‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 75 sur 109 · Math. IN, 9; Luc. NI, 8: Lo. VAL · texte numérisé non relu

Math. IN, 9; Luc. NI, 8: Lo. VAL

pires fautes du monde Gentil (Rom. I], 17-29).

C’est une tendance analogue que nous parait viser saint Jacques chez certains judéo-chrétiens assez disposés à se dispenser des œuvres de charité. Elle lui inspire même un langage semblable à celui de saint Paul, quand 1l oppose celui qui écoute la loi à celui qui la pratique, quand ilimpute à péché de savoir faire le bien et de ne pas le faire‘. La profession de foi à laquelle saint Jacques fait allusion, ne dépasse pas l'horizon du judaïsme. Il dit à celui qui se prévaut de sa foi : « Toi, tu crois que Dieu est un? ». La foi que saint Jacques déclare morte, inefficace, incomplète, n’est que pure complaisance en une extérieure orthodoxie *; ce n’est rien moins que foi vivante de saint Paul, et de ce chef encore on voit combien les formules des deux apôtres sont loin de se heurter. S'ils se rencontrent sur l'exemple d'Abraham, il n’y a pas à s’en étonner : cet exemple avait cours fréquent dans les écoles et l’enseignement juifs, où tous deux vont natu-

1 Tacs 1922-95 ::IV, 17; 1cfr Roms 1, 32; "11,T, sqq 17-29:

2, Tac. XX, 19; cfr. saint Paul, Rom. Il, 17 où le Juif se prévaut de même : xavyäonr êv Oew.

8. Çà et là, saint Jacques en fait encore ressortir les inconséquences : la même bouche qui bénit Dieu maudit les hommes faits à l'image de Dieu (IT, 9-10). Elle se g/orifie de la vérité, mais elle a un zèle amer et ne respire que dispute (ibid. 14). Je suis la leçon la mieux garantie par les manuscrits : ei GE Cñhov mixpôv Éyete xai dpt Betav év 19 aapdld uv, ur xatoxavyGole Ts &nbetac xai Vevdec0e.

rellement puiser leurs arguments en les appropriant aux besoins de la controverse chrétienne ; peut-être . aussi, et les partisans outrés de la circoncision et des observances que combat saint Paul, et les orthodoxes égoïstes à qui s'adresse saint Jacques, alléguaient-1ls Abraham ; mais l'exemple pouvait se retourner contre les uns et contre les autres. Abraham a été justifié avant d’avoir recu la circoncision — ce que saint Paul a intérêt à noter — mais non sans manifest?r sa foi par un héroïque sacrifice, celui de son fils Isaac, ce qui ne sert pas moins le raisonnement de saint Jacques.

Dans tous les cas, il demeure établi que saint Jacques n'insiste nulle part sur les observances légales, qu'il ne lui échappe pas un mot qui contredise la doctrine de saint Paul sur leur indifférence pour le salut; qu'il ne leur donne aucun reef, aucune importance capitale dans la religion du Christ. S'il y fait allusion une fois, d’une facon générale, c’est pour que nul ne soit dans l'illusion à leur sujet. « Si quelqu'un croit être religieux (Bpnoxes, observateur des rites) et ne retient pas sa langue, le culte de celui-là est vain. Un culte ‘Oonsxsla) pur et sans tache devant Dieu et le Père, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur affliction, de se garder sans souillure loin du monde. » (Jac. 1, 26-27.) Ceci adressé à des chrétiens d'origine juive suffit à montrer la place su-

bordonnée que saint Jacques laissait aux observances. Si par voie de comparaison avec l'ancienne, il conçoit et désigue la nouvelle alliance comme « la loi parfaite, la loi de liberté » (véhoc tédetoc, vies &hevdeotas, 1, 25; Il, 12), ces termes mêmes indiquent l’imperfection et l’état de servitude de la première. L'Évangile — la prédication de la foi — n'apparait pas sous ce nom, mais c’est bien lui qu’il présente comme « la parole de vérité, » par laquelle Dieu nous a enfantés (Jac. I, 18), et que, par opposition à la Loi toute extérieure, il appelle « la parole implantée au-dedans, capable de sauver vos âmes, » déGabe Toy Éupurov ÀGYov Tov duvamevoy coca rhs Vuyke budv (1, 21). Voilà où saint Jacques place la vertu du salut; ce n’est pas dans les observances légales, mais avant tout dans un principe intérieur de vie spirituelle, que saint Paul appelle la grâce, la foi qui agit par la charité, et lui : & Epguros Adyoc: Il ne s'explique pas davantage sur ce sujet, qu'il touche en passant, mais nous en avons assez pour voir comment la même idée fondamentale avait une expression différente dans un milieu sur lequel seule sa lettre nous éclaire à l’âge apostolique.

Dans les trop rares et trop courts documents qui nous restent des autres Apôtres, nous rencontrons en somme des points de raccord avec la doctrine de saint Paul. Dans tous les cas 1l n’y a pas ces traces

d'opposition profonde que l’on prétend y trouver; rien n'indique que l'accord intervenu à Jérusalem et sur lequel demeure le témoignage de saint Paul, ait jamais été troublé. Dès lors, quand saint Paul parle d'adversaires judaïsants, rien n'autorise à entendre ces paroles des autres Apôtres. Les leur appliquer partout, par voie d'allusion directe ou indirecte, sans autre indication positive, est un procédé qui ne saurait se justifier ; c’est tomber dans une continuelle pétition de principe. Mais il est intéressant de réunir ces principales données pour suivre les intrigues des judaïsants dans les Églises fondées par saint Paul et pour voir comment l’A- pôtre est amené à les rejeter hors de l'Église et à exposer la grande doctrine de la justification : c’est ce qu'il nous reste à faire.

Ne

La décision de Jérusalem avait pu satisfaire les judaïsants. L'autorité de la Loi pour les Juifs demeurait intacte ; ils se résignaient à ne pas troubler la liberté des Gentils. L’incident d’Antioche leur ouvrit les yeux sur là portée des principes de saint Paul; ces principes allaient à l’affranchssement même des Juifs, sans lequel l'unité de l'Église n’était pas possible.

Tandis que saint Paul s'empressait de porter aux

Églises de Syrie et de Cilicie la lettre de Jérusalem et de leur en donner la saine interprétation, sur ses pas des missionnaires judaïsants passaient dans les diverses communautés pour contredire l’enseignement de l’Apôtre, ébranler son autorité, et. même peu à peu et suivant les milieux, amener les Gentils aux pratiques juives. Nous n'avons pas de traces de ces missions judaïsantes dans les récits ou les Épitres qui se rapportent au deuxième voyage apostolique de saint Paul, mais elles durent le suivre de près, puisque dans son troisième voyage le mal est fait et qu’il s'applique à le guérir. Dans la plupart des Églises fondées par saint Paul, le premier noyau avait été juif; aussi les émissaires judaïsants, partis selon toute probabilité de l'Église de Jérusalem, foyer des idées judaïsantes, trouvèrent-ils facilement écho et appui dans les Églises de la dispersion. Pour eux, saint Paul est avant tout le grand apostat qui prêche la défection à la Loi (Act. XXI, 21) et qu’il faut combattre par tous les moyens.

Vers la fin de son séjour à Éphèse au printemps de 57, saint Paul reçut des nouvelles alarmantes sur la communauté de Corinthe : il y avait des divisions (I Cor. I, 12 sqq.), et ce sont en partie ces nouvelles qui le déterminent à écrire la [°° aux Corinthiens; cependant, rien encore dans l’Épitre ne montre qu'il y ait un lien entre ces divisions et le

débat judaïsant. L’Apôtre blâme autant ceux qui se réclament de son nom que ceux qui se disent de Céphas ou d’Apollo; à la fin de l'Épitre !, il parle de ce dernier en bons termes; rien ne marque qu'il considère Céphas ou Apollo comme étant réellement chefs de parti, pas plus que lui-même (If, # sqq.). Ce sont des disciples trop zélés qui se prévalent respectivement de leurs noms; l’'Apôtre rattache surtout ces divisions à la manie de comparer entre eux les ministres de l'Évangile et leur manière de le prêcher ?. Mais on sent qu’on a particulièrement critiqué la manière de Paul, qu’on est venu bâtir sur le fondement posé par lui (II, 10-18); bien plus, qu'on à attaqué son autorité d’Apôtre, et il . éprouve le besoin de la défendre (IX). On a insinué que saint Paul devait avoir des doutes à ce sujet, puisqu'il n’exercait pas son droit à être entretenu par la communauté comme les vrais Apôtres 3. On le décriait aussi peut-être à cause du célibat et on l’'opposait sous ce rapport aux « frères du Seigneur » ei à « Céphas# »; mais en tout cela on ne voit pas que saint Paul ait-encore su d’où partaient ces attaques; il n’y a aucun indice qu'il lesrattache au courant Judaïsant.

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