M E L JE N I S
Tandis que, contemplant leurs têtes gracieuses, Le père, à ses cils noirs sent des larmes joyeuses Glisser, comme la pluie, après un jour d'été.
Oh ! qui dira la paix, et le bonheur tranquille ! Muse, qui chantera, dans des vers assez doux, La maison reluisante, et les baisers d'époux ! Les pénates, au feu, séchant leur corps d'argile Et l'essaim des valets, et le cercle immobile Des aïeux, sur le seuil, rongés du temps jaloux
Elles vivaient ainsi, les mères d'Étrurie,
Celles du Latium et du pays sabin,
Gardant comme un trésor, loin du tumulte humain,
Le travail, la pudeur, les dieux et la patrie !
Elles n'attendaient pas qu'un préteur (l'illyrio
Vînt tenter leur vertu des colliers à la main !
Laissons l'amant rôder près des murs de sa belle, Et, les cheveux mouillés par les pleurs de la nuit, Faire, sous le ciel noir, hurler le chien fidèle, Gomme un voleur furtif que la crainte poursuit. J'aime mieux pour entrer, la porte que l'échelle, J'aime mieux pour sortir, le calme que le bruit.
L'amant, c'est le chasseur qui marche par la plaine, Hâve et noir de poussière, avec son lévrier ; - L'époux majestueux ressemble au cuisinier Qui, sans battre les bois, a sa marmite pleine; Tous deux, filet en main, vont cherchant leur aubaine : L'amant pêche à la mer et l'époux au vivier.
Quand les temps sont partis de la jeunesse folle, Quand il n'a plus de jour à jeter au destin, L'homme, essoufflé, s'assoit sur le bord du chemin;
Entre l'avenir sombre et le passé frivole, Alors l'épouse vient, l'épouse qui console Et relève son âme en lui tendant la main
« Des perles ! » dit Bacca, courant par les cuisines, Plus ardent que Vulcain au bord de ses fourneaux : « J'aime dans les pois gris l'éclat des perles fines I » Arrosez la polente avec le vin de Gos ; » Ces huîtres seraient mieux sous des herbes marines. » Pressez le feu; Chrysale, a-t-on vu mes turbots?...
» — Non, maître I — Par Bacchus ! c'est une raillerie !
» Fiez-vous pour souper au vaisseau d'un préteur!
» Jamais gabarre à flot n'eut pareille lenteur !
» Herclé ! ... pas de turbots ! . . . le jour qu'on se marie ! . . .»
Et le bon cuisinier tordait avec furie
Ses cheveux grisonnants, sur son front en sueur.
C'était un homme osseux et maigre de figure, Bien que tout cuisinier classique soit orné D'un ventre respectable et d'un chef bourgeonné ; Mais lui ne rôtissait que pour la gloire pure . Tel bâtit des palais qui couche sur la dure, Tel barde des faisans qui n'a pas déjeuné !...
Et les broches tournaient, de bécasses chargées, Et la cigogne blanche aux ailes allongées Couvait des œufs de paon, dans des corbeilles d'or ; De grands poissons d'azur qui semblaient vivre en cor Nageaient dans le safran, tandis que deux rangées D'huîtres et d'escargots se pressaient sur le bord.
Une rumeur montait, incessante et profonde, De valets affairés que la sueur inonde, De vaisselle sonore et de poêlons d'airain,
Frémissant sur le feu comme le flot marin : « Allons! criait Bacca pour exciter son monde, » Vous boirez, à la noce, un tonneau de bon vin !
» A-t-on vu mes turbots ?. . . — Pas encor, dit Chrysale . » — Bombax !... » C'était le mot terrible et redouté ; Les marmitons tremblaient et Bacca devint pâle : « S'ils arrivent trop tard, c'est une indignité ! » Au Tibre ! ... il en est temps ! courez sans intervalle ! . . . » J'ai vécu cinquante ans par mon nom respecté ;
» J'ai fait de grands repas et des fêtes splendides, » Où, couronnés de fleurs et la coupe à la main, » Cent convives joyeux mangeaient jusqu'au matin ! » De la Bretagne froide aux régions torrides, » Quand nous avions soupe, trois mondes étaient vides » Et les dieux, à Bacca devaient une autre lin ! . . .
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» — Les turbots I » dit Chrysale en enfonçant la porte Plutôt qu'il ne l'ouvrit, tant sa joie était forte ; Puis, auprès du vieux maître arrivant en deux bonds : « Je les ai vus moi-même ! ils sont dodus et ronds ! » Mais le préteur est mort en voyage ! — Qu'importe ! » Dit Bacca radieux, si les turbots sont bons ! . . . »
La villa de Tibur avait un air de fête,
Les murs de marbre blanc semblaient frémir d'amour;
S'il n'était pas si tard nous en ferions le tour ;
Mais voici Marcia qui passe sa toilette :
Dans les miroirs d'argent, sa beauté se reflète,
Et F ambre et les parfums voltigent alentour !
Àvez-vous vu parfois, sur une coupe antique, Entre deux beaux feslons d'acanthe sinueux, Diane chasseresse avec ses longs cheveux,