‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 184 sur 212 · JEUDI SAINT · texte numérisé non relu

JEUDI SAINT

Récapitulation 'tes méditations précédentes (suite).

IIe Point. — Les pécheurs ont appesanti leur bras sur moi, ils ont fait peser longtemps sur moi l'effet de leur iniquité (3). Les Juifs seuls ne crucifièrent pas Jésus-Christ, mais tous les pécheurs, parmi lesquels je suis le premier ; « car il a été blessé à cause de nos iniquités, il a été « broyé pour nos crimes (4). » Qu'avez-vous fait? vous avez donné la mort à votre Sauveur î La douleur de Jésus-Christ souffrant a été plus forte que la fureur de son persécuteur. Reconnaissez votre crime dans le crime des Juifs; reconnaissez votre iniquité, votre impiété, votre inhumanité.

\° Pourquoi vous jetez-vous sur un homme qui n'a pas commis de faute? pourquoi répandez-vous le sang innocent? // est digne de mort! Mais Pilate n'a point trouvé de culpabilité en lui. Qu'on le crucifie/ Quel mal a-t-iî donc fait? Qu'on le crucifie! Quelle est donc la fureur de la passion qui, sans aucune raison ni donnée ni reçue, poursuit l'innocent et le condamne à mort ? Combien elle

(!) ïsaïe \. — (-2) Nahum 5. — (3) Ps. 128. — (4) Isaïc 53

est injuste cette fureur qui poursuit l'innocent, le condamne selon le caprice de sa passion, et opprime l'innocence sans écouter sa défense ! Alors le gouverneur le leur livra pour en faire ce qu'ils voudraient (1). Le Sauveur se plaint de cette affreuse injustice plus que de toutes ses douleurs ; il nous assure même que toutes ses soufîrances lui eussent paru légères sans cette injure. « Si l'on trouve « en moi quelque iniquité, je me livrerai volontiers à « mes ennemis ; que mon ennemi me poursuive pour a me ravir la vie, qu'il me prenne et me foule à terre (2).»

« Mon peuple! que vous ai-je donc fait? en quoi vous « ai-je contristé? Répondez-moi (3). » Que vous a-t-il fait, lorsque vous l'avez vendu par avarice , lorsque vous l'avez frappé par colère , lorsque votre orgueil l'a couronné d'épines, et que votre impureté l'a dépouillé de ses vêtements et l'a flagellé? Il ne vous a rien fait, mais c'est la fureur de votre passion qui a tout fait. // a payé ce qu'il n avait pas pris, et vous ne paierez pas ce que vous avez pris? Il a supporté volontiers ce qu'il n'avait pas mérité , et vous ne supporterez pas ce que vous avez mérité?

2° Que la fureur des Juifs fut impie ! ils rejettent leur Roi, ils le chargent de chaînes, le couvrent de crachats, l'exposent aux railleries, ils le détestent et le maudissent : Nous n'avons point d'autre roi que César, disent-ils ; ils demandent qu'il soit conduit au supplice ; ils le rassasient d'opprobres ; ils l'abreuvent de fiel et de vinaigre, et le livrent à la mort ; ils donnent à Barrabas la préférence sur leur Dieu; ils blasphèment, l'outragent et le crucifient entre deux voleurs; ils attachent leur Dieu à un gibet. On ne peut trouver aucun terme de comparaison entre quelque tourment que ce soit et une semblable ignominie, une telle impiété, et Jésus en aurait préféré un autre quelconque : « Je suis un ver et non un homme ; a mon cœur est semblable à la cire fondue. Mon peuple.

(!) Luc 23. — (2) Ps. 7. — (5) Mirh. 6.

378 JELLI SAINT.

« que vous ai-je fait? Souvenez-vous donc que je vous ai a tiré de l'Egypte, que je vous ai délivré de la maison de i servitude. Est-ce là ce que vous rendez à voire Dieu, o peuple insensé et sans raison (1)? »

Voilà ce que vous faites lorsque vous péchez, non seulement parce que votre Père a frappé ainsi son Fils à cause de votre crime, mais parce que vous renouvelez ^es plaies ; vous repoussez ignominieusement Jésus-Christ votre Roi en disant : Je ne vous servirai pas ; vous rendez à votre Sauveur le mal pour le bien ; vous préférez une vile créature à votre Dieu ; vous foulez aux pieds son sang, et vous le crucifiez de nouveau. Vous méritez donc un châtiment semblable à celui des Juifs, et un plus grand encore. S'ils l'eussent connu, ils ne l'eussent pas crucifié, dit saint Paul. Vous, au contraire, vous le connaissez, et vous le crucifiez, et vous ne supportez qu'avec indignation une légère tribulation, vous qui ne pourrez jamais recevoir ce que vous avez mérité.

3° Que la fureur des Juifs fut atroce ! Elle fut plus cruelle que celle des bêtes féroces. Ils n'ont pitié de rien, ils ne sont jamais rassasiés de tourments. Plus Jésus-Christ endure de souffrances horribles, plus ils sont contents ; ils semblent dévorer sa ehair des yeux; leurs langues ne cherchent que ce qui peut piquer son esprit ; ils agitent leur tête en lui disant : « Allez donc, vous qui détruisez le « temple de Dieu ! Il a sauvé les autres, et il ne peut pas se « sauver; qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui.» Ils ne le quittent pas tant qu'il lui reste un souffle de vie et une goutte de sang. Qu'y a-t-il de plus inhumain et de plus barbare? Que fait Jésus-Christ? Il endure une amère douleur, et il invoque son Père: «Délivrez-moi, mou « Dieu, dit-il, car les eaux des tribulations ont pénétre 'i jusque dans mon âme: ils ont persécuté celui que vous « avez frappé, et ils ont entassé douleur sur douleur.

(i) Vs. 21; Mich. 6 et Deut. 52.

« Mon ennemi n'a pas eu pitié de moi; il a poursuivi « l'innocent, l'infortuné, et il a mortifié celui qui avait « le cœur accablé de peines (l). »

C'est vous-même qui avez fait cela (2) ; c'est vous qui, n'ayant point de pitié pour Jésus-Christ, avez ajouté douleur sur douleur; vous avez persécuté un homme frappé de Dieu à cause de vos iniquités , vous avez applaudi à ses maux, et vous vous êtes réjoui dans les choses les plus mauvaises, vous vous êtes glorifié lorsque vous faisiez le mal en persévérant et en croissant en malice. Jusques à quand, Seigneur, votre ennemi vous bravera-t-il? jusquesà quand aura-t-il le droit de vous irriter? sera-ce toujours? jusques à quand le ménagerezvous et prendrez-vous patience? « Pourquoi n'effacez- « vous pas mon péché et ne détruisez-vous pas mon ini- « quité? Vengez votre sang, ô mon Dieu, je suis prêt à « recevoir vos coups (2). » Gravez dans mon cœur toutes vos plaies, et faites pénétrer vos épines dans mon front qui a été votre ennemi. Mais. Seigneur, dans votre colère, ne retenez pas votre miséricorde ; donnez, au contraire, par votre puissance, la force à mon âme d'agir jusqu'à la fin avec patience. « Le Seigneur bon et miséricordieux a n'a que des pensées de paix et non de vengeance (3), » parce que la fureur de ses ennemis est plus grande que sa douleur, et son amour est plus grand que leur fureur.

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