‹ Mélanges américainsChapitre 72 sur 86 · I. — S" Ro(|ue, l'.nero i.'< de iS'i»», .\ pages in · texte numérisé non relu

I. — S" Ro(|ue, l'.nero i.'< de iS'i»», .\ pages in

(iellc lettre se termine p;ir un post si-riplum ipii montre

I. lu r<Mir<*riiiviii une ln-llr sérielle plmirliet rolori^e* d'intcclr*

■24V mklan(;ks amkricains

liiitcit'^l (|iie BonplaiiJ prenait aux alTaires du pays : « El commandante me annuncia la Uegada de 5oo. caballos y me dice que y a van 2000 de los recien recogidos que se hallan en el rincon de Luna-lW popiili. El ejercito va caminar por las puntas de Abalos. Me alegro. »

■1. — S" Roque, Enero 11 de i84o, 4 p- in-8. Chilavert ayant eu la jambe cassée reçut des lettres du général Rodrlguez, de Portela, d'Alberdi, de Varela et celle-ci de Bonpland ; D, Alfonso Saldias a publié une orande partie de cette lettre dans Historia de la Confederacion Argentina — Rozas y su Epoca. Buenos Aires, Félix Lajouane, 1892, 5 vol. in-8, t. III, pp. 45o-45i ; c'est la deuxième édition de l'ouvrage dont la première a paru en 3 vol. à Paris, en 1882 ; une troisième édition est en préparation ; la lettre de Bonpland a été traduite par le D"^ Ilamy,

l. c, pp. 1 4 4-1 45.

Cette lettre commence :

Mi estemado dueno y amigo.

Desde su partida de aqui S" Roque ha quedado triste? no hay con quien conversar, con quien tener un rato de recreo !

3" S" Roque Enero 19 de i84<>, 2 p. in-8. 4" S" Roque Enero 25 de i84o, 3 p. in-8. Ces lettres sont signées « mas attento servidor y admirador

Amado Bonpland. »

D. Alfonso Saldias a gracieusement oflert de mettre ces lettres à la disposition des éditeurs des Papiers inédits de Bonpland.

Enfin je signalerai une série de lettres en espagnol écrites par le général José M. Paz à Bonpland et qui témoignent

PAI'IERS INKDITS DU NATL'HALISTK AIMK liONFLAND iW

(lu \'i{ intérêt que portail ce dernier aux choses d'Aïuérique ; elles sont insérées dans la Revista de la iniversidad de Buenos Aires, ii*' de novembre et de décembre njo5, pp. 363-373, V»i^-'j7') ; elles vont du 20 octobre i^'io au 29 juillet iS'ii ; cette correspondance se termine par une lettre écrite par Bonpland lui-nu^me en espaj^nol au <i;énéral Paz et datée: Santa Ana, 3i juillet i8'|i ; la traduction de cette lettre a été donnée par llamy, /. c, pp. il.")-!).

Ces documents vont être publiés et formeront |»ioI)al)!ement cinrj volumes ; l'arj^rent ne manquera pas. njais M. Dominguez et ses collaborateurs, s<> souvenant (jne Bonpland fut correspondant de l'institut, désirent placer leur œuvre sous l'égide de notre (Compagnie; leur ambition est modeste : ils désirent (|u'un simple vo'U pour la publication soit exprimé par vous pour (jn elle soit commencée. Je suis certain d'avance (ju'il srra exaucé.

l-^n mer, entre Dakar el LisInMiii*-, le H) juin iQn». à l»ord de {'Amazone.

il. C

l*.-S. — J'ai pensé (ju il serait utile de joindie à ces notes dt'ux lettres (jue mr si|^nale M, Ilt-nri Deln-rain et (|ui sont conservées dans le Fonds Cuvier de la Bibliotlié(|tie de l'Institut'. l'Ulcs paraissent avoir échappé à M. le D' llamy ; il y est cependant (juestion de Bonpland et l'une est de (irandsire : Jean-Baplisle-Uichard (irandsire, né ii (lalais le l!\ juillet 177*», vovageur en .\méri(|ue, f|ui inl<'rvint inutilement près du dictateur l'rancia m la\)-iir de Bon|tland ; le D' Ilamv «-n parle dans son ouvrage Ainii' lion/tUtnd'

I. (l4lHlii|;ue <ic% m.iiiuscril« «lu K<>nil« Ciuvier (Travaui et (Iorrt>«p«iudMiim •cicntifiqiie*) coiiM-rT^t ii la liibliollièqiif de l'Inslilut de tVioice. par Henri |)cli^raiii, «ouvliitiliollirrairi* ifi- l'Iii^titiil. — Kdruil dr In Ufvuf ilrt ItibUoth'fi/uri (Hji>~-UjitH). I'nri%, llonon'' (]hain|tioii, l<j«V^, in-i*, pp. l.'t'i. — Voir p. 100, 11" a'|M-ï3, et p. 137, n" j.'k'J-ï.

a. .\tinf lionfilitnil . riiap. vi, pp 1 ti-i mi.

2i6 .mél.vn(;es américains

tluns lequel il publie des lettres relatives à la mission de Grandsire, pp. 2\~ et suiv. '; en outre, il a consacré une notice aux vovages de ce Calaisien, mort dans l'Amérique du Sud, dans le Journal des Aniéiicanistes-.

L'autre lettre est de Pierre de Angelis, autre ami de Bonpland auquel il a consacré une notice biographique^.

Monsieur le Baron'

Je confie au Cap* français Mr. [ ] une petite

hoîte renfermant une mâchoire inférieure de poisson dont je n'ai pu apprendre le nom sur les lieux. Le directeur du Musée Imp' de Rio Janeiro n'en ayant jamais vu de semblable, a partagé mon avis sur l'intérêt, Monsieur, que vous pourriez y attacher. J'ai trouvé cette mâchoire parmi beaucoup de débris d'ossements de poisson dans les terres de Rio Grande, province de Rio Grande du Sud. Ces terres sont quelquefois submergées par l'eau de la mer, dans les hautes marées d'équinoxe. Cette mâchoire était isolée, ne se rattachant à aucune autre partie du poisson ; quelques vestiges de membranes pourries et desséchées y attenaient encore et s'en allaient en poussière.

Je joins à ce petit envoi des grains de fruits indigènes que j'ai recueillis sur les bords de la lagune.

Le fruit est excellent et l'arbuste d'un port agréable s'élevant de six à douze pieds ; l'amande plate est celle du maracauja et la ronde le maireoyu ; ces noms étant indiens sont plus ou moins exacts par la difficulté qu'ont les créoles braziliens à rendre exactement la véritable prononciation indienne. Je vous prie, Monsieur, de les faire ad-

1. Ibid. — Lcllres relatives à la Mission de Richard Grandsire (1828- 1827), pp. 247-2O8.

2. Les Voyages de Richard Grandsire de Calais dans l'Amérique du Sud (1817-1827). (Journ. de la Soc. des Américanistes, N. S., V, n" i, 1908, pp. I i-ao).

3. Noticia biogrâjîca de M. Bonpland. Buenos Aires, Impreni;i de lu Revisla de Buenos Ayres, i855, br. in-8.

4- L. A. S., 3 p. in-4, adressée : A Monsieur le Baron Cuvier, Secrétaire perpétuel de l'Institut. — Bib. de l'inslitut, Fonds Cuvier, 2^8, 23.

I»A1MKE{S INKDITS Dl' NATIKALISTE \1MK lUt.M'LAM) 2i7

meltre au Jardin des Plantes. Je vous serai très obligé d'ofTrir à la Bihiiothcque Royale un manuscrit <mi langue des Indiens Guaranis ; c'est un livre de prières pour l'éducation des jeunes Guaranis, composé par un père Jésuite dos Missions de Paraguav ; ces pères ont été les bienfaiteurs des Amériques ; leur mémoire v est vénérée et mérite de l'être. f/()n est saisi <run saint respect en vovant le grandiose de leurs immenses établissements. Tout a dis|iaru avec eux, t't le jaguar et le serpent sont les seuls b;d>ilaiits que le voyageur rencontie aujourd'luii dans une grande partie de ces établissements.

Il vient d'être découvert tlans les enviions du Kio Ncffro, au sud de la province de Rio Grande, un animal, qui était mort depuis plusieurs jours. et qui parait être amphibie. Ses dimensions sont tellement colossales qu'elles passent toutes dimensions d'animaux de ce genre connus jusqu'à ce jour. I>e Présitb'ut de Porto Alegre qui m'a confirmé tous les détails (|ue je venais de recueillir sur ma roule a ajouté qu'il pensait qu'il devait être un Tatou d'après un morceau de sa coque (ju'il venait d'envover le mois de janvier dernier au Musée Impérial de Rio de Janeiro. Le Président a ajouté « (/ue pour (rnnsporler le ti^uelelti' de la cof^iic (juatri' charrettes (illclres de (jimtre Ihrnfs cluicufic .seraient indispensables ». (!e fju'il v aurait d'cxtraordinaiie dans cet animal, c'est qu il serait haut monté sur jambes d'après le iap[)ort de l'habitant de la campagne qui a ;ip|»i>ité le morceau de la co(jue. J'(»bservai au Président (|ue cette circonstance seule le ferait sortir de la famille des Tatouv. .\u surplus, ce Monsieur a envoyé sur les lieux pour laire transporter les débris d<' cet animal à Porto Alegr»-.

Je nif suis rendu île suite ii mon arrivi-e ni jires du l)irerteur du .Musée Impérial (pii n'avait malheureusement pas encore reçu le morceau de <<MHie dmit il m eût été si agréable. Monsieur, de v«ius donner des renseignement» plus circiMistanciés. (!e Monsieur avec (|ui je suis en relation m'a bien promis de vous adresser de n<Mnbrcux détails auBsitAt (pie l'anim.il mi la coque lui parvieinlrail.

J ai formé un établissement agricole à 20 lieues des frontières du Paraguay &; à 4o lieues de Mr. Bonpland; les dernières nouvelles que j'eus de lui indirectement étaient du mois de janvier dernier : il se portait très bien et fesait bien ses alVaires.

J'ai l'honneur d'être avec une très haute considération Monsieur le Baron,

Votre très humble ik très obéissant serviteur, Grandsire.

Rio de Janeiro, 3o mai 1826.

Buenos Ayres, 28 mai i83i'.

Monsieur le Baron,

J ai été tenté plusieurs fois de vous écrire de ce dernier point du globe et j'ai toujours reculé devant ce désir. Il y a une espèce de honte à avouer qu'on a fait 35oo lieues sans avoir un grand but et qu'on a passé plus de quatre ans loin du monde civilisé sans résultat et sans utilité.

J'aurais désiré aussi contribuer de quelque manière à enrichir votre musée; dernièrement j'avais conçu l'espérance de faire l'acquisition d une grande carcasse fossile trouvée sur les bords du Salado, qui court au sud de Buenos Ayres, et très près du territoire de Patagonie ; mais le propriétaire, avec lequel j'étais en marché, crut une meilleure affaire pour lui d'ofïrir cette pièce au consul anglais, qui doit l'envoyer en Angleterre. Je n'ai pas renoncé à l'espoir de la remplacer, quoique ces trouvailles ne soient pas trop communes ici.

Au défaut d'objets d'histoire naturelle, je vous envoie l'arme la plus terrible des Indiens, qui habitent les déserts qui nous environnent, et qui est indigène de ces peuplades. Ils s'en servent pour atteindre et arrêter les chevaux et le gibier à la course, et ils la manient avec tant d'adresse

I L. A. S., 3 p. in-4. — Bil). (le l'Institut, Fonds Cuvier, 253, 2.

l'AIMKHS INKIHTS DL' NATL'RALISTK AIMK ItoM'I.AM» ii9

qu Ils prennent les autruches avec. J ai prié Mr. Maupelit qui aura l'honneur de vous présenter cette lettre, et que je vous recommande, de vous expliquer de (juelle manière on les employé. Ces />o//w.v (c'est ainsi qu'on les nomme) viennent de terminer à elles seules la guerre civile qui dés«»lait ces provinces en faisant prisonnier le général m rhcl du parti contraire, le général Paz' <|ui avait pris le titre de Profecfcitr.

Vous saurez déjà qu»' Mr. de Bonpland est hors des grifl'es de Francin et que nous l'attendons d'un moment à l'autre. 11 est actuellement dans une petite ville appelée San Borja sur les bords du Paranii et dans le pays autrefois soumis à la domination téocrati(jue des Jésuites, et auquel ils avaient donné le nom de Missions. Comme j'ai vu [)ar les j<»uniau\ (jue M. de llutnboldt est à Paris, je vous prie de lui dire que dans le cas qu'il veuille écrire à Mr. de Bonpland, il peut donner sa lettre à Mr. Maupi'tit. ipii me l'adressera, et je la remettrai moi-même à lionj)land, (jui vient demeurer chez moi. Je regrette que le pais n'ollre rien qu'on puisse offrir à Madame Cuvier. Tout ce que j'ai pu me procurer pour elle, c'est un des plus élégants cha|)eaux de paille des indiennes, qu'elles travaillent elles-mêmes. Ce présent n a d'autre rnéritr ni d aiitrr but (jiie de lairf apprécier il Madame lavantag*- d avoir il ses ordres une modiste de la rue Vivicnne, qui couvre sa trte, sans l'^'crasrr. Cependatit ces malheuieuses (|ui nous fnlourrnt se crovent très bien parées avec leur massif chapeau, (|u elles n'échangeraient pas contre la plus belle l'Iorence.

Nous suivons ici avec une vive intjuiétude les grands événements (|ui agitent IKurojx'. Ttnit Ir monde fait des vœux pour cette belle l*'rance dont le non» est prononcé avec enthousiasme. Piiisse-t-e|le sortir gl«»rieuse de l:i grande lutte i|ui se prépare, et (|ui \a peiit-ètie ilécidcr du sort du monde. Ma pauvre h;ilie l'st plus ijue tout autre pais, intéressée dans cette (juerelle er»tie les rois et un peuph*. Je ne

I. Mnltii le lu iii.ii iM.ll ; |ir«inièr<- iiiliiiiiiitiralinn île RoM*.

puis (jiie faire des vœu.v pour que ce soit celui-ci qui triomphe.

Agréez aussi, Monsieur le Baron, ceux qu'après un assez long intervalle, je vous ofTre, ainsi qu'à toute votre famille.

Pierre de Angelis.

P. -S. — Je vous prie de me rappeler h M. de Prony.

A ce dossier j'ajouterai une lettre de Bonpland conservée à la Bibliothèque publique de Genève :

Berlin ce lo mai 1807.

Monsieur

Monsieur de Ilumboldt d'après vos offres s'est décidé à se défaire de son Theodolithe et avant quelques emplettes à faire à Paris, il était sur le point de tirer la valeur de cet instrument sur la maison que vous lui indiquez dans votre lettre du six janvier dernier; mais comme nous n'avons pas pu lire bien exactement le nom du banquier, il a cru plus convenable de s'adresser directement à vous et de vous faire remettre la lettre ci-jointe par mon ami M"" Giroudel.

M"^ Humboldt est surchargé d'affaires et me charge de vous dire qu'il vous écrira plus longuement la semaine prochaine et qu'il vous entretiendra de la statistique du Mexique dont le manuscrit est presque fini.

Agréez Monsieur l'assurance de mon profond respect. ^ otre Serviteur

BoM'I.AND.

P. S. M"" de Ilumboldt dans la crainte (|ue vous ne soyez pas à Paris a adressé aussi cette lettre à la maison sur laquelle vous lui avez dit de tirer des fonds, mais il craint d'avoir mal mis le nom'.

I. Lettre autoçraplie sijjnée, i pag-e in-8 ; au verso du deuxième Feuillet : A Monsieur, Mmisieur Piclel, rue liasse du Bampart, n» 32, à Paris. — Ils'ajjit sans doule de Marc-Aujjuste Piolet, né à Genève le 28 juillet 1702, f dans i-eile ville le if) avril 1825.

iiKMn II \i;nissi«:

I<S:'if-/ If i o^

Ilonrv IlvuiussEcsl m<»it li son (Inmicile, 3o, rue Cambacérès, ù Paris, le 1 3 mai dernier, et suivant ses dernières volontés, il lut incinéré : personne n'ayant été prévenu de sa lin, personne n'assistait à celte cérémonie. VA ce ne fut ((ue (juelfjues mois plus tard, par une annonce peu bienveillant»' sur la couveiture extérieure du calaloMuc d'un libraire étranirer établi à Paris, (lue lf> monde savant connut sans émotion la fin silencieuse d un lumum- Inrt r<'muatit en son vivant. Un certain mvstère (Mitour** les oiigincs et la vie de Hairisse (pii n'avait réussi ii ^aider aucune amitié autour île lui. Il V a lieu de croire (juil était d'origine juive ; il naquit a Paris le j.3 mars i^l'^tj ; il dut partir de b«»nne heure p«)ur les Ktats4'nis, car s'il était né fran<;ais, jeune encctre il était devenu citoven américain. Il parait s'être li\ ré tout il abord il l'étude de |;i littérature et de l;i pliilosophie , car ses premiers écrits sont c<msacrés a I aine et à Kenan et. d'après un biographe, il traduisit en anglais et annoti tous les ouvrages métapbvsiques de Descartes! N'ayant pas trouvid'éditeur en Amérique, ce (jui n'est pas surprenant, llarrisse abandonna la phi!()s<q)liie.

I. Kxiniil du liuUftin ilu lliblii>ithilr. ri iio% et l.'» tliVrinbrr lyio, |i|i. .'iHy-.'xtJ, Ui'<[)-^>Hj.

l)p|Hiis lii |iiililifiili<iii «Je ii-iw iioli««;, imlro «•««•«•llfiil niiii M llciiry ^ ifi.M*! Il, l'ri«iil«-iit di- lu Soi-i**^!^ de» \m^rirttni»l<'«. « |iutdi^ : Ilriiry ilarrivv, Kliide lii<i|;rii|ilii()iic cl iiiiinile nwc l.i bililt<>jr.i|diic <-ritii|iip da %r% écriit. l'arit, Cil. Cliudenai, 1913, in-H, \>p. M.'i.

252 MÉLAN(.ES AMÉRICAINS

Pour gagner sa vie, pendant qu'il préparait son droit, Harrisse enseignait les langues étrangères ; il passa ses examens au Coilènfe de la Caroline du Sud, étudia le droit avec illon. \V. W. Boyce, et se prépara au barreau à l'Université de la Caroline du Nord. Conseillé par l'Ilon. Stephen A. DoiGLAS, Harrisse s'établit h Chicago où sa connaissance du français lui fut fort utile pour recueillir les déclarations des Indiens au sujet de revendications de territoire, les indigènes avant conservé l'usage des vieux termes de notie langue qui leur avaient été enseignés par les missionnaires; malgré son intelligence, Harrisse ne fit pas fortune dans rillinois, et il émigra à New-York pour entrer dans les bureaux d'un savant juriconsulte, N. Dane Ellingwood. Fort heureusement pour le jeune avocat, il rencontra un bibliophile distingué, Samuel Barlow (i86'i) qui lui indiqua la route qu'il devait suivre dorénavant. Peu de temps auparavant, Barlow avait acheté la bibliothèque du Colonel Aspow.4LL, malheureusement détruite dans l'incendie de l'établissement de Bangs, INIerwin et C'*, 696 Broadway, New-York. Par bonheur, quelques jours auparavant, Barlow avait transporté chez lui quelques-uns des ouvrages les plus rares de la collection. Dès i864, Harrisse imprimait un petit opuscule intitulé BibliotJieca Baiioiviana et il recueillait dans la bibliothèque de son protecteur et ami, les éléments d'un travail sur Christophe Colomb, dont les notes parurent en deux articles dans le Xew-Yoï-k Commercial Adverti.ser sous le titre de Columhus in a Nutshell, base de ses Notes on Columbus parues à New-York en 18G6'.

En i805, était publiée la Bihliotheca Americona vetustissima, travail bibliographique, dédié à Samuel L. M. Barlow, comprenant la description des ouvrages relatifs à l'Amérique, imprimés entre i 'jg2 et 1 55 1 . L'introduction est

I. ^>'ous donnons ces renseignements en gr;uule partie d'après le petit mémoire snivanl :

Henry Harrisse Biograpliical and Bibliograpliical Sketch by A. Growoil. r^ew-Yoïk Printed for tlie Dibdin Club, 1899, pet. in-8, pp. i3, portrait.

IIKNHV IIARRISSK

datée : New-York Uiilvorsitv Buildiii}^. M;iv i'), iNGG. Ct'l ouvrage eut un supplément publié à l^iiris, en iS-j-j.. Il;irrisse étitit tellement fier de ce livre qu'il sif^nnit lré(|u<'m:iient ses articles B. A. V., initiales des premiers mots du titre.

En 1870, Harrisse était à Séville, et il passa à Paris le temps du siège : il était alors absorbé par la personne de Ferma?!!) Coi.omb, fils naturel de Ciihistophe, cherchant à prouver, mal^né le témoigna;^re irrécusable d«' Las Cases, l'inauthenticité des Historié, contre 1 opinion de M. d'Axe- ZAC (|ui triompha de son adversaire. Kn 187:^, Harrisse publiait chez Tuoss, des Xotes sur la Iiif*lio^rafj/iic de la \uitvelle France assez incomplètes, auxquelles en i88j un supplément considt'rable lut donné par Gabriel Marcei,, (jui s'attira ainsi la haine l'éroc*' du bibliorrraphe américain.

Harrisse était désormais fixé à Paris; il avait noué des relati(»ns avec Krnest Rk>a>\ aucjuel il avait consacié un essai biographique en l8(]'j; avec George Sv?indont il raconta les derniers mctments et les obsèques ; avec la Princesse M\rnii.nE à Ia(|uelle il dédia son livre sur Boilly. (l'est cher, cette dernière (ju'il subit de la part de Flvluert un assaut (|ue son amour-propre ressentit cruellement; Flaubert raconte ainsi cette petite histoire dans une lettre adressée h George Sand de Karlsbad-Rij.rhi, le '.\ juillet \'^~!i :

« L'Anii'-ricuin II... ni a soutenu laulre jour que S.iiiit-SiinDii écrivait mal. Là, j ai éclaté cl je lai traité d'utie faeoii telle qu'il ne recominencera plus dev.iiil moi l'i-rut-latitin de sa l)èlise. (tétait (lie/, la princesse, à tal)le ; 111,1 violence a jeie un froid'. »

r laiibeit écri\ ait <li'ja en 1^71 : " 1 ai lencon tri- 1 inéluctable llansse l*"''!, honiiiie qui cunnail tout le monde, et se connaît ii tout, théâtre, romans, finances, politique, etc. (Quelle race que celle de l'homme éclairé!!! .• '.

pendant trois mois, en |N7.L Harrisse sunit le cours de

I. Lrllrei di- ditilnre l'ianlxrl à (ifortjr Saiul. l'nrit, lK8'i, p. a5.i. a. IbiH.. pp. irt'i-.*».

2oi mi:l\N(;ks amkricains

Maspero à l'École des Hautes l^tudes; cette promenade dans le domaine de l'égyptologie sulfit à lui donner assez d'assurance pour qu'il annonçât un grand ouvrage sur les Rois liercfuiues de la XVIII' dynastie^ qui, heureusement pour la science, ne vit jamais le jour; ce n'est d'ailleurs pas le seul ouvrage mort-né de Ilarrisse.

Vers 1877 ou 187S, Ilarrisse parut aux dîners de la Revue Critique dont il devint dorénavant un des hôtes les plus assidus; d'abord silencieux, il ne larda pas à devenir fatigant par sa faconde doctorale; c'est à ces réunions que je le connus; j'ai publié dans le Recueil de Voyages et de Z)o- (7//;/('/«/.v (|ue j'avais entrepris de mettre au jour avec le regretté Charles Schefeh, son Cabot, son Corte-Real et son Christophe Colomb, ce qui lut d ailleurs la source d'ennuis sans nombre pour moi ainsi que pour l'éditeur Ernest Leroux. 11 est revenu à maintes reprises sur Cabot et sur Christophe Colomb, et il est juste de dire qu'il a donné à l'histoire du grand navigateur génois, enlisée dans la légende créée par le Comte Roselly de Lorgues, une précision qui préparait la voie aux beaux travaux critiques de Ilenrv Vioaud.

En 1892, il publiait Tlie DiscoK^ery of North America et en 1900, Découverte et Evolution cartograpliique de Terre- Neuve, dont la vente ne répondit pas au travail et aux frais considérables qu'ils avaient coûtés.

La dispersion d'un grand nombre de pièces rarissimes appartenant à la « Biblioteca Colombina » de Séville, créée par D. Fernand, permit à Ilarrisse d'exercer sa verve caustique contre les administrateurs de cet établissement dans des articles de la Revue critique et dans un volume Excerpta Colombiniana, et une médiocre bibliographie de Christophe Colomb, d'écrire contre les Membres de l'Académie d'Histoire de Madrid, auxquels il gardait rancune

I. Les Rois liiM-éliques de la XYIII* (lyiuislie (Ani^nolliep IV, Aï et leurs successeurs).- Textes, triiduclioii et commentaire historique et pliiiologique,

Annoncé comme étant en préparation sur la couverture tle son travail : l'Histoire de Christophe Colomb, i8y3.

IIKNHV IIAHIUSSE iVi

])Oiir leur atlitiidr dans sa mésaventure des Ilisluric, un petit livio |>leiii desprit et de méchanceté.

Diins nii l(tut autre ordre diilécs. Ilarrisse a consacré une hihiiographie à la Manon Lescaut de l'ahbé Phévost, une histoire à la vie de ce dernier, des recherches aux de lnoi parues <1 abord dans le lii/llc/in du Iiihlùi[)liih\ enfin un ouvrage considérable au célèbre peintre et dessinateur BoiLi.v ; une incursion dans le domaine de la tvpoi^raphie bàloise fut moins heureusi-.

Malgré cet appareil lormidablc, l'érudition de Ilarrisse n'était rien moins que solide : sa culture générale était médiocre, et il ignorait le latin et l'allemand; il avait l'art de faire travailler les autres et de tirer de ses collaborateurs |)lus ou moins volontaires les renseignements dont il avait besoin ; mais doué d'un rare esprit critique, et d'une grande sagacité, il maniait la plume avec une merveilleuse habileté, surtout en français (ju il écrivait mieux que l'anglais, apportant ii la défense de ses théories toute l'ardeur d'un avocat défendant une cause. .\flligé d'un orgueil incommensurable, Ilarrisse s'était brouillé avec tous les savants avec les(]uels il s était trouvé en relations, aussi n'at-il été regretté de personne.

Petit' et leplet, le visage encadré de courts favoris, Ilarrisse avait le profil de Stendhal dans h- médaillon de celui-ci par l)avid d Wngers. I*'acilemciit congestionné', ii plusieurs reprises il dut faire des saisons w Divonnelesliains, ce qui ne l'empêcha pas d'avoir une atta{|ue, il v a (|uatre ou ciiKj ans : il ne s'en remit jamais complètement.

Il paraîtrait, i|w<' d après ses V(dontés dernières, la liil*lMtthè(|ut- du (iongrès a Washington entrerait en p<»sscssion des collections géograpliMpiVs de Ilarrisse ; notre Hibliothèque nationale recevrait en don ses autographes renfermant des lettres de Cleorge Sand et d l.rnesl Uenan, corresjion-

I. Klniitierl, /. <•., p. t~~, rii|i|ii*lle ; If ijujunlenfue liNrri%»e, \»nt doiiia |iMr anliplirii^e.

î.-k) MÉLANGES AMERICAINS

dance fort insignifiante, dit-on, comprenant surtout des invitations à diner; sa fortune personnelle irait aux filles de sa sœur; ainsi s'évanouirait le rêve des trop nombreuses personnes et institutions auxquelles il avait promis un souvenir dans son testament.

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