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Ainsi, de 1827 à 1858, le commerce général s'est élevé de 1,168,000,000 francs à 4,476,000,000 et le commerce spécial de 921 millions à 5 milliards 161 millions. En d'autres termes, le commerce général et le commerce spécial étaient en 1858 exprimés par des chiffres trois fois et demi plus forts qu'en 1827. Le mouvement du commerce s'est d'abord accru d'une manière absolue ; d'un autre côté, les dernières périodes sont encore supérieures à celles qui ont précédé par le caractère progressif de l'augmentation. Cette augmentation a été de 60 pour 100 de 1827 à 1836 et de 75 pour 100 de 1847 à 1856.

Comme impôt, les douanes ont soulevé les mêmes objections que toutes les contributions indirectes ; car ce sont des taxes de quotité qui portent sur les denrées venant du dehors, de la même manière que les autres

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droits de consommation portent sur les denrées à l'intérieur. On leur a même contesté le mérite de faire contribuer l'étranger à nos dépenses parce que ce que . l'étranger est obligé de payer à notre fisc il l'économise sur l'acquisition des produits français : ce Plm Pétranger dépense en impôts^ dit Scbmalz, moins il œmomme^, » En développant cette idée, on ajoute que les navires qui versent sur notre sol les produits étrangers ne se retirent pas à vide et qu'ils transportent des marchandises de retour ; or, plus ils ont à payer au fisc, moins ils ont d'argent disponible pour le chargement.

Cette objection n'est, je crois, pas fondée dans la plupart des cas, et si l'observation de Scbmalz a une apparence de vérité théorique, elle est, le plus sou* vent, démentie par les faits. L'armateur qui a versé des produits étrangers sur notre sol se gardera bien de laisser des places vides pour le retour ; il aimera mieux augmenter ses avances, à raison des sommes à payer aux frontières, que de s'exposer à perdre même partiellement le fret de retour. Pour que l'objection dont il yagit fût vraie, il faudrait supposer de bien chétifs armateurs condamnés à restreindre leurs opérations par de bien légères causes, des armateurs tels qu'il n'en existe guère. Quant au point de savoir si les producteurs étrangers pourront rejeter sur nos consommateurs l'incidence de la douane, je dirai comme pour les contributions indirectes à l'intérieur, que la question n'est pas susceptible d'une réponse absolue et que le rejet

* Schmalz, Économe poUiiqtte^ traduction de Jouffroy, revne par Ffiiot, 1826, t. H, p. 245.

de l'incidence dépend beaucoup de Tétat de Toffre et de la demande.

C'est ici le lieu de dire notre opinion sur une théorie célèbre, qui a longtemps été tenue pour incontestable et qui aujourd'hui est tournée en ridicule par tout économiste, si grand ou si petit qu'il soit ; je veux parler du système mercantile ou de la balance du commerce. Longtemps l'or et l'argent ont été considérés comme étant la richesse par excellence et, sous l'influence de cette erreur, chaque peuple faisait dépendre sa prospérité de la supériorité des exportations sur les importations. Celui qiti importe plus qu'il n'exporte doit payer la différence en numéraire, et c'est cette diminution du numéraire que les partisans du système mercantile considéraient comme une cause d'appauvrissement. La conclusion de ce système menait droit au protectionnisme; car si l'exportation enrichit tandis que l'importation appauvrit, la conclusion qu'il y avait à tirer de là, c'est qu'il faut favoriser la première et restreindre la seconde.

Il est reconnu aujourd'hui que les produits s'échangent contre des produits et que l'or et l'argent, quoi* qu'ils soient eux-mêmes des valeurs, ne jouent cependant dans les ventes et les achats que le rôle d'intermédiaire et de commune mesure. Quand l'argent devient rare dans un pays, il acquiert une plus grande puissance qu'il n'avait auparavant et les échanges se font avec une valeur intermédiaire moins encombrante ; •d'ailleurs la puissance de l'or et de l'argent ne tardent pas à faire venir l'or et l'argent de l'étranger et, par l'action des lois économiques, l'équihbre ne tarde pas

à s'établir. Il en est des valeurs comme des liquides dans les vases communiquants ; dès que le vide se produit sur un point, l'action naturelle des intérêts le remplit presque immédiatement. Telles sont les raisons qui ont fait abandonner le système mercantile; non-seulement cette théorie est désertée, mais elle est encore tournée en ridicule, à l'égal des plus grossières superstitions.

Il y a cependant quelque chose de vrai dans la balance du commerce. L'ensemble des opérations commerciales et industrielles nécessite, dans chaque pays, une certaine quantité de numéraire ou de moyens de crédit qui est plus ou moins grande, suivant Timportance du mouvement commercial. Quand le numéraire se restreint, sa puissance augmente, il est vrai; mais croit-on que cette hausse soit dépourvue de tout inconvénient? Cette brusque oscillation des fortunes enrichit les uns, ruine les autres, change les conditions de la vie, élève ou abaisse les salaires. Or, rien n'est déplorable pour la classe ouvrière comme ces brusques variations. Le^salaire tend toujours à se rapprocher de ce qui est nécessaire à l'ouvrier pour vivre, et, lorsque cette proportion est dérangée, les travailleurs éprouvent de dures souffrances. D'un autre côté, la réduction du numéraire dans un pays pourrait être tellement forte que les transactions ne se fissent plus qu'avec embarras ; car, quelle que soit la puissance des métaux précieux, il faut encore qu'il y ait une assez grande quantité répandue dans le commerce pour que les échanges se fassent commodément. Si en 1857 et 1858 nous étions tourmentés par la crise monétaire, c'est que la quan-

tité d'or et d'argent circulant en France n'éfait pas suffisante pour la somme des opérations. L'équilibre ne s'est rétabli qu'après une longue crise; encore sa durée a-t-elle été de beaucoup abrégée par la fabrication exceptionnelle qui est venue porter secours à l'action trop lente des lois économiques. C'est ce qui a fait dire à Fr. List: c< S'il n'y a point de balance du commerce ou s'il importe peu qu'elle soit pour ou contre nous; s'il est indifférent de voir sortir en grande ou en petite quantité les métaux précieux du pays, pourquoi FAnglelerre, lors d'une mauvaise récolte, le seul cas où elle ait la balance contre elle, compare-t-elle avec inquiétude ses importations et ses exportations ? D'où vient qu'elle compte alors chaque once d'or ou d'argent qu'elle importe ou qu'elle exporte, et que la Banque s'occupe avec anxiété d'empêcher la sortie des métaux précieux et d'en favoriser l'entrée? Si la balance du commerce était une exploded fallacy, nous le demandons, pourquoi dans de pareils temps ne trouve-t-on pas un seul journal anglais où il n'en soit question comme de l'affaire la plus sérieuse du pays * ? »

Pour nous, la vérité sur cette question consiste à dire que sans doute l'or et l'argent ne sont pas la richesse, mais que la rareté de ces deux instruments d'échange peut amener une grande gêne dans les transactions et des variations considérables dans les valeurs et les salaires. A la vérité l'équilibre tend à se rétablir; mais cette restauration d'un ordre normal n'a-

* Fr. List, Système d^ économie nationale, p. 415. (Traduction de Richelot.)

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néantit pas les souffrances de l'époque intermédiaire. M. Baudrillart fait observer que a la crainte de l'épuisement du numéraire est chimérique parce que les peuples qui ont intérêt à exporter trouvent, comme producteurs et comme consommateurs, un avantage pour le moins aussi grand à importer. Vendre sans acheter est une ridicule utopie * . » Ce qui n'est pas une ridicule utopie ce sont les émigrations de numéraire à l'étranger sous l'inlluence de causes diverses et les crises momentanées qui en peuvent résulter. L'observation de M. Baudrillart est vraie en ce sens que l'équilibre tend à se rétablir; mais en fait, ce rétablissement est loin d'être aussi prompt qu'en théorie pure.

De ce qui précède je ne tire pas la conclusion que l'importation doive être restreinte et l'exportation favorisée par des moyens artificiels. Outre qu'ils sont inefficaces, ces procédés entraînent toujours, à d'autres égards, plus d'inconvénients qu'ils n'auraient d'avantages s'ils pouvaient produire les effets qu'on en attend. Mais, quoique je n'aie à tirer aucune conclusion, l'analyse des véritables lois et la constatation de la vérité scientifique ne doivent jamais être négligées. Les conséquences pratiques viennent en leur temps féconder l'étude impartiale de la science.

^ VI, — Monopoles.

Tabacs. Le monopole des tabacs fut remplacé en 1791 par un droit dédouane sur les tabacs importes et

* Manuel dVconomie poJitiqtte, p. 310l

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un droit de fabrication sur les tal)acs produits à l'intérieur. G*est le régime qui existe encore dans plusieui-s pays où la fabrication et la vente sont libres. En 1810, le monopole fuï rétabli ; il en résulta un accroissement subit de recettes, à ce point que le produit de Timpôt qui n'était que de 4,800,000 fr. en 1804 et de 16,000,000 en 1811, s'éleva à 32,000,000 en 1815 ^ Depuis cette époque, le produit de ce monopole a sifivi la progression suivante :

ANKÉES.

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