Carmen ad Rotbertum regem, vv
MÉLANGES D’HISTOIRE DU MOYEN-AGE
A d’autres la règle monastique ; pour lui, il ne se rappelle même plus les articles des prescriptions minutieuses qu’il doit observer 251 . 11 a le verbe haut et la parole insolente, et quand on le rappelle sévèrement au xaii to crtw^opivov de saint Basile, il ne sait même plus ce que c’est 252 . On sait effectivement par Jotsald qu’Odilon était d’une rare indulgence à laisser se relâcher l’observance de la réserve respectueuse exigée des moines vis-à-vis de leurs supérieurs ecclésiastiques, et qu’il tolérait de leur part la liberté du langage. Ce réformateur des monastères était un libéral, et il a certainement fallu toute la sévérité d’un Guillaume de Saint-Bénigne pour rendre à la réforme son but véritable : la réorganisation disciplinaire de la vie monastique 253 .
Car, à travers la satire d’Adalbéron, on entrevoit très clairement qu’avec Odilon la réforme monastique a dévié : elle aboutit à constituer une milice tapageuse, dont l’abbé de Cluny est le véritable grand-maître. Rex Oydelo Cluniacensis (c’est un nom populaire qu’on retrouve dans Jotsald), archange des moines, comme on l’appelle encore 254 , Odilon est un vrai chef d’armée 255 , un porte-étendard 256 de l’ordre monastique ; le sobriquet date déjà de l’époque d’Abbon. Le voici préoccupé d’abord de ses terres que des barbares lui ont saccagées : il faut secourir Saint-Martin de Tours, fort en peine de ses reliques jetées auvent 257 . Vite il faut courir à Rome pour obtenir de la papauté un secours pour les moines 258 , probablement une bulle de l’autorité spirituelle excommuniant les pillards. Un vers suffit à Adalbéron pour dénoncer les rapports de la milice clunisienne avec la curie romaine, et laisser entendre qu’elle est tout entière dans la main du siège apostolique. L’évêque de Laon voit bien au surplus qu’Odilon est un familier de l’Italie, de Rome et des papes 259 , qui prêtent leur appui au mouvement monastique.
.251. Carmen ad Rotbertum , v. 116.