Bull. Soc. Anat., 1873, t. XLVIII, p
Ce résultat se traduisait déjà à la simple vue. J'ai pris en divers points la circonférence des deux côtés, et partout le membre sain offrait un volume beaucoup plus considérable que le membre amputé :
Les muscles pesés comparativement et par groupes présentent des différences plus notables encore :
Les muscles du côté amputé, examinés au microscope, offraient à des degrés variables les lésions de la dégénérescence graisseuse. Ici, elle existait non seulement sur les muscles dont les insertions inférieures avaient été coupées, mais sur ceux qui les avaient conservées intactes, comme les jumeaux, les jambiers antérieurs et postérieurs. Les artères offraient une différence de calibre appréciable, non seulement sur le tronc des tibiaies et des péronières, mais encore sur le tronc tibio-péronier lui-même; les artères tibiaies antérieures rudimentaires étaient réduites à l'état de petits vaisseaux analogues aux collatérales des doigts ; par suite de cette anomalie, les pédicuses provenaient de la péronière; celle-ci était, oblitérée dans l'étendue de quelques centimètres du côté amputé. Les différences étaient bien plus saillantes pour les mines : la veine poplitée du côté sain était double de l'autre.
Les nerfs ne présentaient à l'œil nu aucune particularité remar-
ies os du côté amputé sont plus poreux que ceux du côté sain, surtout le calcanéum et l'astragale ; les pesées comparatives donnent les résultats suivants :
A la malléole
Milieu de la jambe
Haut de la jambe
Cuisse, tiers inférieur)
20 cent.
"21 cent.
28 cent.
30 cent.
Membre amputé.
17 cent.
quable.
Tibia
Péroné
Calcanéum
Astragale
Cô:é amputé.
171 gr.
41 gr.
Le volume de ces os n'a pas changé, le tibia du côté amputé paraît même plus long de quelques millimètres.
La raréfaction du tissu osseux est ici simplement concentrique ; le tissu compact du tibia, par exemple, a diminué par sa face interne; il en est de même pour le calcanéum, la lame qui l'enveloppe étant devenue tout à fait papyracée.
La raréfaction ne se produit pas seulement à la surface interne, elle est encore interstitielle, car sur la coupe de la substance compacte du tibia on reconnaît une canalisation manifeste. La moelle a augmenté de volume, elle n'est pas rouge comme dans les états inflammatoires, mais jaune dans toute son étendue; c'est une véritable dégénérescence graisseuse.
L'inactivité certainement, l'intlammation peut-être, ont joué un rôle dans cette atrophie progressive des os.
Présent à la séance de la Société anatomique, je pris la parole pour ajouter quelques remarques sur l'atrophie des cunéiformes due évidemment à la pression exercée sur leur extrémité antérieure par la cicatrice et aussi sur l'atrophie générale du membre. «Pour expliquer cette atrophie, faut-il, disais-je, admettre un défaut de la nutrition générale, ou n'y voir que le résultat d'une inaction fonctionnelle prolongée? Les deux hypothèses sont également soutenables. »
Or, je ne conclurais plus aujourd'hui de la même façon. En effet, il est d'abord impossible de comprendre comment la maladie générale aurait amené l'amaigrissement et la cachexie plutôt sur le membre amputé que sur l'autre, au point de soustraire aux os de ce côté le cinquième de leur poids.
L'inertie fonctionnelle ne saurait être invoquée davantage, si l'on réfléchit que l'amputation a été pratiquée non point à la suite d'une affection chronique ayant préparé la diminution progressive du membre, mais bien neuf jours seulement après un accident; et que, la cicatrisation s' étant effectuée, le membre mutilé a fonctionné bien vite, et n'a jamais cessé de le faire jusqu'à la mort.
Il me paraît aujourd'hui que l'atrophie en question a eu pour cause primitive la diminutim du calibre des vaisseaux, si évidente à la jambe et même à l'artère poplitée. Là où jadis je ne voyais qu'une coïncidence, je crois saisir aujourd'hui une relation de cause à effet. J'émets d'autant plus volontiers cette supposition que, lorsqu'il s'agit de troubles de nutrition, d'atrophie ou d'hypertrophie, le premier système organique qu'il convient d'examiner est sans contredit le système vasculaire.
J'ai recherché deux fois encore sur les deux membres inférieurs l'état des vaisseaux et j'ai déposé les pièces au musée de la Faculté.
L'une d'elles, qui vient d'une amputation ancienne de la jambe, est un peu grossière, l'injection n'a pas très bien réussi; mais il n'en est pas moins certain que depuis le bout du moignon jusqu'à la bifurcation de l'aorte il y a diminution très notable de tout le système artériel.
Sur une autre pièce qui provient d'une amputation assez récente delà cuisse, la même particularité existe; elle est même plus évidente, la dissection ayant été plus complète et le réseau vasculaire beaucoup plus riche.
Voici du reste l'observation où se trouve noté le détail en question.
Obs. II. — Étude anatomique d'un moignon conique consécutif à une amputation de la cuisse à la partie moyenne K Homme grand, très maigre, amputé par Broca d'après la méthode circulaire, en février 1872, pour une fracture de la jambe produite par arme à feu en mai 1871. La mort est survenue neuf mois après, en novembre 1872, par suite d'une tuberculisation généralisée accompagnée d'une diarrhée abondante.
Les suites de l'amputation avaient été très simples; cependant la cicatrisation avait été fort lente et n'avait été complète qu'au bout de trois mois et demi. Dès cette époque, et même avant la cicatrisation parfaite, le moignon était déjà conique. Peut-être n'est-il pas sans importance de dire que pendant toute la durée du traitement le membre a été tenu soulevé à l'aide d'un coussin.
Aspect extérieur. — La peau est adhérente à la surface de section du fémur; la forme du moignon est celle d'un cône légèrement aplati à sa face antérieure. Le membre était constamment dans un état de flexion forcée, avec abduction, qui devait rendre bien difficile l'application des appareils prothétiques.
Muscles. — La cause de cette attitude vicieuse permanente réside dans l'état du droit antérieur et du tenseur du fascia lata. Elle ne provient ni de leur destruction par suppuration, ni d'une altération graisseuse ou granuleuse, mais seulement de leur rétraction ou de leur atrophie. On peut apprécier cette rétraction en comparant la longueur des muscles, des vaisseaux et des nerfs à celle du fémur. Il est facile de constater que ces divers organes sont plus courts que l'os de 5 centimètres environ.
A leur extrémité coupée, les muscles se terminent par une petite