X PRÉFACE
La bibliothèque vendue avec les autographes , M. Fossé-Darcosse , devenu conseiller honoraire à la Cour des comptes , quitta Paris et s'en alla vivre à Versailles. C'était encore une résolution de philosophe. Paris, le Paris de la salle des ventes, de Laverdet et de Charavay, était plein de dangers pour un amateur qui voulait entrer dans les voies de la pénitence.
M. Fossé-Darcosse apportait à Versailles ce fonds de livres que Ton garde toujours , même après avoir dit que Ton vend tout , les doubles de sa collection d'autographes et les curiosités de son cabinet.
Vous connaissez l'histoire de ce chasseur qui, après avoir signé une paix solennelle avec le haut et bas gibier, avait vendu son train, ses chevaux et ses meutes, et s'était retiré dans un petit trou de pays où, soi^-di^ sant, on n'avait jamais vu un lièvre ? Il chassait aux lapins avec son chat. M. Fossé-Darcosse ne s'était pas promené trois jours dans les rues de Versailles qu'il avait senti que, dans cette vieille ville royale , il était encore plus difficile qu'à Paris de ne pas faire lever des merveilles à chaque pas. Les livres se jetaient dans ses jambes, les manuscrits lui volaient au visage ; toutes les breloques de l'ancienne monarchie, enfouies depuis les journées d'octobre sous l'étalage des revendeurs, se montraient à son passage et lui sautaient aux yeux.
Aujourd'hui, après vingt ans ainsi passés, le cabinet de M. Fossé-Darcosse est, sans contredit, le plus important de Versailles, et serait encore un des plus curieux de Paris. Je ne parle pas seulement de sa bibliothèque, la cadette, devenue aussi grande- et aussi belle que son aînée, où l'on trouve encore de ces beaux li-