‹ Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littératureChapitre 15 sur 149 · DOMINA . CA PR A . COLOMBA · texte numérisé non relu

DOMINA . CA PR A . COLOMBA

Ieo aime tant mon chétif corps Que de la fine me donne ieo fors.

Il me semble une noble vie La plésance de lécherie.

Servio sic ventri quod honcsta recuso teneri.

Amor suL

Solum cura mei : sit milii nulla Dei.

Odium Dei.

Hic odit Christum mundum qui düigit istum. Precipitacio.

Inconsl ancia.

Sum levior ventis quod agit distractio mentis. Cecitas mentis.

Mens excecatur que luxurie famulatur.

Inconsideraeio.

Nil bene discernit quem precipitacio sternit.

Non video vere verum nec euro videre. »

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

Je citerai pour le quinzième siècle un tableau conservé dans un village des environs de Sienne et publié par Rosini 1 dans son histoire de la peinture italienne. On lit sur le cadre :

CIIRISTOrnORL'S FRANGISCI-FECI E [go] ANDREAS JOHANNIS TANIS OPERARIUS A M GCGC XXXXIIII. C’est Une

sorte d’apothéose de S. François d’ Assise, devenu par ses vertus aussi bien que par ses stigmates l’image fidèle du Sauveur crucifié. On lit autour du nimbe : tatriarcha pauperum franciscus. Les yeux du saint sont tournés vers le ciel ; ses bras sont étendus en forme de croix, une nuée de séraphins l’entoure. Il est debout au dessus de la mer agitée du monde, où il foule aux pieds trois personnages et trois animaux symboliques, tandis qu’au dessus de sa tête trois vierges ailées lui fraient la voie du ciel. Vous reconnaissez tout d’abord dans les animaux servant d’attributs ceux de la vision du Dante, sauf la panthère, qui est, pour plus de clarté, remplacée par le porc ; mais ici l’explication se trouve à côté du symbole. Le porc qui se présente en premier lieu sert de trône à la Luxure, jeune fille dont la robe est sans ceinture et qui étudie ses attraits dans un de ces miroirs circulaires dont les couvercles en ivoire sculpté enrichissent bon nombre de nos cabinets d’antiquaires. Dans une région plus haute, on voit la Chasteté contemplant avec amour un lis couvert de fleurs qu’elle tient des deux mains, comme si elle redoutait qu’on lui enlevât son fragile trésor.

Le lion vient après le porc. Ce dernier tenait la tête basse, le lion dresse la sienne auprès de l’Orgueil, représenté par un homme de guerre armé de pied en cap, et se remuant en vain pour se relever sous les pieds nus et déchirés, mais rayonnants de gloire, du plus humble des hommes. Au dessus de l’Orgueil Y Humilité ou l’Obéissance religieuse porte en esprit de foi le joug doux et le fardeau léger du Sauveur.

1 Storia délia pittura italiana esposta coi monumenti. Pisa, 18Ô3. Epoca ii, parte i, tav, l.

CHASSE DE S. TAURIN D’EVREUX

Enfin la dernière des bêtes, la plus enfoncée dans l’abîme, est le loup. 11 accompagne l’Avarice, qui, sous les traits d’une vieille femme, serre sous une presse de riches vêtements, pendant que la Pauvreté volontaire, libre d’entraves, vole vers Dieu en priant.

La renaissance, qui a conservé au milieu de l’invasion des idées païennes beaucoup plus de souvenirs du moyen âge qu’on ne serait porté à le croire, n’avait pas oublié ces rapports entre les animaux et les vices, témoin l’usage des devises, qui prit alors tant de faveur et finit par créer une espèce de science à l’usage des beaux esprits, sous le nom de la philosophie des images; témoins les travaux sur Ilorapollon, tels que celui de Pierio Valeriano, et les interprétations suggérées par les animaux héraldiques. Je me contenterai de citer les gentilles miniatures d’un manuscrit du musée de Cluny1, recueil de rondeaux adressés à Louise de Savoie, duchesse d’Angoulême et mère de François Ier, par un méchant poète, que l’on croit être

1 L’Hôtel de Cluny au moyen âge, par Mmc de S. Surin. Paris, Téchener, 1831, p. 139.

MÉLANGES D’ARCHÉOLOGIE

André de La Vigne, grand faiseur d’acrostiches. On y voit le triomphe des vertus de la princesse sur les sept péchés capitaux ; et les vertus et les vices y sont représentés par des femmes à cheval sur des animaux symboliques.

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