Ex. XXIX
expliqué. Tous les personnages sont très nettement présentés, au moment de leur introduction et de leur sortie aussi bien que dans le cours de l’action. De plus, c'est un
| rite pour ainsi dire amorphe ; il n’est pas orienté dans un sens déterminé; 1l peut servir aux fins les plus diverses. I] n'en est pas qui se prête mieux à la recherche que nous vou lons entreprendre. C’est pourquoi nous en ferons le fonds de notre étude, sauf à grouper autour de cette analyse d'autres faits, empruntés soit à l’Inde elle-même soit à d’autres religions.
Le sacrifice est un acte religieux qui ne peut s’accomplir que dans un milieu religieux et par l'intermédiaire d'agents essentiellement religieux. Or, en général, avant la cérémonie, ni le sacrifiant, ni le sacrificateur, ni le lieu, ni les instruments, ni la.victime, n’ont ce caractère au degré qui
D. convient. La première phase du sacrifice a pour objet de le leur donner. Ils sont profanes; il faut qu’ils changent d’état. Pour cela, des rites sont nécessaires, qui les introduisent dans le monde sacré et les y engagent plus ou moins profondément, suivant l'importance du rôle qu'ils auront ensuite à jouer. C’est ce qui constitue, suivant l’expression même des textes sanscrits !, l'entrée dans le sacrifice.
1° Le sacrifiant. — Pour étudier la manière dont ce changement d'état se produit chez le sacrifiant, prenons tout de suite un cas extrême, presque anormal, qui n'appartient pas au rituel du sacrifice animal ordinaire, mais où les rites communs sont comme grossis et, pour cette raison, plus
1. Le principe de l'entrée dans le sacrifice est constant dans le rituel. I est remarquablement exprimé dans le sacrifice dn soma où nous avons la préyaniyesli, le sacritice d'entrée, répondant exactement à l’udayaniyesti, sacrifice de sortie. Çat. Br., 8, 2, 8, 1; 4,5, 4, 1. — CF. Ait. Br. #, 5, 4et 2. Cf. Tailt. S. 6, 4, 5, 3, 4. — Généralement de simples rites, de consécration directe, suflisent à préparer les sacrifices. Mais nous voyons qu'il y à des cas où le sacrifice principal est précédé de sacrifices préliminaires. Ainsi les praecidaneæ romaines (Gell. 4, 6, 7). Les rpofimata ne sont pas du même genre (Eur. ph. A., 1310-1318. Cf. Paton, Cos, 38, 17), mais d’autres sacrifices y correspondaient : Paton, Cos, 38, 12.
facilement observables. C’est celui de la diksd, c’est-à-dire de la préparation du sacrifiant au sacrifice du soma. — Dès que les prêtres sont choisis, toute une série de cérémonies symboliques commencent pour le sacrifiant, qui vont progressivement le dépouiller de l’êtré temporel qu’il était, pour le faire renaître sous des espèces entièrement nouvelles. Tout ce qui touche’aux dieux doit être divin; le
sacrifiant est obligé de devenir dieu lui-même pour être.
en état d’agir sur eux?. A cet effet on lui bâtit une hutte spéciale, étroitement fermée; car le diksita est un dieu et le monde des dieux est séparé de celui des hommes *. On le rase, on lui coupe les ongles, mais à la façon des dieux, c’est-à-dire dans un ordre inverse de celui que suivent habituellement les hommes. Après avoir pris un bain purificatoire‘, il revêt un vêtement de lin tout
4. Sur là diksä, voir Bruno Lindner, Die Diksé oder Weihe für das Somaopfer, Leipz., 1878 (étudie seulement les textes théologiques et les compare). Ces textes du Cat. Br., de l’Aif. Br. de la Tailt. sam. sont d'ailleurs réellement complets sur la question. — Oldenberg, Rel. d. ved. p. 398, squ. M. Old. voit dans la diksä un rite d’ascélisme comparable à ceux du shamanisme. Il n’attache pas de valeur au symbolisme des
cérémonies et le croit de date récente, M. O0. semble avoir réellement
mis 'en lumière un côté des faits ; mais son explication se:laisse fort bien concilier avec la nôtre. Pour l’ensemble des textes brahmaniques voir $. Lévi, Doctrine du sacrifice dans les Bréhmanas, p- 103-106. Pour la traduction du mot diksé, nous nous rattachons à l'opinion de M. Weber, Véjapeya (loc. cit., p. 778). La diksà n’est que vaguement indiquée au Rg veda, et n'avait pas à l'être. Elle a une place prépondérante dans tout le reste de la littérature védique. Le succès de ce rite, d’ailleurs fort bien conservé, à été très grand dans les rituels puraniques el tantriques. ;