AVERTISSEMENT
Le présent volume traite de sujets en apparence assez dissemblables, mais en réalité intimement unis; aussi ne faudrat-il pas s'étonner de trouver ici les documents relatifs aux amputations mêlés à ceux qui ont trait à l'hygiène hospitalière, à la statistique opératoire, à la pyohémie, aux pansements, etc.
En effet, les opérations chirurgicales ne sauraient être utilement pratiquées sans une connaissance approfondie des accidents qu'elles engendrent, des chances bonnes ou mauvaises qu'elles entraînent, et enfin des moyens à l'aide desquels on peut assurer le succès et conjurer les revers : ce qui revient à dire qu'on doit commencer l'étude des opérations par leur oronostic et leur traitement local et général.
D'ailleurs ces données préalables, une fois établies, s'appliquent presque sans changements à tous les actes chirurgicaux et peuvent servir d'introduction aux extirpations de tumeurs comme aux ligatures d'artères, aux résections comme aux amputations. Si j'en ai traité à propos de ces dernières, c'est que les mutilations des membres sont communes, faciles à définir,
comparer entre elles et à ranger en catégories distinctes, d'une gravité incontestable et soumises très directement aux influences de milieu, de constitution, de traitement, et qu'enfin leur étude, entreprise sous différents aspects, permet
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de soulever et de résoudre plusieurs problèmes importants de thérapeutique générale et surtout de pronostic.
Le pronostic opératoire, j'en conviens volontiers, est de ma part l'objet d'une préoccupation constante, remontant au début de ma carrière et qui ne finira qu'avec elle. Je ne lui ai pas, il est vrai,consacré de chapitre distinct,mais on le retrouve à maintes pao-e's de ce volume et sous toutes les formes. Si j'ai, en 4869 seulement, résumé les éléments du pronostic dans la formule concise : blessure, blessé, milieu, on verra, dans les publications qui datent de près de 30 ans, sur les amputations partielles du pied, ce que je pensais d'une même opération pratiquée pour des cas différents et sur des sujets atteints d états constitutionnels différents.
La même idée se retrouve avec de grands développements dans le mémoire intitulé de Quelques réformes à introduire dans la statistique chirurgicale et dans le suivant, ayant pour titre nu- une Série de vingt-sept grandes amputations.
On remarquera facilement dans ces deux travaux le soin particulier que j'apporte à scruter les causes de la mort , étude encore si peu avancée, qu'elle n'a même pas de nom distinct. La pratique a pourtant de grands profits à attendre d'un travail d'ensemble sur la thanatogénie chirurgicale.
Mes vues sur la statistique opératoire et sur les modifications que je crois indispensable de lui faire subir n'ont pas été, je pense, prises en considération par mes contemporains, dont, il est vrai, elles dérangent un peu les habitudes. Je suis cependant absolument convaincu qu'elles seront acceptées dans l'avenir- je sais d'ailleurs que plusieurs de mes jeunes disciples les adoptent, et les vulgariseront quand ils prendront la plume. La distinction entre les succès opératoires et les succès thérapeutiques est admise déjà par quelques auteurs.
Les discours prononcés en 1869-1871 et les recherches incessantes sur la pyohémie, la septicémie, les pansements antiseptiques et leur théorie, attesteront, je crois, la part que j ai prise au grand mouvement qui en moins de quinze ans a révolutionne
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de fond en comble la chirurgie. Par une bien heureuse exception, les bienfaits pratiques n'ont point attendu, pour se produire, l'achèvement des études transcendantes dont ils sont l'émanation directe. Lister et Alph. Guérin, s'inspirant de la théorie des germes, ont sauvé des milliers d'existences avant que Pasteur ait pu porter la lumière complète sur tous les points de son immense programme. Résolument rallié à la théorie septicémique il y a dix ans, je n'ai jamais cessé un jour d'en faire ressortir l'immense utilité et de chercher à la réaliser. Comme conséquence naturelle, j'ai adopté la méthode antiseptique et préconisé séparément ses procédés déjà assez nombreux.
Naturellement, j'ai admiré le pansement de Leisler, mais je me suis attaché avec persévérance à mettre en lumière les mérites également incontestables du pansement d'Alph. Guérin.
Ces deux merveilleux agents de guérison sont faits non pour être opposés l'un à l'autre, mais pour s'entr'aider et se compléter, tous deux d'ailleurs ont eu la destinée commune d'être dénigrés par des personnes qui ne les connaissaient pas et ne voulaient point se donner la peine de les connaître. Gomme les oppositions mesquines et les jugements partiaux n'entravent pas longtemps les arrêts de la justice, l'époque n'est pas éloignée où le monde chirurgical, associant les noms glorieux de Pasteur et de Tyndall, de Lister et d'Alph. Guérin, déclarera que des deux côtés de la Manche on a bien mérité de l'humanité.
J'ai, dans une courte introduction, résumé mes opinions actuelles sur les amputations en général, puis j'ai dit également, à propos de chaque amputation en particulier, ce que j'en pensais, en peu de mots. Je n'ai pas en tout cela grand chose à revendiquer qui me soit personnel, sauf peut-être une proposition qui a paru singulière : je veux parler de la suppression des procédés usuels d'hémostase préventive et de la substitution aux méthodes classiques d'un mode opératoire dans lequel les membres sont enlevés sans précipitation et comme
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s'il s'agissait d'une tumeur. Pour deux amputations au moins (épaule, hanche) et dans quelques circonstances spéciales (manque d'aides, états pathologiques particuliers), je pense que mes procédés, bien qu'exceptionnels, pourront être utilement mis en usage.
lfr avril 1880.
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