‹ Mérope, tragédieChapitre 34 sur 62 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

NARBAS , ISMËNIE , dans le fond du théâtre ou l'on découvre le tombeau de Cresphonte .

ISMÉNIE

Quel est cet inconnu dont la vue indiscrète Ose troubler la reine, et percer sa retraite ?

Est-ce de nos tyrans quelque ministre affreux',

Dont l’œil vient épier les pleurs des malheureux?

NARBAS.

Oh ! qui que vous soyez excusez mon audace ;

C’est un infortuné qui demande une grâce.

Il peut servir Mérope; il voudrait lui parler.

ISMÉNIE

Ah! quel temps prenez-vous pour oser la troubler? Respectez la douleur d’une mère éperdue;

Malheureux étranger, n’offensez point sa vue ; Éloignez-vous.

NARBAS.

Hélas! au nom des dieux vengeurs, Accordez cette grâce à mon âge , à mes pleurs.

Je ne suis point, madame, étranger dansMessène.

Croyez, si vous servez, si vous aimez la reine,

Que mon cœur, à son sort attaché comme vous,

De sa longue infortune a senti tous les coups.

Quelle est donc cette tombe , en ces lieux élevée,

Que j’ai vu de vos pleurs en ce moment lavée?

ISMÉNIE

C’est la tombe d’un roi des dieux abandonné,

1 Ministre affreux est banal. Il faut, même en injures, un certain choix.

54 MÉROPE

D’un héros, d’un époux, d?un père infortuné,

De Cresphoute.

narbas, allant vers le tombeau.

0 mon maître! ô cendres que j’adore i

ISMÉNIE

L’épouse de Cresphonte est plus à plaindre encore.

NARBAS.

Quels coups auraient comblé ses malheurs inouïs?

ISMÉNIE

Le coup le plus terrible; on a tué son fils.

NARBAS.

Son fils Égisthe, ô dieux ! le malheureux Égisthe!

ISMÉNIE

Nul mortel en ces lieux n’ignore un sort si triste.

NARBAS.

Son fils ne serait plus?

ISMÉNIE

Un barbare assassin Aux portes de Messène a déchiré son sein.

NARBAS.

O désespoir! ô mort que ma crainte a prédite!

11 est assassiné? Mérope en est instruite?

Ne vous trompez-vous pas ?

ISMÉNIE

Des signes trop certains Ont éclairé nos yeux sur ses affreux destins.

C’est vous en dire assez 1 * * * : sa perte est assurée.

NARBAS.

Quel fruit de tant de soins !

ISMÉNIE

Au désespoir livrée,

Mérope va mourir; son courage est vaincu :

Pour son fils seulement Mérope avait vécu :

Des nœuds qui l’arrêtaiem sa vie est dégagée.

Mais avant de mourir elle sera vengée;

Le sang de T assassin par sa main do5 * couler;

Au tombeau de Cresphonte elle' va l’immolén.

Le roi, qui l’a permis, cherche à flatter sa peine;

1 Voilà une précaution qui trahit l’artifice du poète. Narbas

doit demander quels sont ces signes trop certains. Mais s’il le

demandait, et qu’on lui répondit, l’embrouillement nécessaire à

l’intrigue serait compromis.

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