Act. XV
Ac XV, 14.
3. Act. XV, 15 : .…..xai TOUTE ocUUpwyvoUGLV où ÀOYOL TOY TPOPNTEY.
4. Act. XV, 14, Evuebv éfnynoato xaÜws npwtov 6 0:05... 5. Ibid. 19 : dix Ey® xpive up Tapevoyheiv…
84 MÉLANCGES D'HISTOIRE
gré la particule y4 qui l’introduit. « Car Moïse, depuis les temps anciens, en toute ville à ceux qui le récitent, étant lu dans les synagogues chaque sabbat !. » Ce qui me paraît le plus probable (s’il n’y à pas une lacune impossible à combler) c'est que pour justifier les mesures proposées, saint Jacques observe que, la loi de Moïse étant toujours récitée dans les synagogues, on ne doit pas scandaliser ceux qui la lisent en tolérant chez les nouveaux convertis ce qu'elle considérait comme une abomination. Dès lors ces prescriptions sont visiblement proposées par saint Jacques dans une intention de conciliation. C'était beaucoup de ne pas imposer la Loi; il ne fallait pas choquer à l’excès les sentiments juifs.
En somme, Jacques, fidèle à ce qui a été convenu entre lui et saint Paul, accorde la liberté des Gentils, justifie à ses yeux et aux yeux de ses compatriotes cette concession par les oracles des prophètes, mais l'entoure des réserves destinées à écarter un scandale légitime chez les Juifs qui con-
1. ACé. XV, 21 : Movoñs yap Êx YeveGv Goyatw xATX méMVY ToÙs ANQÜGOOVTOG AÜTOV ÉVEL ÊV TOC CUVAYWYAIC HAT TV GAÉGATOY AVKYLvwcxépevos… Tout en reconnaissant la difficulté, nous trouvons excessive la réserve du savant professeur de Louvain, Beclen (Com. in Act. Apost. 1864, p. 389) : « Fateor me non satis perspicere quanam tandem ratione versiculo 2{ contineatur causa cur Jacobus voluerit ut ea quæ dixerat v. 20 ethnico-christianis praeciperentur; nec ullum adhuc legi interprelem qui rem, mea quidem sententia, recte explicaverit. »
tinuent à lire et à pratiquer fidèlement la loi de Moïse. Nous sommes bien en decà des hautes visées de Pierre. À Dieu ne plaise que nous voulions diminuer l’autorité de Jacques; mais nous cherchons à bien caractériser la portée de son discours et l'influence qu'il eut dans la réunion de Jérusalem. Ces observations rendent hommage à son sens pratique, à sa profonde connaissance du milieu dans lequel il vivait, à son esprit de modération ‘et de sagesse !. Aussi allons-nous continuer à signaler sans scrupule tout ce qui met en évidence la note individuelle de son discours; en laissant intacte la vérité de l'Évangile, il reflète la physionomie toute juive de son auteur. Si l'historien des Actes l’a abrégé, ou plutôt s’il a recueilli ce qui s'en était conservé, sa plume lui a laissé son aspect particulier sans altération; encore moins l’at-elle créé. Non seulement la marche générale des idées que nous venons d'étudier, le montre, mais
1. Nous savons du reste par son épître que saint Jacques n'aime pas une sagesse disputeuse et au zèle amer ; en vain se glorilie-telle de la vérité (IT, 14); en vain bénit-on Dieu, si on maudit les hommes faits à l’image de Dieu (ibid. 9-10). — Bien autre est l'idéal que propose ce prétendu judaïsant fanatique. « La sagesse d'en haut, dit-il, est d’abord pure, ensuite pacifique, bienveillante, persuasive, pleine de miséricorde et de bons fruits; elle ne critique pas, elle ne dissimule pas. Le fruit de la justice se sème dans la paix pour ceux qui gardent la paix. » (III, 17-18 : à È &vwbev oogto TOÉTOV MÈV GYVA ÉGTIV, ÉTEUTE ElPNVLXN, ÉMLELANG, EUTELONC, LEGT} héouÇ nat xapréiv ayaÜGv, addxpiroc, avurméxpiroc. Kapnèc dE dtxato- GUVNs Êv Elpivn omeiperat Toïc Touobou ciphvnv.)
aussi les détails des premiers mots jusqu’à la fin.
Au début le nom de Siméon (Zouewv) est bien caractéristique. Dans les Actes, le narrateur emploie couramment le nom de Pierre; là seulement où le récit l'y oblige il se sert de l’autre, mais, comme dans son Évangile, sous la forme moderne Simon (Ztywv)!. Ce nom, plus familier à l’Église de Jérusalem, ne parait avec sa prononciation antique qu'ici sur les lèvres de Jacques fidèle aux vieilles formes. La coïncidence est frappante.
À la fin, si ce discours provenait tout d’une pièce de l’auteur des Actes, aurions-nous cette dernière phrase, dont la connexion si peu apparente avec ce qui précède, défie presque toute explication? Aurions-nous partout cette couleur juive si prononcée? Pierre s’est servi de formules toutes chrétiennes qui mettent en avant la loi individuelle ; Jacques ?, lui, présente la conversion des Gentils avec les formules nationales coulées
1. Act. X, 5, 18, 32; XI, 53. La transcription grecque Zuuewy provient de la forme plus pleine W'iel dans laquelle la chuin-
tante et l'aspiration Y se faisaient encore entendre. Dans la transcription Ziuwv, on a la forme Tan et tele dans le Talmud,
où nous n'avons plus que la simple sifflante et où l'aspiration s’est perdue.
2. Act. XV, 7, 9. Pierre : éfelééato Ô Oed: diù toÙ oTéuatés mou &aoDoat Ta Edvn TÔv Adyov TOÙ EUAYYEM OU LA TIGTEUGOL... Th MIGTEL x@- Gapiouc Tac xapÜiac aÙTEY.
Ibid. 14 : Jacques : 6 Oeoc menxébaro Aubetv 8 fvoy Jadv T& OVOUATL AÜTOÙ.
dans le moule de la pensée juive. Les Gentils qui se convertissent, il les appelle : of àrd rüv é0vüv mioroépovres èmt Toy Oecy; s’il s'agissait de païens passant simplement au judaïsme, on ne dirait pas autrement. Le Christ n’est pas nommé; il n’apparait dans le discours de Jacques qu’à travers le voile des anciens prophètes. Dans le discours de Pierre, la loi et la grâce de Jésus sont au premier plan.
Jacques dut apporter plusieurs oracles des prophètes (oi Adyor tüv moognrüv); un seul nous est conservé; il est significatif. Ce n’est pas en effet un de ces passages où les chrétiens après la venue du Sauveur reconnurent la prédiction, maïs bien un de ceux qui même parmi les docteurs juifs étaient appliqués aux temps messianiques; encore ici un trait qui nous ramène plutôt à Jacques et à l'Église de Jérusalem qu’à l’auteur des Actes. L’allusion à la tente renversée de David, dans ce passage d’Amos (XI, 11), a suggéré le nom de Bar Nefilim (fils des tombés 215122 72), pour le Messie.
Rabbi Nahman, lisons-nous dans le Talmud !, dit à R. Isàak : « As-tu appris quand Bar Nefilim doit
1. Tr. Sanhedr. fol. 96, 2. Cfr. autres applications messianiques de ce texte d’Amos dans les auteurs juifs, le Bereschit Rabbà, sect. 88; le Sohar. ap. Schôüttgen, Horae Hebraicae, t. 11, p. 70, 111, 221, et aussi R. Martin, Pugio fidei..…. notes de du Voisin, in prooem.
venir? » R. Isäak répondit : « Qui est-il? »
R. Nahman dit : « Le Messie! » R. Isàak : « Mais le Messie est-il ainsi nommé? » R. Nahman : » Oui; il est dit : En ce temps-là je relèverai la fente de David qui est tombée... »
Dans le discours de saint Jacques, nous avons moins une citation formelle qu’une paraphrase du texte d’Amos; l’orateur se préoccupe surtout d’appliquer les traits saillants du passage à la question présente !. C’est encore dans ce but qu'à la fin il soude ses propres paroles à celle du texte :
LA
= 0 LS 2 CPS 9 à héyer Küpros moy Taïra yvuotà 47” aiwvos ?, dit le
Seigneur qui accomplit maintenant ces choses
1. Si, à la réunion de Jérusalem, saint Jacques parla dans le dialecte national, araméo-palestinien (ce qui me paraît le plus probable) et non en grec, c'est sans doute quand les principaux passages de son discours furent traduits en cette dernière langue pour se répandre dans les cercles chrétiens, que l’on accommoda la citation aux expressions même de la version grecque courante, c'est-à-dire de la version alexandrire dite des Septante.
2. Nous suivons la lecon la mieux garantie par les mss. et par plusieurs des anciennes versions (copte, éthiopienne, arménienne, éd. Zohrab.). Mais, comme on remarquait que ces courtes paroles yvworà 4m œiwvos ne faisaient pas partie du texte cité, on a voulu les expliquer à part, et pour leur donner une signification, on a complété la phrase sous forme de glose qui a fait corps avec le texte, mais de diverses manières, les uns ajoutant simplement :… ëoti T& QE mévra Tà Éoya «ùToù, comme dans la plupart des mss. cursifs, — d’où le texte recu, — et dans la version syriaque; les autres complétant et modifiant ainsi yv&otov àx’ aiwvos to Kuptw Tù épyoy aÿtoë, comme dans quelques mss. et dans la version latine. L'état fragmentaire du discours se prêtait à ces développements.
connues dès longtemps. » Ces derniers mots sont de l’orateur.
La parole de Jacques eut un effet décisif : elle représentait si bien les sentiments intimes de la partie saine de l’Église de Jérusalem! On se rallia aux mesures proposées qui pour le fond donnaient satisfaction aux Gentils et ménageaient aussi les craintes ou les scrupules des Juifs; leur position et leurs privilèges étaient laissés hors de la question. Jacques eut, on peut le dire, les honneurs de la journée. Le discours de Pierre est le vrai plaidoyer; il a le mérite des larges initiatives. Jacques conclut et prend même le langage du juge : à ëyo xptvw... (Act. XV, 19). On sent son influence jusque dans la rédaction de la lettre envoyée aux chrétiens d’Antioche, de Syrie et de Cilicie; il est probable qu'il prit part à sa rédaction; la formule de salutation par laquelle elle débute avec le simple yaioeuw, qui tranche si fort avec toutes les autres formules des lettres apostoliques, ne se retrouvé précisément que dans l'Épitre de saint Jacques !.
Les Apôtres et les Anciens résolurent, avec le consentement de toute l'Eglise, d'envoyer aux fi-
Hac: T, 1.
dèles de Syrie des délégués pour leur communiquer ce qui s'était fait et ce qu'on avait décidé à Jérusalem. On choisit deux hommes de haut rang ! parmi les frères : Juda, appelé Barsabba, et Silas; ils devaient accompagner Paul et Barnabé et porter une lettre qui garantissait leur mission. L’auteur des Actes a conservé ce document ?. On y désapprouvait d’abord ceux qui avaient troublé sans mandat les frères d’'Antioche; on recommandait ensuite non seulement les deux délégués, mais encore Barnabé et Paul en des termes qui attestaient leur dévouement pour la cause de Jésus-Christ.
La lettre renferme ensuite en quelques mots la décision, conforme de tous points à ce qu’avait proposé saint Jacques. La formule qui l’introduit montre que dès l’origine l'Église avait conscience d’être dirigée dans ses résolutions solennelles par une influence supérieure. « Il a paru bon au Saint- Esprit et à nous de ne vous imposer aucune autre charge comme obligatoire sinon ceci, à savoir de vous abstenir des idolothytes, du sang, des viandes étouffées et de la fornication *..... »
Il importe de s'arrêter sur cette décision, puis