Gal. I, 18 et IT, 1, combinés d’une facon approximative
ainsi de nouveau ceux qui prétendent qu'il tient son évangile des Apôtres, toute la suite du morceau fait ressortir l'accord loyal qui a existé entre lui et Barnabé d’une part, Jacques, Pierre et Jean d'autre part. Le récit de la rencontre d’Antioche, qui suit immédiatement, va au même but. Il ne le fait pas seulement, comme le répètent beaucoup d'interprètes, pour prouver encore une fois qu'il n'est pas un simple délégué des Apôtres, et que, comme Apôtre, il est leur égal puisqu'il ne craint pas de résister à Pierre, mais encore et surtout il renverse les accusations de ses adversaires qui ont pu alléguer l'incident d'Antioche comme un indice de l'opposition entre Paul et les Apôtres. IL rétablit le fait sous son vrai jour et s'applique à montirer que Pierre était d'accord ! avec lui dans la doctrine et même dans la pratique, et que par une inconséquence il a dévié de sa conduite ordinaire. Les détails donnés, les paroles rapportées, la manière de raconter l'incident tendent à prouver que, loin de confirmer les insinuations des ju-
1. Les judaïsants du n° ou 11° siècle — mieux avisés que certains critiques — ont très bien vu la portée du langage et de l’argumentation de saint Paul, l’homme ennemi, et ils s'en plaignent en la personne de saint Pierre dans la prétendue lettre de celui-ci à saint Jacques (n° 2) (cf. en tête des Homél. Clémentines). « On a essayé par des interprétations forcées, dit Pierre, de détourner mes paroles en faveur de l’abolition de la Loi ; on a prétendu que c'était là mon sentiment, mais que je ne le prêchais pas ouvertement. »
daïsants, ce fait témoigne plutôt de leur précédens accord : qu'on en Juge.
Que dit Paul, en effet? Dès que Pierre s’est trouvé dans un milieu ouvert aux Gentils, 1l s’est mis en communion avec eux, s’affranchissant en cela des observances légales. « Il mangeait avec les Gentils. » — pero Toy 80v@y ouvhodiey — Il ne s’abstient que plus tard : est-ce après réflexions ou scrupules personnels? — Non c’est une influence du dehors, par crainte, par timidité, craignant ceux de la circoncision venus récemment de Jérusalem. Nous présenterait-on ainsi un rival de doctrine, un partisan déclaré des observances légales? Mais peutêtre cette crainte va-t-elle jusqu’à changer les convictions intimes de Pierre? Endoctriné par les judaïsants, devient-il un adversaire? Il n'en est. rien : Paul ne le croit pas; il regarde la démarche de Pierre comme une dissimulation; devant les réclamations desjudaïsants, par condescendance sans doute, Pierre a caché ses vrais sentiments, et. Paul l’insinue deux fois. : Ils dissimulèrent avec Jui — ovvurexotünoav ar (Gal. IT, 13) — dit-il en parlant de ceux qui l'imitèrent,..……. Et Barnabé lui-même fut entrainé avec eux par leur dissimulation — Gors ral Bapvdbas ouvarfyôn adrüy 19 bre rois. » (4b1d.) Ce n’est donc pas un changement réel de doctrine, une déclaration de principe, c’est une fausse démarche dont saint Paul va découvrir
les fâcheuses conséquences — oùx dp0omodcüay mpès tv GAnôelay Toù ebayyenlou (2bid. v. 1h).
Lisons maintenant le discours que Paul adresse à Pierre, ou plutôt les traits saillants de ce discours, tels qu'ils se sont profondément gravés dans sa mémoire et qu'il juge bon de les rappeler devant les Galates. Rien de plus significatif que les premiers mots : « Si toi, tout Juif que tu es, tu vis à la facon des Gentils et non des Juifs, comment forces-tu les Gentils à judaïser? » Nous avons expliqué déjà la portée de ce dernier trait. Notons ici le premier : «Tu vis à la façon des Gentils et non des Juifs. » Vivre à la façon des Gentils, c'était s'affranchir des observances légales, et pour le cas présent, comme le montre ce qui précède, c'était manger avec les Gentils, her rüv E0vüv ovveclieu ; voilà ce que saint Paul appelle &ôwxüç xo! ox Toudaixüs Cv; tant ce fait de ne pas communiquer avec les Gentils était caractéristique de la vie juive! Or, remarquons la force de ce présent {: « du vis... vx nat oùx [oudaixds Ens »; ce n'est pas le présent temporel; au moment où Paul parlait ainsi, Pierre ne vivait plus t0wxûs; 1l avait repris les habitudes juives; c’est le sujet même du
1. C'est saint Chrysostome qui suggère cette remarque : où yap einev' et ou ’Toudaios ov dfvixws Élnc, GX Éñc, wote wai VÜY Tv adtAv yvwpny Exec. — Car il ne dit pas : éu vivais, mais : {u vis,
de telle sorteque maintenant aussi tu as le même sentiment. » (Hom. in Gal. IT, 11 sq. ap. Migne, Pat. gr., t. 51.)
reproche. Le présent ne s'explique que parce que saint Paul regarde la précédente conduite de Pierre, avant l’arrivée des Juifs de Jérusalem, comme la conduite ordinaire et propre de cet Apôtre, et c’est ce qui rend, du reste, Le reproche plus vif, en accentuant l’inconséquence. Tout cela cadre exactement avec le ouvorexplünoav... 19 brouoloer. Saint Paul se hâte ensuite de passer aux aperçus doctrinaux qui justifient la première conduite de Pierre, et présentent la nouvelle comme contraire aux principes reçus par celui-e1. Le trait caractéristique de ce discours, c’est la reductio ad absurdum que saint Paul manie avec tant de vigueur; il pousse l’interlocuteur à reconnaitre qu’il va contre un principe qu'il ne nie pas, qu'il ne peut pas nier!. Les paroles suivantes le supposent: « Nous, Juifsdenaissance, » c’est-à-dire, toietmoi, ettousles autres Juifs entraînés par ta dissimulation, « Nous, dit-il, ..….. ayant reconnu que nul n’est justifié par les œuvres de la Loi, sinon par la foi du Christ Jésus, nous aussi avons cru au Christ Jésus, afin d’être justifiés par la foi du Christ, et non par les œuvres de la Loi. » Ce qui fait en l’espèce la force de l’argument de saint Paul pour convaincre Pierre d’inconséquence, ce n’est pas seulement l’incontestable vérité du principe, mais c’est encore que