‹ Méditations sur la religion chrétienneChapitre 26 sur 45 · Évangile selon saint Marc, ch. xvi, v · texte numérisé non relu

Évangile selon saint Marc, ch. xvi, v

le lointain avenir. A ceux qui confondent Tâme et le corps et ne voient dans Thomme qu'un produit et une forme éphémère de la matière, je n'ai rien à dire ; qu'ont-ils à faire des paroles de l'Évangile, et de ce prix immense attaché h une ombre fugitive qui se fait illusion sur sa réalité et qui n'apparaît que pour aller se perdre dans le néant? C'est aux spirltualistes et aux chrétiens qu'il convient de parler magnifiquement de l'âme humaine , et ils en parlent ainsi, parce qu'ils voient dans toute âme humaine un être véritable, l'homme réel et individuel, avec la grandeur de sa nature et de sa destinée.

Ce qui fait la valeur de l'être humain, de tout être humain, c'est sa liberté et sa responsabilité morale ; c'est parce que l'homme croit essentiellement à la distinction du bien et du mal moral, à l'obligation qu'elle lui impose, à sa liberté d'accomplir ou de rejeter son obligation, et à sa responsabilité pour l'usage qu'il fait de sa liberté.

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c'est parce que telle est la nature de l'homme, soit qu'il s'en rende compte ou non, que l'Évangile place l'homme si haut et lui fait une si sublime destinée. Les philosophes, chrétiens ou non chrétiens, ont fait de grands efforts, mal conçus, à mon sens, pour résoudre le problème de la liberté humaine mise en regard de la prescience divine; l'Évangile reconnaît et proclame la liberté humaine ' sans s'inquiéter du problème de la philosophie; c'est sur le fait que l'homme est un être libre et responsable que repose la religion chrétienne tout entière : la liberté humaine est le point de départ de tout ce que le christianisme dit et ordonne à l'humanité.

Le christianisme est donc essentiellement libéral, au profit comme au nom de tout homme ; par sa notion première et fondamentale de la nature humaine, il donne à la liberté la base la plus solide et le droit le plus large que la pensée humaine puisse concevoir. Les plus hardis publi-

cistes ne portent pas. aussi haut que' l'Evangile la dignité native et universelle de l'homme et ses conséquences.

Le christianisme ne s'en tient pas là : après avoir ainsi fondé en principe la liberté, il lui donne la sanction pratique dont elle a besoin; il établit le droit de résistance à l'oppression. Les sacrificateurs et les chefs de la synagogue de Jérusalem « défendirent absolument aux apôtres Pierre et Jean de parler ni d'enseigner en aucune manière au nom de Jésus; » mais Pierre et Jean leur répondirent : « Jugez vous-mêmes s'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'à Dieu. * » Les apôtres persistent dans la profession de leur foi ; rappelés devant le souverain sacrificateur qui leur dit : « Ne vous avons-nous pas défendu expressément d'enseigner en ce nom-là? » Pierre répond : « Ilfaut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. * y^

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