partie et, par cela seul, les autres sont libérées!. Ou bien
encore, passant par deux étapes de désacralisation succes-
sives, on concentre d’abord sur les prémices l’ensemble de la consécration, puis, on représente ces prémices ellesmêmes par une victime que l'on élimine. C’est ce qui arri-
vait, par exemple, dans le cas de l'apport des: premiers
fruits à Jérusalem *. Les habitants d’un district * apportaient en corps leurs paniers. En tête du cortège marchait un joueur de flûte. Des cohanim venaient äu-devant des arrivants ; et, dans la villé, tout le monde se levait à leur pas-
sage, rendant ainsi les honneurs dus aux choses sacrées
qui étaient là. Derrière le joueur de flûte, il y avait un bœuf, aux cornes dorées, couronné d'olivier. Ce bœuf, qui peut-être portait les fruits ou traînait le char, était plus tard sacrifié‘. Arrivé à la montagne sainte, chacun, « même le roi Agrippa en personne », prenait son panier et montait au parvis’. Les colombes qui étaient posées dessus servaient d’holocaustes*, et ce qu’on avait en mains était remis au
prêtre. Ainsi, dans ce cas, deux moyens se superposent
1. Cette partie est d'ordinaire la première de toute chose. On sait. quelle, est l'étendue des préscriptions bibliques qui concernent les premiers-nés (les hommes et des animaux, les premiers fruits et les premiers grains de l'année, les premiers produits d’un ‘arbre (or) le premier blé consommé (azymes), la première pâte levée (kallé). De tout ce qui vit et fait vivre.les prémices appartiennent à lahwe. Les bénédictions talmudiques et synagoguales ont encore accentué ce
thème, puisqu'elles sont obligatoires quand on goûte pour la première
fois d’un fruit, quand on commence le repas, etc. aN à ? : . < , 2. Talm.J. Biccourim, HI, Mischnd, 2 et suiv. On ne peut évidemment
suivre le rite dans les textes bibliques qui ne contiennent que les
prescriptions sacerdotales et non pas les usages populaires. Le caractére populaire de tout ce rite est évident : ce joueur de flûte. ce bœuf couronné (olivier, aux cornes dorées (que pouvait remplacer un chevreau aux cornes argentées, cf. Gem. ad. loc.), ces paniers, ces colombes.
ve sontlà des traits originaux, d'uné antiquité incontestable. D'ail- sÈ
leurs ces textes mischnaïques sont fort anciens eux-mêmes.
3. Ils se réunissaient la veille, et passaient la nuit sur la place publique de peur de contact impur selon la Gemard. ïs
4. Gem. à 2. Les rabbins discutent pour savoir si c'était en shelamim ou en ‘lt.
5, Rite de rachat personnel, cas assez remarquable. 6. CF. Menahot, dans Tabn. Babli. 58 à (renvoi de Schwab, ad loc.).
FPS LA NET,
d'écarter la sainteté des premiers fruits : consécration au temple, sacrifice du bœuf et sacrifices des colombes, personnifications des vertus qui étaient censées y résider. :
Le rapprochement que nous venons de faire, entre le cas du nazir et l’expiation individuelle, entre le cas des premiets fruits et celui des autres choses qu’il faut débarrasser d’un caractère religieux plus réellement mauvais, nous amène à faire une remarque importante. C'était déjà chose notable que, d'une manière générale, le sacrifice pût servir à deux fins aussi contraires que d’acquérir un état de sainteté et de supprimer un état de péché. Puisqu’il est fait, dans les deux cas, des mêmes éléments, il faut qu'il n’y ait pas, éntre ces deux états, l'opposition tranchée qu’on y aperçoit d'ordinaire. Mais de plus, nous venons de voir que deux états, l’un de pureté parfaite, l’autre d'impureté, pouvaient être l’occasion d'un même procédé sacrificiel, dans lequel les éléments étaient non seulement identiques, mais agencés dans le même ordre et orientés dans le même sens. Il arrive encore qu’un-état profane soit traité, sous de certaines conditions, comme un étatopposé de consécration religieuse. C’est que nousn’avons
dégagé jusqu'ici que des mécanismes élémentaires, des types.
presque abstraits qui, en réalité, sont le plus souvent solidaires: Il ne serait pas tout à fait exact de se représenter l’expiation comme une élimination pure et simple, où la victime ne jouerait que le rôle d’un intermédiaire passif ou d’un réceptacle. La victime du sacrifice expiatoire est plus sacrée que le sacrifiant. Elle se charge d’une consécration qui n'est pas toujours différente de celle qu’elle prend dans les sacrifices de sacralisation. Aussi bien, nous ver-
rons-nous des rites de sacralisation et des rites expiatoires
réunis dans un même sacrifice. La force que contient la victime est de nature complexe ; dans le rituel hébraïque, les résidus de la crémation de la vache roùsse, qui sont rassemblés dans un lieu pur, rendent impur par leur contact un homme qui se trouvé en état normal, et pourtant ils
Mauss-HuBERT. 6
servent à la purification-de ceux qui ont contracté certaines
souillures!. Au même ordre de faits appartiennent certaines des communications qui s’établissent entre lé sacrifiant et la victime à la suite du meurtre sacrificiel : il y à des sacrifices expiatoires où, la victime étant dépouillée, le sacrifiant, avant d’être complètement purifié, se tient sur la peau de la victime ou la touche. Ailleurs, on traîne la peau de Vanimal dans le lieu pour lequel se fait l’expiation ?. Dans des sacrifices plus complexes, dont nous aurons l’occasion de parler, l'élimination se complique d’une absorption En somme, à bien considérer le sacrifice hébreu, la consécration de la victime s’accomplit de la même façon dans le hattât et dans l’old. Le rite de l'attribution du sang est simplement plus complet dans le premier sacrifice. Et il est remarquable que, plus l'attribution du sang est complète, plus l'exclusion expiatoire est parfaite. Lorsque Je sang était porté dans je sanctuaire, la victime était traitée comme impure, et on la brülait hors du camp ÿ. Dans le cas contraire, la victime était mangée par les prêtres comme les portions consacrées du shelamim. Quelle différence y avait-il donc entre l’impureté de la victime du premier hatfdt et le caractère sacré de la victime du second ? Aucune : ou plutôt il y avait une différence théologique entre les sacrifices expiatoires et les sacrifices de sacralisation. Dans le hattdt et dans les autres sacrifices, il y avait bien attribution du sang à l’autel, mais l'autel était divisé par une ligne rouge; le sang du hattät était versé au-dessous ; le sang de l’holocauste, au-dessus*. Il y avait deux religiosités, dont la distinction n'était pas très profonde. |
C'est qu’en effet, comme l'a bien montré Robertson