Gal. II, 2 sqq
3. Dans les paroles qu’il lui adresse à Antioche : édvixée ai oùx ’loudainws Cñs. Gal. II, 14. Vivre éûvixé, c'est avant tout, comme il résulte du v. 12, manger avec les Gentils, c'est-à-dire, entrer en . communion intime avec eux.
4. Les Actes indiquent que non seulement ils se lurent, mais aussi s’unirent à l’action de grâces : Aovyacav nai éd6£aoav Toy Oedv… — De même Vulg : Tacuerunt et glorificaverunt.
étaient disposés à comprendre la portée et la signification du fait, eux, tout en remerciant Dieu de s'être manifesté dans la conversion du centurion Corneille, ne virent là qu'un cas isolé, une exception admirable, non un exemple qui dût servir de règle pour l’avenir, et la question restait pour eux presque entière. Ils comprenaient qu’on pût céder dans des cas particuliers quand la volonté de Dieu se manifestait si éloquemment. Mais, après comme avant, ils ne pouvaient concevoir qu'on allât contre la Loi toujours existante et dont ils ne soupconnaient même pas le caractère local et temporaire. Certaines paroles de Notre Seigneur, interprétées d’une façon étroite, les confirmaient dans leur sentiment. Ils devaient rappeler qu'il n'était pas venu pour détruire la Loi, mais pour accomplir !; qu'Il n'avait été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël : qu’on ne devait pas prendre le pain des enfants et le jeter aux ÉAIENS EL. L'interprétation étroite de ces paroles leur masquait toutes celles où le Maître indique clairement le caractère universel des temps nouveaux. De plus — et c'était Le langage de la prudence humaine et en apparence de la charité — sortir de la voie qu'avait jusque là suivie l’Église
1. Math. V, 17 : oùx 4)0ov xata)doot à) rAnpücat. 2. Math. XV, 24, %6.
de Jérusalem, si fidèle aux prescriptions de la Loi et gagnant les cœurs par son obéissance, entrer en communication directe et régulière avec les Gentils, n'est-ce pas exciter le judaïsme à une nouvelle persécution, le pousser à bout, légitimer l’accusation de rebelles et d’impies? N’était-ce pas, en tous cas, éloigner les autres Juifs, arrêter le mouvement des conversions parmi eux, et cela pour gagner quelques Gentils?
Dès qu'on envisagea, au point de vue judaïsant, la conversion du centurion Corneille comme un cas exceptionnel dans lequel Dieu avait parlé, les alarmes se calmèrent. Ce ne fut pas pour longtemps; quelque palliatif que l’on imaginât, l’événement de Césarée était un exemple, un précédent, et on ne tarda pas à Le suivre. Siles Gentils se trouvaient attirés à La foi du Christ, on ne devait pas les repousser; cette ligne de conduite fut suivie pour la première fois sur une grande échelle, non à Jérusalem où l'état des esprits n'aurait pas permis cette déviation, mais à Antioche; le centre du mouvement religieux se déplaçait ! et passait de la métropole juive, incapable de le diriger, à la métropole de la Syrie, d’où le rayonnement chrétien
1. Ce déplacement coïncide avec le moment où les Apôtres quittent Jérusalem et aussi avec celui où la tradition place le séjour de saint Pierre à Antioche.
se produirait librement. A Antioche la nouvelle religion reçut son nom !.
En apprenant ces faits, l’Église de Jérusalem envoya un délégué à Antioche : c'était Barnabé. Ce choix montre par lui-même que la majorité de cette Église n’était pas hostile au mouvement. Loin de l’entraver, le délégué en prit la direction et appela pour le seconder celui qui devait en être le plus ardent promoteur : Paul de Tarse.
La persécution d'Hérode Agrippa détourna l'attention des judaïsants ; le soulagement que l’Église d'Antioche envoya aux frères de Jérusalem pendant la famine ?, eût rendu de nouvelles récriminations bien inopportunes. Mais quelques années après, quand on apprit la rapide extension du christianisme à Antioche et le succès du récent voyage de Barnabé et de Paul #, on ne se contint plus : il devenait évident que la religion du Christ ne resterait plus la forme la plus pure du judaïsme ; elle se découvrait comme une religion nouvelle où Juifs et Gentils seraient indistinctement reçus, où le judaïsme serait peu à peu absorbé et perdu. Cette révolution apparaissait au monde de Jérusalem comme une rébellion contre tout ce qu'on lui