‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 163 sur 168 · A LA RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

A LA RÉCONCILIATION

père ; vous m'aviez fait membre de votre Fils, je me suis séparé de ce divin chef; vous aviez choisi mon cœur et mon corps pour être un temple vivant dans lequel devait toujours habiter votre esprit, et je l'en ai ignominieusement chassé; j'ai pris le démon pour mon père, pour mon chef et pour mon roi. Je sens que mes péchés sont si énormes, qu'il m'est impossible d'en comprendre toute la grandeur ; vos anges ne peuvent pas même concevoir combien ma révolte est criminelle. Vous seul, ô mon Dieu, connaissez l'excès de ma folie et de la misère où je me suis réduit ; vous voyez aussi toute l'horreur que votre grâce m'en fait concevoir. Il n'y a que cela qui puisse me consoler. Je hais si fort le péché que je préfère mourir que d'en commettre. Je sais que je suis bien faible, mais je fuirai de loin toute occasion qui serait capable de m'engager dans la moindre faute; si jamais je suis exposé à faire le mal, je. me souviendrai de la grâce que vous allez m'accorder, et ma reconnaissance me rendra victorieux de tous vos ennemis et des miens.

Mais puisque j'ai mérité l'enfer et que vous ne pouvez pas permettre que le péché soit impuni, que ne dois-je pas souffrir! Jésus-Christ a été livré aux tourments et à la mort pour moi ; mais vous aimerais-je véritablement, et haïrais-je sincèrement le péché, si je le laissais souffrir tout seul ? Non, mon Dieu, il faut que je sois puni ; j'y suis tout déterminé. Je déclare jusqu'à la fin de ma vie la guerre à mes sens, je les mortifierai autant que je le pourrai, et puisque l'orgueil a été le principe de chacun de mes péchés, selon que vous le dites vous-même, je recevrai comme un remède salutaire toutes les humiliations qui m'arriveront ; je suis même décidé à les rechercher. Je priverai mon esprit et mon corps de tous les soulagements qui ne me seront pas nécessaires pour le soutien de ma vie et la conservation de ma santé. Heureux si ces légères souffrances me font participer à la satisfaction infinie que Jésus-Christ, le grand pénitent

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