‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 141 sur 161 · ËVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V, M · texte numérisé non relu

ËVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, V, M

• Jésus voyant la foule du peuple qui le suivait, monta sur une montagne, et lorsqu'il se fut assis, ses disciples se placèrent auprès de lui. Prenant alors la parole, il les instruisait en disant : Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre. Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. Heureux ceux qui sont miséricordieux, parce qulis obtiendroA miséricorde. Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Heureux les pacifiques, parce qu*ils seront ap-

pelés enfants de Dieu. Heureux ceux qui souffrent la persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux- Vous serez heureux, quand les hommes vous maudiront, vous persécuteront, vous accableront de calomnies à cause de noioL Réjouissez-vous alors et faites éclater votre joie, parce qu'une grande récompense vous est réservée au ciel. ^

Cet évangile renferme la substance de la doctrine chrétienne, en cequi concerae les moyens de parvenir au bonheur éternel ou à la béatitude dont l'Âpocalypse nous fait le tableau ; et ses moyens

ont été appelés les bidtitudes, à cause de l'expression beati et du nom de la fin où ils tendent. Il y aurait un traité à faire sur chacun ; mais nous ne pouvons ici qu'indiquer en quelques mots leur sens et leur portée,

La pauvreté d'esprit, ou par Tesprit, ou selon l'esprit, qui procure le royaume du ciel, n'est point la sottise, ni Tignorance, comme on affecte de le dire dans le monde l^er ou incroyant. Suivant les interprétations des saints Pères, elle signifie Thumilité de la foi , qui se vide de son esprit propre ou renonce à sa pensée pour croire à la parole divine, recevant avec elle et en elle la lumière et la charité d'en haut qui éclairent son intelligence

et échtaffeiit son ftma, oe qui la rend henrense. Ou

bien elle désigne la résicrnation chrétienne du pauv re ^ qui accepte sa misère en union avec Jé* sus-Ghrist et par sa grftce : ce qui lui donne l'es- < poir d'un dédommagement au ciel. Ou encore elle signifie la privation volontaire du riche, qui se fut paurre par ebarité à Texemple du Fils de Dieu en se dépouillant desi)iens de ce monde par l'aumône.

Beati mites ! G*est la douceur qui sort de Thumilité et de la connaissance de sa faiblesse. Elle porte à se résigner aux peines inévitables de cette Tie, plutôt que de regimber contre la souffirance et la mauvaise fortune. Les doux posséderont la terre, c'est-à-dire en retireront par leur patience tout le bien qu'elle peut proearer. Ou encore, avec d'autres Pères, on peut entendre par la douceur la force morale opposée à la force phyâque , et qui est essentiellement douce, parce qu'elle n'agit sur les hommes que par les moyens spirituels de la parole,, qui, en convaincant leur esprit ou tou-chant leur cœur, les amène à ce qu'elle pense et veut, donc les possède par leur conviction ou leur affection, et possède aussi avec leur volonté tout

qu'ils ont, ou la terre et ses biens.

Beati qui lugent! Âutre scandale pour le monde, qui ne voit dans les pleurs que les signes de la peine ou les effets de la douleur, tandis que Jésus-

Christ en fait ici une source de joie et de bëati<*

tude. Ceux qui pleurent seront consolés, dit-il. C'est doioo qu'ils auront fiait en pleurant quelque chose pour Dieu qui leur en tiendra compte, et cela n'arrive que dans les larmes versées pour la • justice ou par le chagrin d'avoir commis le mal^ à savoir, les larmes du repentir de ses fautes, de la résignaiioa dans la souffrance, ou de la compassion pour les peines des autres. Les jdeurs de dépit, de ressentiment,' d'envie , de colère sont amers comme leur principe^ et ne servent de rien pour le bonheur ni de la terre, ni du ciel. Celui-là sèul qui souffre et pleure pour la justice mérite d'être consolé. •

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice 1 Pleurer ses fautes montre que le sentiment de la justice est réveillé dans le cœur, qui la recherche dès lors pour satisfaire sa conscience et soutenir sa vie morale, dont la justice est Taliment. Elle devient donc un besoin pour l'homme qui veut sortir du mal ou l'éviter avant tout. Ce besoin le pousse à combattre le mal en lui et hors de lui, et h l'expier pour lui-même ou pour les autres, afin de le diminuer ou de le détruire par le châtiment mérité. De là le désir ardent ou la soif de la réparatiou chezles grands pécheursconvertis ou chez lessaints, et cette soif s'apaise par les rigueurs de la mortification qui doit éteindre le péché et jses suites, à

Texemple de Timmolation de Jésus-Christ pour le rachat et le salut des hommes. Ceux qui ont faim et soif de la justice auront le bonheur d'être rassassiés , parce que ne faisant que ce qui est conforme à l'équité, à la loi divine, à ia volonté de Dieu, leur ftme s*unissant toujours plus à Dieu qui est la justice souveraine, y trouvera de quoi apaiser sa faim dévorante, ou le désir infini du bonheur qui l'agite.

Heureux les miséricorâieux! La miséricorde est au-dessus de la justice^ qui dans sa rigueur rçnd le bien pour le bien, mais aussi le mal pour le mal. La miséricorde est une émanation de la charité ou de Tamour divin, qui rend au contraire le bien pour le mal, et vainc le mal par le bien ou l'absorbe dans le bien. De là ces paroles du Sauveur : Faites du bien à ceux qui vous font du mal et priez pour ceux qui vous maudissent, ou vous persécutent. C'est ce qu'il a fait toute sa vie et même sur la croix en priant pour ses bourreaux. L'homme se rapproche donc daydntage de Dieu en exerçant la miséricorde. Il devient Timage plus ressemblante du Dieu d'aniour, et s*il a été miséricordieux pour les autres, Dieu le sera pour lui un jour ; car il sera donné à chacun selon ses œuvres, et la mesure qu'il aura employée envers ses semblables lui sera appliquée.

 mesure que Thomme est plus miséricordieux^

F£T£ DB T0U8 LES SAINTSL 737

il devient jneitteiir; car Use détache davantage

de lui-même, de son égoisme naturel, de ses penchants terrestres, et des choses qui y corresr pondent. Son cœnr s'épure et à*élève en se tournant vers Dieu dont il reçoit plus abondamment la lumière et la grâce, et alors il voit Dieu dans cette lumière céleste qui illumine à ses yeux toute la création physique et morale. Le sens du divin a été ouvert en lui, et déjà en ce monde, par rexerdce plus ou lioins intense de ce sens supérieur excité sans cesse par les rayons de la puissance divine qui y pénètrent de toutes parts par les voies naturelles et surnaturelles , par les œuvres magnifiques de la nature ou par les clartés de la« parole sacrée , le cœur pur aperçoit Dieu partout, en lui et hors de lui. Il commence donc * à jouir ici-bas, bien qu'à un degré inférieur, de cette vue de Dieu, qui lui procure sur la terre ses joies les plus vives, et qui sera consommée un jour au ciel par la plénitude de la vision héatifique, où il connaîtra Dieu comme il en est connu.

La pureté du cœur procure la paix de Pâme ; la véritable paix que le monde ne connaît pa§ et ne peut donner, celle que le Sauveur a apportée sur la terre en réconciliant l'homme avec Dieu par le prix de son sang , avec ses semblables par le dévouement de la charité, avec lui-même par le repentir et Tabsolution de ses fautes. Et alors ceux

qui jotdflBeni de cette paix da ciel , réhabilitée auprès de Dieu par Jésus-Christ, et vivant en lui de sa yie, seront appelés à juste titre les enlantsde Dieu; car ils ont été rajeunis par le Verbe, qui les a fait renaître dans Teau et parTesprit ; et, comme dit saint Jean y ceux qui reçoivent en eux le Verbe descendu du ciel, ont le pouvoir de devenir les fils adoptifs du Père, par conséquent, le^s frères et les cohéritiers du Fils, et ceux-là ne sont nés ni du sang ni de la volonté dft la chair mais de Dieu même. (Jean, I, 13.)

Enfin à l'homme ainsi jcégénéré en Dieu, devenu une nouvelle créature, ce qui peut arriver de phis heureux au point de vue du salut , c*est de souffrir la persécution pour la justice^ ou pour Tétablisse- * ment du royaume de Dieu sur la terre. Ceux qui auront sacrifié leur sang et leur vie pour la cause de Dieu , en accomplissant sa loi et sa parole an milieu des cratr^dietions humaines, recevront la récompense qu'ils ont ambitionnée, jusqu à mourir pour le gagner. Ils sontmorts pour Jésus-Christ, comme Jésus-Ghrist est mort pour eux, et ils lui sont unis à jamais par Timmolalion d'eux-mêmes dans sa justice et son amour et aussi dans sa gloire et son bonheur. Car ceux-là seuls jouiront avec lui, qui auront souffert comme lui.(/îo??i.,MII, 17.) C'est pourquoi à Jean, qui demande au vieillard : Qui sont ces hommes? le vieillard répond : Ge sont

ceux qui viennent de la grande tribulation et qui ont lavé leur robe dans le sang de TAgneau. {Apoc.j YII, 14.)

PRATIQUE

Qui nous empêche de faire sur la terre ce que les bienheureux font au ciel? Nous tenir en la présence de Dieu, toujours prêts à exécuter ses ordres, ou ne Touloir que ce que Dieu veut; éviter tout ce qui peut souiller la robe blanche reçue au baptême, ou la laver dans la piscine sainte, nous servir utilement des armes du salut, dont l'Église nous a revêtus, et chanter les louanges de Dit u , au moins en ne faisant rien que pour sa gloire et par Texpression de notre reconnaissance : voilà ce que tout chrétien peut faire chaque jour, à chaque instant, en union avec les habitants du <âeL

PRIÉRB.

Dieu tout-puissant et éternel, qui nous accordez la gràee d'honorer dans une même solennité les mérites de tous vos saints, faites que, en multipliant nos intercessions auprès de vous, nous éprouvions de plus en plus la multitude de vos miséricordes, par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

U COMMÉMORAIIOÎ} DES MORTS.

£PITR£ (1 aux Cor., XY, 51-67).

Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons fous, mais nous ne serons pas tous changés. £n un moment, en un clin d'oeil, au son de la dernière trompette, car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu d'in* corruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité» £t quand ce corps mortel aura été revêtu d'immortalité, alors cette parole de l'Écriture sera accomplie : La mort a été absorbée par la victoire. 0 mort, où est ta victoire ? 0 mort, où est ton aiguillon ? Or le péché est Taiguillon de la mort, et la loi est la force du péché. Mais grftces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus-Ghrist •

^ GOMMÉMORÂTION DES MORTS. 741

La Téritë qne TApôtre annoDce. ici est im véritable mystère, que la raison réduite à ses seules forces ne peut ni découvrir ni expliquer, et qui a été révélé à saint Paul par la lumière snmaturelie, qui éclaire les choses de Téternité. La raison peut comprendre l'immortalité de Tâme, à cause de sa nature spirituelle, simple et indivisible, qui Tempêche de se corrompre et de se dissoudre. Puis elle a par l'exercice même de sa pensée, qui domine les faits matériels par l'idée, le sentimént, et comme la conscience de sa persistance après la mort. Mais elle n a aucun motif pour croire k la permasience ou k la résurreetiiâi des. corps* EUe voit au contraire les cadavres se décomposant chaque jour retourner h la terre dont ils ont été formés, et rien ne peut lui donner à penser que la poussière humaine, confondue dans la poussière universelle du monde, s'en sépare un jour pour s'organiser de nouveau et se réunir à Tàme qui Va, vivifiée dans son existence terrestre. Aussi la phi* losopbie ^rituali^te ne sait que faire de la cbçir, après la mort, et tout en admettant la permanence de la personne humaine, qui doit être jugée alors en raison du bien ou dumal commis ici-bas, elle ne s'inquiète nullement de la destinée du corps, qui est cependant une partie intégrante de Thumanité, mooitrant par là qu'elle ne sait pas plus ee qu'elle est dans son état présent gue ce. qu'elle

742 COMMÉMORATION DBS MORTS^

deviendra dans son état futur. L'homme immortel

des philosophes ressemble singulièrement aux ombres des champs Élysées^ ou aux mânes errants sur les bords du Styx.

Or, la doctrine chrétienne, expression de la par<Àe divine, affirme que les morts ressusciteront en âme et ên corps; ou. autrement, et c'est le sens propre du mot ressusciter, que Tâme au grand jour du jugement universel repr^dra le même corps auquel elle a été unie sur la terre et dont la mort l'a séparée. Elle a déjà été jugée dans le jugement' particulier à sa sortie de ce monde ; mais à la fin du temps où la justice doit être pleinement réparée et la restauration uni^ vérselle, chaque hoomie doit reparaître au tribu-* nal divin dans l'intégrité de sa personne, afin d'être récompensé ou puni dans son âme et dans son corps, puisque Tune et Tautre ont contribué à ce qu'il a fait. C'est ici que se trouve le mystère ■ dont parle saint Paul , à savoir, que le temps étant détruit et Tétemité s*c»nparant de toutes choses, tous les êtres seront immobilisés dans cette crise définitive parTarrêt du souverain Juge, qui les mettra tous à leur place. Tous les honunes ressusciteront donc pour le jugement avec tous les éléments de leur humanité, mais tous ne seront point changés. Les justes seuls le seront, parée que, unis à Jésus-Ghiist par leur foi et leur amour.

GOMMÉMOBAISCWr BfiS MORTS. 743

ils fieront tnnsformés en son image dans le«r

chair purifiée comme dans leur âme sanctifiée, et ainsi ils sexoot des membres sains et valides du coorps m]^tique de Jésns4]lhrist on. de l'Église. Ils reparaîtront donc plus purs, plus brillants, plus beaux dans leur âme, et leur corps sera spiritua* lisé ; il deviendra le corps spiiiUiel dont parle saint Paul. (1 Cor., XY, 44.) Seminalur corpus animale^ mrget corpm spirilaU. Mais les méckantSy morts dans Timpënitenee finale on sans s'être réconci* liés avec Dieu, tous ceux qui, repoussant le bien- £ût de la rédemption par Jésus-Christ sont sortis de ce monde avec nne Ame corrompue par le mal et im corps dégradé qui eu a été riusirument, ceuzrlà ne seront pas changés» Ils reparaitrxmt devant Dien couverts des honteux stigmates du vice dans leur âme et dans leur corps. Gomme pc* trifiés dans leur ignominie, ils revêtiront Timmor-» talité de Tenfer pour un supplice sans fin, comme les justes seront revêtus de celle du ciel pour leur bonheur éttsmel; car il n'y aura plus de raismi de mourir, parce que l'éternité aura tout absorbé. Il n'ya ura plus de devenir^ puisque tout sera consommé, et que le règne de Dieu par sa justice sur les méchants et par sa rgiséricorde et son amour sur les bous aura tout réglé et remis en ordre. C'est pourquoi TApêtre s'écrie : La mort a été ^orbée dans la victoire, dans le triomphe de Jé*

744 GOlOfÉMORATION DES MORTS.

siis-Ghristy qui a délivré les justes par sa grftce et enchaîné à toujours le mal et ses satellites par sa puissance. C'est le péché de la volonté pervertie de la créature qui a produit la mort dans la création, et la loi par son opposition irritait le péché et le ' rendait plus grave par la connaissance qu'elle en donnait. Jésus-Ghrist, en détruisant le péché par l'expiation de son sang et par les mérites de son sacrifice, a aboli la mort qu'il avait engendrée. Il a rendu la loi inutile en loi étant son objet, ou autrement il a absorbé la justice dans la charité.

Demeurons donc avec i'Apotre inéJbranlajbies dans la foi à notre résurrection future ; et puisqu'alors nous recevrons infailliblement la récompense ou la punition du bien et du mal commis ici-bas par notre ftme et dans notre corps, parties essentielles et solidaires de notre humanité, préparons-nous une résurrection heureuse en faisant servir les membres de notre corps d'instruments à la justice et à la charité, les préservant de l'impureté et de la corruption^ afin que uotre corps semé dans rignominie, se lève dans la gloire, semé dans la faiblesse, ressuscite dans la puissance, et de corps animai qu'il est aujourd'hui, devienne un corps spirituel, conforma à la gloire de celui de Jésus-Ghrist et ainsi participant avec Tàme à la lumière^ à la puissance, à l'amour^ et à la béatitude de l'éternité.

COMMÉMORATION D£S MOaXS* 745 ËVANGILE SELON SAINT JEAN, Y, 2&-29.

. Jésus dit aux juifs ; £n vérité ^ en vérité^ je vous le dis, l'heure vient et elle est déjà venue où les morts entendront la voix du fils de Dieu, et ceux qui l'entendront vivront. Car, comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donne au Fils d^avoir la vie en lui, et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est le Fils de THomme. Ne vous étounez point de ceci, car l'heure vient où tous ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie éternelle ; mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour la condamnation.

En ce jour consacré à la Commémoration des morts el qu on appelle aussi la féte des âmes^deux pensées doivent nous préoccuper : la pensée des personnes chères que nous avons perdues, et celle de notre propre mort. Ou oublie aisément les amis disparus, dès que leur présence ne vient plus ranimer leur souvenir, et parce que de nouvelles impressions, au milieu des affaires

746 GOMMÉMORATIQN DES MORTS.

OU des plaisirs du monde, effacent promplement les andennes. Mais TÉglise, qui n'oublie rien, nous les rappelle par cette solennité funèbre, ou bien elle en ravive la mémoire ; car il y a des morts qu*on n'oublie jamais* Une mère n'oublie point ses enfants perdus , et les âmes qui ont été unies en Dieu ici-bas par la foi et la charité ne sont jamais entièrement séparées.

Où sont-ils à cette heure ceux que nous avons aimés et que nous aimons encore ? La raison et la foi s'accordent à nous dire qu'ils vivent dans un autre monde, où iJs sont traités en raison de leurs œuvres en celui-ci, récompensés s'ils ont fidt le bien, punis s'ils ont fait le mal, conformé» ment à l'imprescriptible justice, ^'appllcjuant au ciel comme sur la terre, et qui consiste k rendre à chacun ce qui lui est dû. Us ont donc été jugés'au tribunal divin et envoyés chacun en son lieu.

Pouvons-nous être en rapport avec eux? Notre ftme peut-elle communiquer avec la leur? Oui, et de deux manières ; naturellement, parle souvenir^ par Timagination, par laffection qui nous est res* tée au cœur, par l'espérance de leur bien-être. Mais tout cela est bien vague, et quoique nous puissions en retirer quelques consolations person* nelles, nous n'y trouvons pas les moyens de leur être utiles et de leur faire sentir notre amour. Sumaturellement^ par la foi, qui nous ouvre Tac-

OÛMMJÊMOAATION D£â MORTS. 747

€ès da Tautre monde ou la raison ne peui pénétrer^ et nous fournit par rÉglise, ses sacrements

et ses prières^ des moyens sûrs de communiquer avec les morts, et d'être en sympathie vivante avec eux. L'Église, en effet, est le corps mystique de Jésus-Christ, dont tous les chrétiens sont devenus les membres par le baptême. Or, entre toutes les parties d'un corps vivant il y a le lien et la solidarité de la vie. Ils gravitent autour d'un iuéme centre et sont animés par un même sang. Ils sont donc membres les uns des autres, et ainsi ils peuvent s'aider mutuellement. Dans le corps de rÉgUse, comme en tout corps vivant»- il y a trois régions, la supérieure ou le ciel, qu'on appelle rÉglise triomphante, Tiniérieure ou le purgatoire, qui est l'Église souffrante, et la moyenne, celle de la terre ou l'Église militante. Il y a une communication incessante entre les trois parties da rÉglise comme entre les trois régions d'un organisme, la tête, la poitrine et l'abdomen, et cette communication s'opère par le centre même du corps, qui est le principe de la viede Jésus-Ghrist^ et par le saD^% qui émane de son cœur sacré et vivi^ l'ensemble* G' est donc en Jésus-Ghrist et par son sang divin que nous pouvons être en rapport avec les âmes de l'autre monde, qu'elles appartiennent à l'ËgUse triomphante ou à TÉglise souffrante. Nos ftmes peuvent se réunir dans le

saint sacrifice où ce sang expiatenr et régénérateur

est offert, et là, dans la sainte communion et par la prière, expression du désir du cœur^ offrant à Dieu les mérites du Sauveur et nos vœux pour ceux que nous aimons avec les bonnes œuvres et les mortifications faites à leur intention, nous pou- Yons les secourir efficacement dans leur voie d'expiation et de purification , et ainsi contribuer à abréger ou à atténuer les soufi'rances si vives du feu épurateur, qui doit dévorer en elles tout ce qui les empêchait de voir Dieu^ qui est la pureté même*

Le purgatoire est donc une conséquence nécessaire de notre fin dernière, qui est la vision de Dieu , et de la faiblesse humaine qui ne peut y atteindre que par une purification radicale et com'^ plète. Or, si cette purification n'a pu s'accomplir sur la terre, il faut bien qu'elle s'achève ailleurs, avant que l'ftme puisse entrer au ciel, où rien d'impur ne pénètre. En vérité, je vous le dis, vous ne sortirez point de là, que vous n'ayez tout payé. (Matth., Y, 26.) C'est pourquoi il est de dogme que les âmes sortant de ce monde sans être entièrement pures, doivent achever leur épuration dans un lieu appelé à cause de cela purgatoire; que là elles seront pénétrées par le feu (I Car., UI, 14, 15), qui dévorera ce que la lumière ici*bas n'aura pu détruire, et avec des soufirances mille fois plus

vives que celles de ce monde » parce que n ayant plus de corps , et atteintes par Taction directe du feu, elles n'auront aucun moyen de s'y soustraire ni d'adoucir leur situation. Leur liberté sera suspendue par Tachèvement de l'épreuve et le prononcé du jugement, et elles ne pourront plus participer aux grâces de l'Église que par laffection pieuse de ceux qui prient pour elles sur la terre, et appliquent l'intention de leurs communions et de leurs lK)nnes œuvres am soulagement et à la délivrance des âmes du purgatoire.

Voilà ce que l'Église nous invite à faire en ce jour, en faveur de tous les défunts dont elle célèbre la cdtnmémoration, et c'est la seule manière de leur être utiles en leur prouvant efficacement notre amour. Prions donc pour nos chers morts, communions en union avec eux, en leur appliquant les mérites du saint sacrifice offert pour eux. Faisons en ce jour une bonne œuvre à leur intention, et imposons-nous quelques mortifications qui leur profite par notre bonne volonté à leur égard et la solidarité de notre âme avec la leur. Tout le reste est la démonstration d'une douleur impuissante ou de la vanité humaine. Ge sont des pensées terrestres, qui ne s'élèvent point au-dessus de la terre, dont elles recherchent les louanges ou Tadmiration, et quel que soit Téclat avec lequel elles se manifestent, eUes ne servent

de rien au défont qoi en est Tobjet^ sinon le pré^ texte,

La seconde pensée^ qui doit nous occuper en oe jour, est celle de notre propre mort; certaine, puisqu'il est décrété que tout homnae mourra ;n)ais incertaine, quant à l'époque où elle arriyera et à la manière dont elle se fera. Ce sera peut-être demain^ aujourd'hui, tout à l'heure, au moment oii nous y penserons le moins. Elle viendra pendant la nuit comme un voleur et avec surprise. Pensons-y donc d'avance, et tâchons de nous tenir prêts, comme les vierges sages qui avaient rempli leurs lampes pour attendre l'Époux. La mort est la crise finale de la vie actuelle; elle en termine l'épreuve, et par cela même décide de notre éternité. Elle est ce qu'il y a de plus important dans notre existence ici-bas ; car nous ne vivons que pour bien mourir. Implorons donc par une prière fervente la grâce d'une bonne mort, surtout par l'intercession de la sainte Vierge, à laquelle nous demandons chaque jour son assistance à cette fin; sainte Marie, priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort. Demandons d'être préservés d'une mort soudaine, imprévue, qui nous jette dans Téternité malgré nous ou sans une préparation suffisante. G*est sur la croix qu'un chrétien doit mourir avec son divin maître , et pour cela il faut qu'à son exemple il offre à Dieu eu

GÛ^JMÉAIORATION DES AIÛIITS. 751

expiation du péché le sacrifice de sa vie, et remette son esprit entre ses mains dans toute la plénitude de sa liberté. Voilà la mort éternellement glorieuse et véritablement profitable; car elle jprocure une gloire et une félicité qui ne finiront jamais.

PRATIQUE

Prions, communions et faisons des bonnes œuvres et des mortifications à Pintention des chères âmes que nous pleurons. (Test le seul moyen de leur ftiire

sentir efficacement notre aû'ection, et de leur être vraiment utiles en abrégeant ou adoucissant les douleurs de leur purification*

Mon Dieu, j'unis de tout mon cœur ma prière aux vœux et aux désirs de votre Église en faveur des âmes du purgatoire, et je vous offlre les mérites infinis de mon Sauveur, vous demandant en son nom et par l'intercession de tous les anges et des saints la délivrance des âmes justes, qui, hors de cette vie, soupirent après le moment de vous posséder dans Téternité. Ayez pitié, Seigneur, de ceux, pour lesquels je dois plus spécialement supplier votre infinie bonté, et réunissez-nous tous par la vertu de votre grâce dans le séjour de la gloire. Ainsi soit-iU

U FfiÉSENIAÏlOM M U S" YISBGË AU Ï£MPLË.

LEÇON TIRSE de L'EGCLfiSUSTIQUE,

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