SES : TES
toujours de bâs en haut, et cette fois en y soumettant les bras ; puis on presse encore ces cristaux contre le cuir chevelu, jusqu’à le faire saigner ; les pierres entrent mainte- | nant dans le crâne; puis on perce un trou sous l'ongle de la main droite, très long, dans la chair; et, soi-disant encore, on y introduit un cristal que le néophyte doit se garder de laisser échapper. Pendant tout ce temps, celui-ci doit d’ailleurs jeûner et garder le silence. Ce n’est que le soir, après avoir été écorché pour la troisième fois, qu'il reçoit à boire et à manger, des mets et de l'eau qui sont dits contenir des pierres Afnongara, l'eau contenant réellement de petits cristaux de roche.
Le second jour, répétition du même jeûne, des mêmes épreuves, du même rituel, avec, en plus, un rite qui con-. siste à faire mâcher au candidat du tabac indigène contenant lui aussi (?) des cristaux.
Le troisième jour, mêmes observances, compliquees de l'opération dominante : l’un des magiciens extrait de son crâne, par derrière son oreille, un cristal fin et pointu, et «tirant au dehors la langue du novice, autant qu'il peut, y fait, avec la pierre, une incision de près d’un pouce de long ». — La quatrième opération a lieu immédiatement ensuite et consiste essentiellement, pour l’un des magiciens, celui qui avait été initié par un Oruncha, à dessiner, sur le corps du nouveau docteur un dessin spécial, le dessin sacré de l'Oruncha; la marque sur le front représentant (fig. 257) la « main du diable », la peinture du corps représente l’Oruncha lui-même. Puis le jeune homme est ramené au campement; on lui intime l’ordre de rester au camp réservé des hommes, de garder le silence et de laisser son pouce gauche pressé sur son pouce droit, jusqu’à ce que les blessures de sa langue et de son pouce soient cicatrisées.
Nous avons ici à peu près tous les thèmes de l'initiation
par révélation; d’ailleurs, il se peut que certains des Irun-
tarinia où Oruncha, qui jouent un rôle dans la révélation, ne soient que des magiciens de chair et d'os, que le néophyte
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L'ORIGINE DES POUVOIRS MAGIQUES dr
voit comme des esprits. En tout cas, il n’est pas douteux qu'ici les magiciens remplissent, comme ils font chez les Unmatjera, tout ce qu'ils peuvent remplir du rôle des esprits. La seule chose qu'ils ne fassent pas, c'est mettre à mort et ressusciter le candidat : pourtant, il se peut que ce sommeil que le jeune homme doit prendre à certains moments des deux premiers jours soit un sommeil léthargiqué comme celui où les Iruntarinia trouvent plongé leur initié. Seulement nous n’en sommes pas certain, et il ne nous est guère permis de dire que le magicien Arunta de la troisième classe ait, comme ses autres confrères, une vie nouvelle qui l'Apparente aux esprits. Il n’a que ses pierres atnongara et les dessins qu’il porte, pour l'identifier à ceuxci et marquer le changement qui vient de s’opérer en lui. D'ailleurs, il est encore possible que le rituel de la mise à mort et de la résurrection ait été omis de la cérémonie particulière que relatent MM. Spencer et Gilten, ou bien qu'il soit tombé en désuétude.
Si nous appliquions à la lettre le principe que M. Tylor a appelé celui de la récurrence, c’est à cette dernière hypothèse que nous nous arrêterions le plus volontiers. Car des tribus fort éloignées, les Mitakoodi, ont un rituel d’initiation qui comporte une espèce de meurtre provisoire du candidat’. Les magiciens Mitakoodi sont initiés par les magiciens Goa (nom d’une tribu de la Diamantine supérieure), de même que, chez les Warramunga, c'est un Worgaia qui introduit le serpent magique. Le futur magicien fait à son maître, un Goa, un présent convenable. « On le met à mort, puis on le jette dans un trou d’eau pour quäâtre jours ; le cinquième on le retire ; on allûme des feux tout autour de lui pour sécher tout à fait son corps, et en retirer toute l’eau; on le rétablit ainsi en santé et en vie. C’est alors qu'on lui montre à se servir de l’os (os de mort magique qui sert aux envoütements), et qu’on lui
4. W. Roth, Efhn. Stud., p. 153; Superstition, p. 30. Différences insignifiantes entre les deux rédactions.
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