‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 18 sur 40 · IGO L EXISTENCE DES ANGES · texte numérisé non relu

IGO L EXISTENCE DES ANGES

esprits doivent être capables de pénétrer plus avant dans les mystères de Dieu. Tandis que nous autres mortels, qui sommes doués de la capacité de comprendre et de nous peindre des choses terrestres, nous restons dans une ignorance absolue de tout ce qui tient à la nature de Tesprit, — de même il est probable que les esprits supérieurs ne sont pas étrangers, ou même sont initiés aux lois de l'esprit. Les mystères des corps élémentaires sont ouverts à leurs yeux, comme Test aux nôtres le calice de la fleur, avec ses corolles et ses pétales. Nous ne voyons que les contours, les formes et les rapports des choses , que nous ne connaissons que d'après leur aspect extérieur ; les esprits plus élevcft, grâce à leurs facultés supérieures dont nous ne pouvons même nous faire une idée exacte , voient et comprennent la nature intime et la structure intérieure des choses.

Mais où s'égare l'audace de ma pensée? Elle cherche à franchir les bornes de sa sphère légitime d'activité, à se frayer un accès sacrilège dans le sanctuaire des puissances et des esprits supérieurs. Arrière ! attends l'heure que ton Créateur a fixée, l'heure où l'Esprit qui anime toute chose, le Père de l'univers t'appellera et te donnera peut-être aussi une place parmi les êtres les plus privilégiés.

0 Seigneur ! est-^ce possible? Serai-je digne d'une si haute faveur ? Mes forces spirituelles ont- elles été

l'bxistbncb des anoes. 101

suffisamment développées ? Mon esprit a*t-il cessé d'obéir aux désirs terrestres, de suivre les instincts brutaux du corps? A-t-il cessé de se livrer à la luxure, à la convoitise, à la colère, à l'amour de la vengeance, à la haine, à la malveillance ? Mon esprit est-il libre et n'agit-il que conformément à ses propres lois, c'est-à-dire aux lois de Dieu? Vit-il pour accomplir son devoir plutôt que pour acquérir des biens matériels? Est- il animé en tout temps de l'amour de son prochain et non d'un esprit d'inimitié?

0 Père ! ô Seigneur Dieu ! avec quelle f erveyr mon esprit aspire vers Toi ! Comme il lui tarde de secouer les entraves de l'imperfection et d'atteindre la perfection ! Si je pouvais remporter la victoire, que je mourrais volontiers !

Mourir ! qu'est la mort pour l'esprit ? Ce n'est que l'abandon du linceul terrestre, le corps, — et sa séparation d'avec sa sœur terrestre, l'âme. Celle-ci même s'échappe de son enveloppe usée, le corps, et se retire de la vie végétative.

La mort ne procède jamais de l'esprit au corps ; car l'esprit, c'est la vie. La mort provient d'une perturbation violente survenue au véhicule de l'esprit, le corps; ou de ce que ses forces naturelles ont achevé leur circulation dans l'organisme, conformément à la règle divine. Alors elles quittent le

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corps, qui ainsi perd la lumière, la^^haleur, le mo«i« vement, et l'activité ; et comme les forces naturelles sont pour ainsi dire ITiuile qui alimente la lampe de la vie, celle-ci s'éteint, — l'esprit humain est affranchi, — il est mûr pour une autre vie.

0 Dieu ! puissé-je avoir le droit, à ITieure solennelle de ma dissolution, de m'écrier, dans un transport de joie : Je suis un esprit mûr pour xme vie meilleure ! Recevez-moi parmi vous , êtres supérieurs, mes frères , qui occupez un rang plus élevé dans l'échelle de la création I Je suis votre ifrèrâ, car je suis immortel I

Rocher de Dienl mon brat se cramponne à toi. — Immortalité! je t^étreins;*- la nuit et la tristesse penvent m'environner; les chagrins et les soucis peuvent troubler ma tran- ^îDité ; — ddt-je laceomber soqs lenrs ooopa? Non, —-je cherche ton ombre raficaîchissante, — Fardent désir de trouver le repos en Dieu remplit moo âme — tl je iiiis eODselé»

A mesme q«e j'atteins an sommet de oettt montagne» mon ftme éprouve une calme félicité, — et lorsque les douces caresses de Pair frais viennent loi donner un nouvel élan (fkible image des joies que Pieu nous réserve après un long repentir), je sens que j*ai parcouru ma carrière, et que bientôt je vais toueher an but

Alors, oh alors! quel langage pourrait exprimer le ravissement qui fidt bondir mon ottur, quand aucune soa£france ne peut plus m*affliger! alors le manteau de Dieu m'enveloppe pour ne pbis jamais me quitter, et je suit affn^chi de toutes les chaînes du péché; alors toute mon âme se fond en béatitude, tout mon être jouit dhine dooee liberté.

(I. Corinthiens xv. 31.)

Le corps mortel, qni nous sert d'enveloppe sur cBtte terre, n'est que le voile transparent de notre

âme, et nous ne devrions jamais perdre de vue ce rapport entre Tàme et le corps, car cette manière de Tenvisager est non-seulement vraie en elle-même, mais elle est utile et amène d'importantes réflexions sur la vie.

La Divinité a voulu que l'esprit de l'homme fût capable de se mettre en communication avec les existences qui ne sont pas d'une nature spirituelle ; c'est pourquoi il Ta enveloppé dans une matière terrestre délicate, dont toutes les parties sont vivifiées par Tesprit. L'âme commande au corps, au moyen d'un tissu nerveux, si délié qu'il est à peine perceptible à l'œil nu, et qui pénètre et traverse notre charpente tout entière. Par l'entremise du corps Tàme reçoit les impressions du dehors, destinées à développer ses facultés, et peu à peu elle apprend à se servir du corps comme d'un instrument pour agir sur le monde extérieur. Si le voile corporel est déchiré, l'instrument brisée l'esprit perd son empire sur son ancienne demeure : cette désunion de l'âme et du corps s'appelle la mort.

Le corps est le voile transparent de l'âme. Dans tous les mouvements du corps et dans toutes ses modifications, qu'il agisse ou reste en repos, nous reconnaissons l'âme derrière l'enveloppe du corps. Ce n'est pas le eetfB qui aime ou s'irrite; c'est l'âme qui fait entendre des accents foudroyants par

les organes de la voix, et qui sourit dans le doux regard de ses yeux; c'est la honte ressentie par Tàme qui répand la rougeur sur nos joues; c'est le courage, la peur, les désirs ou les soufifrances de ràmè qui se manifestent par les mouvements variés de son enveloppe extérieure ; car lorsque l'âme est séparée de ce voile délicat et mobile que nous îq)pelons le corps, — que devient celui-ci? Il s'aU faisse, et tombe à terre comme un vêtement dont on ne veut plus. Il devient roide et froid comme une statue de marbre, et l'on a peine à croire que cette cendre morte ait jamais été animée par une essence supérieure.

Ce n'est pas le corps non plus que nous aimons ou haïssons chez les autres; c'est Tàme cachée derrière son voile. C'est la bonté de l'àme qui nous charme ; c'est sa sagesse, sa vertu qui nous inspire du respect; c'est sa dépravation qui soulève notre indignation. Devant le cadavre abandonné par l'àme, tout amour et toute haine cessent , car notre ami ou notre ennemi a disparu, et sa dépouille ne nous fait pas plus d'impression que toute autre matière morte.

S'il est naturel que personne n'aime le corps d'autrui, mais au contraire l'âme qui se manifeste en lui, il ne l'est pas moins que chaque homme aime le corps qui sert d'enveloppe à son âme. Il cherche à

le protéger et à le perfectionner, parce que Fàme a besoin d'un instrument noble et capable de fonctionner; il s'attache à l'orner et à rembellir, parce que l'aspiration constante de l'âme vers la perfection et la distinction la porte involontairement à se préoccuper de ce qui est intimement lié à elle. L'âme s'efforce même, dans le sentiment de son indignité, de couvrir ses défauts par la beauté de son voile terrestre ; elle essaye d'en serrer les plis plus étroitement autour d'elle, afin de ne point laisser voir sa laideur, — et nous disons des gens qui agissent ainsi qu'ils présentent de fausses apparences,

La nécessité que chaque âme soit couverte d'un voile de chair est un des décrets étemels de la Divinité. C'est là la source de l'amour vif et profond que l'âme a pour le corps qui lui sert d'enveloppe, et de cet attachement à la vie qu'il lui est presque impossible de surmonter.

Mais qu'est-ce que la mort? Rien que la séj^tration de l'âme de son enveloppe terrestre. Que devient l'enveloppe lorsqu'elle a été abandonnée? Disparaît-elle de la création de Di^u? Non, elle tombe en poussière et en cendre, et se mêle au reste de la terre, dont les éléments nutritifs l'avaient formée dans le principe. Elle ne sort pas de la création, mais elle y reste en attendant une autre destination. Mais que devient l'âme dépouillée de

LA «Onr BSV POUB IftOi UNS VICTOOtB. 167

son Toile? Disparaître de la création de Dieu? (%, nont Coiomeiit sorait-U pwsible que rélément le plus noble cearikt d*eziater quand le plus vil est impêriBUklef Non fiEHitril eroife qm*eUe a été enlevée de la iDiiltîtade iaânie des ètrea créés, parce qu'elle a quitté le -voile au travers duquel seulement elle poumt rév^er sa présence à noa smisf NoD> elle vit l car sa poussière m6me, qui lui servait autrefois é*eftveloppe, existe encore* Ell^ vit! car Dieu crée et n'anéantit pas ! Ella vit! car dans sa Ehiprème Sagesse II ne saurait se repentir» en quelque sorte, de la ha«te destinée pour laquelle n lui avait donné l'être.

Est'il donc ri pénible de dépouiller ce voile ter-^ restret A la vérité, Taiaonr naturel de la vie que la Créateur a implanté si profondément en nous, nous impire de Teffroi & l'idée de noua séparer de notre enveloppe jnortelle ; mois laf<Mroe de Tesprit humaiii peut tricmpiierdea terreurs de la nature. Combien dltommea généreux n'ont«ils pas affronté la mor| pour leur IHeu, leur patrie, leur foi, et pour leum amis! La mort ne leur faisait point peur. Combien de pauvres êtres faibles et dégénérés, poussés par le désespoir, n'ont^la pas eoMcnnmé volontairement le sacrifice d'une vie qui leur était devemie & charge I

Les mourants ne dissimulent pas, et sur leurs traits nous pouvons juger de ce qui se passe dans

leur esprit*. D'après cet examen,il paraîtrait presque que l'âme doit éprouver un sentiment agréable au moment où elle abandonne sa dépouille mortelle ; car on a souvent observé que les traits des personnes qui meurent de maladies douloureuses prennent à rinstant suprême une expression de sérénité placide ; et Font voit même errer sur les lèvres du corps inanimé un calme sourire qu'y a laissé Tàme $n le (Quittant, et qui semble dire : «— Ahl quel soulagement! *>

Mais Fimagination des personnes qui attachent trop d'importance au corps, et partant frissonnent à la pensée que leurs restes mortels doivent être voués à la dissolution dans le sein de la terre, leur l'end la mort plus terrible qu'elle ne Fêst réelleînent. Elles se laissent aller à une foUe illusion, et Ton dirait parfois qu'elles se figurent que la poussière inanimée a conscience de son état sous la terre et en souffre p^éniblement, tandis que la réalité est que la partie qui demeure encore sensible s'est empressée d'entrer dans une existence nouvelle, et le cadavre, l'enveloppe que l'esprit a quittée, n'est plus Qu'une poignée d'argile inerte et insensible.

Il est certainement douloureux de quitter les relations habituelles et agréables de la vie, d'abandonner à jamais des plaisirs dont on connaît les charmes, de se séparer de ceux que Fon aime ici-

LA MORT EST PpUR MOI UNE VICTOIRE. 169

bas. Mais en pareil cas ce n*est pas la mort même, mais ce que nous laissons derrière nous, qui cause nos regrets. Le chagrin que nous éprouvons vient de notre attachement excessif pour les biens de la terre, biens qui ne nous ont été que prêtés, et n'ont jamais été destinés à rester éternellement en notre possession. Aussi, est-ce une imperfection de Tàme, un manque de vraie sagesse, qui cause et augmente nos souffrances, comme fait chaque faute que nous commettons. Oui, Tamitié même que nous portons à nos amis peut être répréhensible. Pouvons-nous compter que la Divinité, prenne en considération nos affections opiniâtres, et change, pour satisfaire à nos vues, Ses desseins d'une portée plus haute et plus sublime ? Et en quoi notre séparation à Theure dé la mort de ceux qui nous sont chers diffère-t-elle de toute autre séparation, de Tadieu que nous souhaitons le soir à nos amis avant d'aller nous livrer au sommeil?

La mort peut, il est vrai, effrayer ceux qui ont entièrement, ou en grande partie, négligé leur àme immortelle pendant le cour de cette vie ; qui — comme la brute qui n'a nul souci de l'avenir au delà de la tombe — ne se sont préoccupés que de leur bien-être et de leurs jouissances corporelles; qui ont opprimé leurs semblables, les ont calomniés et trompés pour acquérir plus d'honneurs, plus de

richesses et plus de jotdssances; qui regardent comme absurde de mettre un frein à leurs désirs sensuels, à leurs instincts brutaux, dans le but de fortifier leur âme ; qui traitent de folie le sacrifice des plaisirs terrestres à la vertu ; qui considèrent comme une exaltation insensée de travailler au bien d'autrui pour n'obtenir aucun remerciement, ou n'avoir pour récompense que de grands sacrifices ou des persécutions.

La mort doit être t^rible en effet pour de pa^ reilles gens, lorsque sonne l'heure de quitter leur enveloppe terrestre, lorsque le corps qu'ils aiment tant, pour l'amour duquel ils croient qu'ils ont été exclusivement créés par Dieu, va se séparer de la poussière, à laquelle ils ont uniquement consacré leur vie, à laquelle ils ont tout sacrifié, pour laquelle ils ont commis tant d'injustices. Car leur âme, qu'ils ont négligée, est pauvre, indigne, misérable, impars faite ; elle a perdu la douce innocence qui faisait son orgueil pendant l'enfance, et elle est désormais accablée sous le fardeau d'une multitude de fautes. Ils récoltent ce qu'ils ont semé pendant leur vie, et ils n'ont jamais semé pour l'éternité, pour la félicité future de leur esprit.

Même dans la plénitude de la santé, le méchani ne peut parfois s'empêcher de rougir de sa propr<l. dégradation. Au milieu de ses. débordemcfnts, il est

lA MORT EST POUB MOI UNB YICTOIRB. 171

de 8*aYôaer qu^il a mené ttae vie qm*il est. incs^ble de justifier deyant Diea et devant les hommes. Maia son àme, quoiqu'elle sadie ce qui est bien, est sous Tempire de son être sensuel, auquel une l(mgue habitude a donné la prédominance. Mak^ lorsque la puissance des sens s'affipiblit en même temps que les forces du corps, quand il n*est plus possible de se faire illusion, et que Tàme se recon* naît dans toute sa laideur, «^ dans quel état doit se troorer l'infortuné î De quel owl doit*il entisager Tayenir, celui qui a to»^ perdu ici-bas, et n'a rien à «çérer de l'éternité ?

Combien est difiérente la position de l'esprit noble et sage, qui connaît et accomplit ses devoirs, qui respecte la haute destinée pour laquelle l'a créé laL Toute-Puissance divine! Combien est différente la position du Chrétien, qui a pris un entier ascendant sur tous les mauvais instinctâ de sa nature, qui metc toujours 1^ droits de son âme au'-dedBUâ de ceux dei son corps, et qui comprend la profonde portée del ces paroles : vivre en Jésus-Christ!

Pour lui la mort est une victoire. Que pourraitelle lui faire perdre? A lui qui s'est approprié les divines pensées du Christ, ni la terre, ni sa maison» ni le village qu^il habite nesbnt sa véritable demeure, n a la conviction qu'il n'est pas né pour rester à jams^ attaché an coin de terre aa'il cultive pour

pourvoir à ses besoins terrestres, mais pour habiter un jour réternel et infini royaume de Dieu. Ce n'est pas la vie éphémère d'ici-bas qui est la plus importante à ses yeux, mais la vie dans le monde entier de la Divine création. L'univers est sa maison Paternelle, et Dieu, qui y règne, est son Père, et toute âme qui y séjourne est liée à la sienne par les liens de la fraternité.

Pour lui lamort est une victoire. Quelle perte, en effet, la mort peut-elle faire subir à son âme? Elle rejette sa lourde enveloppe terrestre, et reçoit du Père de tout amour un vêtement plus b^au pour remplacer celui qu'elle abandonne, et que son changement de patrie rend inutile. L'âme reste ce qu'elle était ; Dieu demeure avec elle , ainsi que le Divin univers avec toutes les merveilles de la création. Que perd-elle? Les amis et les parents qu'elle aimait sur la terre? Oh! non ! elle les retrouve dans la maison du Père ; ils lui sont toujours attachés par les mêmes liens fraternels qu'ici-bas, quoiqu'ils ne puissent plus communiquer avec elle par des moyens terrestres. Non, elle ne perd pas ceux qu'elle aime. Ce qui est dans les mains^ de Dieu ne peut pas être perdu.

La mort est une victoire pour celui qui sait vivre en Jésus. Car qui oserait affirmer que la vie de ce monde est remplie de roses sans épines ? Il est vrai

qu en échange je perds certains plaisirs ; mais alors aussi je serai élevé au-dessus de bien des craintes, de bien des douleurs. Désormais je ne verserai plus de larmes ; car c'est un sort doux et heureux que celui des âmes affranchies ! — Cette vie terrestre est-elle donc remplie de bonheur sans mélange, que nous devions la vqir se prolonger éternellement? Pourquoi entendons-nous si fréquemment les vieillards soupirer après le repos, la mort, la délivrance, le passage à une existence meilleure? Pourquoi, entre tant d'êtres mortels, en trouvons-nous si peu qui, si on leur en laissait le choix, voudraient recommencer leur vie, si le cours devait en être exactement le même ? Quelle grande perte peut donc nous causer au fond celle de la vie terrestre, lorsqu'il existe si peu de gens à qui elle ait, dans toute sa durée, procuré assez de bonheur pour leur en faire désirer la continuation ? N'est-ce pas plutôt une victoire pour des âmes, qui peuvent s'y résigner avec confiance, que de passer dans un monde meilleur? Après tout, qu^est la crainte de. la mort, si ce n'est celle d'une imagination puérile et timide ? Le même Dieu, ô mon âme, qui te dépouille d'un vêtement t'en donne un autre en échange.

Celui qui sait vivre en Jésus, sait aussi mourir avec lui sans effroi. (L Corinthiens xv. 31 .) Il meurt chaque fois qu'il élève sa pensée jusqu'à Dieu et

qu'il oublie toutes les choses de la terre. Il meurt chaque fois que son esprit est en communication avec les êtres aimés qu'il a perdus, car il sent qu'il est au milieu d'eux. Dans ces moments solennels^ ce monde est pour lui comme s'il n*existait pas. Il est en présence de Dieu, en présence des êtres qu'il a aimés. Il est déjà ce que sera son âme lorsqu'elle sera débarrassée de son voile terrestre ; seulement il n'a pas encore atteint toutes les perfections qu'elle possédera lorsqu'elle sera capable de communiquer avec Dieu et ses bienheureux trépassés, revêtus d'un nouveau vêtement, et pour ainsi dire au moyen d'instruments plus parfaits.

La mort est pour moi une victoire ; car quel est le but de ma vie sur terre ? Comme tout le genre humain, je suis destiné à vivre éternellement; voilà ce que m'enseigne la nature entière; c'est pourquoi ici-bas même je dois vivre pour l'éternité ; et que toutes nos aspirations doivent tendre vers une existence plus élevée et meilleure. C'est dans ce but que je travaille à me corriger, à orner mon âme de toutes les vertus. Ce que je deviens par Jésus-Christ, c'està-dire en suivant Son divin exemple, je le serai au delà de la tombe ; c'est donc la mort qui me conduit au but désiré, qui me fait atteindre le terme de mes constants efforts, les fins de ma destinée.

La mort est pour moi une victoire. J'échange un

UL MORT MT POpR MOI UlfB VICTOiRB. 175

Vêtement imparfait pour un meilleur, une place inférieure pour une plus élevée dans la grande maison paternelle de Tunivers ; on bonheur moindre pour une félicité^ dont mes faibles facultés mortelles ne peuvent pas plus se fonner une idée que le ver qui rampe dans la poussière ne peut s'en faire une des joies qui font vibrer les fibres du cœur de Thomme doué de raison. Je passe d*un état nécessiteux dans im monde d'abondance féconde, où une goutte d'eau devient un océan, une étincelle de lumière un soleil.

La mort est pour moi une victoire. Pourquoi mon âme s'effrayerait*elle du chemin inconnu qu'elle a à parcourir? Le sentier sur lequel je suis condamné à errer tci-bas m'est-il mieux connu ? Chaque heure successive de ma vie n'est-elle pas enveloppée de ténèbres impénétrables à ma faible vue ? Est-ce que je sais ce que me réserve le moment qui va suivre celui où je parle ? Où vais-je î Cependant je traverse pendant ma vie chacune de ces heures dont l'obscurité se dissipe à mesure que j'avance.

Une semblable lumière éclairera l'heure qui suivra celle de la mort ; je connaîtrai le chemin que j'ignore encore, dès que j'y mettrtii le pied. Pourquoi donc frissonner d'avance ? N'est-ce pas le même qu'ont parcouru mes amis et mes parents bien-aimés qui y sont entrés avant moi? Pourquoi ne pas mé

Féjouir de suivre la même route que ces âmes qui me seront toujours chères ? Peut-être au moment même Où le voile terrestre tombera de mon esprit, je reconnaîtrai ces êtres aimés que je croyais si loin de moi, et j'apprendrai qu'ils ont toujours été plus près que je ne l'avais soupçonné, quand j'étais revêtu de mon enveloppe terrestre.

Oui, assurément, la mort est pour moi une vie- . toiré ! C'est mon union plus intime avec le Père des esprits ; ma réunion avec les êtres regrettés, que mon âme aspire à revoir, et pour lesquels mon cœur saigne encore et mes yeux sont toujours mouillés de larmes. Oui, je les ret? ouverai ! je les posséderai de nouveau! Ma vie recommencera! 0 vous, que la main de Dieu a guidés vt rs moi, auxquels il m'a attaché dans l'enchaînement de Sa création ! Vous retrouver ! Vous aimer de nouveau ! Etre réuni éternellement avec les âmes des bienheureux dans leur gloire ! Que de bonheur dans cette seule pensée ! Dieu vous a donnés à moi ; Dieu, source des plus nobles affections, m'a inspiré pour vous cet amour que la mort ne saurait rompre, et qui relie comme par des liens invisibles l'homme mortel aux habitants du monde ^supérieur ! Dieu ne détruit pas ce qui est saint, ce qai est bon -r car c'est Son ouvrage! Et l'amour est le plus grand bien que les âmes puissent acquérir dans leurs rapports mutuels.

C'est parce qu'il est Lui-Môme l'Amour Infini, que Dieu a peuplé l'univers d'àmes aimantes.

La mort est pour moi le souverain bien ! Puissé-je penser ainsi à mon dernier soupir sur mon lit de mort; puisse la pensée de l'amour de mon Créateur et des êtres chers qui m'ont précédé dans une autre vie, être la dernière de monàme, avant qu'elle quitte son voile terrestre! Le voile tombé, mon esprit entrera immédiatement dans ce royaume de gloire où ils m'ont devancé.

0 Christ ! Divin Révélateur du Père Eternel, sois ma vie ; car, sans Toi, mourir, ce serait voir mon àme s'abîmer dans la destruction ! 0 Maître sublime, je veux penser avec Toi, je veux marcher dans la voie de Tes divines doctrines. Je veux contempler toutes les choses de la terre du haut de Ton élévation. Je veux aimer mes frères de Ton amour ; je veux m'enflammer de Ton zèle afin de répandre autour de moi la joie et le bonheur. Je veux avoir Ton courage, afin de surmonter tous les obstacles qui m'écartent de la vertu, et prendre assez d'empire sur moi-même pour me conduire avec une intégrité et une noblesse dignes du ciel. Je veux m'armer de Ta patience pour supporter tous les Kiaux de |la vie ; de Ta Sagesse et de Ta modération, afin d'en goûter les plaisirs; de Ta foi, afin de marcher avec humilité et confiance dans les voies

de la Providence ; et par Tes yeux je veux regarder TEtemité comme ma patrie, et Dieu comme mon Père.

Ca?, si le Christ est ma vie, la mort est une victoire pour moi

FRBMIÈRB PARTIE.

Étoile du jour, dont les doux rayons réjouissent nos demeures,— étoiles de la nuit, qui brillez d*un si vif éclat à la voûte aiurée des cieux^ — malgré votre divine et sereine splendeur, qui emplît de charmes et la Terre et la Mer, je ne puis m'empêcher de songer aux ténèbres qui enveloppent encore la vie de l*homme. Détournons tristement les yeux de votre lanûëre ardente et étincelante, je lève mes regards tremblants vers Tétemel flambeau qui, sans jamais pâlir, à travers les sourires ou les revers de la fortune, éclaire le berceau et la tombe, la vallée où se balance le palmier, le champ de bataille ensanglanté, les joies et les larmes de k vie.

(Romains ». 33-44.>

Les ailes du temps passent tranquillement sur nos têtes sans s*inquiéter de nos espérances ou de nos

douleurs. Les saisons changent et se succèdent sans interruption. Les choses anciennes se renouvellent, et les nouvelles vieillissent; les œuvres des temps passés périssent et tombent à leur tour, dans l'oubli. C'est toujours le même enchaînement. Chaque chose a sa marche invariablement tracée, son but inévitable. Chaque chose est soumise à une loi de fer, les étoiles du ciel comme lesfleurs des champs, le rocher comme le ver qui rampe à ses pieds, la nation comme chacun des individus qui la composent. Rien ne peut être autrement qu'il n'est ; rien ne sera autrement qu'il n'est appelé à être. Telle est la destinée, — l'éternelle destinée !

Qu'est-ce que la destinée? — Quoi? L'ordre des choses a-t-il été réglé d'avance de toute éternité? Nulle fleur ne se flétrit-elle, nul enfant ne pleuret-il, nul rocher n'est-il précipité du haut d'une montagne, nulle nation ne périt-elle, sans que cela ait été déterminé depuis l'origine des temps? Que penser alors de nos vertus et de nos vices? Quel est le coupable, et quel est le juge? Ma volonté est-elle aussi déterminée à l'avance parla destinée? Ne suisje dans le vaste univers ni plus ni moins que l'atome, qui flotte dans un rayon de soleil, non pas à son gré, mais suivant l'impulsion qu'il a reçue? Si tout ce qui arrive aujourd'hui a été résolu et décidé depuislecommencement des temps, à quoi servent mes soupirs, mes

désirs, mes efforts pour atteindre à la perfection? A quoi bon mes prières? Ces prières n'ont-elles pas été aussi déterminées d'avance dans les conseils éternels de la destinée? Je ne suis donc qu'une machine faisant partie du grand tout, et mon soi-disant libre arbitre n'est-il qu'une illusion?

Qu'est-ce que la destinée éternelle ? C'est l'univers immense, infini, immuable, dans lequel tout s'enchaîne et se succède nécessairement comme cause et effet. Chaque effet devient à son tour la cause de nouveaux effets. L'arbre produit la graine, et la graine produit Tarbre. Ma jeunesse ayant été ce qu'elle a été, je dois être ce que je suis. Les événements prédéterminés de l'année dernière ont amené ceux de cette année, et sans les événements qui ont eu lieu dans des siècles déjà loin de notre mémoire, nous n'aurions pas vu les faits dont nous sommes témoins aujourd'hui. Ainsi les choses sont liées les unes aux autres depuis l'origine des temps, et cet enchaînement se continue jusqu'à l'infini des siècles, où, de même que dans le passé, un rouage de l'immense mécanisme du monde pousse l'autre, et où toutes les parties sont indissolublement unies entre elles. Telle est la loi de la destinée ; aussi rien ne saurait la changer. De même que, lorsque nous jetons une pierre dans l'eau calme d'un lac, ûoussavons d'avance le bruit qu'en tombant fera cette

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pierre, et les cercles qu'elle formera à la surface de Tonde, qui, en s' élargissant toujours progressivement, finissent par atteindre le rivage éloigné, tandis qu'au centre, point de départ dti mouvement, Teau a déjà repris son calme primitif; de même celui qui connaîtrait la nature de toutes choses en ce monde, pourrait connaître d'avance la marche qu'elles suivront et, en remontant à l'impulsion première donnée il y a des milliers d'années, prédire les événements qui devront survenir pendant des milliers d'années après nous. Mais ce serait la science universelle, et elle n'est pas le partage de l'intelligence humaine. L'homme, sujet à la mort, erre d'un pas incertain dans le vaste labyrinthe de l'univers; il ignore les événements passés et les événements futurs, et nomme tantôt fortune, tantôt hasard, tantôt nécessité inévitable, tout ce qui lui arrive. Mais les mots hasard et accident sont simplement des termes que l'homme applique aux choses dont il est incapable de découvrir la cause immédiate. Rien n'est èù au hasard, attendu qu'il n'y a pas d'effet sans cause. Chaque ohose est soumise à la loi de la nécessité ; tout est renfermé dans les projets de la destinée universelle.

Tout? «Comment ? L'univere infini, avec tout ce qui s'y meut et s'y 'agite, n'est-il qu'aune machine, qu'une horioge admirablement organisée, dont au-

cane partie ne saurait fonctionner autrement que ne Ta prévu et réglé d'avance Celui qui Ta construite? N'en suis-je donc moi-même qu'un rouage sans importance? Je frémis. Que suis-je? Où suis-jet Quoi? je vis seul avec mes joies et mes douleurs au milieu de cette froide et rigide organisation du monde, au milieu de cette nature morte sans volonté ! Pourquoi serais-je destiné à sentir^ à aimer, quand rien ne mérite mon amour, à haïr, quand tout le mal, même le vice, est inévitable et doit être selon les lois de la nécessité? Hélas ! mes plus chers désirs, mes plus douces espérances m'abandonnent. A quoi bon cette jonglerie? Pourquoi aurais-je été créé susceptible d'éprouver du repentir pour des fautes que j'étais prédestiné à commettre? Pourquoi aurais-je de l'aversion pour le péché, si la destinée éternelle m'y avait condamné d'avance?

Non, non ! C'est impossible ! Tout en moi contredit cette manière d'envisager l'univers et les lois qui le régissent. Elle révolte mon esprit. J'ai nettement conscience de la liberté de ma volonté ; bien que mon corps ressemble à un instrument passif, mon esprit n'est pas une machiue, il vit; il se gouverne et se détermine après mûre réflexion. Non, le monde n'est pas une masse froide, inerte, où tout se meut aveuglément, suivant des lois déterminées et éternelles. L'activité, la puissance, et la bonté

d'un Dieu de vie et d'amour animent tout, et répandent partout le bonheur. Oh! que serait le monde sans amour, sans Dieu, sans justice, sans liberté, sans rémunération? Un gigantesque cadavre d'où l'âme a fui; un mécanisme inintelligent, dans lequel il n'y aurait point de place pour ce qu'il y a de plus grand, de plus excellent, pour la vertu, l'amour, la perfection, qui n'existeraient que de nom. Enigme sans valeur, sans signification, sans solution et sans fin; le plus misérable des êtres habitant un pareil monde, ce serait Thomme, avec les besoins de sa raison et les sentiments de son cœur !

Non ; une semblable idée de la destinée est une erreur de l'entendement; n'envisageant les choses que sous une seule face, elle l'embrouille et le met en contradiction avec lui-même, ainsi qu'avec tout ce que nous percevons du monde extérieur,, et avec la conscience que nous avons de nos sentiments intimes.

Qu'est-ce que la destinée éternelle? C'est l'organisation immense, fixe, infinie du monde dans lequel tout se fait et s'enchaîne nécessairement comme cause et efiet. Chaque efiet devient cause à son tour, et c'est pourquoi ce quia lieu aujourd'hui est la connaissance nécessaire du passé, et ce que je suis aujourd'hui est le résultat nécessaire de ce que j'ai été primitivement. Je ne saurais le nier ; comment, donc.

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éviter ces erreur» de rentendemeni auxquelles je suis exposé de nouveau?

Je veux considérer l'univers sous ses divers aspects. Dans la pierre inerte, et dans toutes les choses créées, en remontant jusqu'à la créature de l'ordre le plus élevé, je discerne un nombre de forces infini. Tout ce qui existe a en soi une force ou une influence, — c'est-à-dire que tout agit sur la matière qui l'environne. La pierre inanimée, elle-même, est une force ou une influence ; autrement, elle ne pourrait agir sur les choses qui l'entourent, par sa pesanteur et sa cohésion ; elle ne pourrait non plus agir sur nos sens par sa couleur, sa forme ou son odeur. Ce qui ne produit aucun effet sur moi n'existe pas pour moi, mais ce qui exerce une action sur moi est une force.

Les^ forces que nous apercevons dans l'univers créé par Dieu sont aussi variées et multiples qu'innombrables. Elles forment une gradation immense, depuis l'entité la plus infime jusqu'à la plus élevée. Elles se combinent avec d'autres, et cette union produit de nouveaux phénomènes. Quelle variété de forces, par exemple, le corps que nous désignons sous le nom de pierre ne présente-t-il pas! Mais combien elle est plus grande dans les plantes; et plus considérable encore dans les animaux! Ces forces n'offrent pas seulement de la variété, mais

aussi des gradations. La force vitale inhérente au végétal est supérieure à toutes celles qui existent dans la pierre. La plante se multiplie ; elle a sa jeunesse et sa maturité^ et propage son espèce. La force que nous appelons l'àme, propre à l'animal, est d'un ordre plus élevé, car elle sent, elle choisit, elle juge. La force de l'esprit humain est encore audessus par la clarté avec laquelle elle a conscience d'elle-même. Puis, au-dessus de nous, il existe des forces encore supérieures, que l'Ecriture Sainte appelle Anges et Archanges.

Mais toutes ces familles, tous ces royaumes de forces dans la création de Dieu, sont, ce qu'elles sont , par la volonté de Dieu ; chaque force a sa sphère particulière d'aciion, ses conditions spéciales, ses lois propres, conformément auxquelles elle doit exister et agir. C'est ainsi que la pierre est, et reste toujours pierre, avec ses qualités caractéristiques; c'est ainsi que les racines de la vigne et du chardon ne recherchent que les substances nutritives appropriées à leur nature; c'est ainsi que les oiseaux vivent et se meuvent dans l'air autrement que les poissons dans l'eau. Chaque force naturelle a reçu de Dieu sa loi particulière, et l'esprit humain a la sienne, qui n'est ni celle de l'animal, ni celle dé la plante, ni celle de la pierre.

L'action de toutes les choses créées les unes sur les autres s'exerce en vertu de ces lois particulières . à leur nature. Elles is'unissent et se séparent, s'ati tirent et se repoussent, se recherchent et s'évitent ; de là naissent la vie et le mouvement incessant de l'univers. Le conflit mutuel entre les diverses forces constitue la vie de l'univers.

Comme aucune des forces dont l'ensemble compose l'univers ne peut agir autrement que ne le permettent la sphère d'action et les lois que Dieu lui a imposées, son action est la conséquence nécessaire de ces lois. En créant ces forces, la Volonté de Dieu, le Souverain et éternel Créateur des mondes, a prévu tous les effets qu'elles devaient produire. Telle a été Yétemelle prédétermination de ce qui devait être.

Mais lorsque Dieu, dans l'origine, a voulu l'existence du monde. Il l'a voulue dans Sa sagesse infinie. Aussi le conflit des forces, au lieu de créer de la confusion, a contribué à leur développement progressif; il n'en est pas résulté une lutte destructive , mais une grande et puissante vie les comprenant toutes, et dans laquelle elles se servent les unes les autres. Tel a été, tel est, et tel sera toujours l'ordre général de l'univers , dans lequel les étoiles et les grains de poussière se meuvent dans les cercles qui leur sont assignés, dans lequel les herbes et les

mousses les plus humbles naissent et meurent aussi bien que des nations entières.

Et quand Dieu, dans Sa sagesse infinie, a créé l'ordre de l'univers, il l'a fait dans des fins infiniment élevées ; il l'a créé aussi dans la plénitude de Son amour. Souverainement bon, il a voulu que l'ensemble fût infiniment harmonieux, et que toutes les forces sensitives qu'il renferme pussent jouir du bonheur. Donc, si nous voyons que dans sa bonté il a pourvu au bien-être de l'insecte le plus humble, nous devons savoir qu'il a été réservé une félicité bien plus noble à l'esprit de l'homme. Mais l'insecte est privé de ses joies, et soufire dès qu'il enfreint les lois de sa nature ; de même l'esprit humain perd les hautes félicités qui lui sont départies lorsqu'il cesse d'obéir à la loi de son existence. Et cette loi lui •prescrit de s'appliquer à devenir parfait, comme est parfait son Père qui est aux Cieux, par conséquent, de conserver la position élevée qui lui est assignée et de maîtriser les forces inférieures, par lesquelles il ne doit pas se laisser gouverner. L'esprit est obligé de tenir en expectative les forces animales dont son corps est le siège, de soumettre les désirs impurs de. ce dernier, et de porter ses regards vers Dieu et vers le monde spirituel auquel il appartient. La loi de l'esprit, c'est la conscience, l'aspiration vers la perfection, l'horreur du mal, et un désir

invincible de liberté. Si l'homine laisse abattre son esprit dans ses luttes avec les parties animales et végétatives de sa nature, il devient malheureux et méprisable à ses propres yeux ; car, dans Tordre de l'univers, tout est un enchaînement de conséquences nécessaires. Le péché et l'imperfection engendrent la souffrance.

L'iomme n'est donc pas prédestiné à être la victime du péché et de la corruption, mais à acquérir le bonheur par ses vertus. S'il le veut fermement, il peut atteindre cette perfection dans toutes les relations de la vie. Il peut savoir d'avance que lorsqu'il éprouve du chagrin ou de la souffrance il y a en lui quelque chose qui n'est pas comme cela devrait être. Le chagrin. et la souffrance doivent même le guider vers le bonheur. Telle est sa des-

Quel que soit notre sort, nous en sommes par conséquent indépendants, si nous sommes tels que nous devons être. Les êtres qui nous sont chers peuvent mourir, mais cette mort ne nous rend malheureux qu'autant que nous oublions qu'ils sont , ainsi que nous, membres du monde spirituel; que, comme esprits, ils ne peuvent être perdus pour nous ; et que nous ne devons pas demeurer attachés à la poussière périssable enfermée dans le tombeau, comme si elle était immortelle. La mort du corps étant

nécessaire, selon les lois qui régissent ce qui est terrestre ; notre chagrin est la conséquence nécessaire de notre trop grand attachement à ce qui appartient à la terre. Telle est la destinée I Mais toutes les choses prédéterminées par Dieu sont Hen^ faisantes^ elles fortifient nos facultés ; elles entraînent l'esprit par leur douceur, ou le forcent, par leur terrible insistance, à se détacher de ce qui est terrestre et périssable, et à s'élever à la connaissance et à l'amour de ce qui est impérissable, à abandonner les intérêts brutaux pour le principe spirituel, qui constitue notre véritable dignité. Les guerres, les batailles, la famine, la misère, les maladies, le pillage, le vol, l'incendie rentrent dans les règles de la destinée. Mais que voyons-nous dans tous ces accidents? Rien que la destruction de ce •qui est périssable. Il nous faut distinguer ce qui est impérissable, étemel ; apprécier ce bonheur intime dont rien ne saurait nous priver. Le désespoir que te causent les malheurs qui t'accablent était-il compris dans les décrets de ta destinée? Oui, parce que c'est une conséquence nécessaire de ton imperfection. La paix de l'esprit dont le sage jouit malgré tous les malheurs, est également la conséquence nécessaire de sa grandeur d'âme et de sa force invincible. Plus l'esprit humain est vertueux et maître de lui-même, plus il est invulnérable et plus '<^

devient indépendant de sa destinée. Dieu est élevé audessus de la destinée parce qu II est Souverainement Saint. Plus notre être intérieur est saint, plus nous nous rapprochons de Dieu ; et plus nous sommes proches de Dieu, plus nous nous élevons au-dessus du pouvoir de la destinée.

Ainsi, les contradictions apparentes aboutissent à de sublimes harmonies , et la lumière jaillit des ténèbres. Tout doit tourner à notre bien et nous seconder, parce que Dieu est avec nous. Les décrets du Seigneur sont sages , justes et bienfaisants : ils n'ont pas pour but de faire de nous des esclaves dépouillés de libre arbitre, mais de donner la liberté à nos esprits et de les aider à s'élever au-dessus du sort. Oh ! quel trésor inépuisable il y a dans la sagesse et dans la connaissance de Dieu! Que les jugements de Dieu sont impénétrables et ses voies insondables !

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