ACTE III, SCENE V
EURYCLÈS.
Narbas, elle est forcée à lui donner la main.
Il peut venger Cresphonte.
NARBAS.
11 en est l’assassin.
MEROPE.
Lui? ce traître?
NARBAS.
Oui, lui-même; oui, ses mains sanguinaires Ont égorgé d’Ëgisthe et le père et les frères :
Je l’ai vu sur mon roi, j’ai vu porter les coups;
Je l’ai vu tout couvert du sang de votre époux.
MÉROPE
Ab ! dieux !
NARRAS.
J’ai vu le monstre entouré de victimes;
Je l’ai vu contre vous accumuler les crimes :
Il déguisa sa rage à force de forfaits;
Lui-même aux ennemis il ouvrit ce palais,
Il y porta la flamme ; et parmi le carnage.
Parmi les traits, les feux, le trouble, le pillage,
Teint du sang de vos fils, mais des brigands vainqueur, Assassin de son prince, il parut son vengeur1. D’ennemis, de mourants, vous étiez entourée;
Et moi, perçant à peine une foule égarée.
M’emportai votre fils dans mes bras languissants.
Les dieux ont pris pitié de ses jours innocents :
Je l’ai conduit, seize ans, de retraite en retraite;
J’ai pris, pour me cacher, le nom de Polyclète:
Et. lorsqu’en arrivant je l’arrache à vos coups, Polyphonte est son maître et devient votre époux!
MÉROPE
Ah! tout mon sang se glace à ce récit horrible.
EURYCLÈS.
On vient : c’est Polyphonte.
MÉROPE
0 dieux ! est-il possible?
1 II fallait que Polyphonte, pour produire cette illusion, fût bien habile ou ses témoins bien peu clairvoyants. Depuis quinze ans le pouvoir de Polyphonte repose sur cette erreur: mais comme l’invraisemblance se rattache à des événements qui ont précédé l’action , la critique doit être indulgente.
(. A Narbas.)
Va, dérobe surtout ta vue à sa fureur.
NARBAS.
Hélas! si votre fils est cher à votre cœur Avec son assassin, dissimulez , madame.
EURYCLÈS.
Renfermons ce secret dans le fond de notre âme.
Un seul mot peut le perdre.
mérope , à Euryclès
Ah ! cours ; et que tes yeux Veillent sur ce dépôt si cher, si précieux.
EURYGLÈS.
N’en doutez point.
MÉROPE
Hélas ! j’espère en ta prudence;
C’est mon fils, c’est, ton roi. Dieux? ce monstre s’avance!