‹ Mélanges d'histoire et de géographie orientalesChapitre 7 sur 100 · Collection H. C · texte numérisé non relu

Collection H. C

voulu faire des diplomates et des experts commerciaux'/

Le manque de pilotes, occupés avec les navires anglais, — il n'y en avait pas eu moins de 29 dans le courant de l'année, — retarda le départ de d'Entrecasteaux de Macao pour Canton jusqu'au samedi 10 février. Le 12 février, M. d'Entrecasteaux prévenait de son arrivée notre consul auquel il écrivait :

L'objet de ma mission est de faire connoitre dans toutes les mers de l'Inde, dont la station m'est confiée, la protection que le Hoi est dans l'intention d'accorder au commerce de ses sujets ; et comme le Pavillon de Sa Majesté n'avoit jamais paru dans les mers de Chine, elle a jugé que la présence de deux de ses bâtiments devoit y produire un effet avantageux, et pouvoit contribuer aux négociants français le remboursement des sommes qui leur sont dues par les Chinois.

Dans cette même lettre, avec la profonde ignorance des gens d'Occident qui s'occupent d'Extrême- Orient, d'Entrecasteaux demandait que le P. de Grammont, missionnaire jésuite, lui servit d'interprète dans ses négociations avec les autorités chinoises. Le choix était bon pour se renseigner sur les démarches à faire; mais quel rôle pouvait jouer, quelle influence exercer à Canton un missionnaire étranger! Autre erreur. Que pouvait faire d'Entrecasteaux,? Bombarder Canton? On lui recommandait la sagesse en même temps que la fermeté. Mais qu'était cet envoyé du roi de France, cet envoyé d'un roi barbare d'Occident pour dicter ainsi des termes? Qu'était l'empereur de France auprès du Fils du Ciel? quand ce Fils du Ciel était K'ien-loung, un lettré doublé d'un conquérant, celui qui, en Birmanie, au Tibet, dans l'Asie centrale, au Népal, fai-

sait redouter le nom mandchou, le nom des T'sing! Et voilà qu'un simple capitaine de vaisseau devait inspirer le respect! Tout tremblait au nom du petitfils de K'ang Hi, l'illustre empereur devant lequel s'était inclinée la vieille Hollande appuyée sur la flotte la plus puissante du temps. A lire la lettre de d'Entrecasteaux, on croirait qu'il s'agit d'échange de dépêches entre souverains d'Europe qui se connaissent, et qui, tout en ne s'aimant pas, se traitent de cousins! Je vois à chaque instant, dans cette lettre, revenir les mots de droit, de devoir, etc., adressés au pays le plus orgueilleux du inonde peutêtre : la Chine! Et pour qui sait lire ce qui se passe dans l'âme d'un fonctionnaire du Céleste Empire, combien sont charmantes ces dernières lignes du procès-verbal :

Finalement, dans le cas où la réponse ne se ferait pas à la lettre de M. le Cher. d'Entrecasteaux, il doit protester contre le silence des Chinois, en prendre acte signé de l'Etat-Major des deux Vaux sous ses ordres, intimer ce protêt aux hanistes, notamment au Sr Pan Ke Koua, écrire une seconde lettre au Tsomptou pour lui annoncer son départ, et notifier à ce Vice Roi que la saison prochaine S. M. l'Empereur enverra d'autres yaux pren(jre la réponse aux deux lettres que son Commissaire a écrit au Tsomptou et qu'il espère que six mois de réflexion seront suffisans pour faire sentir tout leur effet aux représentations consignées dans ses deux lettres, et que s'il en étoit autrement S. M. l'Empereur de France ne pourroit s'empêcher de prendre le silence du Tsomptou pour un déni de justice formel et que le Tsomptou se rendrait personelement responsable des conséquences qu'il pourrait entraîner.

« C'est une affaire, dit d'Entrecasteaux, qui doit être brusquée pour profiter de la surprise que cette apparition ne peut manquer de causer dans une nation aussi timide qu'elle est défiante; cette hâte

est d'autant plus nécessaire que je n'ai moi-même qu'un séjour très court à faire en Chine. »

Non seulement il y a hâte, mais encore la prudence est recommandée, en même temps que la fermeté :

« Je dois vous prévenir néanmoins, continue-t-il à notre consul, que l'intention du Roi n'est pas que son Pavillon puisse être compromis en aucune manière par des intérêts particuliers, ni même qu'il pût résulter des démarches faites à cette occasion une interruption de commerce qui seroit nuisible aux intérêts de la nouvelle Compagnie, et qui la mettroit dès lors dans le cas de réclamer des indemnités. L'établissement de cette Compagnie, donnant lieu à un nouvel ordre de choses, semble être un motif bien naturel de demander que la liquidation des dettes respectives soit arrêtée, puisque ce n'est plus par les mêmes personnes que doit être fait désormais le commerce de Chine. Je vous adresse une lettre pour le Vice-Roi, où j'insiste sur la justice de cette liquidation d'après ce principe1. »

M. d'Entrecasteaux considère qu'une des raisons qui le doivent faire bien recevoir des Chinois, c'est la politique contraire de la France et de l'Angleterre.

Si la personne avec laquelle on aura à traiter « est susceptible de concevoir des raisons politiques », il faudra lui « insinuer combien il est intéressant pour les Chinois de ne [•a- traiter les Français moins favorablement que les Anglais, de lui faire entrevoir qu'un des principaux motifs pour lesquels L'Empereur de France s'est décidé à envoyer deux de ses Vaisseaux en ( ihine, est de faire observer la conduite et la marche îles Anglais, que l'on sait positivement avoir expédié des bâtiments pour reconnoitre les côtes de Chine, où ils ont le projet de former des établissements; que le tems n'est

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