Nous interprétons ainsi le passage (strophe
Stratum subvertit principum,
Hostis Francorum procerum.
142. « DifTusis currens ratibus » porte le texte (strophe 12). Nous l’entendons : « II court droit à son but, après avoir dispersé les gêneurs, et aplani les obstacles. « Sicut Crassus vulpennius » (strophe 12) ajoute l’auteur. Ceci rappelle probablement la conduite équivoque du second Crassus au cours de l’affaire de Catilina.
143. L’expression Impius architriclinus n’a pas été comprise par les commentateurs. Nous sommes convaincu qu’elle correspond aux hautes fonctions exercées par Landry de Nevers à la cour, maître d’hôtel, et en réalité véritable maire du palais, comme Hugue de Beauvais du temps où il était corne* palatii . Architriclinus n'est-il pas, dans un texte d’Isidore de Séville, traduit par major domusl « Qui praeestapparando convivio », commente Du Cange : Y architriclinus n’est donc pas autre chose sous Robert II, que l'ancêtre du dapifer , qui prend depuis Philippe I er une importance de plus en plus prépondérante parmi les autres fonctionnaires du palais, en tant que primat des palatins (Voyez Luchaire, Institut . monarch t. I er , pp. 172-173).
LES POÈMES SATIRIQUES d’ADALBÉRON 77
au surplus, ne s’appuie-t-il pas sur les avis de certain mystérieux personnage désigné sous le nom énigmatique de Nabuzardan 144 ? Ainsi inspiré, il médite un bouleversement complet de Tétât des choses : c’est d’une véritable révolution de palais qu’il rêve, sinon d’un changement de dynastie, et l’importance de l’effort qu’il va tenter est nettement indiquée par les premiers mots de notre cantilène : « Les artifices de Landry de Nevers et tout le zèle de son activité s’efforcent à renverser par un acte solennel la monarchie d’un grand royaume 145 ».
Déjà, et c’est toujours, dans notre hypothèse, Adalbéron qui observe, il s’est mis à l’œuvre. Voyez-le, ce grand justicier (justifer ), répartir les grâces et écarter les importuns, réorganiser la distribution des offices à sa manière. Déjà une partie.de ses mesures sont prises : avant tout, il a exclu ce Widon, l’espion d’Adalbéron, de la faveur royale 146 ; au jeune prince Henri, il a enlevé sa gouvernante, gagnée probablement au parti de Constance 147 ; il n’a plus désormais à craindre que les défiances de l’épouse même du roi Robert. Mais voici que l’occasion se présente d’agir sans crainte : l’Epouse est en voyage : Constance est partie pour la Gascogne 148 ; c’est le moment, ou jamais, d’accomplir la révolution de palais dès longtemps préparée. La con-
144. Nabuzardan. — Les Historiens de France rappellent que c’est un général babylonien qui transporta les Juifs en Babylonie. Mabillon, d’Arbois de Jubainville, et Beaudoin, aux yeux desquels les faits ci-dessus se passent du vivant de Hugues de Beauvais, identifient Nabuzardan, inspirateur de Landry, avec ce personnage. Mais en 1023, ou même en 1019, Hugues n’existe plus. Nous serions disposé à identifier Nabuzardan, non plus avec Eudes de Champagne, auquel nous avions songé d’abord, mais avec Odilon de Cluny. Dans un Poème allégorique sur le siège de Jérusalem par Nabuchodonosor , en français du xm* siècle, on retrouve ce nom de Nabaradunz 9 Naburzardan , et ce personnage ( Homania , 1877, t. VI, p. 8) est désigné dans la Bible sous le nom de militiæ princeps , dux militiae. Qu’on se rappelle que ce sont là précisément les sobriquets dont les évêques affublèrent, par dérision, Odilon de Cluny.