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Mélanges d'épigraphie et d'archéologie sémitiques

Il semble qu'une fortune mauvaise, implacable, s'obstine à paralyser les efforts des orientalistes pour expliquer les faibles restes épigraphiques des Sémites occidentaux. Pendant que l'épigraphie des Sémites orientaux, l'assyriologie, grâce à un concours de circonstances favorables, est arrivée, dès le lendemain de sa naissance, a vaincre beaucoup de difficultés qui paraissaient insurmontables , pendant que les assyriologues traduisent les anciennes annales de Ninive et de Babvlone, calculent les observations astronomiques des Chaldéens, pénètrent les mystères des théogonies babyloniennes, et, en traversant d'un pas de géant l'espace qui sépare la plaine de Sennaar des parages orientaux du lac d'Aral, s'élancent courageusement à la recherche de la civilisation primordiale de la race touranienne^; pendant que tous ces miracles s'accomplissent journellement, les interprètes des textes phéniciens, après un travail assidu de cinquante ans, en sont encore à discuter la

' Je parie ici d'après la conviction des assyriologues, résumée d'une façon Irèsclaire par M. Fr. Lenormant, dans son ouvrage intitulé : Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose,Tp. /12 et suiv. Selon eux, la basse Cbaldée aurait été peuplée par des Scythes ou Touraniens, auxquels appartiendrait l'invention du système d'écriture cunéiforme. J'ai déjà exprimé à plusieurs reprises des doutes sur cette hypothèse, qui est contraire à toutes les notions historiques les « mieux constatées. Je traiterai cette question dans un prochain travail, et j'espère démontrer que les inventeurs de cette écriture ne sont autres que les Assvro- Babyloniens eux-mêmes, c'est-à-dire des Sémites, et que le prétendu touranisme des Chaldéens est une création purement imaginaire.

lecture des mots, et s'estiment heureux lorsque, à force de peine et de labeur, ils parviennent à établir quelque fait nouveau qui ne soit pas immédiatement contesté.

Cette pauvreté de résultats semble avoir produit un certain découragement parmi les orientalistes français; ils paraissent désespérer d'arriver à une certitude quelconque, lorsqu'il s'agit d'interpréter des textes qui sortent de la banalité des formules votives. Un malaise général perce évidemment dans les paroles d'un des plus fidèles champions de la science phénicienne, lequel décrit ainsi l'état d'incertitude où se trouve actuellement l'épigraphie orientale : «Sur la cire de ces textes, dit l'auteur des Notes épigraphiques \ chaque interprète met l'empreinte de son propre esprit, et l'image ainsi obtenue lui est d'autant plus chère, qu'elle est plutôt la création de sa fantaisie que la reproduction fidèle de la réalité ; on défend donc son œuvre plutôt que celle de l'auteur qui a conçu l'inscription.» En présence d'un conflit d'interprétations plus ou moins fantaisistes, M. Derenbourg considère la discussion de grammaire comme étant seule profitable à la science : r^Les formes grammaticales, dit-il, sont un champ infiniment plus soHde et où il est beaucoup plus facile de s'entendre, l'imagination y perd tous ses droits, et la comparaison avec les autres dialectes sémitiques, surtout avec l'hébreu, est un moyen sur qui peut et doit conduire à la vérité^. 55

Cette peinture est peu consolante, mais elle devient vraiment sombre quand on considère qu'en réalité la grammaire est loin d'avoir échappé à l'esprit de système , et que sur plusieurs points importants la question grammaticale est résolue différemment par les orientalistes. Un exemple suffira pour montrer combien la moindre modification de lecture peut créer de formes grammaticales imaginaires. Les mots îx natD

' J. Derenbourg, Note» épiarraphiques {Joum. asiat. janvier 1868, p. 87, 88). * Loc. cit. p. 9 1 .

DjîTNlDnxT de [l'inscription de Citium veulent dire , tout le

monde en convient : « Cet autel et deux » Dans cette

phrase, la seule chose à remarquer est l'aleph prosthétique des mots îx et DjE^n, fait dont il y a de nombreux exemples dans les autres textes phéniciens ; mais cette coupure de mots si simple n'a pas été du goût de beaucoup d'exégètes. M. Levy préfère lire d:u NDnxi , en considérant l'aleph comme le suffixe de la troisième personne exprimé ^ sans penser que le mem caractéristique du pluriel ne pouvait pas y rester sans renverser une loi positive de la langue hébraïque. M. Schlottmann n'adopte pas seulement la lecture NDnxi, mais, par analogie, il sépare le groupe précédent en T xnaîD, et voit dans l'aleph final la trace d'un ancien accusatif qui, ayant perdu son rôle primitif, se serait employé pour le nominatifs. Enfin M. de Vogué ^, dont le tact épigraphique est d'une admirable justesse, déclare cependant que lesalephde Txet de DjC'N sont l'article défini, comme le n en hébreu '^ Pourquoi se créer inutilement des difficultés quand la solution est si facile? C'est ainsi que l'amour de l'extraordinaire a gratifié le phénicien d'un futur paragogique avec noun et d'une voix IJil. La première forme supposée par M. Schlottmann dans les mots "^j"!?!^ , ]DDy'. disparaît devant une meilleure intelligence du contexte, qui exige partout le pluriel '^y]y\^. , ^Dpj?\ Le yod du prétendu IJil n'est que la lettre n afl'aiblie et fondue avec la voyelle t, qui le suit immédiatement ; devant d'autres voyelles , le n pré-

' Levy, Phônizisclie Studien, 3° fascicule, p. 9.

^ SchloUmaun, Die Inschrijl Eschmounazars Konigs der Sidonier, p. 172.

' Mélanges d'archéologie, orientale, t^. 17, 18.

* L'opinion que le N remplace en phénicien l'article H de l'hébreu a été soutenue par Gesenius, qui, entre autres preuves moins exactes, cite le nom de la ville de Cadix, qui s'écrit tantôt llîn , tantôt T13N , mais cette dernière forme représente la prononciation libyque. En langue libyqueou berbère, presque tous les mots masculins commencent par X ( voir mes Etudes berbères , au chapitre du nom). Les Libyens formaient la masse de la population dans les colonies carthaginoises de l'Espagne et des îles de la Méditerranée.

formatif ne pouvait pas manquer d'être mieux senti dans la prononciation. Même devant la voyelle i, la perte du n n'est pas générale, car il apparaît dans deux exemples décisifs : dans la formule um nnn r\j2'J nD:n, dont nous parlerons plus loin, et dans Néop. 3o, qu'il faut lire N^a c?iî?n V^'nb pxS "^bçbn'JZ, Domino Baali consecravit Bia Nahalmalik, et non pas avec M. Schrœder^ et autres "y: («'•nn =) «''n ^l'pn "V'b, Domino Baali sancto. Oblulit Nahalmalik. N'»3 est un nom propre libyophénicien qui revient dans une inscription numidique^.

Les pages qui suivent ont pour but de soumettre à un nouvel examen tous les textes sémitiques controversés. En suivant la voie que nous nous sommes tracée dans notre Essai sur l'inscription de Marseille^, nous espérons diminuer considérablement les difficultés, car nous ne nous flattons pas de les faire disparaître entièrement. Notre intention est d'agiter de nouveau les problèmes et de ne pas laisser la science phénicienne se réduire à de stériles questions de grammaire. Loin de vouloir refaire tout à neuf, nous adopterons volontiers les opinions de nos devanciers toutes les fois qu'elles satisferont lé sentiment sémitique et qu'elles seront appuyées par des analogies certaines. Dans les cas douteux, nous accepterons de préférence les solutions naturelles et simples , et nous écarterons les conjectures trop hasardées. Cette révision s'étendra successivement sur toutes les inscriptions sémitiques publiées jusqu'à ce jour : phéniciennes, hébraïques, araméennes et éthiopiennes. Les inscriptions sabéennes seront traitées à part, dans un travail qui est en voie de préparation *. C'est ainsi que nous voulons servir la science sémitique, que la publication du Corpus

' Schrœder, Die phànizische Sprache, p. 3i3. ' Faidherbe, Collection complète des insa-iptioru numidiques , n i gi. ' Joitrn. rtsiVif. 1869.

* Ce travail se publie dans le Joiirtial asiatique sons le litre d'Etudes sabéennes (voir Joijni. asiat. mai-juin et octobre 1878).

inscriptionum semiticarum va bientôt transformer en science française.

§ 1. I>SCRIPTIOX D'KSCHMOUNAZAR, ROI DE SIDON.

Ce texte précieux, le plus étendu des documents phéniciens connus, a donné lieu à un grand nombre de mémoires, parmi lesquels les travaux de Munk et de Levy se recommandent par un profond sentiment sémitique; mais la science phénicienne était, à cette époque, à ses débuts, et leurs efforts échouèrent dans Texplication de certains détails qui sont d'un grand intérêt. En 1868, M. Schlottmann s'est imposé la tâche de mettre en ordre les nombreuses interprétations divergentes et de résoudre les diCBcultés qui restaient encore. Son livre, intitulé Die Inschrift Eschmounazars Kônigs vonSidon, est remarquable par une érudition aussi vaste que profonde. L'auteur traite souvent les questions grammaticales, et on lui doit les preuves , en faveur de l'opinion de M. Ewald , que le suffixe de la troisième personne du singulier masculin se prononçait en phénicien ê comme en araméen, et non pas ô comme en hébreu. Quant à l'interprétation du texte même, je regrette de dire que, malgré plusieurs remarques très-justes, j'ai de la peine à y découvrir un véritable progrès. On est même obligé de reconnaître que, dans la coupure des périodes et de certains mots, M. Schlottmann n'a pas eu la main très-heureuse. Sur ce point, j'adhère entièrement à l'appréciation de M. Derenbourg^

Notre inscription, composée de vingt-deux lignes, se divise en deux parties très-inégales. La première partie, qui renferme un peu moins de deux lignes, forme l'introduction de l'épitaphe et donne la date de la mort du roi Eschmounazar, dans la bouche duquel est mis le discours qui suit. La seconde partie contient le discours même, dont le but est de préserver le tom-

' Notes épigraphiquet {Joum. asiat. janvier t868, p. 88).

beau contre les profanations. Le discours est conçu dans un style ferme, coulant et animé d'un léger souffle poétique; la diction, pleine d'onction et de dignité, émeut et persuade en même^temps qu'elle effraye et menace des plus terribles châtiments les sacrilèges profanateurs du lieu du repos éternel. Les périodes, formées par la réunion de phrases bien coupées, et entremêlées de propositions incidentes et de pieuses exclamations, sont arrangées avec art et de façon à produire un grand effet.

Le 'royal défunt lance tout d'abord l'anathème contre ceux qui oseraient violer son|tombeau, et prévient les profanateurs qu'ils ne doivent pas s'attendre à y trouver des trésors cachés, comme le supposait la superstition des Orientaux. Le seul intérêt qui pourrait tenter leur cupidité , la possession du sarcophage ou de la grotte, ne vaut pas la peine de s'exposer aux suites de sa malédiction, qui amèneront infailliblement leur perte et l'extinction complète de leur race, quelle qu'elle soit, noble ou plébéienne. Pour l'exécution de ses menaces, il est assuré du concours des dieux saints, qu'il a constamment servis et aimés, et dont la faveur particulière lui avait accordé la puissance pendant sa vie et lui accordera l'immortalité après sa mort.

Dans la seconde subdivision du discours, le roval défunt, pour justifier ses prétentions à la piété et à l'immortalité, fait l'énumération de nombreuses constructions qu'il avait exécutées de son vivant avec la coopération de sa mère, prêtresse de la grande déesse nationale, en l'honneur des dieux de la Phénicie en général et des dieux de Sidon en particulier. Plein de confiance dans ses mérites, il est convaincu que ces œuvres pieuses et agréables aux dieux porteront un jour un grand bonheur à sa patrie; caries grands dieux, qui disposent des royaumes à leur volonté et au profit de ceux qu'ils aiment, ne manqueront pas de restituer aux Sidoniens la riche et fer-

tile plaine de Scharon avec les villes maritimes de Dor et d'Ioppé, qu'ils avaient perdues quelque temps auparavant; tout bon patriote doit, par conséquent, veiller à ce que le tombeau du pieux roi soit respecté. Avec cette exposition, le but principal de l'épitaphe est parfaitement atteint; il ne reste plus à l'auguste orateur qu'à récapituler brièvement les anathèmes prononcés, et à en rehausser l'importance par quelques expressions énergiques qui pénètrent dans l'âme et qui rendent l'impression indélébile.

Cette marche régulière et graduée et cet enchaînement logique des idées développées dans le royal discours n'ont pas été suffisamment reconnus par les interprètes qui m'ont précédé; voilà pourquoi les lecteurs n'ont pas été à même d'apprécier à sa juste valeur ce beau spécimen de la prose populaire des Phéniciens. Certaine circonstance extraordinaire, comme, par exemple, la prétendue prière que, d'après l'avis de mes prédécesseurs, Eschmounazar aurait adressée au grand roi de Perse pour qu'il donnât aux Sidoniens une province de Palestine, circonstance qui a influé sur la fixation de la date de l'inscription, disparaît ainsi devant une meilleure intelligence du texte. Mais hâtons-nous de donner la traduction du document à notre point de vue.

Texte.

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•D'72?b D^IÎT DDHD DlXm XH DDten pp^l

Traduction.

(1) Au mois de Boul, l'an quatorze (XIV) du règne du roi Eschinounazar, roi des Sidoniens, (2) fils du roi Tabnit, roi des Sidonriens , Eschniounazar, roi des Sidoniens, parla en disant :

ff J'ai été' emporté (3) , avant mon temps, au milieu de ceux qui sont séparés du jour'', lors de ma grandeur (litt. élévation); (j'ai été) pieux, iils d'immortalité, et je suis couché dans ce cercueil et dans ce tombeau (4) , dans le lieu que j'ai construit.

w J'adjure (litt. mon anathème est avec) tout noble et tout homme

' Le texte porle DX.

- Ou bien : J'ai péri . . . au milieu de* flots dp la mer.

qu'ils n'ouvrent pas celle couche (funèbre) et (5) qu'ils n'y cherchent pas de l'argent , car il n'y a pas d'argent , et qu'ils n'enlèvent pas le cercueil qui me sert de couche, et qu'ils ne me (6) transportent pas avec celte couche sur une autre couche; même si des hommes te disent (de le faire), n'écoute pas leur ordre, car tout noble et tout (7) homme qui ouvriront la chambre de cette couche, ou qui enlèveront le cercueil qui me sert de couche, ou qui me transporteront avec cette (8) couche, n auront pas de couche auprès des Raphaïm , ni ne seront ensevelis dans un tombeau, ni ne laisseront (lilt. n'auront) de fils et de postérité (9) à leur place; et les dieux saints les hvreront à un roi puissant qui les maîtrisera, de façon à les (10) exterminer, savoir : le noble ou l'homme (plébéien) qui ou\Tiront la chambre de cette couche, ou qui enlèveront (11) ce cercueil, ainsi que la postérité de ce noble ou de cet homme de la plèbe. Ils n'auront ni racine en bas, ni (12) fruit en haut, ni figure parmi les vivants; car, moi, plein de grâce, j'ai été ravi avant mon temps, lors de ma grandeur, au miheu de ceux (13) qui sont séparés du jour; j'ai été pieux, fils d'immortalité.

(rEn eflet, c'est moi, Eschmounazar, roi des Sidoniens, fils du (14) roi Tabnit, roi des Sidoniens, petit-fils du roi Eschmounazar, roi des Sidoniens, et ma mère, Em^aschtoret , (15) prêtresse de notre dame Aschtoret, la reine, la fille du roi Eschmounazar, roi des Sidoniens, qui avons construit les maisons des (1 6) dieux : la maison de Melqart dans Sidon , côte maritime; et certes il nous fera voir i'Aschtoret des cieux magnifiques!; et c'est nous (17) qui avons construit dans la montagne un temple pour Eschmoun, prince de sainteté qui exauce (la prière du) souffrant; et certes, il me fera habiter les cieux magnifiques!; et c'est nous qui avons construit des temples (18) pour les dieux des Sidoniens dans Sidon, côte maritime : un temple pour le Ba'al de Sidon et un temple pour r^Aschtoret des cieux de Ba^al; et certes les seigneurs des rois nous donneront encore les (19) villes de Dor et d'Ioppé , les magnifiques pays de blé qui sont dans la plaine de Scbaron, en récompense des œuvi-es méritoires que j'ai exécutées, et ils les ajouteront (20) aux domaines de la patrie, pour qu'elles restent aux Sidoniens à tout jamais.

fr J'adjure tout noble et tout homme qu'ils n'ouvrent pas ma chambre (21) et qu'ils ne fouillent pas ma chambre, et qu'ils ne me transportent pas avec cette couche, et qu'ils n'enlèvent pas le cercueil qui me sert de couche, afin que (22) ces dieux saints ne les livrent pas (aux mains de lem-s ennemis), et afin qu'ils n'exterminent pas ce noble et (cet) honune plébéien et leur postérité à tout jamais. »

Commentaire.

Introduction; date de la mort du roi. nT" ^lune, mois», expression poétique en hébreu; dans la prose elle est ordinairement remplacée par le mot Uin, qui désigne particulièrement la nouvelle lune et sert aussi à former des noms propres. — bi le huitième mois de l'ancien calendrier juif correspond au Marheschwân ji^nip (octobre-novembre) du calendrier actuel. La leçon Boul est adoptée par la Massore dans le verset 38 du sixième chapitre du premier livre des Rois, tandis que les Septante lisent ce mot Ba^al. Cette dernière leçon , qui suppose l'élision de l"'aïn est moins probable; le terme Va signifie «grande humidité, averse??. — DjU ç«an» : ce mot est écrit plene, comme en hébreu ; dans d'autres textes phéniciens, ainsi que dans l'inscription de Mêscha*, on rencontre l'abréviation n'^' , qui est un aramaïsme bien caractérisé. — : yaiNl "iDi' « quatorze??. En hébreu on dirait nntry i^anx; il paraît être de règle générale en phénicien que les unités affectées de la conjonction suivent les dizaines ; ceci est conforme à l'usage de la langue éthiopienne. Après l'expression phonétique, les nombres sont encore exprimés en chiffres; on trouve ce procédé dans les épigraphes d'autres peuples sémitiques , notamment chez les Sabéens. — "iTi'jDîïN, nom composé signifiant <xle dieu Eschmoun a aidé??, comparable au nom biblique lîi'Vx «Dieu a aidé??. Pour l'étymologie du nom divin Eschmoun , voyez mon Commentaire sur l'inscription de Marseille ; j'y reviendrai encore plus bas. — q:iî: . Cette expression ne désigne pas seulement les habitants de Sidon, elle est aussi employée dans un sens topographique pour la ville de Sidon avec son territoire immédiat ; la forme du pluriel, ou peut-être du duel, indique les principaux quartiers de la ville situés les uns le long de la côte, les autres sur un terrain élevé, à l'est. Ceci sera constaté à la ligne i 5.

Ligne 2. n jin h prononcer Tabnit ou ^eut-être Tahîout comme le phénicien B)7'poL/T=nn2 en comparaison avec l'hébreu nna . Dj^n est identique à l'expression hébraïque rr^jai] r forme, image», qui, de même que ses synonymes IND et mvi, devient un nom propre en phénicien. L'étymologie de ce nom, donnée par M. Levy, est difficilement acceptable. iT2iib....')2i «parla.... en disant», formules des plus fréquentes de la Bible.

A. — Première division do discours.

a. Prologue. La mort prématurée du roi , son règne puissant et vertueux, et son enterrement en cet endroit.

Ce prologue, qui ouvre le royal discours, forme une période composée de trois propositions, dont les deux premières ont donné lieu à une grande divergence d'opinions. On a présenté des traductions si bizarres, qu'on ne peut pas s'empêcher de reconnaître combien les études sémitiques sont arriérées, malgré le grand nombre d'ouvrages didactiques. On doit vraiment savoir gré aux Massorètes d'avoir, à temps, ponctué et séparé les mots du texte bibhque ; sans eux, on ne saurait dire ce que serait devenue l'exégèse soi-disant scientifique. Comme je n'ai pas l'intention de faire l'histoire des interprétations qui ont été tentées sur ce passage , je me bornerai à discuter les traductions de Munk et de Levv, qui me paraissent être les plus sérieuses; celle de M. Schlottmann fait honneur au génie de l'auteur, mais ne satisfait pas. Entre les premiers orientalistes il règne un accord parfait relativement au groupe \ny'?2n'?î3j , qu'ils lisent Tii' hi ri'?]?: «j'ai été ravi avant mon temps». Cette lecture me paraît excellente, et je me hâte de l'accepter. Le groupe suivant est beaucoup plus difficile : Munk en détache tout d'abord la phrase DD"> ^DD ]3, qu'il traduit par «fils de peu de jours», en comparant, grâce

à une ingénieuse combinaison, l'expression dî:"' -]DD à l'hébreu D"'D"' IDDD , ou "iDçp ""D"!; mais cette supposition rencontre un obstacle insurmontable : l'expression hébraïque D"'D'' IDDD p désigne un âge peu avancé , l'âge de l'enfance ; cependant Eschmounazar est mort après un règne de quatorze ans; peuton imaginer qu'il ait commencé à régner étant encore enfant? Et même si l'on voulait se résigner à cette alternative, l'idée d'un âge peu avancé s'accorde difficilement avec la circonstance mentionnée expressément dans notre passage, que le tombeau a été fait par le roi, même de son vivant ; or un roi à la fleur de l'âge ne pense pas d'ordinaire à se construire un tombeau. Il est plus naturel de supposer que le roi avait atteint un âge où l'on devient sérieux, à peu près Zio ou /i5 ans; sa mère pouvait avoir alors 55 ou 60 ans. Ainsi donc, l'expression «fils de peu de jours» ne convient plus à un homme assez avancé en âge. Ajoutons que cette expression constituerait une tautologie fatigante à côté de la phrase précédente « avant le temps ». Ces inconvénients disparaissent dans la traduction de Levy, qui lit DD^ 5DP ]i «au milieu des flots des jours»: mais l'expression K flots des jours», fût-elle même sémitique, indique- jl rait plutôt la continuation que la cessation de la vie. ■

Le groupe suivant nDbN:3Dn''D'iîwy a été lu par Munk rr-pn in* DD bii pp K lorsque, sans avoir de fils,je fus retranché pour la mort». Cette explication a été écartée par Levy, par la raison que l'emploi du yod quiescent au milieu des mots ne saurait être toléré dans l'orthographe du verbe rr^p"] , qui , à l'exemple de n:3 (1. h), devait s'écrire sans yod. Levy sépare ainsi les mots nn^ Di tk hii 12 « alors devenu muet cessa le fils de Dieu » {verslummend dann hôrte aufder Gôttersohny, quant au mot riD, il le rattache au terme suivant et lit 2pWi np «je suis couché mort» (em Todter liège icii ). Le savant épigraphiste est si peu satisfait de cette interprétation, qu'il en propose une autre : le mot în* serait pour TIN «cèdre», et, en lisant m avec rêsch, il obtient

la phrase c^un haut cèdre, disparaît le fils de Dieu» (eme hohc Céder, schivimkt dah'm der Gôttersohi). M. de Vogué a déjà fait justice de l'identification de îX avec înx, et je n'ai pas besoin de m'y arrêter; de plus, la forme de l'imparfait dît; paraît inopportune entre deux verbes au parfait nbîJ: - n:2; et c'est pour obvier à cette difficulté que M. Schlottmann lit nç'^x ]? nn\ «orphelin fils du silence»; mais ne sent-on pas combien l'épithète d'orphelin est étrange dans la bouche d'un homme adulte et dont la mère vit encore? On voit que la période que nous venons de discuter a grandement besoin d'une nouvelle explication. Nous essayerons de l'aborder par le dernier groupe ncVx:2t2n, que nous n'hésitons pas à lire riD-bx \n dd «pieux, fils d'immortalité»; nous le prenons pour une formule élogieuse sur le caractère du défunt , mise dans sa bouche. On se rappelle que l'expression D'^na on ou Nv.2 on «il (elle) a été pieux (pieuse) pendant sa vie » , qui répond à la formule latine pius (pm) vixit, est très-fréquente dans les inscriptions funéraires des Carthaginois. Je regarde riD'Vx comme parfaitement identique à l'expression hébraïque niç-bx «immortalité» (Proverbes, XII, 98). Le mot p «fils» sert à former des adjectifs: ainsi n*D-p «fils de mort» désigne celui qui a mérité la mort par ses mauvaises actions (I Sam. xx, 3i); de même on dira légitimement n"!P"VK p « fils d'immortalité » , pour caractériser l'homme vertueux qui a mérité l'immortalité par ses bonnes actions, c'est ce qui a lieu dans notre passage riD'bx p; car, grâce à une donnée formelle de Philon de Byblos , nous savons que le substantif «mort» se disait en phénicien TOOuf( Orelli Sanchon. p. 36). En accord avec cette interprétation, nous trouverons aux lignes 1 5, 1 6, 1 7 et 1 8 l'énumération détaillée des œuvres pieuses exécutées de son vivant par le roi.

Si, comme nous l'espérons, nous avons bien saisi le sens de ce passage , il devient évident que le groupe précédent ne peut former que la locution "'pn îXD «lors de mon élévation =

puissance», parallèle à l'hébreu t|sn înd «lors de ta colère» ( Psaumes , lxxvi , 8). Il reste donc le groupe D''3DD:3, qui se coupe nécessairement en D"" 2DD p, oii le premier mot ]2 ne peut être que la proposition j"»? «au milieu»; le mot D"' peut présenter ou le substantif D] «mer» ou le substantif D*'' et jour». Dans le premier cas , on devra prendre pçp pour le pluriel de ijcp «mélange» (Psaumes, lxxv, 9), mot qui au besoin pouvait désigner les ondes écumeuses; il résulterait de cette interprétation que le roi avait trouvé la mort dans un naufrage , ce qui n'est pas impossible. C'est à cette opinion que je me suis attaché longtemps; cependant elle me paraît s'adapter fort peu à la teneur générale de notre passage, car la phrase incidente «avant mon temps» implique visiblement une mort naturelle et non pas violente, puis un homme noyé dirait certainement ri'iî33 «j'ai péri», comme dans le passage '•ç^N'i "ji» DiD îS2 ''n")j:: "•rriPN (Lament. m, 53), tandis que "•ribn: est une expression beaucoup plus faible \

Par suite de ces considérations, nous sommes forcés de lire ip"» 3ÇD ]2 (j'ai été emporté avant mon temps) «au milieu 'de ceux qui sont séparés du jour » , c'est-à-dire au milieu des morts habitant l'Orcus, endroit où règne une nuit éternelle. Dans les écrits hébreux, le pays des morts est représenté comme un immense couloir souterrain, barré de tout côté pour empêcher d'en sortir, ce sont les hiip "'"isp «barrières de l'Orcus» citées dans Psaume cxvi, 3 , appelées aussi DT'"'"!? «verrous» (Jonas, II, 7). Le mot i^çp est le participe hifil du radical "jSD; ainsi on lit (Job, xxxviii, 8) a^ w^nbii "^d^^ «Dieu a barré la mer avec des battants»; de même l'expression lira n^K ■!]p^^] (Job, m, 23) «Dieu a mis des barres autour de lui» désigne un homme qui est incapable de sortir de la mauvaise situation

^ li faut cependant remarquer que le Taimud prend l'expression mischnique m7l3 ''j^T dans le sens de DTIÎJ ''yi , ce qui démontre l'identité de 7Î3 et 113 dans le dialecte populaire.

où il se trouve; à plus forte raison les morts peuvent-ils être qualifiés de □'• 2DD ç^ entourés des barres», de façon qu'il leui est impossible de retourner dans le monde des vivants où il fait jour. »

n'7n et cercueil » paraît dériver de la racine bbu « être creux » (Munk, Levy), à laquelle on peut comparer le syriaque J^ «fourreau» et l'hébreu n^n tr gâteau creux au milieu». Il fau ponctuer rVn ou nVn .

î démonstratif invariable, à prononcer, î = ^î également invariable en hébreu ; sa forme collatérale est î = ht au féminir Dî [syth, pœnulus )== hébreu DNî.

UN pronom relatif comparable à l'hébreu ç?, çf; l'aleph est prosthétique, comme dans îx pour i; on le prononçait is, à en juger d'après la transcription du Pœnulus, Yssiddobrim = D"}3lî^ UIj yschilchon theni lijul = h:!zh on p '?3 c?n, etc. Il ne paraît avoir rien de commun avec le relatif ne^N, qui provient visiblement du radical isrx «diriger», et comme substantii t^ direction, pas, endroit», etc. Les autres mots de ce passage n'ont pas besoin d'explication.

b. Exhortation contre les tentatives de profaner son tombeau.

Le groupe nN"'DJp a été biei> séparé par Munk en nx "«Djp «mon adjuration est avec = j'adjure»; la signification de serment pour Diip est fréquente dans le Talmud, où il est expressément indiqué que ce mot était une expression païenne (Nedarim, fol. lo). La particule DN s'écrit ici et à la ligne ao sans yod. On ne peut pas s'empêcher d'y voir une raison étymologique bien fondée. En effet, la préposition riK «avec» est contractée de n:N* , l'équivalent du gueez 'h'i't' et du copte EU"! , et c'est pourquoi on dit avec des suffixes "-inx, Inx, en remplaçant le noun par dagesch ; l'autre nx , signe de l'accusatif, présente réellement un complexe dans lequel entre organi-

qucinent le pronom personnel Nin joint à un n enclitique, comme le prouve la forme archaïque conservée en éthiopien PTh'tî; aussi dit-on avec des suffixes tin, "[mK, ims*, etc. Notre texte montre donc un juste sentiment étymologique on distinguant le signe de' l'accusatif par l'insertion d'un yod ^ Celte orthographe réfléchie est peu ou point observée dans d'autres textes.

mx Vdi riD^DD "jD Ktout noble et tout homme». Sous la qualification de nsbcD ce royaume», il faut entendre la classe noble, dont les membres pouvaient seuls avoir des prétentions au trône; ainsi Juba, le roi de la Mauritanie, prend le titre de DD^DD dans les légendes monétaires, pour indiquer qu'il descend d'une famille illustre. Ce terme implique aussi bien le roi régnant que les prétendants au gouvernement; voilà pourquoi je l'ai traduit par k noble».

Les verbes ^nD^ crpn"», xe?"', ddv^ sont au pluriel, comme il ressort des suffixes des mots Dirinn, nanjo"»! qui se rapportent à plusieurs sujets à la fois.

DjD P nv "'K D DjD p rpn"» Vs*, ce passage est ordinairement traduit «qu'ils ne cherchent pas auprès de nous des trésors, car il n'y a pas là auprès de nous des trésors». Nous avons peine à attribuer au mot p le sens de l'hébreu î:3 «auprès de nous » , car l'expression « nous » semble étrange après des singuliers répétés tant de fois dans les termes ''Djp, "jiN, D22 . Encore plus étrange est la conception de DjD p comme « fils des mines = un objet précieux, un joyau», soutenue par M. Schlottmann, lequel compare la locution talmudique 13 Kîlî et D1D p. Mais le qualificatif nîiî 12 ne s'emploie qu'avec un substantif comme k:xd «habit», etc., tandis que l'expression cnD î3 se rencontre seulement en comparaison avec n:t ; ainsi DiD p n:D « une mine fille d'une demi-mine »^se]dit mé-

' Rien n'oblige, par conséquent, à penser qu'il faille ponctuer D^K, comme on l'a souyenl supposé. Dans le Pœnulus, cette particule est transcrite yth.

taphoriquement d'un savant qui surpasse son père en célébrité , comme on dit d'un ignorant qui a eu un père savant : vVicn 13 abn «vinaigre fils du vin», et vice versa. Mais, de même qu'on ne dira pas KiDn na ou D"^s p pour désigner un objet de valeur, de même on ne dira pas tout simplement p □:i: , surtout avec le pluriel d:d ; car, quoique le zouz représente la monnaie courante avec laquelle on calculait ordinairement , on ne saurait pas employer le pluriel pî'T "î: . Le mot p ne peut donc être que la particule de lieu avec un suffixe, non pas le suffixe de la première personne au pluriel :3, car, outre le changement subit du nombre dont je viens de signaler l'inopportunité, il y a cette difficulté insurmontable que le 3 implique la notion de l'intérieur du sujet auquel il est rattaché par le suffixe, de sorte qu'en employant même le singulier, la phrase c^D ""S ^^\>^] '?N serait inconcevable; il faudrait n"»jp "•nx îùp?": "JK. Il reste une seule leçon, c'est:?, forme analogue à l'hébreu nir^nri pour nrinn, ou plutôt 23, d'accord avec la prononciation phénicienne du suffixe.

••îc , négation rare en hébreu : -*33"\v (I Sam. iv, 9 1); ''i?r"'N (Job, XXII, 3o) est l'expression usuelle en langue gueez. — Le mot DÎT, lu par Munk cp «car personne n'a placé auprès de nous des trésors», est prononcé DC? par Levy, qui traduit trop littéralement : «^ car il n'y a pas là auprès de nous des trésors» (^denn es sind dort bei uns keine Scliâtzey A mon avis, la locution ne? ••x exprime purement et simplement la négation d'existence, comme l'expression française «il y a, il n'y a pas». Les termes ''X et uû me paraissent inséparables; pour affirmer l'existence , on dirait en phénicien DE? p , et je reconnais avec Munk cette forme dans le verset du Pœnulus : Yssiddobrim chyfel i^diXi heu de thyfel) ytli chil ys chon them (pour clwm) Uful, qui est à transcrire h'Jîh CD p c?î< b2 n\v V^D 3 m3-Cf c?"» « dont on dit qu'il a fait tout ce qu'il y avait à faire», auquel répond la traduction latine : eumfecisse aiunt sibi quod faclendum

fuit; nn est l'équivalent aramaïsé de Dîy^ Le passage entier doit donc se comprendre ainsi : «et qu'ils n'y cherchent pas de l'argent, car il n'y a pas d'argent. t?

□jD, pluriel de n:p «mine», indique l'idée d'argent en général (^Inscription de Cartîiage, 1. 8; comp. mon Essai sur rinscript. de Marseille, 1. i5).

Kvpi, de NE?: «porter», a ici le sens énergique d'emporter, enlever, comme Disy-riN iip:^ rril enleva leur poussière 55 (II Rois, XXIII, li).

Lignes 5-6. Le verbe dd^ est expliqué paf Levy, d'accord avec Munk, par «charger», comme si le roi voulait' défendre de mettre quelque chose sur lui. Il y a pourtant une notable nuance entre les interprétations de ces deux orientalistes. Munk pensait que le roi entendait défendre «de construire audessus de sa chambre sépulcrale une seconde chambre v , tandis que, suivant Levy, il voulait «interdire de monter {hesteigen) sur le cercueil ». Cette divergence provient du désaccord qui existe entre eux par rapport à l'intelligence des mots nb^ "•a^ 33E*D . Munk, en lisant le premier terme ri"?y = n"'bi? «chambre», obtient le sens «et qu'on ne me charge pas dans celte couche d'une chambre d'une autre couche». Levy y voit, au contraire , le verbe r^pi? « monter » , et traduit par conséquent «et qu'on ne me charge pas dans cette couche en montant sur la couche de mon sommeil» [und dass man midi nicht beladet indem man das Lager meines Schlummers hesteiget). Cependant, outre les difficultés que présentent les formes nb:? pour Tbvh et ""at:; pour Tiaîr , l'expression montrerait une prolixité peu en accord avec la concision du document, car une pareille défense aurait pu être exprimée simplement par 'py bi?"" Vni

' Un aramaïsme tout semblable se retrouve dans la forme néopunique TDN pour lUK stèle, monument. D'autres influences araméennes sur les populations libyo-phéniciennes de la Numidie ont été relevées dans mon Essai d'épigraphie libyque. (Voir Journ. asiat. février-mars 187/4.)

''22V12 OU par une locution semblable. L'explication de Munk devient aussi impossible par cette considération que l'expression î 22w C3 serait tout à fait superflue ; on ne comprend pas non plus comment la nouvelle construction pèsera plus sur lui ou sur son cercueil que l'ancienne. Tous ces inconvénients disparaissent quand on prend le verbe rh'J CDi* pour le correspondant exact de l'hébreu b'J cCi* «transporter une chose sur une autre»; n^? est la préposition 'jy, augmentée du pluriel féminin qui se trouve en face de la forme secondaire et poétique ^h'J, comme le phénicien niD (^Inscript. de Marseille, \. 1 3) à l'égard de l'hébreu "'is . qui affecte le pluriel masculin. Notre phrase se lira donc ainsi ''icf sscfD n^y î 32CfD3 iCDy bxi «et qu'ils ne me transportent pas avec cette couche sur une autre couche», sans doute dans le but de mettre un autre sarcophage à la place du premier. L'adjectif "•::? «second» signifie également «autre» (Ecclés. iv, lo).

cpiN «hommes», pluriel inusité en hébreu; il revient dans V Inscription de Marseille, ligne 1 6.

^:~i2"'' «te parleront, t'ordonneront de faire», exactement comme ^j^ns^i «te loueront» (Psaumes, lxiii, U). En phénicien comme en hébreu, la troisième personne du pluriel masculin prend quelquefois )" pour "^ î"; cette terminaison pleine est surtout usitée devant les suffixes personnels en phénicien. Comparez D:n3Dn (ligne 9).

c:"^2 "Çî?n Vn «n'écoute pas leur ordre»; c'est le sens du verbe 2 >*DU; le substantif ]") du radical pn «vociférer» est synonyme de l'hébreu n:n, qui signifie aussi «avis, ordre» (I Rois, XXII, 36); la différence du genre est peu importante; ainsi , par exemple , le mot hébreu ")%' « peau » se dit en phénicien mi*, et, au contraire, ny^i «forme» se prononce en sabéen "ns, et en hébreu même î3 et riià, y: et ns:. M. Schlottmann lit D313 [hôre nicht auf iltr Flûsteni)^ comme s'il y avait l'infinitif p: mais, dans ce cas, il faudrait traduire, pour être

exact, rr n'écoute pas quand ils chuchotent». Encore moins satisfaisante est la leçon de Levy, 0:13 (non pas D:n3) = Dn''"3 «n'écoute pas leurs mensonges», car, comme les paroles mensongères ne pourraient être autre chose que la supposition de l'existence de trésors cachés dans le tombeau, cette phrase devait nécessairement se placer immédiatement après les mots q:d p du ix d; ici elle manque de toute liaison avec ce qui suit et avec ce qui précède.

Ligne 7. T 2DUD nbi? nriD"» Z'H «ceux qui ouvriront la chambre de cette couche ». Je lis avec Munk nbi; = r\i%* « chambre » ; il m'est impossible d'adopter la traduction de M. Schlottmann, «celui qui ouvrira le couvercle de cette couche». Un mot nVi? pour «couvercle» a grandement besoin d'être justifié, d'autant plus que les mots exprimant cet objet dérivent ordinairement de l'idée de couvrir, ainsi npDD de noD, comparez «couvercle» (de couvrir); allemand Deckel (de decken); turc (jIaS de (^^, etc. D'ailleurs, l'expression «ouvrir le couvercle» est impossible aussi bien en hébreu qu'en français ; on n'ouvre pas le couvercle, on l'ôte; par conséquent, c'est le verbe ")on qu'il faudrait à la place de nriD (Genèse, vm, i3).

Ligne 8. nb p"» bit «qu'il ne soit à eux» p (po) représente le verbe être en phénicien comme en arabe et en éthiopien (comp. Inscript. de Marseille, 1. 3, 10). d'7==^d'? se rapporte aussi bien à un singulier qu'à un pluriel, conformément à l'usage de la langue hébraïque (Genèse, ix, 26).

DND") DN 332?D «couche avec les Raphaïm». Le mot D'INET désigne en hébreu «géants» et «morts», ce qui a trait à une notion mythologique que j'ai cherché à expliquer dans mon Commentaire rabbinique du livre d'Enoch. Il est intéressant de remarquer que les Raphaïm, qui sont mentionnés toujours avec mépris dans la Bible, ont ici une acception respectueuse. La particule DN s'écrit sans yod, parce qu'elle représente la préposition avec et non pas l'indice de l'accusatif (voy. ligne h).

Ligne 9. DJPnri pour l'hébreu □n''nnri , qui se contracte en nnnn ; la préposition nnri affecte régulièrement les affixes du pluriel; ainsi, au lieu de '»nnp, ^^n?', ^finP, etc., on dit : "•rriri ("':rinri), "^''rinn, vnnri, etc.

□jIjÇ.^I répond à l'hébreu □î"!"'??!"! contracté de cnn"'3C^.i. Ce verbe régit en phénicien deux régimes directs, dont le premier consiste dans le mot nnx et le second est représenté pan~K "!jbp «roi fort». La répétition du suffixe Dj" devant oriN est un pléonasme très-usité en hébreu , par exemple : înN^rn. i'7>n— nx (Exode, 11, 6). Cette construction si régulière a causé beaucoup d'embarras aux exégètes. M. Levy prend sans aucune nécessité le verbe niiîD";! avec le sens de l'araméen 1327 « envoyer » : « et les dieux sainis leur enverront un roi puissant » (m«(/ die heiligen Gôtter iverden ihnen senden einen màchtigen Kônig). M. Schlottmann lit : -)-N 'i|'?çp nx 'n 'n '^ «les dieux saints le livreront avec le majestueux royaume, etc.» {^und es geben ihn Preis die lieiligen Gôtler sammt dem herrîichen Kônigthum, etc.). Mais, outre que la forme "p'HD est inusitée, on est étonné de voir supprimer le régime du verbe T»3cn, car il n'est pas dit à qui ils le livreront. Le passage du Deutéronome, XXXII, 3o, ne peut pas servir d'exemple en faveur de l'emploi absolu du verbe; car, dans ce morceau poétique, la mention des ennemis, tin, ins, se trouve quelques versets plus haut; on a pu, par conséquent, supprimer le mot en'? ou DT2 après Dn^scn ainsi qu'après onzp, sans troubler la clarté du verset, tandis qu'ici le régime manquerait tout à fait. Que le verbe ")^3Dn se construise en phénicien avec le régime direct, et en hébreu avec le régime indirect, qui peut s'en étonner? La syntaxe arabe fournit bien des exemples de cette nature.

□j'px «dieux î7. Ce mot se trouve dans le fragment du Pœnulus, accompagné de la forme féminine aïonim valonuth = Dj'px'î Dùha « dieux et déesses » : ceci est la leçon ordinaire ; mais le texte du palimpseste de Milan porte alonim vahniuth

== n'ij'jN"! d:Vn, d'où il résulterait que te singulier se disait aloni ''^ha et alonitk -atli D'^^ha . Le scholion de Sisenna, cité par Rufinus i^Gramm. latine, édit. Putschius, p. 271), sur le passage du Pœnulus en question, dit : Halonium Pœni dicunt demn, et producenda syllaba metrigratia exigitjambus. Ici encore la forme punique n'est pas très-claire, à cause de l'incertitude où nous sommes si le yod de la pénultième appartient au terme phénicien ou à la terminaison latine. M. Levy a rapproché Di'jN de l'expression hébraïque D'':'îVx « espèces d'arbres très-hauts 55. Cela me paraît vraisemblable; il faut cependant remarquer que, dans la transcription latine , le / n'est pas redoublé; il se peut donc que la vraie ponctuation soit Dj'pn, d'un singulier ]b^. C'est l'avis de M. Schrœder (^Gramm.phén.^. 3o 1).

D2?ipn Dj*?}*!! «les dieux saints»; la sainteté est l'horreur des mauvaises actions et la tendance à punir le pécheur d'après la plus stricte justice, comme cç'np ^''î}^^ (Josué, xxiv, 19).

d:2 "jC/'D Z'h, en hébreu (ns) nna Vt^p^ ipit c^qui les tyrannisera». Le participe bufD se substitue à l'imparfait bî^'D''. Dans d:3 pour nna, le j est enclitique.

Ligne to. □anîrp'? «de façon à les exterminer»; en hébreu nriispS pour onn'iîîpV, par analogie avec Dn"'ri'jn3îp (Dnln^jp), □n"'r!i2X (nn'aN); le suffixe Dr n'empêche pas de faire suivre la particule n^N, indice de l'accusatif, à l'exemple de nnî<"□3^JD"''; de la ligne précédente; il n'y a donc aucune nécessité de traduire avec M. Levy «et leur (aux Sidoniens) extermine la race royale » (^und ilinen das kônigliche Gescidecht ausrotten wird); Dr est simplement un pléonasme.

Nn ma dk ne doit pas être séparé de ce qui précède, ni être traduit ainsi : «si c'est un homme, c'est-à-dire un bourgeois, qui commet la profanation» (Levy). Mais an din, ainsi que ddVdd, qui précède, forme le complément direct du verbe Djnspb . Le mot DN signifie «ou» et se place devant le second terme; cela est attesté par de nombreux exemples dans Vins-

criptioti de Marseille et dans notre texte même, an n'est pas ici le pronom personnel «il, lui», mais il a le sens du démonstratif ce celui-là». En hébreu on répéterait le démonstratif après chaque substantif 'Ninn cixn *n xmh nsbcDn; en phénicien il suffit de le mettre une seule fois, soit après le dernier substantif comme dans notre exemple, soit après le premier substantif comme dans les lignes 1 1 et a 2 ; l'emploi de l'article est, comme on le sait, très-restreint en phénicien.

Ligne 1 1. J'hésite à suivre MM. Levy et Schlottman en ce qu'ils commencent avec ronD Dix un une nouvelle phrase se rattachant à p"» Vx; l'inconvénient de leur manière de voir est de défaire la période en petites propositions incohérentes; leur embarras provient de ce qu'ils ont pris dn dans le sens de Rsi», tandis qu'en vérité il représente la conjonctive «ou», comme partout dans notre texte (comp. Imcript. de Marseille, 1. 3,5,7, etc.). p"» ba commence une proposition qui résume les malédictions lancées contre les profanateurs : c'est aussi l'avis de Munk, et j'adopte également son interprétation de inî xn ddVdd, mots que M. Levy traduit par «la postérité de ce royaume» [den Spross dièses Kônigreichs) , comme ayant trait au royaume même de Sidon. Le terme sii se rapporte en même temps à ncno pix «la postérité de cette homme noble ou de cet homme du peuple » ; cela est confirmé par la présence du suffixe pluriel dans Cinîi (ligne 99).

nçriD D~x « homme du peuple , de la plèbe ». Les Phéniciens se divisaient en patriciens ou nobles et en plébéiens; les plus connus de la première catégorie sont les Bélides de Tyr, qui avaient seuls accès au trône. Cette expression se trouve aussi dans V Inscription de Marseille, 1. 1 7. Le singulier np (forme îl) s'est conservé en langue gueez avec la signification de «mari», 7*^ pi. hT*^^; en hébreu, c'est le pluriel □"•np (forme D""::) qui est usité; le singulier se trouve seulement dans quelques noms propres n'pcr^nD, Vxtfinp. La racine de

ce mot paraît être nriD (inD), d'où dérive aussi l'araméen NriD «village»; en tout cas, on ne saurait admettre, avec Levy, un radical riDn, comme correspondant à l'bébreu et chaldéen nsx et à l'arabe icJil. Encore moins vraisemblable est la leçon DDnp adoptée par M. Schlottmann, qui obtient un sens bien extraordinaire : rrsi cet homme (le profanateur) est tué, alors qu'il n'îiit ni racine en bas , ni fruit en haut, ni représentant en vie sous le soleil 55 (^wenn dieser Mensch getôdtet ist, so sei îhm nicht Wurzel untcn undFrucht ohen, und kein Abbild im Lehen unter der Sonnet Le démonstratif dieser, pour lequel le texte phénicien n'a pas de correspondant dans cet endroit, traduit visiblement le terme xn que M. Schlottmann a inséré par mégarde après Dix dans sa transcription hébraïque ; en outre, on peut se demander pourquoi la malédiction atteindrait plutôt le profanateur tué que celui qui jouit de la vie.

□^ p"" ba w qu'ils n'aient pas»; ba s'emploie en phénicien dans le précatif, tandis que '?3"'K est usité dans l'infinitif [Inscript, de Marseille, 1. i5 et 2 1); l'emploi de la négative ab n'a pas été constaté dans les textes phéniciens; peut-être est^ elle aussi inconnue en phénicien qu'en éthiopien, et probablement aussi en sabéen.

VïDb "iDi cd"? Vi^ «racine en bas et fruit en haut», comme Isaïe, xxxvii, 3i, et Amos, 11, 9. Il est douteux si les mots JOD et b^D se prononçaient à la manière hébraïque ntDÇ et n^i'p ou sans voyelle finale DD et bi'D; le dernier mot se trouve aussi en hébreu sous cette forme, surtout dans la poésie, ce qui milite en faveur de son antiquité.

□TiS nxm rrni figure parmi les vivants». M. Levy a ici trèsconvenablement rapproché la locution lalmudique mis bv D'H «homme de figure = respectable » ^

UD2? nnn «sous le soleil», c'est-à-dire dans le monde.

' Comparez aussi l'expression IND Hl parallèle à hN^D N^J (Isaïe, lui, 2).

D'ordinaire l'idée du monde est rendue en hébreu par nnn c^D w n ^ sous les cieux v ( Deutéronome , ix , i /i ; ii , 2 5) ; chez les Phéniciens, le ciel avait un dieuéponyme DDC* bv2 Baahamêm, qui était à la tête de la légion divine, et l'on disait, pour exprimer le sens du monde, nD'ù? Vi'n ""^IN n^s nnn «sous les pieds de monseigneur Baalsamêm » {Première inscript. d'Oummel-Aœâmid, l. 7). Schemesch était à la fois le nom du dieu du soleil et du soleil même, et la locution C?DC? nnn semble se rapporter aussi à la divinité et présenter quelque analogie avec la locution sub Jove des Latins. Il est remarquable que l'expression c?D2;n nnn ne se trouve chez aucun des écrivains bibliques, excepté chez le sceptique Qohelet, où elle se répète plusieurs fois , comportant l'idée de fatalité, de sort immuable, idée qui a arraché à l'auteur l'exclamation empreinte d'ennui rccrn nnn cnn b^ }W «rien de nouveau sous le soleil! » (Eccl.

■j:n "lil •]:n 3. Conclusion de la défense. Le défunt, motivant son anathème, répète la formule de l'exorde qui signale sa mort prématurée, survenue au moment de sa plus haute puissance, sa vie pieuse et sa conviction d'avoir mérité l'immortalité. L'indication du motif est introduite par la particule D = ■'3 ; prendre "j:nd dans le sens de r comme moi », sens auquel s'est arrêté M. Schlottmann, c'est créer une langue sémitique étrange, car, dans les idiomes sémitiques connus, la particule de comparaison 3, ainsi que ses sœurs D'Yi, ne se joint jamais aux pronoms personnels isolés; dan;> notre cas il faudrait '<ùl22 .

|n: nifal du radical pn rt gracier, faire grâce » ; il est à ponctuer |n: ou ]n:, et désigne le roi comme ayant trouvé grâce devant les dieux. Comparez la locution ]nN -)E,\s' nx ■•n*3ni «je prendrai en grâce celui qui méritera que je le prenne en grâce» (Exode, xxxiii, 19). Les autres interprètes traduisent jnj par «digne de pitié», en rappelant Jérémie, xxii, 28. Cependant l'appel à la pitié du public aurait eu sa place con-

venable au début du discours, tandis qu'après les terribles malédictions prononcées avec une telle force , cet appel serait une faiblesse et une marque de défiance dans l'efficacité de ses menaces. La cbose est différente quand on considère cette expression comme l'annonce de la faveur que le roi est convaincu de posséder aux yeux des dieux. Cette circonstance ajoute un grand poids à ces menaces; elle est de nature à effrayer les coupables. Du reste, le passage de Jérémie n'est pas tout à fait sûr, le ketib porte Tiin: avec yod; cela suggère l'idée que la vraie leçon est peut-être "«ripnrnp k combien je serai consolé, content! jj (comp. II Sam. xiii, S^)..

Le reste de la phrase a été expliqué plus haut. Remarquons toutefois que le pronom personnel "j:n, qui la termine, démontre d'une manière évidente que les mots riDbx'p on forment une proposition séparée : «je suis pieux, fils d'immortalité», et ne dépend pas du verbe nVî?: comme mes devanciers l'ont pensé d'un commun accord, à l'exception de M. Levy, qui réunit "]jN riD ensemble et traduit «je suis mort! w (em Todter Un ich!)^ tandis que les mots précédents seraient mis à la troisième personne (^clann hôrte auf der Gôttersohny La traduction de M. Schlottmann ^gleich voie ich Erbarmungswûrdiger beraubt ward der Frucht meiner Lebenszeit, verstàndiger kampfgerûsteter Sôhne, verwaiset, ein Sohn der Verlassenheit ichv cloche encore plus sensiblement dans cet endroit que dans la ligne 2 ; on saurait à peine la rendre mot à mot en français.

B. — Deuxième division dit discours.

Énuméralion de diverses fondations pieuses exécutées, de son vivant, par le roi avec le concours de sa mère, œuvres pour lesquelles il croit s'être assuré la faveur des dieux pour lui et pour sa patrie.

La division précédente se termine en insistant sur la piété du roi , dans le but de donner l'autorité nécessaire aux paroles menaçantes qu'il a lancées contre les profanateurs de son toin-

beau; il est maintenant indispensable que sa prétention de piété soit prouvée par des faits indéniables et connus du public. C'est justement l'énumération des œuvres de ce genre qui occupe cette partie du discours. Elles consistent dans de nombreuses constructions élevées dans différents quartiers de Sidon aux principales divinités nationales et locales, œuvres qui lui donnent droit à une éclatante récompense de la part des dieux. Cette récompense sera pour lui la résidence dans le ciel en présence des dieux, et pour son peuple le recouvrement d'une province perdue. Dans l'exécution de ces travaux, il signale avoir été toujours aidé par sa mère, la pieuse prêtresse d'Astarté ; cette circonstance indique peut-être que, après le décès d'Eschmounazar, sa mère Emastarté (car c'est bien elle qui a fait faire l'inscription) espérait prendre les rênes du gouvernement sidonien pendant la minorité du prince béritier, car rien ne fait supposer que le roi fût mort sans postérité.

"]:iV D r.car moi»; 3 = '•3, particule motivante, comme 1. 12. M. Schlottmann prend encore ici "px 2 dans le sens de «comme moi» [so voie tch), et arrive à former de toute cette division la moitié d'une période , dont l'autre moitié est à son tour formée par toute la division suivante: une pareille construction est assurément de celles qui répugnent le plus aux langues sémitiques.

La généalogie du roi est ici plus complète qu'aux lignes 1 -2 ; elle paraît être mentionnée avec l'intention de démontrer l'antiquité de la famille royale , afin de faire valoir le droit qu'ont ses descendants , ainsi que sa mère , au trône de Sidon. Il se peut aussi que le père et le grand-père de notre roi fussent connus par leur piété, ce qui expliquerait son insistance à se qualifier de petit-fils p p d'Escbmounazar P^ On est tenté, de prime abord, de rapporter cette qualification à Tabnit, père de notre roi, de sorte qu'Eschmounazar II aurait été l'arrière-petit-fils d'Eschmounazar ï", dont le fils n'aurait pas

régné, du moins d'une façon brillante; mais cette supposition rencontre un obstacle dans ce fait, qu'Emastarté était la fdle d'Eschmounazarl"; elle devait, par conséquent, être trop âgée pendant le règne d'Eschmounazar II pour qu'elle lui fût d'un notable secours dans la construction des édifices religieux ; encore moins aurait-elle été capable de prendre en ses mains la gestion du royaume après la mort de son fils. Pour aplanir cette difficulté, les interprètes de ce texte ont imaginé la généalogie suivante : «Escbmounazar I" avait un fds qui n'est pas nommé et une fille appelée En^ascbtoret ; le fils mort, probablement du vivant de son père , sans avoir régné i, laissa un fils nommé Tabnit, qui épousa sa tante Emaschtoret, et de celte union naquit Eschmounazar II»; ainsi :

Eschmoimazar 1".

fils N. N. fille Emaschtoret.

Tabnit qui épouse Emaschtoret.

Eschmounazar II.

Mais cette supposition ne devient vraisemblable qu'à la condition d'en admettre une autre : il faudrait supposer qu'Emascbtoret était d'une vingtaine d'années au moins plus jeune que son frère anonyme; car autrement elle aurait été d'autant d'années plus âgée que son époux. Si, au contraire, on rapporte p p à Eschmounazar II, celui-ci serait seulement le petit-fils d'Eschmounazar l", et il en résulterait que Tabnit a épousé sa sœur; des mariages pareils, qu'on trouve aussi chez les Macédoniens et en Adiabène, ont été de tout temps dans les habitudes des Egyptiens et des Phéniciens (Lévit. xviii, 3, 9 4-3 g). L'épithète dd^dh <xla reine» fait voir qu'Emascbtoret partageait le gouvernement de Sidon avec son fils : il^ était donc touf naturel qu'elle prît les rênes du gouvernement

après la mort de celui-ci, et c'est justement la raison pourquoi son concours dans toutes les fondations pieuses est expressément signalé.

p2 CwV . Il est à peine besoin de faire remarquer que cet □N ne peut pas être la particule CN «si», comme le pense M. Schlottmann ; j'ai tout d'abord pensé à lire EN Q:l!fî ijbp «roi de Sidon la métropole», en rappelant les légendes connues 3D3 DN "isb «àTyr, la métropole de Camb (Carthage)»: p:D3 DX ■px'?'? t^à Laodicée, métropole de la Phénicie»: 12 DN* d:~2'7 a à Sidon , la métropole de Tyr » ; de même CNi "T'y '?X")C?''3 (II Samuel, xx, ig); cependant M. J. Derenbourg, à qui j'ai soumis cette comparaison, fait observer justement que, dans tous ces exemples , le mot du est suivi d'une expression déterminative , tandis que dans notre texte il est isolé. Je crois donc que, jusqu'à nouvelle preuve, il faut considérer DK comme une faute du lapicide, au lieu de c;x, conformément à la locution u'K iniNi qui revient plus bas,

Dj'pk ri3 n\\* «les maisons des dieux = les temples»; c'est renonciation générale; les détails suivent immédiatement et font voir que les dieux honorés par Eschmounazar étaient aussi bien les divinités adorées dans d'autres localités de la Phénicie que les divinités dont le culte avait son principal siège à Sidon même. Les divinités de la première catégorie sont appelées DjVk en général , tandis que celles de la deuxième catégorie sont distinguées par l'épithète □j'îS jSv «dieux des Sidoniens». 11 n'est pas sans intérêt de voir que la déesse Astarté est désignée ici comme une divinité purement sidonienne ; cela fournit une précieuse confirmation de la donnée biblique qui applique à nifiçry le titre w^zy^ "•n'px «divinité des Sidoniens » (1 Rois, xi, 5). Remarquons encore quel'énumération donne deux divinités pour chacune de ces catégories , probablement les dieux suprêmes du panthéon phénicien.

Le nom du dieu mentionné le premier est effacé, il n'en reste

que la lettre finale n . Presque tous les exégètes ont pens»!' qu'il s'agissait ici d'Astarté mns;y; mais la phrase incidente mnc7i? n\s* pC""! s'oppose formellement à cette conjecture, puisque la déesse Astarté y est distinguée du dieu maie auquel se rapporte nécessairement le préfixe yod du verbe ]TC\ On peut avec une grande vraisemblance y voir le dieu Melqart mp^D , l'Hercule phénicien, le protecteur spécial de la ville deTyr, qui avait de nombreux temples dans tous les pays colonisés par les Phéniciens; il est presque impossible de supposer qu'un dieu si généralement reconnu en Phénicie eût échappé à la piété d'Eschmounazar.

Nous arrivons maintenant à un groupe fort controversé et qui a son parallèle à la ligne suivante.

Si Munk avait pu examiner de vue ce parallèle, il ne serait certainement pas arrivé à trouver ici la mention d'Israélites et de Sémites idolâtres. Il est seulement regrettable que l'erreur de l'éminent orientaliste, que sa cécité rend très-excusable, ait trouvé son chemin dans des ouvrages historiques sérieux et d'une valeur incontestable. M. Levy a le premier bien séparé le dernier groupe en □"nx DDîT = Dp^iN* w^pp. Quant au sens général de la phrase, j'hésite pourtant à le suivre : une leçon telle que ait^ii^^jnci, donnant la notion de «et nous y avons érigé l'Astarté des cieux puissants» {imd voir haben daselbst aufgerichtet die Astarte des màchtigen Eimmels)^ nous répugne, car elle méconnaît le parallélisme des deux phrases incidentes citées plus haut, et suppose au verbe "D"' la signification de «ériger une statue», qu'il n'a dans aucune langue sémitique. En lisant avec M. Derenbourg 'N 's? "s N pir*'!, toute difficulté disparaît, on traduit aussitôt : «Et (certes) il (le dieu Melqart, pour nous récompenser,) nous fera voir l'Astarté des

cieux magnifiques». Astarté, la grande déesse nationale, avait » inspiré aux Phéniciens une adoration tellement pleine de tendresse, qu'elle dégénérait souvent en explosions sensuelles. "iw*^ est le hifil de lîw «regarder, contempler, voir». La vision delà divinité est la plus haute récompense réservée aux hommes vertueux, soit pendant leur vie, soit après leur mort.

]j2 uX ]^ùii^, locution qui se rapproche beaucoup de la construction française « c'est nous qui avons bâti, v En hébreu , on dirait succinctement □"':i2n '!:n:N*i ou i:"':2 "i:n:xi.

Ligne 17. L'autre dieu, auquel Eschmounazar et sa mère avaient construit un temple, est sans doute p2?N, éponyme du roi comme Aschtoret l'est de la reine mère. Il est vrai que la dernière lettre du nom divin , étant mutilée à la partie supérieure, ressemble quelque peu à un 3, et c'est ce qui a décidé M. Levy à lire du?n, qui rappellerait le dieu nD"'2?x adoré à Samarie par les hommes de Hamath (II Rois, xvii, 3o); cependant son argumentation est loin d'être concluante. On ne saurait non plus adopter les mots î:?~pn b'2] , par lesquels ce savant complète le passage effacé sur la pierre ; l'orthographe •js, pour b:f2, n'a pas sa place dans un document relativement ancien et si soigné; d'ailleurs, l'expression b"J^, comme épithète, doit être accompagnée d'un autre mot ou de suffixes possessifs. J'incline à lire v:ip [it? îJDîtn'? «pour Eschmoun prince de sainteté» (comp. Isaïe, xliii, 98), ce qui s'accorde très-bien avec la qualification de Dw'ip oàbx, à la ligne 22 , qui se rapporte indubitablement à tous les dieux spécialisés ici. On pourrait aussi lire i^'lj? "ly «gardien saint», en rappelant les ^çf"*"!!? ]''yj des Juifs modernes; cependant l'ancien langage disait e*''"pi "T'y (Dan. iv, 1 0) et non ^"^ij) i^'j; je crois donc la leçon ùip ip seule admissible, car la dernière lettre, à en juger d'après l'inclinaison de la haste restante, ne peut être qu'un"); la lettre précédente doit être, au contraire, un caractère privé de haste; par conséquent, le mot bilitère qui se

trouvait dans la lacune permet le choix entre ")î, i"', "ly, "i;y, dont la dernière forme est la plus convenable.

Parmi la multitude effrayante d'opinions qui se sont produites sur l'interprétation du groupe b'jT'jî? , l'explication de M. Levy me paraît s'approcher le plus de la vérité. L'épigraphiste expérimenté a entrevu la seule solution possible sans pourtant l'atteindre. Que ces mots se rapportent au dieu auquel le temple était dédié, c'est ce dont on peut à peine douter; mais la traduction «celui qui m'exauce bénignement» (^der michgûtig erhôrt) ne saurait être définitive; l'emploi d'un mot syriaque dans un sens adverbial est intolérable au rtiilieu d'un texte rédigé dans l'hébreu le plus pur. Outre cette difficulté matérielle, une expression telle que «le dieu qui m'a exaucé bénignement 5) ne serait-elle pas mieux placée dans la bouche d'un homme qui se relève de sa maladie que dans celle d'un homme mort avant le temps? Pour faire disparaître ces inconvénients, on n'a qu'à ponctuer bV^ "'3j? = '?i n:y «celui qui exauce le souffrant w. Dans le ""ji*, le n de l'orthographe hébraïque est représenté en phénicien par le yod radical : ceci est la règle générale constatée par des exemples certains; nous les fournirons plus loin, bhi est la forme non contractée deV "[, dont le nom propre nb"'!?! offre le féminin; comparez on et; D'ipri . Le verbe bbi comprend la notion d'appauvrissement de: décroissance corporelle et spirituelle; en un mot, un état anomal qui fait souffrir.

La phrase incidente miiS* DDîy '':2*ù"'l est claire : «et (certes) il (Eschmoun) me fera habiter les cieux magnifiques».

'':5c;"' est le hifii de aty «demeurer, habiter». Ce verbe se construit avec l'accusatif, et l'endroit habité peut se subordonner directement sans préposition intermédiaire. On trouve ainsi nn^s n^Tn^ a^c^D D^n^x «Dieu fait habiter ses élus dans des maisons» (Psaumes, lxviii, 7 ). Le •• final de "»j2t?"'i en distingue le noun de celui qui clôt le mot pîyn et qui désigne la

première personne du pluriel; nouvel exemple d'une orthographe réfléchie.

Ligne 18. Suit i'énumération des temples construits en l'honneur des principales divinités des Sidoniens, La première divinité est un dieu mâle nommé Ba'al-Sidon , dieu tutélaire de la ville de Sidon, comme Melqart était le patron de la ville de Tyr. L'autre divinité, appartenant au sexe féminin, est la fameuse Astarté ; elle porte le titre remarquable de mnC7y '?>*2"î: w , dont la signification ressort clairement quand on le rapproche de l'expression d~)~x ddc ninvj (ligne 16). L'Astarté des cieux de Ba"^al ou l'Astarté des cieux magnifiques est sans aucun doute la Vénus Urania des auteurs classiques; la locution b'J2"DV K cieux de Ba'^al», pour désigner la magnifique voûte étoilée, est identique à l'expression hébraïque mn"» ^I2p «les cieux de Jéhova» (Lamentations, m, 56). Cette interprétation rationnelle de '7y3"D2? appartient, en principe, au savant professeur de Breslau: les autres exégètes, trop enclins aux notions mythologiques, ont cru y trouver la clef du polythéisme sémitique se dégageant d'un monothéisme primitifs.

Les mots |n^ TJ^ expriment le dernier souhait du défunt, qui termine cette partie du discours. La symétrie des phrases est parfaite : chaque énumération est accompagnée de la perspective d'obtenir une récompense proportionnelle.

aniN DDE; nnn^'j n"»N pcrn^^nhpVc] n2n\x««p3c?î<«-"'Dxi««"j:N

^D^"î nxT rr-N dd^d zia p :n> TJ^ d:-^ :'?nV udi pa ^n ]mKi

Mais , celte fois , la récompense qu'il espère obtenir n'est plus

' Dans son explication de la longue période "ji'D'Dî!? — "] JND {Notes épigraphiques, l. c. p. io4), M. Derenbourg a déjà corrigé la plupart des erreurs des autres eségèles ; il a aussi été le premier à reconnaître le vrai sens de l'expression p2?^1. Sa version ne diffère delà mienne que dans quelques points d'un ordre secondaire.

pour lui-même, elle est entièrement en faveur de son peuple. Cette récompense consiste dans le recouvrement de deux villes maritimes, Dor et loppé, qui avaient été ravies aux Sidoniens quelque temps auparavant, et dont la perte remplissait de tristesse les patriotes. L'annonce de cette perspective a naturellement pour but de rendre la mémoire du roi plus chère , et par suite d'assurer l'inviolabilité de son tombeau. Quant à la marche observée dans l'arrangement de ces espérances, un coup d'œil attentif ne tarde pas à y remarquer un ordre très-rationnel : pour être récompensé en personne, il lui suffit d'avoir la faveur de qui que ce soit parmi les dieux phéniciens, mais la prospérité des Sidoniens comme peuple ne peut provenir que des dieux de Sidon, leurs protecteurs naturels.

Pour peu qu'on réfléchisse, on acquiert la conviction que la correspondance entre les œuvres et les récompenses forme le vrai lien qui unit les trois phrases principales composant cette partie du discours; on ne saurait en détacher la moindre parcelle sans troubler la marche régulière des idées. C'est pourquoi il y a lieu de trouver étrange l'unanimité avec laquelle des exégètes tels que MM. Levy et Schloltmann reconnaissent dans l'expression dd^D pN une allusion au grand roi perse. D'après M. Levy, la phrase |n"» lyi exprimerait l'assurance que le monarque perse, suzerain du roi défunt, fera aux Sidoniens le don des deux villes susindiquées pour récompenser les services que ce roi avait rendus à l'empire achéménide, et il trouve ici une précieuse indication pour établir la date de notre document, qui doit être, en tout cas, de l'époque perse.

Sans rien préjuger sur la question de date , laquelle, d'après nous, ne peut être décidée que par des arguments tirés du caractère paléographique et artistique du monument, nous n'hésitons pas à repousser de toutes nos forces la thèse principale de ces exégètes, savoir que l'expression dd'jd pN désigne un potentat humain; le contexte ne permet pas d'y voir un sou-

verain mortel , mais nécessairement les dieux Ba'al et Astarté , précédemment mentionnés. A cette nécessité qui ressort de l'ensemble du texte , on peut alléguer toute une série d'arguments, dont voici les principaux :

1° Le titre de çt seigneur des rois» que l'on prétend appliquer à un souverain n'a pas d'analogue dans toute l'antiquité. Le titre des souverains assyriens est ç? Roi des rois» {^sar sariy. les monarques perses portent le titre de Khsâyathiya khsayathiyânâm, qui a la même signification. Les Phéniciens auraient certainement rendu le titre dont il s'agit par opbp "l^D, expression employée d'ailleurs dans la langue hébraïque (Ezéchiel, XXVI, 7), et dont l'analogue se trouve dans les médailles sassanides sous la forme sémitico-aryenne xd^D iNd'jd .

3° L'épithète QD^D ]lii ne Saurait s'appliquer à une personne mortelle; car, en hébreu, le terme ]1H a primitivement le sens de maître absolu. Il est vrai que l'usage a beaucoup modifié le sens originel, au point d'en faire une expression honorifique désignant un supérieur; mais une pareille formule de politesse serait ici mal à propos : «les maîtres des rois,» dont il est question dans notre passage, ne sauraient faire allusion à un souverain humairi.

3° Eschmounazar réclame la possession du territoire de Scharon en récompense de ses œuvres. Quelles sont donc ces actions accomplies dans l'intérêt des suzerains perses, et pourquoi ne les a-t-il pas énumérées ? Nous voyons , au contraire , qu'il énumère en détail ses fondations pieuses en l'honneur de quatre divinités différentes. C'est donc ces divinités qu'il qualifie de « seigneurs des rois » , et desquelles il attend le recouvrement des provinces perdues.

li° Comment imaginer que la réclamation d'une riche province adressée au suzerain perse soit mise dans une épitaphe phénicienne cachée dans une chambre mortuaire, dont l'accès est défendu aux étrangers sous les plus terribles malédictions et

avec menaces d'extermination ? Comment le souverain perse parviendrait-il à connaître le vœu posthume de son vassal exprimé dans un document qu'il ne pourra jamais avoir sous les yeux?

Qu'on renonce donc définitivement à l'hypothèse, plus que hasardée, qui consiste à chercher dans l'épithète D^^D pu une allusion aux rois perses; ce litre ne peut s'appliquer, dans notre document, qu'aux grands dieux de Phénicie et de Sidon; c'est d'eux seuls que le pieux Eschmounazar espère la réacquisition des villes maritimes dont la perte était si regrettée par ses compatriotes.

Les considérations qui précèdent ne permettent plus de douter, je l'espère, que notre passage ne contienne aucune allusion à un souverain mortel. Il faut maintenant écarter la dernière ombre de preuve qu'on pourrait avancer en faveur de l'interprétation donnée par les exégètes précités à l'épithète DD^D pK. Cette épithète se retrouve encore dans deux autres inscriptions , comme titre des successeurs d'Alexandre le Grand, et l'on peut être tenté de supposer que ce titre pouvait aussi s'appliquer à la dynastie perse. Ce serait cependant ifne grande erreur; car, si les Phéniciens donnaient aux rois macédoniens le titre purement divin de dd'jd px , c'est justement parce que la divinisation des rois était devenue un usage universel dans cette dynastie, à commencer par son fondateur; Alexandre le Grand, que les prêtres égyptiens avaient proclamé fils de Jupiter. Cet usage honteux, primitivement confiné en Egypte, entra plus tard dans les habitudes des empereurs romains héritiers des Grecs; c'est sous l'empire de cet usage que la qualification encore plus directe de dieu anha^Ssés est donnée , dans les inscriptions de Palmyre ( 1 5 , 16), aux césars Hadrien et Alexandre Sévère. L'expression asbo px ne peut donc pas se rapporter aux souverains perses , qui se donnaient eux-mêmes le titre purement humain de « Roi des rois » , mais tout au plus aux Séleucides ou aux empereurs romains: or,.

comme, d'un côté, il est impossible de reléguer Eschmounazar à l'époque grecque ou romaine, et que, d'un autre côté, les arguments que nous avons exposés plus haut démontrent suffisamment que toute allusion au monarque suzerain est déplacée dans une inscription qui doit rester toujours invisible, on est donc forcément amené à appliquer l'épithète Dzbc pN aux dieux mentionnés un peu plus haut, ex"plication fortement recommandée par l'ensemble du passage.

"•2"'' "iN~ «Dor», petite ville maritime, patrie de la pourpre, aujourd'hui «Tandour^j, et la ville beaucoup plus importante de «loppé», aujourd'hui «Jaffa, » eu hébreu ^DV

mixn ]:i nsiK «les magnifiques pays de blé »(Levy,Munk). La fertilité de la grande plaine s'étendant depuis la ville d'Akko (Saint-Jean-d'Acre) jusqu'au sud de Jaffa était proverbiale, et les Phéniciens en ont de tout temps retiré leurs provisions de blé; la possession de cette plaine avait donc la plus haute importance pour eux. Une mention du dieu philistin Dagon, que M. Schlottmann croit trouver ici, n'a aucune raison d'être.

pe? me?3 C7K «qui sont situés dans la plaine de Scharon»; le mot ^^^ r champ» indique un terrain uni et cultivé; il est le synonyme de pD c^ terrain labouré».

ribi*2 w N ncïi' mD*? « en récompense des grandes choses que j'ai faites», mp «mesure» signifie par extension la chose qu'on rend, d'après la mesure du mérite, «récompense». Ett hébreu, on rencontre la locution c|?"'n '?k nnbyD ""n^-Dî (Isaîe, Lxv, 7) «je mesurerai leur œuvre dans leur sein», c'est-à-dire «je les rétribuerai justement d'après leurs œuvres». Le terme DDsy R les choses fortes » a ici une acception morale indiquant les actions méritoires. Un sens analogue se trouve aussi en hébreu : □p"'n'iDSJ? iV'iï) «avancez vos forts arguments» (Isaïe, XLi, 22).

yix b2i rh'J □j:dd''1 «et ils (les dieux) les (les pays) ajouteront aux termes du pays». DjjDD""! correspond à la forme

hébraïque DiCDl"''?, contracté de Dnicpl"""!. Nous avons vu, par plusieurs exemples , que le suffixe hébreu dh est régulièrement représenté en phénicien par dj ; le J de pon est propre à l'imparfait, et il s'est conservé en phénicien surtout devant les suffixes régimes ; en hébreu , cette terminaison est encore souvent usitée à l'état absolu, comme pïT", piSND, etc., mais très-rarement devant les suffixes, comme ''JjlNnp% TjJinnty^.Le mot rhv est ici = bv^ comme à la ligne 6. En hébreu, le verbe ^D'' régit aussi la préposition bif. Comparez encore la locution {Inscript, de Mêschd, 1. 21) yiNn h^ nsD"» nî^x pp3 «dans les villes que j'ai ajoutées au pays 55. La traduction de M. Levy ne peut pas se défendre : a et qu'il (le suzerain perse) les protège (î^DD"»! de jDD^pji), pour qu'on ne passe pas (nViîp) le territoire du pays» {und er môge sie schutzen, dass man nicht das Gebiet des Landes ûberschreite). La ponctuation D::pp'') proposée par MM. Schlottmann et Schrœder, ainsi que celle dJjSD^i ^et nous les ajoutions», admise par M. Blau , est dénuée de tout fondement.

d:jd'7 ne signifie pas «pour les fortifier» (Munk, Levy), d'après la forme hébraïque o.îaiD'?, mais «pour qu'elles soient, restent» = Dri'i''nS (Derenbourg, Schlottmann).

G. — Troisième division du discours, conclusion.

Le roi termine son discours par une répétition de l'anathème contre les profanateurs de son tombeau. Le langage est ici plus concis que la première fois, et la vengeance des tr dieux saints, n les mêmes qui ont été énumérés dans la division précédente, forme le pivot et la fin du discours.

Les verbes nnD\ -ir"», xe?"" sont au pluriel, comme le prouvent les verbes Dinjc , pp"'!.

Ligne ai. ^i*"' ba «qu'ils ne fouillent pas», au propre: « qu'ils ne vident pas le contenu», comme pNn—nN ny"!} (II Chr. xxiv, 11) «et ils vidèrent la caisse».

□7 = np*?, au propre «pourquoi», sert de particule prohibitive «pour que ne» en remplaçant la particule hébraïque JD ; comparez iny ab^ mon n^b (Ecclés. vit, 17) «pour que tu ne meures pas avant ton temps ».

"jx D^ipn Dzba «ces dieux saints», savoir les quatre dieux auxquels Eschmounazar avait construit des temples, ha répond à n)ii, comme 1^ à nn^.

ÎSp"'l = ]2i?"'i, imparfait prolongé; on pourrait aussi ponctuer iSp"») et appliquer le suffixe - (=héb. "i^ ) au mot DD'pDDn qui vient après; cependant, vu le manque de la particule n^iK, l'existence du suffixe n'est pas probable.

niKm ; le •, équivaut ici à la conjonction na = in ou (l. 11).

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