III. POINT
La troisième vertu que fait paroHre la sainte Vierge en sa visite d'aujourd hui , c'est la charité qui la presse d'aller se réjouir avec
sa cousine du bonheur qui lui est arrivé , et la rendre par ce moyen participante delà plénitude de ses grâces, jusqu^à la remplir du Saint-Esprit, et à sanctifier le fruit qu'elle porte dans ses entrailles.
Remarquez maintenant les différences qu'il y a entre les \isites que vous faites tous les jours, et celle que la sainte Vierge fait aujourdlîui. La Vierge ne va voir sa cousine que par l'inspiration qu^elle en reçoit de Dieu 5 et vous dans les visites , même les plus pieuses , comme celles des malades, des prisonniers , des parents , souvent vous n^y êtes porté que par Tesprit de curiosité, de vanité , d'intérêt, d'amour-propre, et tout au plus d'une civilité purement mondaine. La Vierge n'y va que pour être utile à Sainte Elisabetli , et remplir'^a maison de bénédictions. Et souvent les visites des Ecclésiastiques, qui 4evroient sanctifier les autres, sont plutôt un sujet de scandale que d'édification. Chez Zacharie on n'y parle que de Dieu, et dans les compagnies ou n'y parle que du monde , de nouvelles, de la mode, du prochain, et de choses semblables. Là on y donne des louanges , et ceux qui les méritent , ne peuvent les souffrir : ici on médit des autres , et si on y parle de soi , ce n'est qu'avec orgueil, et en s'attribuaut des choses qui ne nous sont pas dues.
CHRÉTIENNÊSé 2^5
Réformez aujourd'hui sur ce modèle qui vous est proposé, les visites que vous faites , et celles que vous recevez. N'allez jamais en visite , que la nécessité ou la charité ne vous y ohlige ; faites-les courtes, le plus que vous pourrez ; que vos entretiens soient de Dieu et de choses profitahles à ceux que vous entretenez; n"'usez jamais de flatterie envers personne ; soyez ignorant des nouvelles du siècle, et négligez de les apprendre; ne souffrez pas qu'on médise de personne , ni que Dieu soit offensé en votre présence. C^est ce que l'on attend d^un Ecclésiastique , qui ne doit avoir autre vue en toutes ses actions, que la gloire de Dieu et le salut du prochain , et qui , par l^odeur de ses vertus , doit être autant redouté des médians, qu'il doit être aimé et honoré des hons : c'est pourquoi ils sont comparés , avec la Sainte Vierge, à l'odeur de vigne, qui charme si agréahlement l'odorat , et qui donne en même temps la chasse aux serpents et aux autres Lêtes venimeuses.
Ego quasi vitis fructijicavi suaviiatem odoris, Eccli. 24. 23.
Citô adventus Mariae et praesentiœ Dominicae bénéficia declarantur. ^. Ambr, L 2. in Luc.
Quoties inter homines fui , minor homo redii. Lib. 1. de Imit. Chr. c. 20. 2.
Cogitayerunt p et locuti suai nequitiam. psal. 72. 8.
Negotium justum suscipit nécessitas cbaritatis. s»
j4ug. ig. de civ. c. 19.
In omni conversatioue sancti sitis. 1. Petr. 1. i5.
Exemplum esto fidelium in \erbo , in conversatione^ 1. Tim. /^. 12.
Si quis loquitur , quasi sermones Dei. i. Petr. 4. n.
Vœ quae consuunt pulvillos sub omni cubito manus. Ezech. i3. 18.
Sequere me , et dimitte Mortuos sepelire mortuos «nos. Matth, 8. 22.
Amicus usque ad aras.