religieux. (2) Sap. 6, 19.

observerait parfaitement sa Règle, accomplirait cette parole de l'Apôtre : « Purifiez-vous du vieux levain » du siècle et de la propre volonté ; et « devenez une pâte nouvelle, » par l'obéissance aux enseignements du divin Maître, pratiquement résumés dans votre Règle.1

Convaincu de ces vérités, le glorieux Patriarche d'Assise ne voulut jamais rien changer à l'observance de son Ordre, lors même que le Pape l'en priait : « Ce n'est pas moi, disait-il, qui ai placé ces prescriptions dans la Règle, mais c'est Jésus-Christ luimême. » Désobéir à la Règle, c'est donc désobéir à Jésus, c'est renverser son œuvre, c'est-à-dire l'Institut qu'il a fondé par ses serviteurs. Car la Règle et les vœux sont la base et les colonnes de tout Ordre religieux.

ce De l'observation des Règles, disait saint Alphonse à ses disciples, dépendent : la bénédiction de Dieu, — la ferveur des membres de la Congrégation, — le fruit des missions, — la propagation de l'Institut, — et l'accomplissement de sa noble fin. » Quel mal ne fait donc pas un religieux, quand il transgresse les observances de son Ordre, surtout quand il y a scandale et habitude ! Quelle responsabilité n'encourt-il pas alors devant Dieu !

0 Jésus ! ne permettez jamais que je me relâche dans la pratique de mes Règles ; mais à mesure que s'accroît le nombre de mes années passées en religion, faites que s'accroissent aussi ma ferveur et mon exactitude à garder le silence, la modestie des regards, la solitude intérieure, la simplicité de vie et la perfection de l'obéissance. Par les mérites de mon saint Fondateur, rendezmoi de plus en plus humble, à son exemple, — animé comme lui de l'esprit d'oRAisoN, — et disposé à tous les sacrifices pour procurer votre gloire et sauver les âmes rachetées de votre sang.

2° Mérites du religieux qui observe ses règles.

Rien n est plus méritoire devant Dieu que le sacrifice de la volonté propre; ce qui a fait dire à l'Esprit-Saint que l'obéissance vaut mieux que les victimes. Melior est enim obedientia quam victimœ.* Or l'observation des Règles est une suite non interrompue d'actes d'abnégation, de soumission. Chacun de ces actes a le mérite de la vertu d'obéissance, et souvent encore celui du

(1) I Cor. 5> 7. (2) I Reg. 15, 22.

vœu ou de la vertu de religion, la plus noble parmi les vertus morales. De là saint Alphonse a pu dire : On gagnera plus en obéissant pendant une seule année, qu'en suivant pendant dix ans sa propre volonté dans l'exercice des bonnes œuvres.

Quel bien Dieu demande-t-il d'un religieux, si ce n'est celui que réclament ses Règles? Ce bien-là seul sera récompensé. On ne paie pas l'ouvrier qui travaille selon son caprice et ne tient pas compte de la volonté de son maître. Quels mérites pourrions-nous donc acquérir en nous écartant du chemin que Dieu nous a tracé pour arriver à lui ? Par leur Règle, tous les Fondateurs d'Ordres ont conquis leur couronne. Malheur à qui voudrait, dans leurs familles, parvenir au salut par une autre voie!

Heureux, au contraire, le religieux qui s'applique constamment à se rendre conforme en tout, à la lettre et à l'esprit de sa Règle! « Car rien n'est petit, disait saint Basile, de tout ce qui est fait pour Dieu. » Un disciple de saint Alphonse, le jeune Blasucci, mort en odeur de sainteté, s'était écrit, au commencement de son noviciat, la sentence suivante : « Je renonce à devenir saint, plutôt que de transgresser le plus petit point de ma Règle. » Jamais, eu effet, on ne le vit en défaut. Aussi combien de mérites n'acquit-il pas en très peu d'années! — Comme un grand nombre de petites pièces de monnaie forment des sommes considérables ; de même la fidélité à observer les moindres règles nous vaut un poids immense de gloire éternelle. Examinez donc en quoi vous pourriez être plus ponctuel et moins imparfait dans l'observance régulière.

0 Jésus ! inspirez-moi la crainte salutaire de vos jugements; que la pensée des mérites perdus par le religieux tiède et du terrible purgatoire qui le menace, que cette pensée me rende attentif à observer toutes mes obligations, même les plus minimes. Par l'intercession de votre divine Mère, donnez-moi la force de me corriger avant tout : 1° De mes manquements les plus habituels. 2° Des défauts qui seraient aux autres une occasion de relâchement, de dissipation, de murmure ou de mécontentement, comme sont, par exemple, les fautes contre le silence, si opposées au recueillement, — les critiques si nuisibles à l'esprit d'obéissance, — les médisances si contraires à la charité fraternelle.

29 janvier — Saint François de Sales, docteur de l'Église.

Préparation. — On peut dire de saint François de Sales ce que l'Esprit-Saint dit de Moïse : « Il fut cher à Dieu et aux hommes.'1 » 1° Il se rendit cher aux hommes par son extrême douceur. 2° Il fut cher à Dieu par sa conformité parfaite au bon plaisir divin . — Prions ce saint Docteur de nous obtenir la grâce de marcher à sa suite, en pratiquant la mansuétude envers tous et la résignation en toutes choses. Cum mansuetudine et patientia, supportantes imticem.*

lo Douceur de saint François de sales

Bien que François ait pratiqué toutes les vertus à un degré héroïque, la douceur est cependant celle qui l'a caractérisé. Intimement lié avec lui, saint Vincent de Paul assurait n'avoir jamais connu d'homme plus doux sur la terre ; il le considérait comme une image vivante de la bonté du Sauveur conversant parmi les hommes. François, en effet, avait toujours le sourire sur les lèvres ; son air, ses paroles, ses manières polies ne respiraient que mansuétude et charité. Doux envers tout le monde sans exception, il avait coutume de dire que la douceur doit se pratiquer toujours, partout et avec tous. Et voilà comment il se faisait aimer ! sa bonté convertissait les pécheurs et attirait" les âmes à Dieu.

Quoi de plus capable, en effet, de gagner le coeur humain que la mansuétude ? Qui pourrait résister à un extérieur affable, à des regards bienveillants, à cette sérénité de visage et à cette cordialité qui touche et console ? « Tout dans la vie, disait souvent le Saint, doit se mener par douceur, rien forcément. Il faut,ajoute-t-il ailleurs, attirer les âmes, mais à la manière des parfums, c'est-àdire suavement. La rudesse gâte tout, elle ferme les cœurs ; elle engendre la haine et l'opiniâtreté. »

On se tromperait, en s'imaginant que la douceur fût naturelle à François. Né avec un tempérament vif et des passions ardentes, combien ne dut-il pas veiller sur lui-même et se faire violence pour arriver à la sainteté! 11 avouait qu'il avait travaillé vingtquatre ans à s'exercer à la patience, et que souvent dans la lutte,

(l)Eccli. 45, 1. (2)Eph. 4, 2.

il devait, selon son expression, tenir son cœur à deux mains. — C'est donc en vain que nous prétendons nous excuser de nos brusqueries, de nos emportements, de nos duretés, de nos impatiences, sur notre vivacité naturelle. « Les saints ne sont pas nés vertueux, dit saint Jean Chrysostome ; ils le sont devenus par leurs efforts aidés de la grâce. »

0 mon Dieu ! par l'intercession de saint François de Sales, formez vous-même mon cœur comme le sien, sur le Cœur de Jésus. Communiquez-moi ses sentiments de bonté, de douceur, de condescendance, de compassion, de support, et donnez-moi la force d'exercer la mansuétude, surtout envers ceux qui me sont antipathiques, ou dont j'ai peine à supporter les défauts. Cum mansuetudine et patientia, supportantes invicem.

2» Conformité de notre saint a la volonté divine

De même que l'humilité jointe à la charité, produit la douceur envers les hommes; ainsi l'humilité jointe à l'amour de Dieu, enfante l'excellente vertu de conformité à la volonté divine, et c'est elle qui rend les saints consommés dans la perfection. Admirable est sous ce rapport la doctrine de saint François de Sales ; plus admirable encore fut sa conduite. « Quand on est en conversation, disait-il, il faut s'y plaire parce que Dieu nous y veut, et quand on est seul, il faut se plaire dans la solitude par la même raison. Quand on est fixé quelque part, il ne faut pas rêver un changement de position : il faut demeurer en la barque dans laquelle on se trouve pour faire le trajet de cette vie à l'autre ; et il faut y demeurer volontiers, parce que Dieu le veut. »

C'est ainsi qu'agissait notre Saint : la volonté du Seigneur était son centre, son trésor, sa vie. « Je désire bien peu de choses, avait-il coutume de dire, et le peu que je désire, je le désire bien peu. Et qu'y a-t-il au ciel et sur la terre à quoi je tienne, sinon Dieu seul !» — De ces nobles sentiments, naissait dans l'âme du Saint une égalité d'humeur, admirable et continuelle. On ne le vit jamais, ni emporté par la joie, ni abattu par la tristesse ; il était toujours calme et heureux. « Comme le pilote, disait-il, se conduit en mer, en regardant sans cesse le pôle, ainsi je traverse la mer de cette vie, en fixant mes regards sur le bon plaisir de Dieu ; et comme ce divin bon plaisir est toujours infiniment aimable, je suis constamment le même parmi la diversité des choses terrestres. »

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