‹ Mémoires de chirurgieChapitre 112 sur 121 · AFFECTIONS DES BOURSES SÉREUSES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DES BOURSES SÉREUSES

La formation de bourses séreuses accidentelles ou l'accroissement de celles qui préexistent constitue un fait plutôt naturel que pathologique. On peut même considérer comme avantageux que le bout des os soit séparé de la face profonde des lambeaux ou des cicatrices par une séreuse de cette espèce. Toutefois j'ai vu des altérations assez sérieuses survenir dans ces cavités. Maintes fois, par exemple, j'ai observé l'hygroma de la bourse anté-rotulienne et de celle qui se trouve au niveau de la tubérosité antérieure du tibia chez des amputés de la jambe marchant sur le genou avec le pilon.

Les choses étaient portées au plus haut degré dans le cas suivant, recueilli dans mon service par M. le docteur L.-H. Petit.

Obs. XII. — Bourse séreuse accidentelle de la face interne d'un moignon de jambe amputée au lieu d'élection supérieur; commun ication de celte séreuse avec V articulation du genou; hijdarthrose des deux séreuses.

S..., Eugène, vingt-neuf ans, cordonnier, entre à la Pitié, salle Saint-Louis, n° 51, le 20 avril 1873.

Pour toute affection antérieure cet homme, maigre mais, bien musclé, a eu vers l'âge de sept ans une fluxion de poitrine qui guérit vite. Le 27 avril 1871, fracture de l'extrémité inférieure de la jambe par éclat d'obus. Amputation au lieu d'élection le jour même ; phlegmon du moignon et de la cuisse, comme le témoignent les cicatrices de nombreuses incisions. La convalescence fut longue, car la guérison n'était pas encore complète au 1er janvier 1872.

Huit jours avant son entrée, pendant qu'il était au lit, sans cause

SUITES ÉLOIGNÉES DES AMPUTATIONS. 809 connue, S... fut pris d'une douleur subite dans son moignon. Le lendemain celui-ci était augmenté de volume et présentait des douleurs sourdes, mais était peu sensible au loucher. Cataplasmes et repos.

Le 21 avril on trouve du liquide dans l'articulation du genou, dont les culs-de-sac supérieurs sont manifestement distendus; on observe aussi un soulèvement de la peau en dehors de la rotule et du ligament rotuïien. A la face interne du genou est une vaste collection qui se prolonge jusqu'à l'extrémité inférieure du moignon. Les deux collections intra et extra-articulaires communiquent ensemble; l'exploration du reste n'est nullement douloureuse, excepté en un point très circonscrit au niveau du condyle interne du tibia.

Quelle était la nature du liquide ? Il n'y avait ni changement de coloration, ni œdème de la peau, ni souffrance vive au toucher, mais seulement une douleur sourde spontanée, pas assez forte pour empêcher le malade de dormir; pas de symptômes généraux, pas de fièvre, car la température, prise pendant une quinzaine de jours, matin et soir, ne dépassa jamais 38 degrés, Ce n'était donc pas du pus, et par suite l'affection n'était pas une arthrite du genou. Ce n'était qu'une hydarthrose. Pour expliquer la communication des deux collections et l'étendue si grande de l'épanchement, k la fois intra-articulaire et sous-cutané, il suffisait de jeter les yeux sur l'appareil à laide duquel marchait le malade et de voir la manière dont il était fixé au moignon. Cet appareil se composait d'un pilon ordinaire terminé à la partie supérieure par deux montants situés l'un à la face interne de la cuisse et l'autre à la face externe, disposés en haut de façon que le bassin puisse s'appuyer sur eux. Le moignon ne posait pas sur le fond de l'appareil ; il était au contraire flottant entre les deux montants ; mais comme l'interne pressait la face correspondante du genou, resté toujours un peu gros, le malade était obligé de garnir son appareil en ce point afin d'éviter les frottements, lesquels avaient peu k peu amené la formation d'une séreuse sous-cutanée à la face interne du genou. A un moment donné, les cavités sous-cutanée et articulaire ont communiqué ensemble et lorsque l'une des deux s'est remplie de liquide, l'autre s'est également distendue.

Le 22, large vésicatoire sur tout l'épanchement.

Le 23, la douleur sourde a disparu. L'état général est bon.

Le 28, le vésicatoire est sec depuis la veille. L'épanchement a peu diminué. L'aspect du moignon est le même. La douleur a reparu.

Ni œdème ni rougeur de la peau. Deuxième grand vésicatoire.

2 mai. L'épanchement a beaucoup diminué ; il disparaît peu h peu les jours suivants. Le 13 mai il n'est plus apparent qu'au niveau des culs-de-sacs supérieurs. Badigeonnages iodés et compression.

Le 20, il n'y a plus de liquide. L'extrémité supérieure de la jambe est encore volumineuse, mais cela est dû à l'épaississement du tibia et du péroné; du reste, au dire du malade, le moignon a toujours été gros en ce point.

S... est entièrement guéri le 24 mai.

Nous avons vu, dans un cas d'amputation tibio-tarsienne, une ulcération externe communiquer par un trajet fistuleux avec une bourse séreuse terminale du moignon (voy. p. 680)

Page 1