‹ Mélanges d'histoire et de littérature religieuseChapitre 83 sur 109 · On voit qu'il s’agit des judaïsants, à la ma · texte numérisé non relu

On voit qu'il s’agit des judaïsants, à la ma

nière dont il met en garde contre eux les Philippiens (II, 2 sqq.); illes désigne par des termes

d’une vivacité extrême ! comme gens qui forment.

une fraction déjà réprouvée. Dans les autres Épitres de la captivité, il n'est plus question des Judaïsants. Les Églises étaient averties; elles ne couraient plus le même danger. Des erreurs d’un autre caractère attirèrent du reste l’attention de l'Apôtre dans les Églises d'Asie, en particulier dans la région phrygienne de la vallée du Lycus; et si saint Paul insiste encore sur l'unité de l’Église, dans laquelle s’effacent toutes les anciennes distinctions, Juif et Gentil, circoncis et incirconcis, barbare, esclave ou libre (Col. II, 11), s’il rappelle avec so-

1. Phili. LIL, 2 : Bhénete vodc xÜva, Bhémete tols xaxodc ÉpydTus, Brénere Tv xararouñv…. L'expression xatarouñ mmutilalion, esl prise comme terme de mépris opposé à neptropñ.

lennité ! comment dans le sang du Christ s’est opérée entre circoncis et incirconcis la réconciliation et s'est effondré le mur de séparation qui les divisait (Ephes. IE, 13-15), c'est que la nouvelle erreur menacait aussi l'unité; elle était le ferment d’une distinction plus subtile, alléguant non plus une di-

vision de race et de nationalité, mais une préten-

ducinégalité des âmes, les unes disposées à la gnose et sûres de leur salut, les autres de condition inférieure. On attribuait à la gnose les privilèges que l'erreur judaïsante attachait à la descendance d’Abraham et aux observances légales : tant il est et sera difficile de faire pénétrer et de fonder, à traver les barrières réelles ou imaginaires que les hommes trouvent ou établissent entre eux, une re-

1. Dans les Ép. aux Col. et aux Éphés. légale participation des Gentils à la promesse et à la vie du Christ (eïvar ta Éüvn ovyxAnpovoua x GUVUwpLE ka cUvpÉTOya The ETAYYE Mio Ev Xptot® Incoù.. Eph. II, 6) n'apparait plus comme une vérité contestée que l’Apôtre ait besoin de défendre, mais elle domine sa pensée comme sujet d’admiration et d'action de grâces, comme le mystère par excellence, caché aux siècles passés révélé maintenant aux saints Apôtres du Christ (Eph. I, 5; Col. I, 26-27), que saint Paul à Connu par révélation spéciale (Ephes. II, 3-6), qu'il a reçu mission de prêcher et pour lequel il est enchaîné (Col. I, 25; IV, 3; Ephes. TI, 2, 7-8; VI, 19), le mystère dans lequel Dieu a surtout déployé les richesses de sa grâce (Zphes. IL, 8; Col. 1, 27; IL, 2-3). Arrivé presqu’au terme de sa carrière, saint Paul jette un coup d'œil

d'ensemble sur la réunion, dans l'Église, des éléments précédemment divisés et sur la part que Dieu a bien voulu lui accorder dans la réalisation de cette œuvre. Il nous en donne l’admirable théologie dans tout le morceau : £phes. 11, 11 — LI.

ligion vraiment une et par cela même universelle!

Après l'Épitre aux Philippiens, aucun autre document de l’âge apostolique ne nous éclaire sur les menées des judaïsants; les efforts de saint Paul ne furent pas sans résultat; ils parvinrent, sinon à éclairer tous les obstinés, du moins à arrêter les progrès de l'erreur et à la réduire à un champ d'action limité. On ne renouvela plus sans doute de quelque temps la tentative de propagande qui avait déterminé la vigoureuse résistance de saint Paul. Quand les monuments ecclésiastiques nous parlent des judaïsants au siècle suivant, nous les retrouvons dans la situation où nous les a montrés saint Paul, comme une fraction condamnée et rejetée hors de la grande Église : ce sont des dissidents, des hérétiques qui se divisent eux-mêmes en diverses sectes. A la fin du II° siècle, au début du I°!, un nouvel essai de propagande n’eut guère de résultat, mais 1l nous à valu quelques monuments littéraires, émanés d’eux, en particulier les Clémentines. Cependant, à côté de ces rejetons directs des judaïsants du l°" siècle, quelques données fournies par les écrivains ecclésiastiques posté-

{. Sur la tentative de propagande, à Rome, d'un certain Alci=

biade, appartenant à l'Ebionisme essénien, sous le pontificat de Callixte (217-222), cfr. les Philosophumena, (IX, 13) qui nous

fournissent des détails sur le livre sacré de la secte, le livre d'El= |

kasaï.

rieurs!, nous montrent, dans la région transjordamienne où avaient émigré les chrétiens au moment

de la guerre juive, un groupe de chrétiens qui, tout en restant fidèles à la loi et aux observances, gardent la foi commune aux autres Églises et acceptent l’autorité de saint Paul et ses épitres. Ce groupe ne descend-il pas en ligne directe de l’église de

Jérusalem, gouvernée par Jacques ?? Son existence

1. Les témoignages des auteurs de la fin du IVe siècle, de saint Épiphane (Haer.XXIX, 7) de Philastrius de Brescia (Æaer. XXX VII), de saint Jérôme surtout (De vir. inlustr., n° 3 — In Isaiam, IX, 1) sur les Nazaréens ou judéochrétiens orthodoxes, sont confirmés : 1° par des indications d'auteurs antérieurs : de saint Justin surtout (milieu du IL° s.— Dial. c. Thryph. 47-48); au siècle suivant, d'Origène (c. Cels. II, I, cfr. cependant V, 61, 65, où il distingue deux classes d'ébionisme, mais attribue aux deux l'hostilité contre saint Paul); de Jules Africain (ap. Eus. H. E.1, 7) qui parle en bons termes des églises transjordaniennes et de leurs dignitaires : decréouvat, prétendant à une parenté avec N. S.; % part l'existence même de judéo-chrétiens célèbres orthodoxes, comme l’auteur du Dialogue de Jason et de Papisque (cfr. Eus. H. E. I, 22), Ariston de Pella et Hégésippe. — Signalons encore le Testament des douze Patriarches (Fabricius, Cod. pseudep. V.,T. t. 1), écrit après la ruine de Jérusalem en 70, mais avant la révolte de Bar-Kokeba, sous Hadrien. Dans son état actuel, c'est l'œuvre (de

première ou de seconde main? peu importe) d’un judéo-chrétien qui

joint au zèle de la Loi une foi pure en N.-S. J.-C. et le respect

de saint Paul.

2. On n'a aucun droit de regarder l’ébionisme ou les vrais judaïsants comme représentant le type primitif de l’église de Jérusalem; et cela, non seulement parce que nous trouvons à l’âge suivantun type concordant avec celui que les inductions, tirées d'une facon indépendante d’autres documents, nous ont permis d’attribuer à l’église apostolique de Jérusalem, fidèle à la Loi, sans repousser l’église des Gentils et en reconnaissant l’apostolat et l'au-

même suffit à montrer quelle était la foi, quels étaient à l'égard de saint Paul les sentiments de la parie saine de l’ancienne église de Jérusalem. Après la guerre juive, el surtout après la révolle de Bar-Kokeba sous Hadrien, les conversions parmi les Juifs devinrent de plus en plus rares; faute de nouvelles recrues, ces églises, d’ailleurs séparées

torité de saint Paul; mais encore parce que des témoignages, convergents, quoique venus de divers côtés, présentent l’apparition de l'ébionisme comme postérieure à l’âge apostolique. Quelles que soient les tendances préexistantes de certains membres de l'église de Jérusalem, il suffit, pour empêcher une identification arbitraire par rapport à l'ensemble, surlout parrapport aux premiers chefs, de constater une solution de continuité, dont les écrivains ébionites ont eu conscience tout en se couvrant des noms des apôtres Jacques et Pierre. En bonne critique, il faut tenir plus de compte de ce qu'ils laissent échapper à leur insu, que de ce qu'ils mettent en avant en vue de défendre leur système. — Ainsi d’une part les Homélies Clémentines Gi, 17, cfr. J, 37,64; 0111068 d'une facon générale placent l'apparition de ce qu’elles appellent « le véritable évangile » après la destruction du Saint lieu ; d'une facon plus précise, le livre d’Elkasaï (ap. Philosophumena IX, 13) donne la révélation, qui en est l'objet, comme faite d’abord dans la 3 année de Trajan (a, 100). D'autre part, le judéo-chrétien orthodoxe, Hégésippe (milieu du Iles.) dit que c'est après la mort de Siméon, le successeur de saint Jacques sur le siège de Jérusalem, arrivée sous Trajan, que se manifestèrent des erreurs qui avaient jusque-là travaillé à l'état latent (ap. Eusèbe, A. E., IE, 32; cf. IV, 22). Ce témoignage donne à entendre que saint Jacques el son successeur, loin d'entretenir et de favoriser les tendances extrêmes, avaient eu assez d’ascendant pour les contenir et les modérer. — En tous cas, il est remarquable que ces témoignages, partis de divers points et de données différentes, coïncident pour rattacher l'apparition de l'ébionisme à peu près à la même époque et pour le présenter comme une chose nouvelle et qui, pour ainsi dire, n'avait pas eu existence publique et officielle à l’âge apostolique.

. de leurs sœurs par la langue et par des mœurs spéciales, allèrent s’éteignant. De plus, beaucoup de Juifs convertis, surtout ceux qui vivaient dans un milieu plus ouvert, furent pleinement éclairés . par la catastrophe de l’an 70 : ils entrèrent franchement dans le courant où, plus que tout autre, saint Paul avait dirigé les Églises.

Nous pouvons maintenant nous représenter dans ses traits généraux et ses principaux moments la crise par laquelle l'Église se dégagea peu à peu des observances légales et de ses attaches juives, mais en gardant ce qu'il y avait de vérités essentielles, religieuses et morales, dans le fonds de l'ancienne alliance. Le divin Maitre avait appelé à lui toutes les nations de la terre et donné à ses Apôtres la mission de leur prècher l'Évangile; mais comment devaient-ils accomplir cette mission? À quel moment irait-on aux Gentils? Leur apporterait-on la nouvelle du salut avec les antiques formes religieuses de la vice juive? La prédication apostolique ne contribuerait-elle qu’à l'extension de l’Église nationale d'Israël ou bien en réaliserait-elle la transformation ? — Autant de . questions et de problèmes pratiques dont les Apôtres devaient chercher la solution sous l'inspiration

du saint Esprit et sous la pression des circonstances. Jamais, mème à l'époque des origines où le surnaturel se manifestait d’une facon plus éclatante, la révélation n’a dispensé ceux qui la transmettent ou la recoivent de penser et de réfléchir. Bien que Notre-Seigneur dans son enseignement eût toujours élevé! l'esprit au-dessus de la lettre, sur la durée des observances légales comme sur l'époque du second avénement, il n'avait pas donné aux Apôtres d'instructions précises et spéciales, qui auraient coupé court aux hésitations et aux discussions ultérieures; des indications nouvelles venues d’en haut et les événements devaient les éclairer. Il était indispensable que l'Église prit suffisamment racine dans le sol juif avant de s’étendre au dehors et de s'épanouir librement avec ses caractères distinctifs; mais ensuite la néces- | sité de se répandre suivant les ordres du Maitre, la poussée du monde Gentil amenèrent à comprendre que la Loi mosaïque n'était plus la condition normale et nécessaire de la vie religieuse.

Au début, les Apôtres et les disciples, confinés au milieu palestinien, observent dévotement les pratiques du culte mosaïque. À la Pentecôte, un premier mouvement vers l'expansion se produit, mais sans sortir de la race d'Israël: c'étaient des

1. Saint Paul à largement suivi cette direction. Cf. Rom. VIE, 5; IT Cor. II, 6 sqq.

Juifs de la dispersion, venus de tous pays pour la fète, qui avaient entendu la prédication de Pierre et accepté la foi du Christ avec le baptème. La persécution qui donna à l'Évangile son premier martyr, Étienne, dispersa les disciples « à travers les régions de la Judée et de la Samarie » (Act. VIT, 1); à l'encontre des préjugés juifs on franchit une première barrière ; on s’approcha des Samaritains ; ici l'exemple et le souvenir de Jésus s’imposaient : sans difficultés les Apôtres Pierre et Jean donnèrent la sanction de leur ministère à celui de Phihppe, l’un « des sept ». À ce moment, tandis que le Seigneur Jésus faisait sur le chemin de Damas la conquête du pharisien Saul de Tarse, Pierre, par la conversion du centurion Corneille, ouvrait la porte de l'Église aux Gentils. Peu après, une persécution nouvelle coûtait la vie du premier Apôtre martyr, Jacques, fils de Zébédée, et amenait la dispersion! des autres. Leur contact inévitable

1. Le départ de saint Pierre est seul expressément mentionné (Act. XII, 17); mais, quand Barnabé et Paul viennent à ce moment porter l'offrande des chrétiens d’Antioche, le langage des Actes donne à entendre qu’ils ne trouvèrent à Jérusalem que «les Anciens ». On est dès lors autorisé à regarder la persécution comme la cause de leur départ. — Une autre indication nous ramène avec une suffisante approximation à l’époque de la persécution d'Hérode- Agrippa. D'après Apollonius, écrivant à la fin du Ile siècle, qui dit le tenir d'une tradition ëx napaddcews (ap. Eusèbe, H. E. V, 18); d’après la Prédication de Pierre, (ouvrage perdu) que cite Clément d'Alexandrie (Sérom. VI, 5), les Apôtres auraient recu l'ordre de quitter Jérusalem douze ans après la mort du Sauveur :

avec le dehors, non moins que leur départ de Jérusalem, qui enlevait en partie à l'Église de cette ville son prestige et son influence prépondérante, préparaient les voies à l’affranchissement futur. A Antioche, où les Gentils étaient entrés en masse, leur admission soulève la question des observances légales. Paul, l'Apôtre des Gentils, par sa vocation est appelé à se prononcer plus promptement et avec plus d’ardeur que les autres Apôtres contre ceux qui veulent engager l’Église dans une impasse. Les Apôtres, en la personne de Jacques, de Pierre et de Jean, approuvent l’enseignement et la conduite de Paul, et à /a réunion générale la hberté des Gentils est reconnue; sur ce point, rien n'indique chez les Apôtres aucune divergence de vue n1 dans la doctrine, ni dans la pratique.

Le second pas à faire, plusdifficile, plus périlleux, c'était l’affranchissement des Juifs chrétiens euxmêmes. Si on admettait que la loi n'avait par ellemême aucune valeur pour la justification et que toute espérance de salut était dans le Christ, la Loi cessait d’être un principe de distinction entre Juifs et Gentils dans l'Église; elle ne portait plus atteinte à la pleine suffisance de la mort du Christ pour la

c'est alors que la direction de l'Église de Jérusalem fut laissée à Jacques, le frère du Seigneur; c’est à celui-là que saint Pierre, avant sa fuite précipitée, fait annoncer sa délivrance miraculeuse (Act. XII, 17).

rédemption. Reconnaitre ces vérités, c'était reconnaitre en principe l’affranchissement des Juifs. Nous avons vu qu'il était arbitraire et gratuit de supposer sur tous ces points une opposition radicale entre saint Paul et les autres Apôtres, et que nous avions plutôt des indications positives du contraire. Mais ce fut saint Paul qui, à la rencontre d'Antioche, fut amené à proclamer explicitement l'affranchissement de tous vis-à-vis de la Loi, et plus tard encore davantage dans sa polémique contre les judaïsants; et comme ceux-ci ne pouvaient répandre ies observances légales parmi les Gentils que parce qu'ils leur attribuaient la vertu de conférer certains privilèges, saint Paul va de l'avant et déclare que quiconque parmi les Gentils cherche la circoncision est déchu de la grâce du Christ.

Proclamer en principe l’affranchissement, c'en était assez pour faire tomber le mur de séparation, mais ce n'était ni exiger que le Juif converti renoncat à ses usages traditionnels, ni même cesser en fait de garder la Loi; et ici les Apôtres pouvaient différer entre eux, non seulement par la pratique et suivant les milieux dans lesquels ils se trouvaient, mais encore par les sentiments intimes dans lesquels ils se conformaient à la Loi, les uns comme sait Paul ne l’observant plus que par condescendance, les autres lui demeurant attachés de cœur et en quelque sorte d'instinct; telle était la com

munauté de Jérusalem qui dirigeaient saint Jacques et les Anciens.

La cessation en fait de la Loi était surtout une question de temps. La ruine de Jérusalem en 70 ne fut pas seulement le châtiment de la parole déicide : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » mais aussi l'événement providentiel qui éclaira bon nombre de judéo-chrétiens sincères et les détacha à jamais du culte mosaïque : de ce côté il n'y avait plus d'espérance; il fallait se tourner pleinement et sans arrière pensée vers l'Évangile nouveau. De ceux qui persistèrent dans une fidélité dont le principe pouvait être respectable, quelquesuns gardèrent la Loi sans méconnaitre la vérité de l'Évangile, sans repousser ceux qui suivaient une autre voie; l'isolement, qui devait les conduire à une extinction lente, fut en partie la conséquence de cette conduite. Mais un plus grand nombre s'obstina dans des voies moins pures, s’enferma dans un exclusivisme plus étroit et se perdit dans les diverses sectes ébionites.

Heureux eeux qui avaient accepté l’enseignement inspiré, donné quelques années avant la prise de Jérusalem, sinon par saint Paul lui-même, du moins par un de ses disciples — lequel ? Dieu seul le sait, répondrons-nous avec Origène {! — Heureux ceux

1. Ap. Eus. H. E., VI, 25. Dans les églises d'Afrique, l'Épître aux Hébreux cireulait sous le nom de Barnabé. Cf. Tertullien, de Pu-

qui avaient appris à ne considérer le sanctuaire de Jérusalem que comme une ombre, une copie, une figure! (ox, drideryuæ, rapaéon, Hebr. VIII, 5; IX 9; X, 1.) Il pouvait disparaitre; la réalité demeurait; ceux-là étaient prêts à comprendre la portée de la transformation qui s'opérait. A la lueur sinistre que projeta sur le monde juif l'incendie qui dévorait le temple « fait de main d'homme, » ils aperçurent sur ses ruines fumantes le sanctuaire céleste où le Christ accomplit à jamais les rites du seul vrai et réel sacrifice. La figure cessant de voiler la réalité, le Christ, souverain prêtre, unique victime, assis à la droite du Père, toujours vivant

dic. 20 et la stichométrie du codex Claromontanus. En Occident elle demeure même longtemps en dehors du canon, en particulier - dans l'Église de Rome. Les affirmations d'Eusèbe (H. E. IT, 3, Cf. VI, 13)et de saint Jérôme (Ep. ad Paulin. 20; — Ep.ad Dardan. 120 n. 3; — De viris inlustribus 59; — in Is. VIIL, etc.) à cet égard sont confirmées par ce que nous savons des temps antérieurs. Cf. canon de Muratori, saint Hippolyte ap. Phot. C'od. 121, le prêtre romain Caius (ap Eus. A. E. VI, 20; saint Jérôme, De viris inlustribus 59) saint Cyprien, etc... Dans l'Église d'Alexandrie elle-même, dont le témoignage sur Za canonicité de l'Épitre, si ancien et si ferme, a dù exercer au IVe siècle une influence prépondérante pour lui faire ouvrir en Occident la porte du recueil sacré, il y a des hésitations sur l’origine ; et on l’attribue aussi à saint Clément de Rome ou à saint Luc. Cf. Origène, Z. c. L'absence de nom en tête de la lettre explique ces variations. Mais l'incertitude sur l’auteur laisse intact le jugement de l'Église par rapport à la canonicité. Que de livres de l'Ancien Testament dont les auteurs nous sont tout à fait inconnus et que l'Église reconnaît comme . inspirés! La question d’origine et de composition est alors matière de libre recherche.

pour intercéder pour nous, apparaissait seul dominant les siècles : « Jésus-Christ hier et aujourd’hui, lui aussi à jamais! » Tnocës Xororès &y0Èc rat ofuspsy 5 abrèc nat sie robe aiüvas (Hebr. XII, 8).

Cette devise de l'Épître aux Hébreux, Jacques, Pierre, s'ils eussent survécu comme Jean à la catastrophe, l’auraient répétée de grand cœur; aucun ne peut être compté parmi les dissidents. Mais si nous avons constaté que la division ne fut pas entre eux et saint Paul, il n'en demeure pas moins vrai que les premiers moments de l’Église furent troublés par un débat terrible; toute autre institution eût peut-être péri. Dès l’origine, c’est bien l'Église militante. « Je ne suis pas venu apporter la paix, maisle glaive, » a ditle Maitre, et sa parole se réalise non seulement dans la persécution venue du dehors, mais aussi à l’intérieur dans l'épreuve qui recommence à chaque âge. Tandis que la vérité morale et religieuse, dont l’Église a le dépôt, demeure toujours lamême, autour d’elle toutchange et se renouvelle : les peuples, les mœurs, les institutions sociale, et dans l’ordre intellectuel les doctrines ou systèmes philosophiques, les procédés et les méthodes scientifiques. Le contact est inévitable : quelle attitude le croyant doit-il prendre vis-à-vis des nouveautés qui se présentent? Suivant que la vérité révélée paraît plus ou moins intéressée ou atteinte, des divergences de vue se produisent

parmi les fidèles,et même plus haut : il y aura toujours Pierre! il y aura toujours Jacques! il y aura toujours Paul! Mais, pendant qu’élevés dans une région sereine, Pierre, Jacques, Paul se donnent la droite en signe d’union, autour d’eux il y a des partisans qui outrent les divergences, exagèrent les doctrines, font application maladroite des principes; et on entend résonner ces cris comme à Corinthe : « Moi je suis de Paul! Et moi d’Apollo! Et moi, de Cephas! Moi, je suis du Christ! » Chaeun se délivre un diplôme d’orthodoxie aux dépens des autres. Puisse la voix de l’Apôtre dominer ces cris et se faire toujours mieux comprendre : « Le Christ est-il donc divisé? »

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