Qu Ladrones ; archipel au N. des Carolinee tilippinee
découvert le 6 mars 1521 par Magellan.
prouver que cet homme a été l'instrument, emploie par les ennemis de mon projet dans la vue de le faire échouer.
Le Sr Aublet, natif de Provence, après avoir passé une jeunesse vagabonde et sans étude d'aucune espèce, en France et en Espagne, trouva accès à Paris chez des personnes respectables et bienfaisantes qui, touchées de son sort misérable, lui firent du bien, et croiant appercevoir en lui de la bonne volonté lui firent prendre une teinture de botanique et de chimie auprès de Mrs Jussieu et Rouelle. Dans la vue charitable de lui faire un état, ses protecteurs le présentèrent ensuite à la Compagnie comme un sujet qui, avec de la bonne volonté, pouvait devenir un agriculteur utile à l'Isle de France.
M. Duvelaër dominait alors dans la direction de la Compagnie. Le Sr Aublet fut accepté et envoyé avec beaucoup plus de prérogatives et d'avantages qu'on n'en avait demandé pour lui. On lui donna la place d'apothicaire en chef et celle de directeur des jardins de la Compagnie à l'Isle de France avec deux mille livres d'appointemens et quelques gratifications. Le motif ou le prétexte de l'envoi de cet homme, qu'on ne connaissait pas, était le projet chimérique d'établir à l'Isle de France une grande pharmacie qui aurait fourni des remèdes à tous les établissemens français aux Indes et aurait même procuré à la Compagnie un objet de commerce en drogues, projet dont le ridicule était parfaitement connu de ceux qui l'avaient appuyé et fait accepter à la Compagnie.
Il est à remarquer que dans le choix de ce sujet auquel,, par sa place de premier apothicaire et de
fondateur d'une Pharmacie générale, on confiait les santés et les vies des colons de nos isles, de ceux qui vivent dans nos établissemens des Indes, el de tous les sujets du Roi emploies dans la marine de la Compagnie, c'est-à-dire de près de vingt mille citoyens sans parler des noirs libres ou esclaves qui dépendent de nos colonies, on n'avait pas même consulté MM. de Jussieuj et Rouelle, ses maîtres, pour s'assurer de sa capacité que ces MM. doivent seuls connaître. Ces savants étonnés du choix que la Compagnie a fait en cette occasion attestent que le Sr Aublet n'avait aucune capacité pour la place qui lui fut donnée.
J'ai su de M. Rouelle que, avant que le S1 Aublet partit de Paris pour aller aux Indes, on avait eu la précaution de lui échauffer la tête et de lui inspirer les plus fortes préventions contre moi qu'il ne connaissait certainement pas.
Lorsque j'arrivai à la fin de 1753 à l'Isle de France avec les plants de muscadiers que j'apportais de Manille, j'y trouvai le S' Aublet déjà décrié généralement dans toute la colonie par sa mauvaise conduite. Il sut que j'avais apporté plusieurs plants, il me témoigna un empressement extrême de les voir : mais j'avais élé prévenu par mes amis que ce prétendu chimiste avait tenu des discours qui prouvaient que sa mission était contre mon projet : je ne lui permis pas d'examiner mes plants, il
ne les \it que de loin, et confondus avec beaucoup
d'antres plants que j'avais également apportés de Manille et des Indes: il ne les vit (prune minute on deux et n'en connut aucun. Cependant il lui échappa de dire que par-mi ces plants il v en avait
quelques uns de bien précieux. Ces paroles me
firent connaître qu'il avait été instruit du secret de ma mission.
Quelques jours après il courut dans l'isle un bruit que j'avais apporté des plants de muscadiers et que le S1 Aublet prétendait que c'était des plants faux, plusieurs personnes m'avertirent qu'ils avaient eu des mémoires du Sr contre moi et mes plants, et que ces mémoires devaient être envoyés à la Compagnie; ils ont été envoyés en effet, quoique la chose me parut incroyable dans le tems.
D'après ces faits dont le S1 Aublet ne saurait infirmer la vérité, on peut faire les réflexions suivantes :
1° Le Sr Aublet avait donc été informé de mon projet, et il ne pouvait en avoir été instruit que par ceux qui lui avaient échauffé la tête et l'avaient prévenu contre moi avant son départ de Paris.
2° C'est donc le S1 Aublet qui a divulgué dans l'isle le secret de la Compagnie, au sujet de ma mission, car tandis que je croyais que M. Bouvet en avoit seul connoissance, le Sr Aublet en parlait publiquement et lisait ses mémoires à qui voulait les entendre. Cette indiscrétion ajoutait de nouvelles difficultés et de nouveaux périls à l'exécution de mon projet :
3° Il parlait donc sans connoissance puisqu'il n'avait pas vu mes plants d'assez près pour pouvoir les examiner et les reconnaître, et que d'ailleurs il en était incapable.
4° 11 parlait contre sa pensée puisqu'il lui avait échappé précédemment de dire que parmi mes plants il y en avait de bien précieux. Il est vrai qu'il n'en connoîssoit aucun de ceux qu'il voyait alors: mais cette parole prouve au moins qu'il croiait inlé-
lis MÉLANGES ORIENTAUX
rieurement que j'avais apporté des Frais plants d'épicerie.
5° Depuis le premier moment auquel j'avais connu le Sr Aublet, je n'avais eti que des politesses pour lui, ei aucun sujet de mécontentement personel ne pouvait le porter à parler contre moy, et à faire des mémoires contre mes plants ; il était donc anime par quelque agent supérieur, par quelque ennemi secret , et je n'ai jamais connu d'autre ennemi de mon projet que le Sr Duvelaër et ceux de son parti: car j'ose dire que je n'avais alors que des amis à l'Isle de France.
6° Puisque le Sr Aublet se mêlait si ouvertement d'une affaire qui ne devait pas naturellement le regarder, il était donc persuadé qu'il avait une mission secrette pour s'en mêler.
7° Puisqu'il violait si hardiment un secret de la dernière importance, il comptait donc sur la protection de certaines personnes pour lui assurer l'impunité de sa faute.
8° Puisqu'il envoyait hardiment des mémoires à la Compagnie, sur des choses qu'il ne connoissoit point du tout, il était donc bien assure'1 que ces mémoires quelque faux et ridicules qu'ils pussent être étaient attendus, et seraient appuyés par des gens puissans.
Si l'on rapproche de ces remarques les soupçons unanimes et trop bien fondés des habitans, chél lesquels les muscadiers avaient péri, et la rencontre du S1 Aublet rôdant pendant la nuit autour d'un jardin où étaient deux de ces plants, qui sont morts peu de jours après d'une l'aeon peu naturelle,
pouna-t-on ne pas reconnaître dans cet homme l'instrument funeste employé pour les détruire.
Je n'exagérerai rien, le simple et fidèle exposé des faits qui ont suivi suffira pour changer les probabilités en évidence, et pour arracher le voile épais qui a couvert jusqu'ici le mystère d'iniquité le plus odieux. J'abbrege le plus qu'il m'est possible.
Peu de jours après mon départ de l'Isle de France pour mon second voyage de Manille en Mai 1754, un directeur de la Compagnie passa à l'Isle de France avec le titre de Commissaire du Roi, et de commandant général de tous les Etablissemens français aux Indes avec les plus grands pouvoirs du Roy et de la Compagnie.
Rien en apparence ne devait être plus heureux pour moi que le passage d'un directeur commissaire revêtu de toute l'autorité de la Compagnie ; il pouvait faire savoir au Gouverneur de l'Isle les intentions de son corps au sujet de ma mission, réparer par des ordres courts le long silence de la Direction, et mettre fin à l'abandon dans lequel elle m'avait laissé languir pendant plusieurs années. Les plants de muscadiers que j'avais récement transplantés dans l'isle étaient pleins de vie : averti par M. Bouvet qui avait connaissance des lieux où je les avais déposés, il pouvait les voir et rendre compte à la Compagnie comme témoin oculaire et irréprochable, de l'état et de la qualité de l'acquisition précieuse dont je venais d'enrichir sa Colonie.
Un objet aussi important aurait eu dans pareil cas toute l'attention d'un Commissaire hollandois, il méritait sans doute celle d'un Directeur citoyen envoyé par une Compagnie de commerce : notre Commissaire français ne le jugea pas digne d'un seul instant de la sienne.
Une conduite si extraordinaire paraîtrait incom-
préhensible à quiconque ignorerait que ce Commissaire n'était qu'un cœur et qu'une âme avec le Sr Duvelaër, cet ennemi déclaré de mon projet qui leur était connu, que le poste qu'il occupait était à certains égards l'ouvrage de leur parti et que sa mission en était le triomphe. Je me garderai bien de pousser les réfflections plus loin, je me tais sur tout ce qui ne regarde pas directement l'affaire dont je dois rendre compte.
Je me suis trompé lorsque j'ai dit que notre Commissaire ne jugea pas dignes de son attention les plants d'épicerie que j'avais apportés à l'Isle de France. 11 est vrai qu'il ne témoigna pas la moindre curiosité de les voir, quoique l'on puisse assurer qu'il a vu d'ailleurs jusqu'aux infiniment petits de la colonie. La viie et l'examen de ces plantes devenaient fort inutiles dans le dessein où il a paru que l'on était de n'en rendre compte à la Compagnie que suivant les vues du parti auquel on était attaché. Je trouvai en effet à l'Isle de France une copie d'un journal envoyé à la Direction de Paris par M, le Commissaire dans lequel il est fait mention des plants d'épicerie que j'avais transplantés dans notre Isle. Cette copie avait été communiquée aux Indes par l'infidélité de quelque secrétaire.
On trouve dans ce journal des éloges souvent répétés du Sr Aublet, et particulièrement à l'article 28 Mai 1754, on lit un panégyrique fastidieux qui ressemble à un extrait tiré de la Vie des Saints el appliqué à un homme qui a toujours été l'objet du mépris de toutr la colonie de l'Isle de France.
A l'article du V Juin de la même année, après avoir appuyé un mémoire du Sr Aublel contre moi, l'auteur du journal rend compte de ce qui regarde
ma mission dans ces termes remarquables : ce mémoire du ST Aublet me donne occasion de parler ce soir à M. Bouvet du ST Poivre et de ses expéditions.
Il s'est répandu sur les louanges de cet Exmissionnaire, a fort exalté les plants qu'il a rapportés sur la foi) du Sr Mabille et que le S1 Aublet soutient faux — enfin il a fait armer un vaisseau exprès commandé par le ST Le Brun, pour porter le Sr Poivre dans les Molucques où il doit prendre encore d'autres plants : mais si j'en crois d'autres discours, le ST Poivre lié d'interest avec le ST Mabille doit rapporter de Timor beaucoup d'esclaves qu'il mettera en passant au port du Sud-Est où le ST Mabille est résident. Les Srs Mabille et Poivre ont jette au port du Sud-Est le plan d'une très belle habitation.
Je ne répondrai rien aux derniers articles de ce rapport infidèle dont l'énoncé détruit par les faits n'a jamais existé que dans l'imagination du journaliste : un Commissaire chargé des affaires les plus importantes aurait pu s'éparg-ner à lui-même et à la Compag-nie la narration de ces rêves dans lesquels il n'y a d'heureux que la prédiction de mon passage à Timor que je ne prévoyais pas certainement moimême dans le tems auquel le journal l'annonçait : la première partie de ce rapport mérite plus d'attention.
Mr le Commissaire n'a donc pas ignoré qu'il y avait à risle de France des plants de muscadiers, mais pourquoi si peu de curiosité pour voir des plants aussi précieux? MM. Bouvet et Mabille disent qu'ils sont vrais, le Sr Aublel I<4s soutient faux : dans cette différence de sentimens pourquoi ne pas les voir? pourquoi dans l'incertitude (si l'opinion du Sr Aublet
pouvait en former une) ne pas donner des ordres pour leur conservation? pourquoi ne pas en couper une branche, l'envoyer en France, la faire examiner par nos savants botanistes, et mettre la Compagnie en état de s'éclaircir sur un fait si important pour son commerce et ses colonies? Ne semble-t-il pas que Ton craignait d'instruire la Compagnie sur une acquisition aussi intéressante? pour moi qui n'avais pas les mêmes craintes, j'ai envoyé à M, Bernard de Jussieu une branche de mes plants, et ce savant qui l'a reconnue pour être la branche d'un vrai muscadier, est en état de faire connaître à la Compagnie la qualité du présent que je lui avais fait.
S'il était permis de comparer un instant la conduite de notre Commissaire français en cette occasion, avec celle des Commissaires hollandais envoyés en différens tems dans les isles Molucques, dont le rapport fait à leur Compagnie est certifié sous serment; d'un côté quel détail dans les recherches? que d'informations faites sur les lieux? que d'instructions envoyées à la Compagnie. Combien d'ordres sages donnés aux Conseils et aux gouverneurs d'Amboyne et de Blanda (sic) pour assurer la possession d'un trésor tel que l'épicerie et pour en augmenter le produit? En un mot quelle fidélité, quel zèle, quel amour de la patrie? de l'autre coté, quelle misère! j'ai presque dit : quelle trahison des interests de la Nation?
.le voudrois pouvoir me persuader que dans la conduite de notre Commissaire il n'y a eu que de la négligence : mais trop de faits contraires s'y opposent, et font naître dans mon esprit une foule de réflexions toutes plus affligeantes les unes que les autres.
J'abbrège : les plants précieux qui devaient en peu de temps faire les richesses de nos colons de la Compagnie, et de la nation, périrent quelques tems après le départ de M*** pour Pondichéri. Un vaisseau postérieur expédié de l'Isle de France pour les Indes put y porter la nouvelle de leur destruction, et le premier bâtiment qui revint de ce pays là à Tlsle de France y apporta une lettre par laquelle le Commissaire général ordonnait d'augmenter les appointemens du Sr Aublet de sept cents et quelques livres, en considération d'un remède que cet apoticaire prétendu lui avait envoyé aux Indes. Ce sont les termes de la lettre que j'ai liie.
Il esta remarquer que cet homme dont on payait si généreusement le remède n'en avait encore composé aucun pour l'hôpital et pour les colons dont les santés étaient confiées à ses soins, et il coûtait déjà à la Compagnie des sommes considérables. Il est encore fort singulier que le sujet le plus décrié de toute l'Isle soit le seul à qui notre Commissaire ait fait du bien dans son passage aux Indes.
Voilà dans l'exacte vérité la perte des plants d'épiceries que j'avais apportés en 1753, avec les circonstances les plus remarquables qui accompagnèrent cette perte, telles que je les appris au retour de mon second voyage en 1755. Je reprens le fil de ma relation.
Après avoir remis ma cargaison de Manille et de Timor dans les magazins de la Compagnie à l'Isle de France, et rendu mes comptes, je présentai au Conseil un sac de noix muscades et de geroffles mûrs que j'avais reçu du Gouverneur de Sambuangan lors de mon passage dans son isle. Je priai le Conseil d'examiner ces fruits pour en reconnaître la qualité
et en rendre témoignage à la Compagnie. Mon but en présentant ces épiceries telles qu'on les recueille sur les arbres, mais trop vieilles pour être semé était uniquement de prouver à la Compagnie qu'on pouvait avoir des graines de vraïe épicerie malgré les précautions des Hollandois dans les Molucques : ce qui prouve en effet sans réplique la possibilité de l'exécution de mon projet contre le Sr Duveiaër qui le traitait de chimérique.
Je remis encore au Conseil une petite caisse qui contenait un plant de muscadier, le seul qui me restait des onze plants que j'avais embarqués à Timor, avec une noix germée. Je présentai en même tems une description du plant. Le Conseil confronta Tune avec l'autre, il examina la noix avec son germe, il reconnut la justesse de la description et la réalité du germe sortant de la noix, il reconnut également les noix muscades dans leurs cocques et les geroffles murs que j'avais présentés pour être les graines de vraies épiceries telles que je les disais être. Enfin il fut dressé un procès-verbal qui atteste la vérité que j'avance.
Comme je n'étais que trop convaincu de la mauvaise volonté du Sr Aublet qui ne faisait plus un mystère de la mission secrette qu'il avait reçue des ennemis de mon projet, je voulus le mettre à une dernière épreuve. Je priai le Gouverneur de vouloir bien faire assister le dit Sr Aublet à l'examen des graines et plant d'épicerie que je présentais au Conseil et au procès verbal qui devait attester le résultat
«le cet examen. Il fut appelle et parut aussitôt. Il
convint avec le Conseil de la justrsse de la description : mais se rappellant avec embarras re qu'il devait à ses derniers bienfaiteurs, il déclara qu'il regardai!
le plant présente comme un arècquier et la noix adhérente au plant ainsi que celle qui germait, pour des noix arecs, mais sans en dire aucune raison : il ne me fut pas difficile de convaincre le Conseil de l'absurdité avancée par le Sr Aublet, puisque l'arecquier est un palmier et que le plant en question ressemblait à un poirier; d'ailleurs la noix Arec n'a point de cocque, mais seulement un brou qui est un tissu de filasse, et le Sr Aublet avait reconnu une cocque véritable aux noix que je présentais. Si le dit Sr avait été sincère et bien intentionné, il aurait avoué franchement qu'il ne connoissait pas plus l'arecquier que le muscadier.
Malgré une preuve si convaincante de la mauvaise disposition du Sr Aublet, le Conseil le chargea de la culture du plant ainsi que de la noix germée, avec ordre de les représenter dans l'état où ils se trouveraient dans le cas où ils viendraient à mourir.
Vingt-huit jours après avoir reçu ce plant, le dit Sr le rapporta au Conseil arraché, brisé et défiguré, disant qu'il était mort deux jours après l'avoir reçu, et que la noix que l'on avait vue germée n'avait point eu de germe quoiqu'il l'eut lui-même reconnu et signé dans le procès verbal.
11 présenta à cette occasion un écrit plein d'absurdités et de contradictions, auquel je répondis et prouvay que le Sr Aublet avait méchamment détruit le plant et la noix germée dont la culture lui avait été confiée. Ce plant détruit a été envoyé à la Compagnie dans l'état où le Sr Aublet l'a rapporté, et quelque défiguré qu'il soit, j'ose assurer qu'un savant botaniste tel que M. Bernard de Jussieu y reconnaîtrait : 1° que c'était un muscadier; 2* qu'il a péri violemment.
Celle querelle que j'eus eu présence du Conseil avec le Sr Aublet au sujet du plant que j'avais apporté de Timor occasionna un éclaircissement sur les autres plants d'une qualité bien supérieure, provenus de vraies noix muscades Hues de Banda, que j'avais apportés dans mon premier voyage et qui avaient péri. Le Sr Aublet interrogé s'il était vrai qu'il eut dit et écrit que ces plants étaient faux nia d'abord de l'avoir dit ny écrit mais il l'avoua ensuite, je le sommai de déclarer en présence du Conseil sur quoi il fondait son sentiment. Il déclara qu'il le fondait sur cette seule raison que les plants n'avaient pas les feuilles opposées, mais bien alternes. Il signa sa déclaration. Je n'ai pas besoin d'autres preuves de son ignorance, car il est certain que mes plants avaient les feuilles alternes et que les muscadiers doivent les avoir telles.
A la fin de l'année 1755, la colonie de l'Isle de France, victime de l'esprit de partie qui régnait dans la direction de Paris, vit arriver un homme qu'elle connoissoit, et qu'elle n'eût jamais prévu de voir un jour le gouverneur.
M. Magon avait passé quelques années au service de la Compagnie dans les Indes en qualité de simple emploie, il s'y était conduit de façon que lorsque la Compagnie envoya en 1744 des ordres à ses gouverneurs pour réformer les sujets inutiles de ses comptoirs, M. Magon fut compris des premiers de cette réforme. Depuis ce teins là, protégé par M. du Duvelaër, son parent, il était rentré au service de la Compagnie dans le poste de subrécargue, et en cette qualité il avait fait à la Chine deux voiages dans lesquels sa mauvaise conduite avait également mécontenté la Compagnie et indisposé contre lui ses cou-
frères, les officiers de mer avec lesquels il avait voyagé et les habitans de nos isles qui l'avaient connu dans son passage.
Les plaintes avaient été si générales, le mécontentement de la Compagnie si manifesté, et les griefs qu'elle avait contre lui avaient paru si forts qu'on l'avait cru renvoyé pour la seconde fois du service, mais par un des évènemens qui ne se voient que dans des tems de troubles et de divisions, le même homme dans lequel on ne voiait qu'un sujet à charge et duquel on ne pouvait attendre que des fautes, parut subitement devenir l'homme de confiance. Le même instant qui le vit chassé ou près de l'être du Service de la Compagnie le vit dépositaire de son autorité, et même de ses intérêts les plus essentiels.
A la veille d'une guerre fâcheuse que nous éprouvons aujourd'hui, le soubrécargue de la Chine fut envoyé pour commander à l'Isle de France et diriger dans son port les opérations de marine d'où dépend le sort de toutes nos affaires aux Indes, tandis que le meilleur homme de mer que la Compagnie ait à son service, fut renvoyé à Bourbon présider à des cargaisons de caffé.
M. Magon arriva le 4 Xbre 1755 en qualité de Directeur de la Compagnie et de commandant général des deux Isles avec soixante trois mille livres d'honoraires. Le malheur de la Compagnie et de la Colonie en cette affaire, fut que M. Magon était parent de M. Duvelacr, directeur accrédité qui avait la principale influence dans les affaires. Le nouveau directeur commandant n'eut rien de si empressé que de s'informer, dès le premier moment de son arrivée, du succès de mon dernier voyage ; il me pressa de lui en donner la relation. Ce fut le premier écrit
qu'il lut dans llsle, mais quel fut mon étonnement lorsqu'il me déclara en me rendant ma relation que mon projet était excellent, mais qu'on ne lui en avait donné aucune connaissance à Paris, et que n'aiant pas reçu d'ordre de la Compagnie à mon sujet, il ne pourrait me donner aucun secours. Cet empressement inquiet que l'on avait d'abord témoigné pour sçavoir le succès de mon voyage, n'était-il donc occasionné que par la crainte de trouver mon projet exécuté?
Je ne tardai pas de reconnaître dans M. Magon un commandant envoyé pour servir les vues du S1' Duvelaër et de son parti. La colonie entière vit avec indignation le S1 Aublet logé au Gouvernement, admis à la confiance la plus intime, et devenu la compagnie la plus ordinaire du chef. L'apothicaire de la Compagnie parut à la tête d'une troupe de fusiliers pour veiller au déchargement des vaisseaux ; accompagné de la même escorte, il parcourut l'isle faisant tuer les chiens des habitans qu'il regardait comme ses ennemis sous prétexte d'exécuter la commission qu'on lui avait donnée de tuer tous les chiens de chasse du païs. On le vit courir déguisé pendant les nuits, arrester les passants le pistolet sous la gorge, pour savoir où ils allaient, écouter aux portes et aux fenestres des maisons ce qui se disait et jouer publicquement le rôle d'espion.
On le vit appuyé de l'autorité du Gouvernement enlever une habitation à un pauvre malheureux qui en était possesseur légitime et qui l'avait deffrichée. Outre l'inspection des jardins de la Compagnie il obtint celle de ses troupeaux ; il fut chargé de la police du marché, on lui confia le soin des plantations, des chemins et promenades publicques. D'où pouvait venir au Sr Aublet, apothicaire, générait1-
ment décrié dans le pays, tant de confiance et de protection de la part d'un commandant arrivé depuis deux jours qui ne l'avait jamais vu ni connu?
On remarquera que M. Mag'on était beaucoup moins instruit que son prédécesseur sur le véritable objet de la mission secrette du Sr Aublet, il se livra à lui et l'employa à tout, excepté à la pharmacie dont le projet chimérique n'avait été qu'un leurre pour faire passer cet homme à l'Isle de France.
Tandis que l'apothicaire de la Compagnie jouait des rolles si singuliers, une maladie épidémique ravageait l'isle, l'hôpital manquait de remèdes. On s'imagina trouver une ressource en deffendant de délivrer des drogues avant sept heures du matin et passé six heures du soir. Plus de seize cents hommes périrent misérablement dans l'espace de cinq ou six mois et l'on peut assurer que près de la moitié a péri faute de remèdes. Il est public dans l'isle que l'apothicaire avait dissipé une partie des drogues simples envoyées par la Compagnie, en composition de vins et de liqueurs qu'il avait vendus à son profit.
Victime et témoin des désordres qui régnaient à l'isle de France je jugeai qu'un plus long séjour y serait inutile. Abandonné par la Compagnie qui depuis plus de six années n'avait pas répondu un seul mot aux lettres pressantes que je lui avais écrit, sans espérance du côté du nouveau directeur commandant, je crus mon voyage d'autant plus nécessaire pour le bien de la Compagnie que mes instructions portaient expressément : nous ne vous prescrirons ni termes , ni moyens, ni économie; les circonstances vous décideront, etc.
Dans l'abandon général où je me trouvais, je me
crus oblige par les termes même <lr confiance dont mes instructions m'honoraient, de m'ernbarquer
malgré 1rs périls de la guerre, pour venir savoir
les intentions de la Compagnie, l'informer de nia conduite, de mes découvertes, et lui demander <lr nouveaux secours dans le cas qu'elle fut du sentiment de poursuivre l'exécution de son premier plan.
M. Mag-on me permit de m'embarquer sur le Naisseau le Pondichéry* et comme ce navire devait hiverner à Madagascar, je profitai de cette occasion pour aller faire dans cette isle quelques recherches relatives à ma mission. Mon but principal dans ce voyage était d'examiner particulièrement deux productions de l'isle lesquelles, suivant la description de Flacourt*, me paraissaient devoir être de même nature que celles que je cherchais depuis six ans
1. Le Pondichéry était un bâtiment de 800 tonneaux, armé île S Dons, monté par 169 hommes, commandé par Pierre de Sanguinit, parti de Lorient pour la Chine le 15 janvier 17.")."): capturé en 17
2. Etienne de Flacourt, né a Orléans eu l»')<»7: nommé commandant de Madagascar (Fort Daupfrin) en 1648; il se noya eu revenant en France pour la deuxième i"i- !•' lu juin loôo; il a publié l'ouvrage suivant devenu classique :
— Histoire d<> la Grande Nie Madagascar, composée Par le
de Flacourt, Directeur gênerai de la Compagnie Françoise de l'Orient, & Commandant pour 5a Majesté dans ladite Nie, i\ Isles adjacentes. A Paris, Chez Pierre L'amy, au second Pilier île la grande Salle du Palais, au grand César. — M.DC.LVIII. Avec P in-4.
— Histoire «i.- la Grande li«- Madagascar composée par le Sieur de Flacourt fcvec une Relation de ce qui a'esl passé aux années 1665,
i it..>7. non encore mi»' dans la première Impression. a Ti Chez Nicolas Oudot, vV bc rendant a Paris, «-lie/. Pierre Bien-fait, au Palais dans la grand Salle, au quatrième Pilier, .» l'image 9 I - M.DCLXI. Itcc Privilège dr Roi, in-4.
— Ibid., 1664, in-4.
— Nouvelle édition par MM \ indidier, de l'Institut, Henri Froidevaux et Guillaume Grandidier. Tome \li de la Collection Je* Ouvrai ruant Madagascar, Paris, Union Colo
ln-6
pour la Compagnie. Dès Tannée 1754 j'avais fait part au Comité des fortes conjectures que j'avais ce sujet.
Je proposai de nouveau à M. Magon de prendre quelques mesures pour le cas où le Gouverneur, soit de Timor, soit de Sambuangan nous enverroient avis de l'acquisition qu'ils auraient fait l'un ou l'autre des plants d'épicerie suivant les conventions du traité que j'avais fait avec eux au nom de la Compagnie. Le Directeur commandant me déclara que dans ce cas là même, il ne pourrait envoyer un vaisseau ny aux Philipines ny à Timor parce qu'il n'avoit reçu aucun ordre de la Compagnie pour cela.
Je partis de l'Isle de France le vingt-six avril 1756 et j'arrivai à Madagascar le quatre mai suivant.
Les recherches que je fis sur le Ravendsara que Flacourt dépeint comme un gerofflier, m'apprirent que cet arbre n'a d'autre rapport avec le gerofflier que par la position et forme de ses feuilles, et par l'aromate égal répandu dans toutes les parties de cet arbre, que j'ai trouvé d'ailleurs d'un genre tout à fait différent.
Mais j'ai découvert que le Rhào de Flacourt dont le véritable nom est Rhà-rhà1, est un vrai musca-
1. « Rhaà [Ka], c'est l'arbre qui apporte le sang-de-dragon : ce mot rhaà [ra] signifie Sang : il y en .i une autre Borte que l'on nomme mafoulra [mafolra], qui jette du sang ainsi que ceiui-ci et dont je parlerai ci-après. Le rha est un arbre grand comme un noyer ; il jette le Bang de son écorce, de ses branches et de son tronc, lorsqu'il esl OU piqué, ou coupe, ou blessé, ni plus ni moins qu'un homme : ce Bang distille de sa plaie, aussi rouge que le Bang d'un animal; son bois esl blanc el bientôt sujet à la pourriture; sa feuille est comme la feuille d'un poirier, un peu plus longuette; sa feuille est rouge de couleur feu, longue comme un ferret d'aiguillette et de même forme; son écorce en décoction arrête le flux du Bang • (Flacourt, Nadagaicar, éd. de 1658, pp. 135-6; éd. Grandidief, p. 194).
dier sauvage dont j'ai rencontré quatre sortes dans le quartier de Foule pointe1. J'en ai apporté dea branches, des fleurs et des fruits qui ont été rVconnus par M. de Jussieu pour être de vrais muscadiers sauvages. Cette découverte dans une isle si voisine de celles que possède la Compe me paraît bien capable de l'engager à ne pas abandonner l'entreprise de l'acquisition des épiceries, et doit lui donner de justes espérances de les voir réussir dans ses isles.
Je partis de Madagascar sur le vaisseau le Podd'tcheri le 6 7bre 1756. Je fus pris par les Anglais le 23 Xbre de la même année et conduit à Cork en Irlande, d'où je suis revenu en France le vingt-deux avril 1757.
Je me présentai à la Compagnie dès le mois de Mai suivant, mais je ne pus obtenir de réponse qu'à la fin de Septembre. Cette réponse fut qu'on n'avait aucune connoissance des opérations que j'avais faites aux Indes; il y avait cependant un carton rempli de mes lettres, journaux, mémoires, et autres pièces que j'avais envoyés annuellement à la Compagnie pour lui rendre compte de la suite de mes opérations.
M. David fut chargé de faire un extrait de ton les ces pièces pour en l'aire le rapport à la Compagnie.
Afin de rendre ce rapport plus complet, et mettre la Compagnie au fait des dépenses occasionné pour l'acquisition des plants d'épicerie pend1 les six ou sept années de ma mission, j'ai remis à Mr David deux extraits «les livres du garde magasin général de l'isle de France; par le premier N° ï'o
i. Foulepointe ou Foulpuinto, >ur la côte orientale de Mad . au N. t>. de TamaLave où la France eut son principal établissement,
qui contient les comptes de mon premier voyage depuis le 2 Juin 1750 jusqu'au 30 avril 1753 on trouve page 19 que tous frais quelconques déduits les 3500 piastres que j'ai laissées entre les mains du Sr Oscotte pour suivre les opérations commencées à Sambuangan seront de pur bénéfice lorsqu'elles rentreront.
J'ai laissé au Sr Pignon, mon procureur à Manille, la commission de retirer ces fonds et de les faire passer à la caisse de Pondichéri, lui aiant remis pour cet effet les reçus du Sr Oscotte. J'ai chargé le garde magazin de l'Isle de France du double de ces reçus avec une copie de ma procuration signée par ampliation.
On trouva dans le second extrait des comptes du même garde magazin général que mon dernier voyage à Manille et à Timor en 1754 et 1755, a rendu tous frais faits 24320" de notre monoye en pur profit quoique l'objet de ce voyage ne fut pas le commerce, et malgré les dépenses que m'ont occasionnées à Manille la carène, le doublage entier et les réparations de la frégate.
Ainsi mes voyages pour procurer à la Compagnie l'acquisition des plants d'épiceries, loin de lui avoir coûté des sommes immenses suivant l'expression partiale des ennemis de mon projet, lui ont donné d'un côté 2432011, qui sont déjà entrés dans sa caisse et des 18375", restées entre les mains du S1 Oscotte, il doit en rentrer 15500 " dans la caisse de Pondichéri, parce qu'il faut déduire 550 piastres pour la dépense des deux embarcations armées par le dl Sr Oscotte en 1752 et omises dans l'extrait du garde magazin. Suivant ce compte, la Compagnie 5e trouve avoir un bénéfice réel de 39,820", malgré
les mauvaises qualités du bâtiment et des marchandises qu'on m'avait donnés, malgré les délais occasionnés par l'abandon de la Compagnie et par les contradictions de quelques-uns de ses directeurs.
Je ne dois pas dissimuler que la Compagnie vient de recevoir de l'Isle de France un compte de mon dernier voyage absolument contradictoire avec l'extrait qui m'en avait été fourni par le garde magazin et que je viens de citer. Cette pièce m'a été communiquée, et j'ai remis à la Compagnie des observations qui en ont fait voir les erreurs.
Le résultat du compte en question présente une perte de 2900011 sur mon expédition, et il semblerait presque que l'ouvrage n'aurait été fait que dans la vue de persuader la Compagnie de cette perte prétendue. Les erreurs et les omissions de cette pièce sautent aux yeux des moins iritelligens, elles sont si frappantes qu'il serait impossible de ne pas la prendre pour un ouvrage d'imagination plutôt que pour un compte sérieux, si M. Magon ne l'avait pas accompagné d'une lettre par laquelle il l'annonce à la Compagnie comme un extrait des livres contenant le résultat des profits et pertes de mon voyage.
En effet, on a oublié dans le crédit de ce compte le bénéfice tout entier de la vente des marchandises apportées de Manille et de Timor, remises dans les magazins de la Compagnie à l'Isle de France et vendues partie à cent, partie à cinquante pour ° 0 de profit, ce qui forme une omission de 300001' monoye forte. Cet article seul l'ait disparaître la perte prétendue de 2900011 énoncée par le compte de l'Isle de France. 11 ne faut que des yeux pour corriger cette erreur.
Le même compte, outre plusieurs omissions ronsi-
dérables faites au crédit de l'armement, en charge le débit de sept doubles emplois qui grossissent beaucoup les dépenses.
Ces erreurs étant corrigées, on retrouve le bénéfice réel énoncé par l'extrait des comptes du garde magazin de l'Isle de France que j'ai remis à la Compagnie ainsi qu'il a été dit cy devant.
Au reste mon armement avait un but de toute autre importance que le profit passager qu'on pouvait espérer d'une traite de Manille. Avant moi la Compagnie faisait ce commerce pour son comptoir de Pondichéri, ainsi elle n'avait pas besoin pour cela de mon service; mais il était question d'aller aux iles Philippines et aux Molucques, d'y chercher des plants d'épiceries pour les transporter dans nos Colonies, et de procurer au Royaume par cette acquisition une source de richesses intarissable. Le commerce de Manille n'entrait dans ma mission que par accessoire, et pour couvrir sous ce prétexte le véritable dessein de mon voyage.
Si j'ai été assez heureux pour dédomager la Compagnie de ses frais et même de lui donner du bénéfice, c'est un bonheur qui ne doit être compté pour rien en comparaison de l'ouverture que j'ai faite pour elle à la Cochinchine, d'un commerce très lucratif qu'elle ne connaissait point auparavant. Elle n'avait pas plus de notion de celui de Timor d'où les Isles de France et de Bourbon sont en état de tirer annuellement à très grand marché et presque sans risque, une quantité d'esclaves que ni la côte de Guinée, ni aucun autre pays ne peuvent leur fournir qu'à des prix excessifs par la grande mortalité que la longueur de ces voyages occasionne parmy les nègres dans les traversées.
En exposant ici les avantages de ces deux branches de commerce qui donneront à la Compagnie un bénéfice annuel de 600. 00011, je ne prétens pas, quelque intéressant qu'ils soient, les comparer à l'acquisition des épiceries que je regarde comme un objet supérieur à tout; je dirai même, fondé sur des combinaisons très faciles à faire, que les mines d'or et de diamans ne les valent pas.
La possibilité démontrée de se procurer ces plants précieux, et la facilité d'y parvenir méritent sans contredit toute l'attention et le zèle de la Compagnie. Qu'elle examine seulement, et dans la bonne foy, par quel défaut sa première expédition a manqué d'avoir son plein effet, qu'elle en écarte les causes, qu'elle fasse respecter ses ordres en y donnant elle-même une attention suivie, et pour lors elle pourra compter sur une réussite certaine de ses projets lorsqu'il lui plaira de les faire exécuter.
Poivre était revenu de ses voyages « avec une grande réputation et une fortune médiocre. M. Bkrtin, alors Contrôleur général, auquel nous devons le commencement de la liberté du commerce des grains en France, une excellente loi pour limiter les privilèges exclusifs, rétablissement des sociétés d'agriculture, celui des écoles vétérinaires, beaucoup de recherches précieuses sur la Chine, et qui connaissait et savait apprécier les services de M. Poivre, lui fit donner, sur le trésor national, une gratification de 20.000 francs, qu'il n'avait pas demandée.
« Satisfait de cette récompense modérée, M. Poivre s'était établi près de Lyon, dans une campagne agréable La Fréta]. Il s'y livrait à son amour pour les lettres, et il y cultivoit les plantes les plus curieuses des quatre parties du monde1. »