‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 128 sur 212 · NI. VENDREDI LE CARÊME · texte numérisé non relu

NI. VENDREDI LE CARÊME

tare, des jugements et delà justice de Dieu? Ils finissent souvent par confesser leurs péchés à la mort, mais ils ne ne peuvent rien; leur pénitence n'est-elle point vaine, parce qu'elle est tardive et forcée ?

2° Judas voulut jouir de son crime tant qu'il le put ; il comprima autant que possible les remords de sa conscience, en se persuadant que Jésus-Christ ferait comme d'autres fois, qu'il s'échapperait, ou que s'il ne s'échappait pas, c'est qu'il ne le voudrait pas, et qu'il ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même. Voyant cependant qu'il était condamné, considérant son crime, le sang du Sauveur criant vengeance, le démon le poussant, la honte le troublant, accablé de douleur, agité par les fureurs de l'enfer, il rendit comme malgré lui l'argent qui était la cause de son crime, afin d'éloigner ainsi le tourment qui écrasait son âme, et il dit : J'ai péché en livrant le sang innocent. Ce cri fut celui d'une conscience qui crie et qui accuse, et non la confession de la pénitence accompagnée d'humilité qui déteste son crime, semblable à Antiochus qui, ne pouvant supporter le poids de la colère divine, s'adressait au Seigneur, le malheureux! mais i1 ne devait pas en obtèhir le pardon (1). Elle est vaine la pénitence que la crainte de la mort ou l'amertume et la violence des douleurs arrache au pécheur. Dieu demande un sacrifice volontaire et une conversion libre ; il en a le droit.

« Avez-vous péché? n'ajoutez pas à vos fautes, n'usez < pas vos forces à suivre la concupiscence de votre cœur, a et ne dites pas : La miséricorde de Dieu est grande, il « aura pitié de la multitude de mes péchés (2). » Ne lardez pas à vous convertir auSeigneur; si vous voulez faire pénitence lorsque vous ne pourrez plus jouir du péché, ce sont les péchés qui vous quittent, et non vous qui les quittez, dit saint Augustin.

.. Uach. 9. — (2) Eccii 21 el 5.

DÉSESPOIR DK JUDAS 253

3° La pénitence de Judas fut vaine, parce qu'elle fut tardive, forcée et réprouvée, c'est-à-dire sans espérance de pardon, sans confiance, comme celle des damnés qui excite plutôt la colère de Dieu que sa miséricorde ; elle amena Judas non à la pratique de la piété par la grâce de Dieu, mais à un piège dans lequel le poussait le démon, qui le jeta dans le profond abîme de l'enfer pour le punir d'avoir abandonné sa sublime position et sa dignité pour un peu d'argent. 0 aveuglement ! ô dureté! Judas avait connu la bonté du Sauveur et sa miséricorde, et il préféra se livrer au désespoir plutôt que de se présenter a lui. Pourquoi ne vint-il pas jeter un regard sur le visage du Sauveur, comme Pierre, en se prosternant à ses pieds? Pourquoi ne demanda-t-il pas le bonheur de lui donner un baiser, non plus pour le trahir, mais un baiser de paix et de réconciliation ? Comment Jésus eut-il reçu un infortuné suppliant, lui qui ne repoussa pas le traître au milieu de son crime? Mais son cœur était endurci et aveuglé.

Que ferai-je donc, moi qui suis dans le même état de damnation? Qui oserait, en effet, se préférer ou s'égaler à Judas, qui avait opéré des miracles par la puissance de Dieu? J'ose me présenter à vous, Seigneur, comme si je n'étais pas la cause du sang que vous avez répandu ; je vous implore et j'espère en votre miséricorde ; vous qui avez regardé Pierre et qui avez exaucé le larron, vous m'avez donné aussi l'espérance.

IIe Point. — Ayant jeté l'argent, il se retira. Le prix du sang, le paiement du crime, ne sert ni à l'avantage du traître ni au culte divin, mais on l'emploie à la sépulture des étrangers. Examinez ce mystère.

1° Judas, ayant jeté l'argent, se retira. C'est le châtiment que Dieu réserve aux avares. « Celui qui accumule avec « injustice recueille pour les autres, et l'on emploiera son « bien en orgies. Les trésors de l'impiété ne servent à « rien; l'impiété supplante le pécheur, et il n'en retirera

« aucune force (1) : l'avare ne se gorgera pas d'argent ; a celui qui aime les richesses n'en retirera pas les fruits : a c'est donc une vanité ; car de quelle utilité sont-elles « au possesseur, sinon de les voir (w2) ? »

C'est aussi le châtiment réservé à ces hommes qui, imitant la sordide avarice de Judas, ne veulent que de l'argent, ne travaillent que pour de l'argent : l'argent c'est !<ur Dieu ; ils thésaurisent, et ils ne savent pas même toujours en faveur de qui ; ils laisseront leurs biens à des étrangers ou à des enfants qui, en punition de leur avarice, les dissiperont. « Peu de chose est plus utile à a l'homme juste que.de grandes richesses entre les mains « des pécheurs (3). » Quid de clericis qui pauperes dévora» t ?

2° «Les princes des prêtres, ayant reçu l'argent, dirent: s II ne faut pas le jeter dans le trésor, car c'est le prix « du sang. Hypocrites, guides aveugles, qui craignez d'aa valer un moucheron et qui avalez un chameau (4) ! Ce n'" est ni la piété ni la religion qui leur a suggéré cela, eux qui avaient rejeté la piété et la religion ; mais il arriva ce que Dieu avait décrété par son prophète : il ne voulut pas que l'argent souillé par le forfait le plus horrible fût employé avec les autresoffrandes,pournous faire comprendre «que « les victimes et les sacrifices des impies sont abomina - 8 bles aux yeux de Dieu, parce qu'elles sont le fruit du a crime; que les trésors des impies ne servent ni au- corps « ni à L'âme. Mais la rapine des impies les entraînera, car a les pécheurs périront (5). »

3° Ayant tenu conseil, ils en achetèrent le champ d'un potier pour la sépulture des étrangers, et Judas en fut privé : tant il est vrai que son iniquité ne lui l'ut d'aucune utilité. Mais en cela le Seigneur nous montre toute sa charité envers les pauvres, et en même temps le devoir de l'hospitalité ; il a voulu nous montrer aussi que c'est au

(l) Eccli. 14; Prov. 10, 12 et 13. — (2) Eccl. o. — (3) Ps. 36. — .;' Haltli. 1). — ro) Prov. 21 cl Ï5 ; Ps. 36.

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