CHANT TROISIÈME
J'ai bâti quelquefois ce projet fantastique De sortir un matin, dès le soleil levant, Afin de voir du jour le réveil magnifique, Les pieds dans la rosée et les cheveux au vent, Debout sur le sommet du Janicule antique, La campagne derrière, et le Tibre devant
Je disais : A demain ! Mais on a ses paresses ;
Mais les soupers sont longs , mais on se couche tard ;
On a passé la nuit dans de folles ivresses ;
On comptait sans le vin, les dés et le hasard ;
Puis Lesbie, au matin, redouble ses caresses,
Et plus clair que le jour se lève son regard !..
Pourtant c'est un spectacle immense, je présume, Quand l'aube radieuse à l'horizon s'allume; L'ombre se mêle au jour et doit lutter d'abord ; Mais bientôt, s' étalant sur la ville qui dort, Mille reflets d'azur font chatoyer la brume, Comme un velarium de soie, aux franges d'or !
Sur le ciel inondé de teintes purpurines,
Les aqueducs lointains dessinent leurs arceaux ;
Les palais blancs, assis par groupes inégaux,
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Se détachent en foule aux crêtes des collines, Et le Tibre, au soleil, roulant ses blondes eaux, Semble un bandeau royal, semé de perles fines !
0 maîtres glorieux, vous les aviez connus, Vous les aviez connus ces spectacles sublimes ! Votre front se penchait au bord des hautes cimes, Le long des flots bruyants vous marchiez les pieds nus, Et du vaste Océan vous sondiez les abîmes, Sous le manteau brodé de T antique Uranus !
Avec l'oiseau qui chante et l'arbre qui murmure,
Vous mêliez votre vie à toute la nature ;
Vous aimiez les grands bois pleins de molles senteurs,
Les grands monts inclinés sur les vallons en fleurs ;
Et parfois des cités fuyant Y haleine impure,
Vous dormiez sur la mousse, à côté des pasteurs.