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LA CONSERVATION ET LA FUITE DES POUVOIRS MAGIQUEFS

Ce qui établit précisément que ces initiations ont avant tout pour effet commun d’entraîner chez le magicien australien et chez ses adeptes un état de croyance collective, croyance surtout sentimentale, c’est que des sentiments de crainte et de respect naissent à l'égard du nouveau magicien, et qu'il est dorénavant enserré et protégé par toute une série de tabous. Il occupe une situation privilégiée, dont la grandeur croîtra avec l’âge ; quelquefois il est chef du groupe local, quand il y a des chefs. D’ordinaire il y a des droits spéciaux, non seulement à l'égard des étrangers au groupe, mais encore, ce qui est plus rare dans ces démocraties primitives, à l'égard des membres du groupe. Il peut enfreindre des lois extraordinairement

ÉLTETS.

sévères comme celles qui règlent l’adultère ; tandis que les autres craignent de se laisser aller à aucune privauté à son égard !.

Mais les observances dont le magicien se constitue l’esclave montrent encore mieux que s’il se dit hors du commun, c’est qu’il a en réalité la même conviction que ses sectateurs. Il se sent Jui-même différent, et ne mène pas la même vie, autant par besoin d’en imposer aux autres que parce qu'il s’en impose à lui-même ?, et surtout parce qu'il craint de perdre les qualités extraordinairement fugitives 6 qu'il a acquises.

È Il y a — nous le savons dès que nous disposons d’infor- Hs mations suffisantes — immédiatement après la révélation ou après la tradition magiques, un espace de temps rempli d’observances plus particulières. Cela nous est attesté chez les Arunta *, pour l'une comme pour l’autre des façons de devenir magicien. L'initié par les magiciens doit rester au camp des hommes, laisser ses blessures se cicatriser d’une certaine façon, sans quoi les pierres atnongara fuiraient. Pendant près d’un mois, où il se remet du terrible traite ment subi, il ne cause à aucune femme; ses mères“, femmes et sœurs aînées lui envoient indirectement de la nourriture. Ce n’est qu'’ensuite qu’il peut se rendre à son Camp ; là encore il est soumis à des règles de silence et d’abstinence. La nuit, il dort en mettant un feu entre lui et sa femme. Ce feu le rend visible à l’Oruncha, à l'esprit, devenu | le sien, du magicien qui l’a initié, et montre à cet esprit ss qu'il s'abstient même de sa femme. « S’il manquait à ces

1. Brough Smyth. Abor. of Vict., I, p. 466, 467. [Renseignements de M. Howitt (?) sur les Barkinji (?)]; M: Roth, Superst., p. 30, cf. Ethn. Stud., p. 153, surtout exact pour les indigènes de la rivière Tully ; MM. Spencer et Gillen, N. T. C., p. 487, à propos des magiciens Warramunga. [l n'y a pas contradiction entre ces faits et les documents qui disent que rien [d'extérieur] ne distingue le magicien. , 2. Cf. une curieuse anecdote : Dawson. Auwstr. Abo*., p. 56. Interdicÿ tion de mentir.

3. N. T., p. 520. p. 529. Kaïitish et Unmatjera.N. T. C., p. 481. 4. Nous sommes ici en pays de parenté par groupes.

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prescriptions, l’Oruncha causerait le départ de son pouvoir magique et le ferait retourner au vieux Nung-gara (magicien initiateur), et ses facultés magiques disparaîtraient pour toujours. » De même facon, une année entière d'épreuves, d'entraînement, est infligée au jeune initié par les esprits.

Ensuite ces pouvoirs, une ïiois consolidés, prouvés et attestés, n’en restent pas moins fugitifs. Ces qualités délicates et subtiles, ces pierres magiques animées d’une vie mystérieuse, ces relations intimes avec des esprits ombrageux ne peuvent être conservées que par une obéissance stricte à de nombreux tabous. Ainsi chez les Arunta, sous peine de perdre toute amitié de l’Iruntarinia, devoir fuir ses pierres atnongara, et d'être ainsi destitué de toute vertu magique, le magicien doit, par exemple, « ne manger ni graisse ni mets chaud ; ne pas respirer la fumée d'os qui brülent, ni approcher du nid des grandes fourmis taureaux ; » car s’il était mordu par une de ces fourmis, il perdrait définitivement son pouvoir pour toujours. « Les aboïiements des chiens du camp peuvent quelquefois aussi

faire fuir les pierres atnongara :. » Elles retournent à l’esprit

qui les a données, que l’amitié de cet esprit vienne d’une révélation directe ou de la révélation indirecte d’un autre magicien. Les mêmes interdictions se trouvent chez les Kaitish et les Unmatjera. MM. Spencer et Gillen nous citent le fait remarquable d’un magicien qui sent ses forces ma giques s’évanouir, et disparaître ses pierres atnongara au moment même où il a avalé, par distraction, une tasse de thé chaud ?. Chez les Warramunga, les tabous sont encore plus développés. Les licences qui sont permises ne font que les compenser“ Non seulement leur violation entraîne la perte du pouvoir magique, mais elle met en danger la vie,

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