ROMANCES ET MELODIES VOCALES
Julie et Volmar ou le Supplice de deux amants; la Jeune Avignonnaise ; le Petit Nantais; Loizerolles ou le Triomphe de V amour paternel ; le Chien victime de sa fidélité; la Naissance de mon fils Adolphe; la Caverne de la Sainte-Baume ou la
* Je mentionne pour mémoire les deux premiers morceaux publie's par Méhul, et qui n'étaient que de simples transcriptions: 1^ « Air des ballets de Thésée, de M. Gossec, arrangé par M. Méhul, élève de M. Edelmann; » 2o « Gavotte de Thésée, arrangée par M. Méhul». Ces deux morceaux ont paru en 1782 dans les n^s 1 et 7 du Journal de clavecin.
Mère malheureuse ; V Orphelin adopté par sa nourrice; Victoire Négrier-Lavergne ou V Héroïne de l'amour conjugal; Josépldne Kelly et ses deux enfants, romances, paroles de L.-F. JaiifTret, (PariSj Cousineau, in-folio.)
Ces romances, publiées d'abord séparément, et dont le texte poétique présentait un caractère particulier, devaient concourir à la formation d'un recueil proposé en souscription sous ce titre : « Romances historiques par L.-F. Jauffret, musique de Méhul», recueil au sujet duquel les Affiches, annonces et avis divers du 16 pluviôse an III (4 février 1795) publiaient cet article assez curieux :
La romance a été consacrée dans son origine à conserver la tradition des faits qui dévoient plaire à la sensibilité des peuples, et leur procurer des souvenirs touchans. On peut dire avec vérité que plusieurs de ces poésies antiques, dont on regrette la perte, et qui pourroient suppléer au défaut des monumens historiques, n'ont été que des romances que les poètes primitifs avoient composées pour perpétuer le souvenir des événemens les plus remarquables de l'histoire de leurs nations. La romance, envisagée sous ce rapport, n'a pas encore été cultivée parmi nous avec succès. Nous devons à Berquin, à Léonard, à Florian des romances pastorales qui respirent la plus douce sensibilité. Les jeunes personnes aiment à les lire et à s'attendrir sur le sort des bergers malheureux. Elles les chantent de préférence à d'autres airs, parce que la romance touche le cœur, et qu'il est surtout un âge où la mélancolie est une jouissance et la sensibilité un besoin. Mais si des romances pastorales ont obtenu tant de faveurs, il est à présumer que des romances historiques auront aussi le pouvoir d'intéresser les cœurs sensibles,... Eh ! qui pourroit refuser des larmes au récit de nos dernières infortunes !... La romance, comme une jeune femme éplorée, doit parcourir la France, gémir sur le tombeau des victimes de la tyrannie, et, la harpe en main, consoler leurs ombres plaintives par des chants douloureux. Si la Révolution a occasionné de grands crimes, elle a aussi développé de grandes vertus. Si nous avons vu des tyrans fouler aux pieds l'humanité, nous avons vu des héros s'élever en quelque sorte au-dessus d'elle. C'est à la romance à perpétuer, par des chants simples et populaires, le souvenir de tous les faits mémorables qui peuvent nous inspirer, tout à la fois, et la haine de la tyrannie et l'amour de la justice. C'est à la romance à faire éclore la sensibilité dans les jeunes enfans, et à transmettre de la manière la plus sûre et la plus touchante la tradition historique. Ce n'est donc pas un recueil de couplets futiles que nous annonçons au public en lui annonçant les Romances du cit. Jauffret, avec la musique du cit. Méhul. Celles qui ont déjà paru, et qui ont
été favorablement accueillies {le Petit Nantais^ et Loizerolles ou le Triomphe de l'amour paternel), font mieux connoître l'idée et l'intention du poète et du musicien que tout ce que nous pourrions dire. Ces deux artistes ont ouvert, dès ce moment, une souscription pour 20 romances, dont une paraîtra tous les 20 jours, à dater du 20 Pluviôse. La musique et l'accompagnement de clavecin seront du cit. Méhul. L'accompagnement de harpe sera du cit. Gousineau fils. Le prix de la souscription est de 301iv. pour Paris et de 35 liv. pour les départemens.
Le recueil annoncé ici n'a jamais paru. Quant aux sept romances indiquées ci-dessus et qui devaient en faire partie après avoir été publiées séparément^ elles sont devenues absolument introuvables el je n'en ai pu découvrir une seule , ni dans nos grands dépôts publics, ni dans aucune collection particulière. Je n'en ai eu connaissance que par les annonces faites, lors de leur publication, dans les journaux du temps.
Réponse du vieux Pasteur à la romance du Troubadour prisonnier, chantée par Garât au concert de la rue Feydeau, paroles de Goupigny. (Paris, Gousineau, in-folio.)
Ode XIX, d'Anacréon.
La musique superbe de cette ode n'a jamais été publiée séparément. Elle avait été écrite pour la belle traduction de Gail qui parut en l'an VII, chez Pierre Didot l'aîné, sous ce titre : « Odes d'Anacréon traduites en français , avec le texte grec , la version latine , des notes critiques et deux dissertations, par le citoyen Gail, professeur de littérature grecque au Gollège de France, avec estampes, odes grecques mises en musique par Gossec, Méhul, Le Sueur et Gherubini, et un discours sur la musique grecque.» L'ode de Méhul a été reproduite par moi dans le journal la Musique populaire (No du 2 février 1882).
La Chanson de Roland. (Paris, Frey, in-folio.) G'est l'hymne guerrier chanté à la Gomédie - Française , par Michot, au troisième acte de Guillaume le Conquérant , drame d'Alexandre Duval (1803) et qui, au dire de Gastil-Blaze, «a fait le tour de l'Europe avec nos armées*. »
* On a publie aussi à deux reprises la musique de ce chant, sous d'autres titres et avec des paroles différentes: 1° Chant de Raoul, musique de M. Méhul, accompagnement de piano ou harpe par F. Berton fils (Paris, Frey, in-folio) ; 2^ Chant royal, chanté le jour du baptême de S. A. R. Monseigneur le duc de Bordeaux, paroles de M, Capelle, air connu de Méhul (Paris, Meyserberg, in-folio).
Ternaire , musique posthume de Méhul , paroles nouvelles de E. Deschamps. (Paris, Bonoldi, in-folio, avec un portrait de Méhul sur le titre.) — Recueil de trois mélodies, portant les titres suivants :
No 1. — Adieu du Pèlerin, romance; N» 2. — Retour au foyer, mélodie; N» 3. — Le Vieux Pâtre, ballade.
Les trois dernières Romances de Méhul, précédées des discours qui ont été prononcés sur sa tombe, le tout recueilli et dédié aux amis de ce célèbre compositeur par l'éditeur du Souvenir des Ménestrels (Charles Laffîlé). (Paris, M™^ Benoist, in-folio.) Voici les litres de ces trois romances, dont les paroles étaient dues à
Brifaut :
N» 1. — Bayard mourant ; N» 2. — Le Retour de Vexilé; No 3. — Eginhard et Emma.
ŒUVRES DRAMATIQUES INEDITES.
On sait déjà que Méhul écrivit dans ses jeunes années, pour se former la main, trois opéras dont deux au moins n'étaient pas destinés à la représentation: Psyché, sur un poëme de l'abbé de Voisenon ; Anacréo7i, sur un livret de Gentil-Bernard mis jadis en musique par Rameau ; et Lausus et Lydie , dont les paroles lui avaient été fournies par Valadier. A ces ouvrages, restés inédits, la Biographie universelle et portative des contemporains ajoute les suivants, qui auraient été laissés par Méhul :
Hypsipile, reçu à l'Opéra en 1787 ; Arminius, reçu à l'Opéra en 1794 ; Scipion, reçu à l'Opéra en 1795 ; Tancrède et Clorinde, reçu à l'Opéra en 1796; Sésostris , écrit pour l'Opéra ; Agar dans le désert, écrit pour l'Opéra ; La Taupe et le papillon, opéra-comique ;
Chœurs pour Œdipe roi, tragédie de Marie-Joseph Ghénier, reçue à la Comédie-Française en 1804 et non représentée.
Méhul a-t-il réellement écrit la musique de ces divers ouvrages ? c'est ce que je ne saurais dire. De ceux qui sont indiqués comme ayant été reçus à l'Opéra, il n'y a pas trace à la bibliothèque de ce théâtre; les manuscrits, si tant est qu'ils aient existé, sont sans doute tombés entre les mains de Mni« Méhul à la mort de son mari.
Que sont-ils devenus? Il en est de même sans doute pour les chœurs d" Œdipe roi. Quant à Sésostris, dont Méhul a eu le poëme en mains , il est à peu près certain qu'il ne s'en est pas occupé , puisqu'à la suite de l'insuccès des Amazones, nous avons vu par une lettre qu'il adressait à Jouy, son collaborateur, que, découragé, il renonçait à Sésostris. Reste Agar dans le désert et la Taupe et le Papillon; ici il n'y a point de doute possible, et l'existence de ces deux ouvrages est certaine , car les partitions autographes de l'un et de l'autre, orchestrées, bien complètes, se trouvent à la bibliothèque du Conservatoire. Agar est une belle scène lyrique à trois voix égales, paroles de Jouy, la Taupe et le Papillon un opéra-comique en un acte, que Fétis mentionne sous ce titre tronqué : la Toupie et le Papillon , et qu'il affirme avoir été représenté au théâtre Montansier en 1797, ce qui est absolument inexact.
Enfin, on trouve au tome II des Œuvres d'Alexandre Duval le texte d'un «drame lyrique en un acte, imité de l'allemand,» Marie ou les Remords d'une mère, que l'auteur avait confié à Méhul pour qu'il en fît la musique. Ce petit ouvrage ne fut jamais joué, et il est probable que la musique n'en fut jamais écrite.
Le portrait le plus intéressant que je connaisse de Méhul est un charmant pastel fait par Ducreux, qui date évidemment du Directoire et qui représente par conséquent l'artiste à l'âge de trente ans environ. Il est assurément fort ressemblant, et c'est le seul, dit-on, pour lequel Méhul ait consenti à poser. Les yeux sont vifs , surmontés de sourcils bien arqués, le regard est clair, la bouche est fine , le nez fort , le menton un peu saillant , presque enfoncé dans l'immense cravate blanche du temps, et l'ensemble de la physionomie, à la fois rêveuse et réfléchie, offre un rare cachet d'élégance et de distinction. Les cheveux longs, tombant sur les épaules, s'abattent sur le large collet de l'habit, dont le devant est couvert par les ailes d'un gilet à la Robespierre. Le visage, allongé et maigre, sans barbe ni moustaches, semble trahir un peu de fatigue, mais respire l'intelligence et la bonté. Je ne sais à qui appartient aujourd'hui ce pastel, mais j'en possède une reproduction photographique superbe, que je dois à l'obligeance de M. Alexandre Daussoigne-Méhul , petit-neveu de l'illustre auteur de Joseph, et c'est
d'après elle qu'a pu être fait le portrait qui se trouve en tète de ce volume.
C'est aussi d'après le pastel de Ducreux, et à l'occasion des fêtes célébrées à Givet pour l'inauguration du buste de Méhul (1842), qu'un peintre distingué, Wiertz, qui était presque le compatriote de l'illustre maître, puisqu'il était né àDinant, ville située dans les Ardennes belges, à sept kilomètres à peine de Givet, a f^ùt un beau portrait à l'huile. Ce portrait , gracieusement offert par lui à la ville de Givet, orne aujourd'hui la salle des séances du conseil municipal.
On a gravé divers portraits de Méhul, qui le représentent à l'époque du premier empire, les cheveux un peu en broussailles, avec de courts favoris à la hauteur de l'oreille. Ces portraits, tous semblables et peu flatteurs, sont loin de donner l'impression agréable qu'on ressent à la vue de celui de Ducreux.
Le fameux sculpteur florentin Bartolini, l'ami de Cherubini, dont il fit le buste, ainsi que plus tard ceux de M"^^ de Staël, de Rossini et de Byron, fit aussi celui de Méhul, mais je ne saurais dire au juste à quelle époque. De nos jours, un autre sculpteur, M. Denéchau, a modelé aussi un buste de Méhul, qui a figuré au Salon de 1876 (N" 3212). Quant au buste informe qui « orne » la place de Givet et que j'ai décrit au commencement de ce livre, je n'en parle ici que pour mémoire, en constatant qu'il porte la signature E. Gechter et la date de 1849. Je ne fais que rappeler aussi la médaille frappée à la mort de Méhul, dont j'ai fait plus haut connaître l'histoire, et qui avait pour auteur le graveur Veyrat.
Je signalerai, pour en finir sur ce point, une «Vue du tombeau de Méhul au Père-Lachaise», lithographiée par Faure et publiée en 1821 par l'éditeur Bernard, 10, Quai de Béthune^
Au moment où je corrige les dernières épreuves de ce volume, j'apprends l'existence d'un portrait fort important de Méhul, resté ignoré jusqu'à ce jour, malgré le grand nom de son auteur. Ce portrait est l'œuvre du baron Gros, et il appartient aujourd'hui à mon confrère, M. Auguste Vitu, le critique théâtral si justement renommé du Figaro.
^Voy. Annales de la Musique, par Cësar Gardeton, 2^ année, p, 152.