‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 56 sur 258 · JANVIER. — JÉSUS, AMI DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

JANVIER. — JÉSUS, AMI DU TRAVAIL

ricicr. Jamais il ne perdait un moment; il les employait tous d'une manière utile à notre salut.

Que de motifs n'avons-nous pas de marcher sur ses traces! Le travail de l'esprit nous délivrera de I'ignorance; celui des mains, en fatiguant notre corps, amortira le feu de nos passions ; les exercices laborieux de l'Ame et du corps, étant une pénitence imposée à l'humanité déchue : 1° Répareront nos torts envers Dieu. 2° Guériront nos blessures spirituelles. 3° Nous feront prendre part à la grande satisfaction donnée à la Justice éternelle par le travail si méritoire de Jésus.

Quel grand remède aux tentations ne trouvons-nous pas encore dans nos travaux et nos occupations ordinaires! L'oisiveté, dit l'Esprit-Saint, enseigne aux hommes la malice.1 Un esprit désœuvré est plus exposé que tout autre aux révoltes des sens et aux pièges de Satan. — Saint Antoine, abbé, comprit par une vision céleste le vrai moyen de vaincre, dans la solitude, les ennemis de notre Ame. Il vit un Ange priant et travaillant alternativement, comme pour l'inviter à faire de môme, contre les attaques de l'enfer et les ennuis de l'isolement.

Combien de fois l'oisiveté de votre esprit et de votre imagination n'a-t-elle pas été cause de vos tentations et de vos chutes ! Comme l'Enfant Jésus travaillant à Nazareth, ne restez jamais inoccupé; employez votre temps, soit à lire, à prier, à écrire, à étudier, soit à quelque occupation manuelle, qui vous distraie du mal et vous incline au bien.

0 Jésus Enfant! enseignez-moi vous-même à mieux employer mes loisirs, et surtout à devenir plus soigneux, moins insouciant et plus exact dans l'accomplissement de mes devoirs, afin d'imiter ainsi votre amour du travail, de la mortification et de la pénitence. Pavper mm ego et in laboribus a juventute mea.

2° COMMKNT ON SANCTIFI3 LE TRAVAIL.

Jésus nous a donné l'exemple du recueillement au milieij des occupations les plus distrayantes. Jouissant toujours de la vision béatifique, il était incapable de perdre de vue la Divinité. Nous au contraire, nous avons une imagination volage, que nous savons à peine contenir. Quel remède à ce mal ? Saint François de Sales

(1) Eccli. 33, 20.

répond : « Parmi les affaires qui ne requièrent pas une attention si forte, regardez plus Dieu que les affaires ; quand celles-ci exigent toute votre attention, au moins de temps en temps alors regardez vers Dieu, pour voir si vos occupations lui sont agréables. » Beaucoup de Saints ont su joindre la contemplation au travail le plus assidu; ce que sainte Thérèse appelle le comble de la perfection. Et en effet, quoique l'oraison l'emporte en excellence sur l'action, les deux réunies élèvent l'âme à la plus haute sainteté.

Il suit de là que, pour sanctifier notre vie, nous devons joindre à nos exercices de piété l'habitude d'oFFRiR souvent au Seigneur nos travaux, nos études, nos lectures et toute espèce d'occupations; de les lui offrir en union iivec le travail de Jésus Enfant. Joignons à cette pratique de fréquentes oraisons jaculatoires, surtout quand la fatigue nous accable, ou que les affaires à traiter nous ennuient.

Est-ce ainsi que vous agissez? 1° Formez-vous souvent pendant la journée des actes fervents d'amour, de résignation, de repentir, de confiance et de demande? — 2° Ne vous livrez- vous jamais au travail des mains, ou à J'étude, sans avoir prié? — 3° Y fuyez-vous toujours l'empressement, l'agitation, le trouble, l'impatience et tout ce qui dessèche le cœur, diminue la dévotion, amoindrit vos mérites ? Mettez désormais de l'ordre en tout ce que vous faites ; occupez-vous toujours, mais posément, avec soin, sous le regard et la dépendance de Dieu.

0 Jésus, mon adorable modèle ! vous avez dit vous-même : « Mon Père agit sans cesse, et moi j'agis avec lui. » Votre action au dehors ne nuit jamais à votre paix intérieure. Par l'intercession de votre très sainte Mère, accordez-moi la grâce de sanctifier comme vous tous mes devoirs d'état, en m'y exerçant au recueillement, — à la droiture ^intention — et à la prière habituelle.

31 janvier. - Les progrès de 1 Enfant Jésus.

Préparation. — Jésus, notre modèle en toutes les vertus, veut l'être encore dans la voie qui y conduit. Saint Luc atteste qu'il croissait en sagesse et en grâce.' Nous l'imiterons 1° Par la vivacité de nos désirs et la sincérité de nos résolutions. 2° Par l'emploi des

(1) Luc. % m.

MÉOIT. I. 9

moyens nécessaires à notre avancement spirituel. — N'omettons jamais nos exercices de piété; regardons-les comme l'aliment indispensable de notre vie intérieure et de notre union constante avec le Verbe incarné. Proficiebat sapientia, et gratin apud Deum et homines.

lo Désirs d'avancer dans la perfection.

Pourquoi Jésus, infiniment parfait dès son incarnation, manifeste-t-il par degrés, à mesure qu'il avance en âge, les trésors de sagesse et de grâce qui sont en lui ? C'est pour nous enseigner à travailler sans relâche à lui devenir semblables dans nos pensées, nos affections, nos sentiments ; jlans l'horreur du mal et l'amour du bien; dans la pratique de l'obéissance, de la patience et des autres vertus. Mais comme on n'arrive à la perfection évangélique, qu'après des années d'exercices spirituels, de mortification des sens et des passions, il est nécessaire qu'un désir fervent, une volonté déterminée nous soutiennent dans une entreprise si sublime, si difficile et de si longue durée.

Comment en effet expliquer autrement les vertus héroïques des Saints? Evidemment Dieu leur avait mis au cœur une résolution inébranlable de se sanctifier à tout prix. Et voilà ce que nous devrions demander avec instance à l'Enfant Jésus. Nos désirs d'aller à lui sont si faibles, si languissants, que nous hésitons, et même retournons en arrière devant la moindre difficulté. Dès qu'il nous faut vaincre nos répugnances, renoncer à nos idées et embrasser un sacrifice, notre courage s'évanouit, et c'est à peine si nous servons Dieu fidèlement au milieu des consolations.

Pour nous en convaincre, examinons quelles preuves nous avons données jusqu'ici, d'un amour véritable envers Jésus. Où sont nos victoires sur nous-mêmes, sur notre caractère altier, notre humeur désagréable, nos impatiences habituelles? Quand nous a-t-on vus rendre le bien pour le mal, supporter en paix une grave injure et nous dévouer, comme les Saints, au bonheur de nos ennemis? De tels actes ne sont guère à notre portée, parce que nos désirs de perfection sont trop lâches et trop réservés.

0 mon Dieu! augmentez en moi la foi sur le néant des biens passagers et le prix infini des richesses éternelles, afin que me détachant des uns, je recherche les autres avec la plus vive ardeur. Enflammez vous-même mes désirs et fortifiez mes résolutions. Pour aider en cela votre grâce, je me propose : 1° De lire les livres qui traitent de la perfection évangélique et en montrent les immenses

avantages. 2° De réfléchir souvent aux conséquences d'une vie inutile et aux récompenses promises à une vie sainte et fervente. Donnez-moi la grâce d'être fidèle à ces deux pratiques et d'en retirer beaucoup de fruit. Proficiebat sapientia et gratia apud Deum et homines.

2° Moyens d'acquérir i,a sainteté.

Quoique l'Enfant Jésus n'ait pas besoin de moyens pour réunir en lui toutes les perfections, il les emploie cependant, parce qu'il veut être en tout notre Modèle. On le voit donc pratiquer le renoncement, — se livrer à l'oraison, — obéir à l'Esprit-Saint qui habite en lui, trois moyens nécessaires à notre progrès spirituel.

Nous devons nous renoncer, pourquoi ? parce que nous avons en nous de nombreux défauts et penchants, qui sont opposés aux vertus et aux inclinations de l'Enfant-Dieu. Il nous est impossible de lui ressembler sans arracher de notre cœur, par l'abnégation, ce qui nous empêche de penser et d'agir comme lui, c'est-à-dire selon les règles de la sagesse et de la sainteté.

Mais cette abnégation elle-même ne peut subsister sans une vie d'oraison. C'est l'oraison qui la nourrit, lui ôte son amertume, lui donne une direction, un appui, par les lumières et les forces qu'elle nous obtient. — L'oraison et l'abnégation réunies nous conduisent à la fidélité a la grâce, dernière condition de notre avancement dans la vertu ou la solide piété. La grâce travaille sans relâche à nous former sur le modèle des prédestinés, qui est Jésus. Si nous y correspondons à chaque instant, notre progrès sera continuel, et notre ressemblance avec le Sauveur, opérée par l'Esprit-Saint, n'en sera que plus parfaite et plus durable.

Examinez où vous en êtes dans l'emploi de ces trois moyens de sanctification. Combattez-vous constamment et sous la direction divine, vos inclinations vicieuses, cet amour excessif de votre propre excellence et de l'estime des créatures, qui vous aveugle sur votre mérite; cette tendance continuelle aux plaisirs des sens, au repos, à la mollesse, au bien-être matériel, qui vous fait oublier votre perfection? Oh ! que le Verbe incarné a de reproches à vous faire sur votre peu de vigilance et' de fidélité! Combien do fois ne lui refusez- vous pas ce qu'il réclame de vous dans l'intérêt de votre bonheur? Sa grâce vous presse si souvent de combattre la lâcheté qui vous retient, le dégoût qui vous éloigne de vos pratiques pieuses, et le manque de générosité qui vous fait

trouver trop pénibles les plus légers renoncements ; et au lieu de lui obéir, vous persévérez dans vos défauts et vos habitudes d'imperfections.

0 Jésus! je me repens d'avoir perdu un temps si précieux à m'occuper de moi-même et des futilités du monde, au lieu de méditer votre vie sainte et d'en tirer mon profit. Par l'intercession de Marie et de Joseph, accordez-moi le courage : 1° De combattre mes inclinations perverses. 2° De réfléchir et de prier partout et toujours autant qu'il me sera possible. 3° D'estimer le moindre rayon de grâce plus que tous les trésors, et de le faire passer dans ma conduite par une entière fidélité. Proficiebat sapientia et gratta apud Dewn et homines.

Avis important. — Ici commencent les Méditations supplémentaires placées vers la fin du volume. (Voyez la Table des matières). On les continuera jusqu'au Dimanche de la Qi'inquagésime, qui est le dernier Dimanche avant le Carême. Nous suivrons alors l'ordre des semaines, jusqu'à la fin de Juin.

quinquagésime. dimanohe. — Peines de Jésus.

Préparation. — « Voici que nous allons à Jérusalem, disait le Sauveur à ses disciples, et le Fils de l'homme sera livré.1 » En ces jours de désordres, compatissons aux angoisses que souffrit d'avance le Cœur de Jésus, 1° A cause des péchés du monde. 2° A cause de la perte des âmes. — Ne sommes-nous pas insensibles, en voyant les crimes se multiplier sur la terre, et tant d'âmes immortelles se perdre à jamais? Gémissons avec Jésus et les Saints, en la présence de Celui qui nous a créés pour sa gloire et pour le posséder éternellement. Ploremus coram Domino qui fecit nos, quia ipse est Dominus Deus noster.'2

1° Jésus souffre a cause des péchés du monde.

« Voici que nous allons à Jérusalem, dit le Sauveur à ses disciples, dans l'Evangile d'aujourd'hui ; le Fils de l'homme sera livré

(i) Luc. 18. (2) Ps. 94, 6.

aux gentils, il sera moqué, fouetté, on lui crachera au visage, et après qu'ils l'auront flagellé, ils le feront mourir.1 » — Nous entrons dans des jours de désordres, où le monde va renouveler la passion du Sauveur. Car, selon l'Apôtre, en offensant Dieu mortellement, on crucifie de nouveau en soi le Fils unique du Père éternel ; on le tourne en dérision ;2 on le foule indignement aux pieds.3 Quel attentat! quelle horrible ingratitude!

Oh ! combien furent cruelles les angoisses de Jésus au jardin des Olives ! 11 voyait d'avance des âmes qu'il venait racheter, que dis-je? des chrétiens mêmes, régénérés par le baptême et comblés de ses faveurs, il les voyait outrager en face sa divinité, mépriser sa puissance et sa justice, dédaigner sa sagesse et sa sainteté infinies, et détruire, autant qu'il est en eux, ses adorables perfections! Il les voyait porter l'audace jusqu'à braver sa Personne sacrée au sacrement de l'autel, l'arracher des tabernacles, jeter à terre, à l'eau, au feu des hosties consacrées et en faire même hommage au démon. 0 crimes détestables! sacrilèges qui font frémir! L'âme de Jésus en fut triste jusqu'à la mort, et il n'est point de tourment qu'elle n'eût voulu souffrir pour empêcher de tels forfaits.

0 Jésus! je vous entends vous plaindre : « Je suis devenu, ditesvous, comme un ver de terre, l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.4 Mon cœur s'est liquéfié dans ma poitrine comme la cire, tant mon affliction est grande et ma douleur profonde ! 3 » Ah! qui pourrait, Seigneur, demeurer insensible à de si justes plaintes? et qui négligerait de réparer les outrages et les irrévérences dont vous êtes l'objet dans l'adorable Eucharistie ? — A cette fin, je me propose : 1° De m'unir, pendant ce temps de licence, aux Anges et aux âmes fidèles qui vous feront amende honorable dans tous les sanctuaires de l'univers catholique. 2° D'examiner devant vous si la foi, la piété, le recueillement, la dévotion ne sont pas trop faibles en moi, quand j'ai le bonheur de communier ou d'assister au divin sacrifice. 3° De me montrer plus que jamais respectueux dans les églises et assidu à vous y visiter, adorer et prier, avec toute la ferveur dont je suis capable. Adoremus et ploremus anle Dominum.

(1) Luc. 18. (2) Hebr. 6, 6. (3) Hehr. 10, 29.

(4) Ps. 21,7. (5) Ps. 21,15.

2o Jésus souffre de la perte des âmes.

Oui pourra comprendre la douleur de Jésus, si éclairé sur les ravages du péché dans les âmes? Une âme est un chef-d'oeuvre plus parfait, plus précieux que tous ceux que pourraient produire tous les Anges et tous les mortels réunis ; car c'est l'ouvrage du Tout-Puissant lui-même. Or quelle douleur ne ressentirait pas un artiste, s'il voyait son plus beau tableau souillé, détruit, anéanti en un instant par le mauvais vouloir d'un homme comblé de ses bienfaits?

Quelle a donc été la tristesse du Rédempteur, lorsqu'il vit les âmes, créées à l'image de sa divinité, rachetées par les supplices de son humanité sainte, lorsqu'il les vit dépouillées de la robe blanche de leur baptême, traînées dans la fange du péché, assujetties aux plus viles passions, et devenues la proie du démon, le plus cruel des tyrans ! Privées de la vie de la grâce, elles ne sont plus à ses yeux que des cadavres, incapables de sortir de leur tombeau. Ne faudrait-il pas des larmes de sang pour pleurer dignement de telles infortunes et réparer des ruines si funestes?

Ces larmes, Jésus les a versées au Jardin des Olives, par tous les pores de son corps sacré. 11 n'a pu voir les âmes se perdre en si grand nombre et si misérablement, sans entrer lui-même en agonie, au point qu'une sueur sanglante découlant de ses membres, trempa tous ses vêtements et tomba goutte à goutte sur le sol pour le purifier de nos crimes. — 0 Jésus! combien les âmes vous sont chères, puisque leur perte vous cause tant d'angoisses ! Donnez-moi la grâce de les apprécier comme vous, et de comprendre le tort immense que leur fait le péché.

Avons-nous jusqu'ici estimé notre âme et celle des autres à leur juste valeur? Chaque jour Jésus se sacrifie pour elles dans des milliers d'églises ; il demeure enfermé dans nos tabernacles, résolu d'y rester jusqu'à la fin des siècles; il se donne même en nourriture à tous ceux qui le désirent. Est-il possible de faire davantage dans l'intérêt des hommes? Un tel exemple ne devrait-il pas nous presser de nous dévouer au bien de nos semblables? Mais, hélas! les pécheurs courent en aveugles vers l'affreux abîme de l'enfer, et c'est à peine si nous les recommandons à Dieu ! Cependant en sauvant une âme, nous prédestinons la nôtre.

0 Jésus, dévoré de zèle! ne permettez pas que je reste froid, quand il s'agit de votre gloire et du salut des âmes rachetées de

QUINQUAGÉSIME. LUNDI. — L'EUCHARISTIE. 103

votre sang. Faites-moi triompher de ma paresse et du respect humain, dans les occasions où je puis aider des coupables à sortir de la fange de leurs péchés et à éviter les supplices éternels. Inspirez-moi la résolution : 1° De penser souvent au malheur de ceux qui vivent dans votre disgrâce. 2° De vous les recommander avec instance, surtout ceux qui vont quitter cette vie et comparaître à votre tribunal, où je serai moi-même jugé après mon dernier soupir.

quinquagésime. lundi. - L'Eucharistie.

Préparation. — A l'occasion des prières de Quarante-Heures, méditons sur l'Eucharistie, et voyons 1° Quel don précieux le Sauveur nous a fait dans ce sacrement. 2° Quels biens nous devons en attendre pour notre sanctification. — Réveillons notre foi sur ce mystère ineffable, qui devrait provoquer en nous la plus vive reconnaissance, le plus tendre amour et le culte le plus assidu. Que rendrons-nous au Seigneur en retour d'un si grand bienfait? Quid retribiiam Domino pro omnibus qvœ retribuit mini?*

1° Grand bienfait de l'eucharistie.

Quel don magnifique que l'Eucharistie ! Quel est, en effet, Celui qui s'est fait le Prisonnier de nos églises? Est-ce un Ange, un Chérubin, un Séraphin? Est-ce le plus élevé des princes de la milice céleste? Non, c'est leur Chef, leur Souverain, leur Créateur! « Image substantielle du Dieu invisible, dit l'Apôtre, il est engendré avant toute créature. Tout a été fait par lui, au ciel et sur la terre : les Trônes, les Dominations, les Puissances, les Principautés ; tout a été créé par sa parole, et c'est par lui que tout subsiste.2 » — Et c'est ce Dieu incarné qui demeure avec nous dans son Sacrement !

Si ce bienfait qui est d'un prix infini, nous avait été accordé pendant une heure seulement, quelle reconnaissance éternelle ne devrions-nous pas à notre Dieu, d'avoir habité une heure parmi nous; d'être devenu une heure notre Victime et notre Aliment ! alors déjà nous crierions * ô prodige inouï ! — Mais aue dire, en

(l)Ps. 115, (2) Col. 2. 15-17.

104 QUINQUAGÉSIME. LUNDI. — i/EUCHARISTIE.

voyant notre aimant Rédempteur ne point mettre de bornes à sa bonté, et se donner à nous sans restriction, jusqu'à la consommation des siècles?1 — Oui, jusqu'à la fin du monde, qui le croirait? Jésus dans l'Eucharistie sera sans interruption notre Ami, notre Avocat, notre Père ; il s'offrira tous les jours pour nous sur des milliers d'autels, et nourrira nos âmes de sa chair et de son sang!

Adam s'est perdu, en mangeant du fruit défendu, source de mort; nous serons sauvés, si nous mangeons dignement le fruit de I'arbre de vie, conservé dans nos tabernacles.2 « Si quelqu'un me mange, assure le Sauveur, il ne mourra point, mais il vivra éternellement. :' » Vivet in œternum. 0 don sublime! don inappréciable d'un Dieu sacrement ! comment vous oublier jamais?

Sommes-nous reconnaissants d'un si grand bienfait? Le rendons-nous profitable à notre âme, par notre respect dans les églises, — notre ferveur à la table sainte, — notre assiduité à visiter Jésus, — et notre constance à assister chaque jour avec foi et dévotion au divin sacrifice ?

0 mon Sauveur, mon Trésor et ma Vie! inspirez-moi le plus tendre amour envers vous, dans le plus auguste des sacrements. Que votre doux souvenir m'occupe jour et nuit ; qu'il me presse de réparer, par les actes d'une ardente dévotion, les offenses commises contre vous en ce temps de désordres et de péchés. — A cette fin, je me propose : 1° De faire souvent la communion spirituelle pour resserrer les liens qui m'unissent à vous. 2° De vous offrir tous les hommages qu'on vous rend au ciel et sur la terre, surtout pendant ces jours, afin d'obtenir ainsi la conversion des pécheurs et la persévérance des justes.

2° Biens que nous procure l'eucharistie

Quelles affreuses ténèbres d'erreurs régnaient sur toute la terre, avant la venue de Jésus-Christ, avant l'institution de l'Eucharistie ! Le père du mensonge avait séduit presque tous les esprits. Mais dès que parut la Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde, dès que son influence eucharistique put agir sur les âmes, les intelligences s'ouvrirent à la vérité, et les splendeurs de l'Evangile brillèrent à tous les regards. De nos jours nous voyons les sectes qui abandonnent l'Eucharistie, perdre en peu de temps

(1) Malth. 28, 20, (2) Joan. 6, 55. (3) Joan. 6, 49-60.

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ce qu'il leur restait de la lumière évangélique. C'est que Jésus, dans le saint Sacrement, est comme le soleil au firmament de l'Eglise : il remplit de ses clartés les cœurs fidèles qui s'approchent de lui. Accedite ad eum, et iUuminaminiJ

Voulons-nous trouver abondamment les secours dont nous avons besoin? Allons à ce grand Dieu descendu parmi nous. Il est le même qui, après avoir créé l'univers, a dompté les puissances infernales, a triomphé de la mort et du péché. « Ayez confiance, nous crie-t-il, j'ai vaincu le monde.2 » — En nous approchant des saints autels et de la table sacrée, quelle force n'y puiserons-nous pas contre nos ennemis ! Qu'il nous sera facile alors de dominer en nous l'esprit du siècle, les tentations de l'enfer et nos penchants vicieux! Jésus voilé sous les plus faibles espèces est lu Dieu tout-puissant qui nous soutiendra dans les luttes et les épreuves de cette vie.

Selon le Docteur angélique, tous les Sacrements ont leur fin et leur consommation dans la divine Eucharistie. L'oraison y trouve son aliment, et la piété son onction. La vertu y rencontre son parfait Modèle : Jésus y est humble et caché ; il y est docile et obéissant : il y est le foyer de l'innocence et de la pureté. Son recueillement et sa contemplation y sont continuels ; sa charité, son zèle, son dévouement s'y exercent jour et nuit, en faveur de nous tous. Se peut-il plus de ressources pour notre perfection et notre salut?

0 tout aimable et bien-aimé Sauveur! que ne sais-je apprécier, comme il convient, le don inestimable de votre présence eucharistique! Faites-moi connaître vos grandeurs et les richesses de grâce réunies en vous, afin que je puisse vous adorer, vous aimer et me sanctifier selon votre désir. Je suis résolu : 1° De redoubler de zèle dans votre culte, culte que je vous dois par justice, par reconnaissance et par amour. 2° D'apporter plus de préparation et de ferveur dans la sainte messe, la communion et les visites que je veux vous faire chaque jour dans les sanctuaires où vous habitez. Accordez-moi la fidélité à vous y rendre mes hommages avec une foi vive, — une confiante filiale — et une tendre dévotion.

(1) Joan. 16, 33. (2) Ibid.

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