‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 132 sur 161 · L'EXALTATION · texte numérisé non relu

L'EXALTATION

Le pape saint Léon dit dans son huitième semon sur la passion du Seigneur : c Le Christ élevé sur la croix nous représente tout autre chose que ce qu'y voyaient les impies, auxquels il a été dit par Moïse : Votre vie sera pendante devant vos yeux; vous serez jour et nuit dans la crainte, et vous ne croirez pas à votre vie. Ceux-là, en effet, ne pouvaient voir que leur crime dans le Seigneur crucifié, et leur crainte n'était pas celle que justifie la vraie foi, mais la peur qui torture une mauvaise conscience. Que votre intelligence, illuminée par r£sprit de vérité, reçoive donc dans un cœur pur et lihre la gloire de la croix rayonnante au ciel et sur la terre, et qu'elle pénètre le sens de ces paroles du Seigneur, annonçant l'approche de sa passion c C'est maintenant le jugement du c inonde; maintenant le Prince du monde va être «jeté dehors. Et moi, quand j'aurai été élevé de < t0m, j'attirerai tout à moi. »

« 0 puissance admirable de la croix ! ô gloire ineffable de la passion, dans laquelle se trouve le tribunal du Seigneur, le jugement du monde et la puissance du crucifié. En effet, Seigneur, vous avez tout attiré à vous, et quand vous avez tendu totlt le jorn* vos mains vers ce peuple incrédule et rebelle, te monde entier a senti qu'il fallait rendre iMmaiagtt à votre majesté. Vous 9Mz Umt attiré k vous, Seigneur, lorsque en exécration du côiae

D£ LA BàmTE CROIX. 715

dea juifs, tous les éléments ont porté, en quelque sorte, une même sentence, les flambeaux du ciel s'obscurcissant, le jour se changeant en nuit, la terse s'agitant par des mouvements insolites et ainsi toute la création se refusant an service des impies. Vous avez tout attiré à vous, Seigneur, puisque le voile du toupie étant décbiré^ le Saint des saints s'est éloigné d'indignes pontifes^ afin que la figure cédât la place à la vérité, la prophétie à la réalité et la loi à TJÊvangile. Vous avez tout attiré à vous, Seigneur, afin que ce qui était couvert dans un seul temple de la Judée par i» symboles obscurs , la piété de toutes les nar tiens le célébrât par un sacr» ment complet et manifeste. Maintenant Tordre des lévites est plus illustre, la dignité des vieillards plus grande^'et l'onetion des prêtres plus sacrée, parce que votre croix est la source de toutes les bénédictions, la cause de tontes les grâces. Par elle en tons ceux qui croient la faiblesse est changée en force, l'opprobre en gloire, et la mort en la vie. Aujourd'liui Tunique offrande de votre corps et de votre sang remplace la variété des sacrifices charnels et les victime sani- BMdes, parce que vous êtes le véritable agneau de Dieu qui portez les péchés du monde, et qu'ainsi vous accomplissez en vous tous les mystères, afin que, comme il n'y a plus qu'un sacrifice, il n'y ait plus aussi qu'un beul l oj aume parmi les nations. »

716 L^EXÂLTATION

PRATIQUE

Jésus-Christ ne reconnaît pour son disciple que celui (Xuî, fusant abnégation de soi, prend sa croix, la porte tous les jours et le suit. Faut«il prendre cette

parole à la lettre et monter comme JéoUii au Calvaire avec une croix de boi^ sur les épaules? La croix est le symbole de tout ce qui traverse la nature, la fait souffrir, la mortifie dans le corp?, dans lesprât et dans le cœur. Le Calvaire est partout où nous sonunes contrariés, tribulés. Partout la croix est devant nous, à côté de nous, en nous. Le monde est tout hérissé de croix; car nous y avons toujours à souffrir par noire volonté, par celle des autres ou par les circonstances.

Mais la souffrance, inévitable ici-bas, est profitable, inutile, ou nuisible suivant la manière de la por> 1er. Si c'est avec légèreté et en la secouant le plus vite possible , on n'en ressent qu'une douleur passagère qui ne sert de rien. Si c'est avec la colère de la mauvaise volonté, comme Tanimal sans raison quand il est blessé, on l'augmente par Tirritation et on n'en retire aucun profit moral. Si c'est avec stoïcisme, se roidissant contre elle par un sentiment d'orgueil ou de ftiusse dignité, on s'épuise par un semblant de force qui n'a ] oint de base, et on finit toujours par blasphémer la Providence : ce qui est mortel pour Tàme. La seule manière d'en profiter est de l'accepter en union avec Jésus Christ , qui a consenti à souffirir et à mourir en la place de l'humanité coupable pour la racheter et la sauver. C'est l'esprit de la croix qui tourne le mal en bien et fait sortir la vie

de la mort. Alors la douleur devient un bonheur, parce

qu'elle est remède soit dans une épreuve envoyée par Dieu, soit pour l'expiation de nos péchés ou de ceux des aut. es. Heureuses les âmes qui, n'ayant pas besoin d'expier pour elles, souffrent pour les autres! Elles ont la gloire de ressembler davantage à Celui qjai a souffert pour tous par une participation plus grande à son divin sacrifice. Mais le Seigneur dit qu'il faut porter sa croix tous les jours. Un acte de renoncement ne suffit donc pas. La volonté doit s'y résigner à chaque instant, toujours prête à s'immoler avec le Crucifié : ce qui est évidemment au-dessus des conditions de la nature, contraire même à tous les instincts de rhumanité, lesquels ne peuvent être surmontés et vaincus que par une force d'en haut ou surnaturelle, communiquée à l'âme régénérée par la grâce du Dieu fait homme.

PRIÈRE

0 mon Sauveur, vous avez promis d'attirer tout à vous du haut de votre croix, et votre promesse s'est accomplie par la conversion des nations et des péchenrs de tous les âges. Que la vertu divine de cette

croix s'étende jusqu'à moi, et que par elle, devenu pénitent de cœur et d'esprit, je bénisse à jamais votre infime miséricorde. Ainsi soit-il«

Page 1