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Voy. plus loin, De la conicité du moignon du pied

par guérir, mais au bout de plusieurs mois et après avoir couru les plus grands dangers.

J'en étais arrivé à ne plus employer dans ces cas que les résolutifs: eau blanche, eau-de-vie camphrée, teinture d'arnica, etc., qui modéraient d'ordinaire l'inflammation et le gonflement, mais ne calmaient pas toujours les douleurs. Je constatai d'ailleurs leur impuissance dans un cas fort léger en apparence, mais qui cependant finit par se terminer fatalement.

Dans les plaies contuses, mêmes perplexités.

L'irrigation continue était certainement ce que nous avions encore déplus efficace, mais que de difficutés dans l'application, que de gêne pour le malade forcé de maintenir de longs jours sa jambe immobile dans une boîte à irrigation ou sur un épais taffetas gommé! Que de peines en hiver pour avoir une température constante et pour prévenir les refroidissements ! Que de temps pour amener la plaie à ce point où l'on pouvait impunément supprimer l'irrigation ! Que de fois on était obligé de renoncer à ce moyen pour une raison quelconque, et combien il était commun de voir alors paraître les accidents inflammatoires prévenus ou arrêtés par l'irrigation.

Le pansement par occlusion de Chassaignac rendait quelques services, mais seulement dans des cas de moyenne gravité et quand les désordres primitifs n'étaient pas trop considérables. Bref je crois ne rien exagérer en disant que les plaies contuses du pied, surtout lorsque les os et articulations du métatarse ou du tarse étaient intéressés, constituaient une lésion aussi grave que les fractures compliquées de la jambe.

Or on peut dire hardiment que le pansement ouaté a complètement changé ce fâcheux pronostic et rendu tout à fait simple et satisfaisant le traitement des lésions en question.

J'en eus pour la première fois la preuve en 1871, pour un écrasement des orteils, et depuis j'ai maintes fois renouvelé l'expérience dans des cas infiniment plus graves, et qui se sont toutefois terminés tout aussi heureusement; de sorte que depuis plusieurs années je n'ai pas eu qu'une seule occasion de pratiquer une amputation partielle du pied pour lésion traumatique.

Voici l'observation de 1871, déjà publiée dans la thèse de M. Vidal, page 42, et que j'abrège quelque peu l.

1. Vidal, De la prophylaxie des fièvres chirurgicales, thèse de Paris, 1872, no 148.

Ecrasement des orteils par une roue de voiture ; pansement ouaté ; guérison sans accidents.

Maître, vingt et un ans, garçon boucher, a eu le pied gauche pris sous la roue d'un chariot très lourdement chargé; l'accident survint le 25 novembre 1871, à 9 heures; le blessé fut aussitôt amené à l'hôpital Lariboisière.

Agitation extrême, face vultueuse, douleurs très vives; on constate une contusion de tous les orteils du pied gauche avec écrasement complet de l'extrémité du premier. Le pansement ouaté est immédiatement appliqué. Le thermomètre, à 37°,4 le matin, ne marque le soir que 37°,6. Le blessé mange un peu; les douleurs sont très atténuées; peu de sommeil pendant la nuit suivante h cause de quelques élancements à la région blessée. Les douleurs se calment peu à peu; la nuit du 27 est meilleure; l'appétit renaît. Trois épistaxis se montrent à quelques heures d'intervalle; constipation, combattue avec une bouteille d'eau de Sedlitz; légère ascension de la température à 38°, 3. Le bandage est traversé par les liquides de la plaie; on le recouvre avec une nouvelle couche d'ouate très épaisse.

28, nuit excellente ; cessation de toute douleur dans le pied;encore une épistaxis le matin; le purgatif a produit trois selles; tempéraure, 38°.

A partir de ce moment l'état général est très bon, la fièvre nulle, le sommeil et l'appétit reviennent.

Le 4, enlèvement de l'appareil; La couche d'ouate immédiatement appliquée sur la peau est pénétrée de pus, dure, parcheminée, très adhérente, très difficile à détacher. La suppuration sous-jacente est peu abondante, d'une odeur fétide. Le gros orteil est presque entièrement sphacélé ; les extrémités des deuxième et troisième orteils sont dures, noires, insensibles, en un mot mortifiées, mais non encore détachées des parties vivantes.

Après avoir lavé les plaies avec l'eau alcoolisée, on replace le bandage ouaté qu'on renouvelle encore le 11 et le 17. A cette dernière date, on constate que les escarres se sont détachées ; la première phalange du pouce est à nu ainsi qu'une phalange du deuxième orteil.

La plaie bourgeonne bien; la suppuration n'est pas très abondante.

Le 24 on change le pansement; les phalanges dénudées sont facilement détachées avec la pince ; la plaie continue à bourgeonner.

Vers les premiers jours de janvier, le blessé fut envoyé en convalescence; la cicatrisation était presque complète.

On remarquera clans cette observation que les parties écrasées

PANSEMENT OUATÉ. 251 se sont mortifiées et que les escarres se sont détachées sans que l'état général ait été notablement troublé. Pendant deux jours la température a quelque peu dépassé 38" et l'administration d'un purgatif a été nécessaire ; mais à cela s'est bornée toute la réaction traumatique ; le 4e jour tout était rentré dans l'ordre pour n'en plus sortir. Et cependant, sous Le pansement, le travail réparateur s'accomplissait; la gangrène faisait sa part : aussi trouvâmes-nous les parties molles privées dévie séparées dès le 20e jour et les phalanges nécrosées détachées aisément une semaine après.

J'ai depuis revu maintes fois, au pied comme à la main, ce travail de mortification, de séparation et d'élimination se faire sous la ouate sans réaction aucune et sans douleur, et je suis resté comme jadis stupéfait de constater l'étendue des désordres: articulations béantes, os fracassés, gaines ouvertes, etc., sans qu'il y eût même d'élévation thermornétrique.

Certes l'appareil ouaté ne fait pas revivre les parties absolument désorganisées par la contusion, mais je reste convaincu qu'il sauve plus de tissus compromis que tout autre mode de pansement.

Souvent, en effet, j'ai appliqué le bandage ouaté sur des pieds violemment contus, sans plaie à La vérité, ou avec des solutions de continuité très légères aux téguments, mais très gonflés et présentant ça et là des points refroidis ou à peine sensibles. J'avais la presque certitude, d'après les résultats que m'avaient donnés les modes antérieurs de pansement, que la peau serait mortifiée dans une étendue plus ou moins considérable, et à la levée du premier appareil je retrouvais tout en excellent état, le gonflement disparu, les petites plaies cicatrisées, la peau ecchymosée et diversement colorée bien entendu, mais souple, saine et bien vivante.

Au demeurant, La chose se comprend assez bien; La vitalité de la peau est compromise après les contusions par plusieurs facteurs : la distension par les épanchements sous-jacents, le refroidissement par l'action de l'air ou des topiques; puis le développement d'une inflammation qui amène toujours l'oblitération d'un certain nombre de vaisseaux.

Or l'appareil ouaté arrête les épanchements sous-cutanés et les fait même disparaître assez promptement; il entretient une température constante et assez élevée très favorable au retour du sang dans les parties momentanément ischémiées ; il est enfin très évidemment antiphlogistique en empêchant un afflux trop considérable du sang vers les parties blessées; à tous ces titres il est capable de diminuer les chances de sphacèle.

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