‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la moraleChapitre 38 sur 212 · JEUDI DE LA SEPTLAGÉSIME · texte numérisé non relu

JEUDI DE LA SEPTLAGÉSIME

De l'orgueil

Considérez Satan tombant du ciel comme la foudre (1). Faites-moi la grâce, ô mon Dieu, de ne point m'élever

(l) Luc 10.

DE LORGUCIL. Gl

au delà de ce que je dois. L'orgueil est la source de tout péché {[). C'est à juste titre que l'orgueil tient la première place parmi les péchés capitaux ; c'est lui qui, par la chute de l'ange et de l'homme, est devenu l'origine et le principe de toutes les iniquités. Examinons donc brièvement, en comparaison de l'abondance de la matière, le nombre et la grandeur des péchés d'orgueil, le nombre et la grandeur des dangers auxquels ils nous exposent, le nombre et la grandeur des supplices qu'ils méritent.

Ier Pontr. — On définit l'orgueil un désir désordonné d'élévation et de notre excellence.il se montre en deux actes, qui consistent à s'arroger ce qui appartient à autrui et ce que Dieu ne nous apas donné; c'est ainsi que Lucifer disait : Je serai semblable au Très-Haut (2) ; ou à nous approprier comme étant à nous ce que nous avons reçu. « Qu'avez-vous, dit saint Paul, que vousn'ayez pas reçu? « et si vous avez reçu, pourquoi vous glorifiez-vous comme a si vous n'aviez pas reçu (3)? » D'où l'on conclut que l'orgueil est un péché grave et mortel de sa nature, puisqu'il enlève à Dieu un bien extérieur, il lui soustrait la gloire qui lui est due de la part de ses créatures. L'orgueil traîne à sa suite une foule immense de péchés et de vices ; il s'en rattache d'autres et se les attire pour s'en servir.

1° De l'orgueil procèdent l'ambition, qui est un désir déréglé des dignités et des honneurs ; le désir des louanges, de la vaine gloire et de la jactance ; le désir de plaire, la vaine complaisance, la joie des applaudissements et de l'adulation des hommes; l'arrogance et la présomption, dont l'une consiste à espérer et à exiger au delà de son mérite, et l'autre entreprend et projette ce qui est au dessus de ses forces; le luxe et le faste, qui n'est autre que le désir d'un ameublement, de vêtements et d'une nourriture recherchés ; l'hypocrisie, qui simule la vertu, qui

(1) Eccli. 10. — (2) Isaie i ï. — (3) i Cor. 4.

frl JEUDI DE LA SEPTUAGÉSI5IE.

dissimule ses vices, les cache et les excuse ; l'enflure et l'élévation, 'qui fait qu'on s'élève avec insolence, que l'on méprise et qu'on hu L<ilie les autres; l'opiniâtreté, qui fait qu'on ne cède jamais et que l'on tient son esprit fixé dans l'erreur.

Quel est celui de ces vices qui vous cause des remords ? Quel ravage ne fait-il pas en vous? quelle flamme n'y allume-t-il pas ? Souillé de tant de défauts, vous vous enorgueillissez encore, et vous osez élever au ciel ces yeux ailiers que le Seigneur déteste (1).

2° Tels sont les vices engendrés par l'orgueil ; mais il y en a d'autres qui le servent et qui forment autour de lui comme son cortège : ce sont les colères, les rixes, les dissensions, l'envie, la médisance. Entre lies orgueilleux il y a toujours des querelles, dit le Saint-Esprit (2). De là les haines, les inimitiés, les homicides. On en trouve la preuve dans Aman, qui méditait la destruction de tout le peuple juif parce que Mardochée ne fléchissait pas le genou devant lui, et dans ces hommes qui pour une légère insulte prennent les armes et se battent en duel. De l'orgueil découle encore la désobéissance, l'impatience qui ne veut, pas souffrir la correction, les murmures, les séditions, les crimes d'Etat, les révolutions; car V orgueil veut toujours monter (3) et ne jamais se soumettre, mais commander, dominer. De l'orgueil procèdent la fraude, la fourberie, l'oubli des bienfaits, la perfidie ; car l'orgueil veut à tout prix abaisser et supplanter tous ceux qui lui font ombrage. L'impolitesse, l'impudence, la férocité, sont encore des filles de l'orgueil. Là ou est l'orgueil, dit le Saint-Esprit, là est l'insulte et l'outrage (4). L'orgueil, en s'élevant, méprise les autres; il les abaisse et les humilie. De l'orgueil viennent l'insolence et l'impureté, en un mot, tous les vices de luxure. La cause de l'iniquité de Sodome fut l'orgueil, dit Ezéchiel (5). On connaît la mau-

(i) Prov. 6. — (2) Ihid. 13. - (5) Ps. 75. — (4) Prov. 11. — (5) Ezcch. 16.

de l'orgueil. 63

vaise conduite d'une femme à l'audace de ses regards, dit l'Esprit saint (1). Par un juste jugement de Dieu, ceux que l'orgueil élève au dessus des hommes, la luxure les rabaisse au dessous des brutes. Enfin, l'apostasie est encore une fille de l'orgueil ; car le principe de Vorgueil de l'homme consiste, dit l'Ecriture, à s'éloigner de Dieu (2) , aussi bien en se séparant de l'Eglise qu'en abandonnant la foi. Ainsi Arius et d'autres furent tout à la fois schismatiques et hérétiques par orgueil.

Voyez quel monstre vous nourrissez dans votre cœur ; humiliez-vous devant Dieu, à qui appartient tout honneur et toute gloire, tandis que la confusion doit régner sur notre /à«?(3).

VENDREDI DE Là SEPTUAGÉSIME.

De Vorgueil (suite).

IIe Point. — L'assemblée des orgueilleux ne sera pas saine ; la tige du péché s'y enracine, et ils ne le comprennent pas (4). Je ne sais s'il y a quelque autre vice qui mette le salut en plus grand danger que l'orgueil, non seulement parce qu'une fois qu'il domine il est mortel, mais encore parce qu'il est très-répandu, très-caché, fortement enraciné.

i° C'est par ce premier péché que fut vaincu l'ange rebelle et qu'il fut précipité du ciel dans l'abîme. « Com- « ment es-tu tombé du ciel, Lucifer ? Ton cœur s'est élevé « à cause de ta beauté. Tu disais dans ton cœur : Je monu terai au dessus des nuages, et ton orgueil a été préci- (( pité dans l'enfer (5). » C'est encore ce péché qui a corrompu l'homme dans le paradis terrestre : Vous serez nomme des dieux, lui dit le serpent, vous connaîtrez le bien et le mal (G). C'est ainsi qu'il corrompit toute la nature

(1) Eccli. 26. — (2) Ibid. 10. — (3) I Tini- \ ; Baruch 1- — (4) Eccli. 3. — (5) Isaïc 14 ; E3Kcch.28. — (6)Gen. 3.

Gi VENDREDI DE LA SEPTUAGÊSIJIE.

humaine et que la corruption infecta tous les hommes. Personne ne souffre sans peine d'être méprisé, et l'on fait au contraire tout ce que l'on peut pour s'élever ; les pauvres, les gens misérables même, comme les apôtres, ambitionnent les premières places. Aucun lieu n'est sûr contre les tentations de l'orgueil, aucun homme n'est assuré de s'en préserver ; vous qui êtes encore debout, prenez garde de ne pas tomber (1);

2° Cependant nous nous croyons humbles, et nous vou Ions le paraître; nous nous regardons comme gravement offensés si Ton nous dit que nous sommes orgueilleux. Elle n'est pas rare cette espèce d'orgueil qui fait que nous ne voulons pas entendre dire ce que nous sommes et que souvent nous ne le connaissons pas. C'est pourquoi saint Bernard enseigne que l'orgueil est un mal subtil, un venin caché, une peste secrète qui aveugle le cœur ; il se cache sous les apparences du bien, de la vertu et de l'humilité. L'orgueil aveugla le pharisien, puisqu'il s'en retourna condamné par l'humble confession du publicain (2). L'orgueil aveugla même les apôtres lorsqu'ils disputaient entre eux pour savoir quel était le plus grand ; le Seigneur leur parla sévèrement et leur dit : Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n entrerez pas dans le royaume du ciel (3).

Ne faites- vous point comme les pharisiens ? « Ils porte tent leurs phylactères plus larges que les autres et leurs c< franges plus longues; ils aiment à avoir les premières u places dans les repas et les premières chaires dans les u synagogues , à être salués dans les places publiques et « à être appelés maîtres (4). »

(\) 1 f.or. 10. — (2) Luc 18. — (5) MUlh. 18. — (4) Ibid. 23.

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