VU EN M
nombre de groupements pareils qu'il sera raisonnable de n’en tenir aucun compte au moment où nous conclurons. Nous ne connaissons que deux tribus où le fait ait été attesté !; celle de la rivière Tully? (Queensland Nord- Ouest), et la tribu des Anula (sud du golfe de Carpentarie *). Mais, pour ce qui est de la première, M. Roth ne nous dit pas si c’est le pouvoir lui-même qui est héréditaire, ou si c’est simplement d’une-transmission ordinaire des mystères professionnels qu'il s’agit, transmission faite régulièrement de père en fils. Dans ce cas, nous rentrerions presque dans la règle commune : l'enseignement magique se fait d'ordinaire en famille. Dans la seconde tribu, au
contrire, nous avons un clan totémique proprement dit “,:
et un seul, chargé de fournir des magiciens : c’est un clan des «étoiles filantes * », clan spécialement associé avec les esprits malveillants vivant au ciel. Il se produit donc, dans
1. 11 ne faut jas prenare l'expression de « dons naturels » employée par certains auteurs comme désignant un don magique de naissance (ef. plus haut, p. 5, n.); elle n’a, quant à noue aucune valeur vorécise. > -
2. W: Roth, Superstition, Magic and Medicine, in North Queensland Elnography Bull., n° 5, Brisbane, 1903, p. 30, sect. 120. Le texte est d’ailleurs fort. peu net : « Les docteurs indigènes .ne sont pas spécialement éduqués dans leurs arts, sauf peut-être par leurs parents et en douceur; parce que le pouvoir ici est hérédilaire [comme il était d'usage à Brisbane {id est dans la tribu de Brisbane), sect. 121] » (les italiques sont de nous). La dernière observation, même la première où il à été dit que ce sont probablement les parents (?) qui initient leurs enfants et la réflexion sur la tribu de Brisbane montrent que les idées de M. Roth sont imprécises comme son observation, puisque justement, à Brisbane, il y avait une éducation attachée à. une révélation magique (voy. plus bas, p. 168).
3. Spencer et Gillen, N: T. C., p. 488, 489, cf. p. 502. no 1 ; le magicien Anula n’a d’autres fonctions que le maléfice : pour les rites curatifs les Anula s'adressent à d’autres tribus. 11 y a évidemment une faute de rédaction, p. 489, mettre « not » après les mots « bones and ».
4. Assez comparable à certain clan (local) de Madagascar. Voir Van Genepp; Tabou et Tolémisme à Madagascar, 1904, p.131 et suiv.
5. La liaison établie entre les étoiles filantes et la magie maléficiaire se retrouve chez les Arunta, Spencer et Gillen, N. T., p. 566, où les champignons (à cause de leur poison?) sont réputés être des étoiles filantes tombées du ciel et pleines d’Arungquiltha, et chez les Maras,
N. T. C., p. 488, voir plus bas, p: 35.
LU DOM DE SOA CI ES TRE N ETES PRE TER NET ae 2e SEE € AU PR COL TERRES ue | Ce x « à
ce clan, une espèce de révélation fatale lors de la naissance. Mais nous soupçonnons l'observation d'être imparfaite, car on ne nous dit pas que tous les membres de ce clan sojent sorciers, ce qui devrait être si c'était exclusivement la naissance qui conférait le pouvoir magique t.
On pourrait nous objecter que, dans quelques-unes des
tribus australiennes, les fonctions des faiseurs de pluie sont parfaitement héréditaires et que même, dans cer-. tains cas bien observés, elles sont dévolues à un clan de l'eau. Mais nous écartons cette observation, car, dans lé cas
où les agents de ces fonctions font partie d’un tel clan et où la cérémonie est une cérémonie de clan, ce n’est ni de magie ni de magicien qu'il s’agit, mais de cette sorte de
religion à caractère confus qu'est la religion des clans aus-
traliens et de cette sorte de prêtres que sont, dans les rites du culte totémique, les adultes mâles du clan. Ceci est particulièrement vrai des producteurs de pluie chez les Arunta?, Anula*, Mara', qui ne sont pas des magiciens ; cela est évident encore pour la tribu du Mont-Gambier (Boandik ou Bung’andatch ). Le cas de cette dernière est
même particulièrement instructif au point'de vue de la cri-
tique de textes ethnographiques : car le clan du corbeau, auteur de la pluie, a, précisément, dans les tribus voisines ?,
1. Il est probable qu'il y a, en plus de la naissance, une révélation nécéssaire, mais que cette révélation ne peut être faite qu'à des individus, hommes et femmes, du clan Yuntamarra, seuls capables d’avoir des relations avec les esprits. Ÿ
2. Voir cérémonies intichiuma du clan Quatcha, Spencer et Gillen, N. T., p, 189-499, cf. tradition d'Inungamella in N. T. C., p- 393, 394:
3. N. T. C., p. 314-315: dans ce dernier cas, c’est un seul individu du clan de | «oiseau à pluie: »-qui à ce droit.
&. N. T. C., p. 313-314, cf. fig. 105.
5. Voir Brough Smyth, Aborigines of Victoria, E, p. xxvi, p. 92 ; Curr.
Australian Race, HI, p. 462 ; Fison et Howitt, Kamilaroi and Kurnaïi,
P. 168, Andrew Lang, Mythes, cultes et religion, trad. fr.. p- 132 ; Frazer, Tolemism, p. 95, et Origin of Tolemism, in Fortnightly Review, 1899, p. 849. — Cf. Durkheim et Mauss, Classifications primitives in Année sociologique, VI, p. 14 et 45.