‹ Mélanges d'histoire et de litérature religieuseChapitre 36 sur 115 · Gai, I · texte numérisé non relu

Gai, I

Le silence de saint Paul sur la décision de Jérusalem, dans rÉpltre aux Galates, ne peut donc pas servir d'arme contre l'existence de cette décision. S'il ne l'allègue pas, c'est qu'elle ne répondait plus aux besoins de la lutte au moment où il écrivait rÉpître; c'est que l'Apôtre avait une réponse plus décisive et plus pleine.

Quant au silence sur le décret dans lesÉpltres aux Corinthiens et aux Romains à propos des viandes immolées et de la distinction des aliments, que prouve-t-ilî Au premier abord il parait singulier. Mais remarquions que l'existence même de discussions sur les viandes immolées à Corinthe et de scrupules au sujet des aliments chez certains fidèles timorés à Rome, suppose précisément une mesure générale, sur les applications de laquelle on ne s'entend pas, les uns étant disposés à en exa« gérer le sens et la portée, les autres enclins à s'en affranchir trop complètement, au mépris de la conscience des faibles, sous prétexte que V idole n'est rieriy ou que, pour le fidèle, il n'y a plus rien d'impur *. Saint Paul s'empresse d'écarter les interprétations étroites et erronées, qui justifieraient ces abstentions en supposant une certaine réalité dans ridole ou une certaine impureté inhérente aux choses elles-mêmes; mais encore ici, au lieu d'in-

1. / Cor, VHl, 4 : olSa(Aev 5ti oùôàv sIScoXov ev xd9|i.(p.. — Rom, XIV, 14 : oiSa... oTt oOSèv xoivov fii'êauToù.

sister sur des dispositions locales et temporaires, il remonte à un principe supérieur, au vrai principe sur lequel ces obligations se basent et se mesurent : la charité ! De même que Jésus crucifié est le centre de la théologie de saint Paul, le foyer lumineux dans lequel il découvre d'abord, contre les erreurs judaïsantes , la pleine suffisance de la réparation offerte sur la croix, l'absolue gratuité du salut et son égale répartition pour tous, Juifs et Gentils *, et plus tard, contre les premières tendances de gnose chrétienne, l'unité de vie dans le corps de TÉglise et la plénitude de la divinité dans Celui par qui Dieu s'est réconcilié le monde-; de même le pivot sur lequel roule tout Tordre moral en saint Paul, c'est Vàyccizii^ le résumé de la Loi ^, le principe régulateur de la liberté chrétienne*; c'est de là qu'il part, c'est là qu'il ramène toutes les questions pratiques qui se présentent à lui ^.

Il n'y a donc pas à s'étonner si l'Apôtre, amené par les circonstances à guider les fidèles dans l'application de ces observances, insiste de préférence sur ce qui fait la base de l'obligation, sur

Page 1