DE QUELQUES PIÈCES CURIEUSES
ciens. Les observations que je fis alors, jointes à d'autres du même genre auxquelles je m'étais livré auparavant ou dont j'avais pris note dans mes lectures, m'ont semblé de nature à compléter sur quelques points l'utile monographie publiée récemment par M. Deville',
M. Augier a réuni un grand nombre d'écbantillons de verre coloré, produite des fouilles qui ont été exécutées, tant pour la construction des ateliers du chemin de fer à Arles, que pour celle de la voie qui relie à présent cette voie & Montpellier.
Arles, la petite Rome des Gaules, comme l'a appelée le poète Ausone, se composa, sous les empereurs, de deux parties dont l'une occupait l'emplacement actuel de la commune de Trinquetaille, à la pointe du delta du Rhdne. Des rebuts de pâtes vitrifiées, dans lesquelles on voit le mélange de plusieurs couleurs, yont été trouvés en assez grande abondance pour témoigrier qu'il y eut là une fabrique où l'on travaillait le verre à la façon de Sidon et d'Alexandrie. Il est donc permis de considérer comme indigènes les vases de cette espèce que recèle partout le sol de la ville et qui en sortent dans leur entier ou par éclats, toutes les fois qu'on fait une fouille. Pline eut probablement en vue cette fabrique d'Arles lorsqu'il consigna, dans son histoire du verre, que la Gaule venait de se mettre & cette belle industrie *.
Les verres veinés, jaspés, réticulés ou semés de bouquets, que fournissent les sépultures romaines, attirèrent particulièrement l'attention du comte de Caylus, au siècle dernier. Cet antiquaire était dans une grande admiration des effets produits par le mélange des couleurs dans une même pâte. Il voulut savoir comment on était parvenu & l'exécuter. Consultés par lui, les verriers de Paris, qui alors ne savaient faire que des bouteilles et des verres à boire, donnèrent des réponses si peu satisfaisantes, qu'il eut recours à un médecin nommé Hajault, expérimentateur habite qui s'occupait de chimie. Celui-ci non seulement imita à la perfection les échantillons qui lui avaient été confiés, mais il enseigna à M. de Caylus tes procédés dont il s'était servi, et M, de Caylus à son tour voulut en faire profiter le public. Ces procédés sont décrits & la fin du premier volume du Recueil d'antiquités. La démonstration est accompagnée d'une planche qui met sous les yeux du lecteur les diverses combinaisons sur lesquelles s'exerça M. Majault. Il serait à désirer qu'oa en fît autant pour tous les échantillons qui sont dans les musées, ou que mettent à jour les découvertes, de telle sorte que l'inventaire de tout ce que les anciens
l. Hisloire de la verrn'ie dans l'antiquité. Puriï, Horel, t873, Ip-i. !. HUl. Nal., t. XXXVI, c. 68.
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DE VERRERIE ANTIOtlE 375
ont Êùt en ce genre pût être dressé un jour. C'est un point sur lequel M. Devilte semble n'avoir pas suffisamment insisté.
Quoique ma visite chez M. Augier ait été longue, je n'ai pas eu le temps de prendre le dessin de tous les échantillons qu'il me montrait. J'en copiai seulement trois ou quatre; mais ils avaient leurs analogues dans Caylus^ sauf un dont je donne la figure (pi. V^ fig. i). C'est un bord de coupe en verre améthyste, réticulé de blanc mat avec un chiné jaune daus les mailles.
Le nombre des fragments veinés à l'imitation de l'agate l'emporte de beaucoup sur les autres. Il y a aussi des morceaux de couleur unie, et, comme on va le voir, ce ne sont pas les moins intéressants,
H. Augier voulut bien me donner des uris et des autres une quinzaine d'échantillons que j'envoyai par l'entremise de M. Cournault, conservateur du Musée lorrain, à la cristallerie de Baccarat. Je désirais avoir sur la composition chimique de ces fragments l'avis des hommes compétents. Il résulte des analyses faites sous les yeux de M. Michaud, directeur de rétablissement, que les Romains connaisaaientla plupart des substances employées aujourd'hui pour colorer te
Le blanc mat, appliqué comme doublure ou introduit dans la masse à l'état de filet, est du bioxyde d'étain; le bleu clair ou foncé a été obtenu par le cobalt, le vert émeraude par le protoxyde de cuivre, le vert prase par le bioxyde du même métal, le violet améthyste par le bioxyde de manganèse, le rouge vin par une solution à base d'or, le rouge sang par une composition qui est la même que celle du pourpre de la verrerie moderne (silice, potasse, plomb, étain, cuivre et fer); le jaune transparent par le chlorure d'argent, le jaune mat de la teinte du soufre par l'urane.
Cette dernière constatation n'a pas peu surpris M. Michaud. Elle prouve une fois de plus la justesse de la sentence d'Horace. Halta renatcenlnr que jam cecidere.
L'an des titres de Klaproth à la célébrité est, en effet, d'avoir découvert l'urane en 1789. Ce n'est pas, du reste, la première surprise de ce genre qu'aient éprouvée les chimistes. M. Chevreul n'a-t-il pas dégagé d'une composition que contenait un vase trouvé en Vendée les acides oléique et margarique, que la chimie connaissait seulement depuis 1811 '?
Un éclat provenant d'une très petite coupe était de cette couleur
1. Mtmotret de V Académie des sciences, t. XXII, p. 191 et 206.
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rouge qui a été assimilée au pourpre des verriers. Le verre est opaque. Son apparence est tout à fait celle du laque chinois. M. Michaud a fait au sujet de ce fragment la remarque que l'industrie actuelle ne produit rien de semblable, attendu que le pourpre, dont la composition chimique est la même, ne s'emploie qu'à l'état de doublé transparent.
Un autre échantillon, oii le même rouge se trouvait introduit comme marbrure avec de l'émail blanc dans une masse de couleur améthyste, a été également signalé comme un produit qui n'est jamais sorti des fabriques modernes.
Il y a bien apparence que le verre rouge opaque est l'hêmalin vanté par Pline comme l'une des choses remarquables qui se faisaient en verrerie*. Le nom convient à ce produit beaucoup mieux qu'au verre grenat transparent. Je fais cette remarque, parce qu'une petite urne de cette dernière substance, que possède la Société archéologique de Montpellier, a été produit comme un échantillon de l'hématin *. La pièce provient d'Hautemur (Hérault), lieu si riche en antiquités. Elle est par l'él^ance de sa forme un vrai chef-d'œuvre d'arl; mais, sans rien diminuer de sa valeur, on peut lui dénier un titre que son apparence ne justifie pas. D'ailleurs le grenat transparent était trop facile à obtenir pour que Pline l'eût eu en si grande recommandation. Le verre de cette teinte était encore fabriqué à l'époque barbare. On le préparait en tablettes pour riucnister dans le métal. C'est la décoration ordinaire des bijoux mérovingiens.
L'art de mélanger les couleurs dans la pâte d'une même pièce ne parait pas s'être étendu au reste de la Gaule. Les fabriques que l'on suppose avec toute sorte de vraisemblance avoir existé en Poitou, . dans le pays de Caux et sur les bords du Rhin, n'ont fourni à ta consommation que du verre blanc ou du verre coloré d'une seule teinte, autant, du moins, qu'il est permis de l'inférer, du plus grand nombre des vases ou débris de vases extraits du sol de ces contrées. Tout au plus s'est-ij présenté quelques échantillons du mariage des couleurs, obtenu par la soudure de baguettes de couleur différente sur des fonds blancs, verts, jaunes ou bleus.
Je ne laisserai point échapper l'occasion de citer en ce genre l'assortiment trop peu connu qui fut trouvé, il y a quelques années, à Grues en Vendée, dans un tombeau de la fin du vi' siècle.
1. « Fit et tiocturs génère... totum rubens atque noD transluceut AemafiMB «ppellatnin. » nht. Naf., I. e.
î. Mémoirei de la SodéU arehiologique de Monlpellier, t. I, p. 533.
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