Joint au N
%Z, Minute.
peuvent présenter el je vous invite à me mettre i même d'en apprécier l'importance, en me transmet- La ni les renseignements convenables i cet égard, ainsi que I»' détail des démarches que vous aurei été dans le cas de faire auprès du gouvernement cocliinchinois.
Recevez, etc.
.1 Son Excellence le Ministre de la Marine*, de Tourane, 12 février 1825, à bord de la frégate du roi la Théti*.
Monseigneur,
J'éprouve un vif regret d'avoir à rendre compte i Votre Excellence que j'ai malheureusement échoué dans la mission dont le roi m'avait honoré et que je n'ai pu réussir à l'aire recevoir du roi de Cochinchine la lettre el les présens que j'étais chargé de lui remettre. L'impossibilité de se faire lire et interpréter cette lettre est le prétexte dont ce prince a Couvert son refus; mais je Suis persuadé que la
crainte des Anglais dont l'invasion dans le royaume des Birmans lui cause de mandes inquiétudes en est le véritable motif. Avant refusé de voir Mr ( Iran furdj
il n'aura |>as ern pouvoir me donner audience sans
les offenser; peut-être aussi a-t-il appréhendé qu'A
la nouvelle de l,i réception des Français à SS eonr,
ils ne lui lissent une autre ambassade qui l'embarrasserait fort, résolu comme il parait l'être, A ne pas leur permettre de s établir dans son royaume.
i. Copie.
LE CONSULAT DE FRANCE A Il( I 339
Telles sont, je crois, monseigneur, les considérations qui ont déterminé le roi de Cochinchine à en agir ainsi et l'on doit plutôt attribuer sa conduite aux circonstances qui le placent dans une position difficile, qu'au projet d'éloigner les Français de riiez lui, et de faire cesser les relations de rommeree que nous avons avec ce pays. Les assurances que m'ont données les envoyés de ce prince du désir qu'il avait que nos bâtiments continuassent à visiter ses ports, et les marques particulières de bienveillance que j'ai reçues de lui, et que j'ai dues sans doute à la mission dont j'étais chargé, militent en faveur de cette opinion, qu'appuie d'ailleurs le bon accueil qui vient d'être fait à M. Borel, qui a trouvé cette fois plus de facilité dans ses opérations commerciales qu'il n'en avait encore rencontré.
J'aurai l'honneur, à mon retour en France de donner de vive voix à V. Ex. de plus grands détails sur les observations que j'ai eu occasion de faire pendant mon séjour à Tourane, et me bornerai dans ce moment à en relater les principales circonstances.
Dès le jour de mon arrivée je remis au mandarin du lieu une lettre pour AI. Chaigneau que je priais de venir à Tourane et d'annoncer l'arrivée de la division ; j'ignorais son départ et ce ne lu! que le surlendemain 14 que j'appris qu'il ne restait plus de Français en Cochinchine, un M. Despiau, médecin, étant mort depuis peu. V. Ex. concevra dans quel embarras je dus me trouver, ayant à traiter avec des gens dont les idées n'ont nulle analogie avec les nôtres et dont je ne pouvais me faire comprendre qu'avec une extrême difficulté, .le remis une note adressée au Mandarin des Étrangers par laquelle,
après lui avoir annoncé mon arrivée et celle prochaine de la corvette, je lui faisais connaître que j'étais envoyé du roi de France près de celui de Cochinchine avec une mission spéciale, et lui demandais l'autorisation de me rendre à Hué avec un certain nombre d'officiers. Je ne reçus point de réponse, mais le 17 il vint à bord un Cochichinoifl parlant le portugais et quelqus mots de français qui partait, me dit-il, le soir même pour Hué et avail l'ordre d'y porter mes dépêches : je lui donnai une note semblable à la première que je supposai n'être pas parvenue.
Le lendemain, le brig le Courrier de la Pa'uc, que j'avais laissé à Manille, mouilla dans la baie et son capitaine m'apprit qu'il avait débarqué à l'entrée de la rivière de Hué, M. Borel, qui devait être arrivé a la cour; je fus très satisfait de cette nouvelle et m'attendis à en recevoir de ce négociant que je présumais que le Mandarin des Etrangers aurait fait appeler. Il n'en fut pas ainsi cependant, et je fus plusieurs jours sans entendre parler de rien, enfin le '2~1 on m'annonça la visite de deux mandarins du palais; je les reçus avec le seul M. Ducamper arrivé depuis quarante-huit heures et auquel j'avais fait pari la
veille de la mission que j'avais a remplir. Je la lis connaître aux mandarins qui avaient amené avec eux un jeune homme parlant un peu le français et leur montrai la lettre du roi qu'ils demandèrent a voir; je leur fis dire que l'avant reeue des mains i\i- Si Majesté, je ne pouvais la remettre qu'entre celles du
souverain auquel elle était adressée, et qu'en conséquence il ('tait nécessaire avant tout que je fusse autorisé à me rendre à Hué et qu'on m'en fournit les
moyens. Les mandarins se firent répéter plusieurs
fois ces choses, me demandèrent combien de personnes je désirais mener avec moi, me prièrent de leur donner un certificat qui constatât qu'ils étaient venus à bord et se retirèrentaprès avoir visité la frégate et observé avec attention les différents exercices que je fis faire sous leurs yeux et dont celui du fusil parut surtout les intéresser : le soir même ils retournèrent à Hué.
Je les avais questionnés sur les motifs du départ de MM. Chaigneau et Vannier, et ils m'assurèrent qu'ils n'avaient quitté la Cocliinchine que parce qu'ils l'avaient voulu, qu'ils avaient été promus par le roi à une dignité plus élevée et en avaient reçu des présents en argent et en riz à l'instant de partir; M. Borel, qui vint le jour suivant de Hué, me confirma la vérité de ces détails.
Le 30, le même négociant me fit savoir que deux mandarins, accompagnés de porteurs d'ordres de l'empereur et escortés de cinquante hommes de sa garde, venaient d'arriver à Tourane. Ils y restèrent quatre jours sans rien me faire dire, et ce ne fut que le 3 février qu'ils m'envoyèrent demander à quelle heure je pourrais les recevoir : je leur désignai celle de midi et ils vinrent à bord avec tout leur monde ; l'un de ces mandarins m'était déjà connu, l'autre était d'un rang supérieur et chef de la Justice. Je les reçus toujours avec M. Ducamper, et cette fois notre conférence dura plus de quatre heures, tant ils furent longs à se consulter entre eux avant d'entrer en matière; ils me dirent enfin que l'empereur ne pouvait recevoir les présents et la lettre parce que depuis le départ de MM. Chaigneau et Vannier, il n'y avait plus personne à la cour qui put traduire et expliquer son contenu.
Quoique leur longue hésitation m'eût prépari quelque réponse peu favorable, je ne laissai pas que d'être surpris de la brièveté et de la nature positive de celle-ci et la leur fis répéter : je m'efforçai ensuite de leur faire sentir avec tous les ménagements possibles qu'un tel refus pourrait paraître extraordinaire et combien la cause en était frivole, puisque M. Borel, que le réi connaissait depuis longtemps, était fort capable de traduire la lettre. Je leur fis observer de plus que dans tous les cas le refus de la recevoir n'entraînait nullement celui des présents, puisque ces choses étaient absolument distinctes et que j'avais d'ailleurs l'ordre de faire la remise de ces derniers quand bien même des considérations d'étiquette empêcheraient celle de la lettre. Mes raisonnements et ceux dont M. Ducamper les appuya, furent inutiles et je ne pus parvenir à tirer des mandarins que la déclaration qu'ils avaient faite en débutant et qui leur servit de réponse à tout.
Reconnaissant à la fin qu'ils ne sortiraient jamais des limites qui leur avaient été tracées, je me bornai à leur demander de me donner cette déclaration par écrit, afin, leur dis-je, de la présenter à mon retour en France pour ma responsabilité personnelle; ce fut alors seulement, c'est-à-d ire après plus de trois
heures de débats, que je sus qu'ils étaient char-
de me remettre une lettre du Mandarin des Etrangers et de me faire don au nom de l'empereur de rafraîchissements dont ils avaient attendu jusqu'à ce jour l'arrivée à Tourane. le demandai à von- la lettre et pourquoi ils ne me l'avaient pas donnée plus tôt, et ils me répondireni qu'ils l'avaient laissée à terre
dans la maison du roi, ou ils avaient ordre de me
faire une réception solennelle et de me donner cette
lettre en même temps que le cadeau de l'empereur; je dis aux mandarins que je ne pouvais promettre d'aller à Tourane avant de savoir quel était le contenu de la lettre dont ils étaient porteurs, que M. le commandant Ducamper irait le lendemain les voir avec M. Borel et qu'après avoir reçu son rapport je leur ferais transmettre ma détermination. Je leur fis promettre ensuite qu'ils rendraient compte à l'empereur de l'ordre que j'avais de lui offrir les présents quand bien même des considérations qu'on ne pouvait prévoir empêcheraient que la lettre ne fut présentée. J'ajoutai que dans tous les cas j'espérais que les relations de commerce qui existaient entre les deux nations continueraient à être les mêmes, et que les Français trouveraient en Cocliinchine comme par le passé bon accueil et protection dans leurs personnes et propriétés; sur quoi le mandarin Pâli (celui qui était déjà venu et que M. Borel m'avait dit être le plus instruit et le plus en crédit") m'assura que le roi verrait toujours avec plaisir les Français, qu'il désirait beaucoup que leurs navires visitassent ses ports et qu'en se conformant aux lois et usages du pays ils seraient toujours considérés comme amis.
Vers 5 heures du soir les mandarins se rembarquèrent avec les leurs, auxquels on avait fait à bord des distributions de vivres, et avant de m'en séparer, je les prévins que je leur destinais des cadeaux selon l'usage reçu en France en pareil ras. Ils me répondirent d'une manière évasive, en disant qu'il fallait d'abord terminer l'affaire qui les amenait, et je vis qu'ils craignaient de se compromettre en les acceptant et de me blesser en les refusant.
Le lendemain M. Du camper m'apporta la traduo
tion de la lettre du grand mandarin, que j'ai l'honneur d'adresser ci-join1 à Votre Excellence, el me dit que les envoyés me priaient de leur faire connaître
si je viendrais moi-même à Tourane, parce que dans ce cas seulement ils prendraient 1rs vêtements royaux que l'empereur leur avait donnés pour le représenter.
Cette circonstance termina mon incertitude, et je leur fis répondre que je descendrais le lendemain vers midi : je crus devoir en agir ainsi dans l'intérél du commerce, et qu'il fallait, quelque contrariété que j'éprouvasse d'échouer dans ma mission, ne pas paraître en être piqué, et témoigner une sorte de reconnaissance de la faveur personnelle que je recevais du roi.
Je me rendis donc le 4 à Tourane accompagné des états-majors des bâtiments en grande tenue et précédé d'un officier et du détachement armé de la frégate, qui forma la double haie sur le rivage au moment où nous mîmes pied à terre. Nous débarquâmes vis-à-vis la maison de réception, en dehors de laquelle m'attendaient les mandarins revêtus de costumes plus bizarres que riches, encore qu'ils fussent de satin brodé d'or; la garde eochinehinoise garnissait l'intérieur de la cour au milieu de laquelle étaient amoncelés des vivres de toute nature qui devaient m'étre offerts, et la pins grande partie de la population de Tourane environnait l'enceinte près de laquelle étaient rangés dès éléphants montés de leur cornacs et valets: nous primes place autour d'une longue table et le mandarin en chef de la justice, vis-à-vis duquel j'étais, me présenta la lettre du
grand mandarin avec beaucoup d'apparat ; je lui
remis en échange une note par laquelle j'accusais
au Mandarin dos Etrangers réception de sa dépêche et lui renouvelais au nom du gouvernement français les assurances du désir de voir continuer les relations amicales et bienveillantes qui existent depuis si long-temps entre les deux empires. M. Borel eut la complaisance d'interpréter cette note et de recommander de nouveau aux mandarins de faire connaître au roi l'ordre que j'avais de lui offrir les présents que je déposerais à Tourane dès que j'en aurais reçu l'autorisation; leur disant que j'attendrais jusqu'au 15 à avoir une réponse et qu'à cette époque je mettrais sous voile, la saison ne me permettant pas de m'arrêter davantage.
On servit une collation qui fut suivie de quelques exercices des éléphants, puis je pris congé et fus reconduit jusqu'au rivage par les mandarins chez lesquels je fis porter deux sabres avec ceinturons brodés, deux paires de pistolets et deux longuesvues : je donnai aussi au mandarin de Tourane dont nous avons eu à nous louer et qui a été obligeant envers la frégate la Cléopàtre, un fusil de chasse qui lui fit grand plaisir.
Nous retournâmes tous à bord, où les rafraîchissements qui ne tardèrent pas à arriver furent distribués aux équipages et aux différentes gamelles. Dans la soirée les mandarins repartirent.
Hier ils m'ont envoyé par celui de Tourane quelques pièces d'étoffes de soie en échange de ce que je leur avais donné, mais comme ils ne m'ont rien fait dire relativement aux présents destinés pour le roi, je les ai fait prier de nouveau de me faire connaître sa détermination promptement, la saison m'obligeant à partir, et le lt> au matin si je n'entends point parler d'eux, je mettrai sous voile.
Je regrette bien Fort, monseigneur, de n'avoir pas été plus heureux dans ma négociation, mais Votre Excellence voudra bien, je l'espère, être convaincu que j'y ai apporté tout le zèle dont je suis capable et que je ne cesserai d'avoir pour ce qui esl relatif au service du Roi.
Je suis, etc.
Si a né Baron de Bougainvillk.
Tontes mes lettres partiront par le loi- l<
de la Paix qui va directement à Bordeaux et je ne pouvais avoir une occasion plus sûre et plus prompte. Comme ce bâtiment trouvera probablement M.Chaigneau à Sincapour, j'ai mis sous enveloppe les lettres de Votre Excellence et de Son Excellence le ministre des affaires étrangères qui lui sonl adressées et je les ,ti accompagnées d'une lettre d'envoi. Sur le dos du paquet je charge le capitaine du Courrier^ s'il ne renconl re pas M. Chaigneau, d'envoyer ce paquet au ministère de la marine aussitôt après son arrivée en France. .1 aurais pu garder ces lettres à bord, mais comme il est possible que M. Chaigneau soit encore Saigon, où le brig doit toucher, j'ai préféré les lui envoyer afin que si ce consul était chargé de quelque
affaire particulière, il put encore s'en OCCUper avant
de quitter la 1 lochinchine.
J'ai pris sur moi d'ouvrir la lettre de Son Excellence a \1. Chaigneau, craignant qu'elle ne contînt des documents dont la non-exécution lût préjudiciable au succès de ma mission, et je lui en ai écrit le motif.