Bulletin théol. t. I (1889), p. 50-54, p
2. Ces mots ne sont pas rendus dans notre Vulg.; toutes les autres versions anciennes confirment la lecon de l’hébreu. Au reste, primitivement, ils devaient se trouver aussi dans la traduction latine. Le texte de saint Jérome (Patr. lat., t. XXV, p. 139 donne : civitas magna Dei, et son commentaire suppose ce com- . plément puisqu'il l'explique : Nullique dubium quare Ninive ma
gna sit civitas Dei, cum mundus et universa per ipsum facta sint. sh he
marche de trois jours (111, 3). » Jusqu'à ces der-
niers temps, on Justifiait sans peine ces paroles par les témoignages de quelques auteurs anciens sur ‘étendue de Ninive; mais nous avons mieux que
ces données, plus ou moins liées à la légende com-
promettante de Ninos et de Sémiramis, comme dans Ctésias auquel emprunte Diodore de Sicile; nous avons Ninive elle-même : Ninive, vraie Pompet orientale, mais Pompeï gigantesque, exhumée, en partie au moins, des {umulus qui la recouvraient, après deux mille quatre cents ans d’oubli! Et nous devons nous demander si ces fouilles donnent un démenti, une confirmation ou une explication à la courte phrase du livre de Jonas.
Et d’abord, il faut bien l’entendre, sans vouloir cependant chercher trop de précision dans une donnée approximative. La journée de marche peut représenter une trentaine de kilomètres; c’est l’étape ordinaire que fournit un homme en un jour, et à cela nous ramène l'évaluation d’Hérodote (v, 53), si bon à consulter en tout ce qui concerne l’antiquité orientale. Mesurant la distance de Sardes à Suse, 1l compte quatre-vingt-dix journées de marche à 150 stades ! par jour, c’est-à-dire de 27 à 28 kilomètres. Les trois journées de marche feraient donc environ 90 kilomètres. — A quoi se
1. Le stade valait 184"97. Cf. Reinach, Manuel de philol. classique, L.. 1} p.222,
rapporte cette mesure? L'auteur ne le dit pas formellement. Mais il est naturel de penser au pourtour; quand on veut donner l’idée de l'étendue d’une ville, c’est d'ordinaire de son pourtour que l'on parle. Cette explication se présente d'abord à l’esprit ; la plupart des interprètes l’acceptent après saint Jérôme. Sans hésiter, sans chercher ailleurs, il nous dit : Civitas magna et tant ambitus ut vix trium dierum posset uinere circumiri. — Une circonférence de 90 kilomètres! cela paraormit éne, invraisemblable! L'enceinte de Paris n’en compte que 25, et celle de Londres à peu près 36. — On évite la difficulté si le texte signifie simplement qu'il fallait trois jours à Jonas pour parcourir la ville en prèchant !. Mais alors le texte ne dit plus rien pour faire apprécier cette grandeur de Niniae sur laquelle l’auteur tient à insister; d’ailleurs, l’idée de prédication est étrangère à cette note. D'autre part, c’estaugmenter à plaisir et gratuitement la difficulté que de traduire ou paraphraser « de trois journées de marche pour la traverser. »; les 90 kilomètres ne représenteraient plus seulement la circonférence de la ville, mais son diamètre |
1. Cette interprétation, déjà proposée par saint Ephrem (ap. Assemani, Bibl. orientalis, p. I, p. 70) et par Théodoret (in h. L.), est suivie par G. Rawlinson (The five great monarchies, I, D. 251) ”
et par M. Vigouroux (Manuel bibl., 1*° édit., $ 1009).
Tenons-nous-en, provisoirement au moins, à la première explication proposée, et remarquons comment elle s'accorde avec les données de Ctésias, que rapporte Diodore de Sicile (Biblioth., n, 3), les seules données précises que nous fournisse l'antiquité sur l’enceinte de Ninive. Elle avait, ditil, #80 ! stades de circuit (150 de long sur 90 de large), c'est-à-dire plus de 88 kilomètres; nous sommes ainsi ramenés aux trois journées de marche de Jonas. Si légendaire que soit tout ce que Ctésias raconte sur les remparts de la ville, comme sur Ninos et Sémiramis, 1l peut y avoir une part de vérité dans le souvenir de la vaste étendue de Ninive. Au reste, entre son témoignage, qui nous arrive sous une autre forme et par un autre canal, et le livre de Jonas, la coïncidence mérite d’être notée.
Sur l'emplacement de la capitale assyrienne at-on vérifié ces affirmations de Ctésias? — Hâtonsnous de le dire, on n’a pas retrouvé et on ne retrouvera probablement pas ce mur de circonvallation dont il parle, mais on a découvert dans une même plaine, et à des distances assez considérables l’un de l’autre, des groupes de ruines, des débris de palais qui servent à délimiter un espace im-
1. Hérodote (1, 178) attribue aussi 480 stades à l'enceinte de Babylone, et cependant Strabon (lib. XVI, int.) prétend que Ninive était beaucoup plus grande que Babylone.
mense, dont la mission anglaise a évalué le périmètre à 90 milles : 114 kilomètres! Que sont ces ruines”? Jusqu'à quel point formaient-elles un seul tout? Appartenaient-eiles à la MNinive dont parle Jonas? C’est ce qu’il nous reste à dire. Cependant, une remarque préalable est encore nécessaire. Dès le début du récit, et presque partout, le nom de Ninive est accompagné d’un complément que l’article rend en hébreu très significatif ; « {a grande cité » (hà- ‘ir hag-gedolà, 1, 2; 1x, 2; 1v, 11).
Or cette répétition suggère un rapprochement avec un texte plus ancien, qui lui-même éclairé par les découvertes récentes, doit nous servir à comprendre ce que Jonas appelle : « Ninive, la grande cité. » |
Il est question, en effet, de « /4 grande cité », et en relation directe avec Ninive, dans l’antique morceau de la Genèse que l’on peut appeler la carte ethnographique des peuples : monument que l’on déchiffre, plutôt qu’on ne le lit, à mesure que nos connaissances sur l'antiquité orientale s’augmentent et se précisent. Après avoir parlé de Nemrod et des villes qu’il a bâties « dans la terre de Sin ‘ar », l’auteur ajoute : « de cette terre, il « s’en alla en Asur ! et bâtit Ninive et Rehobot-‘Ir
1. On prend aussi Asur pour un nom d'homme, comme le fait la traduction latine : « Delerra ülla egressus est Assur et aedificavil. »/De même les autres versions anciennes, sauf le Targum,
« et Calah et Resen entre Ninive et Calah : c’est « la grande cité (hâ-‘ir hah-gedola) (Gen. x, 11- « 42). » — À laquelle des quatre villes s'appliquent ces derniers mots? A Ninive, pensaient les anciens interprètes; c'était la seule bien connue, la seule qui ait quelque célébrité dans l’histoire ; mais on ne tenait pas compte de la construction de la phrase. D’autres, la suivant strictement, pensaient à la dernière nommée, Resen; mais Resen est une inconnue. N'importe! M. Oppert ! en tire un argument pour prouver la très grande antiquité de ce morceau de la Genèse : il a été écrit quand Resen surpassait les autres villes assyriennes, avant l’époque où nous reportent les inscriptions les plus anciennes, qui déjà ne parlent plus d'elle. — Mais, dans ces conditions, la prépondérance de Resen est-elle autre chose qu'une hypothèse imaginée pour expliquer le texte? Si, au moment où s’écri-
d'Onkelos. Dans l’une ou l’autre traduction, le passage implique deux faits que les monuments ont pleinement mis en lumière; les deux civilisations assyrienne et chaldéenne sont étroitement apparentées, et la Chaldée en est le commun berceau. La légende de Nino3 supposait aussi la même parenté, mais intervertissait les rôles : la civilisation descendait de l’Assyrie,
1. Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 88 : « La phrase de la Genèse dit évidemment que la grande ville est Resen, et la rédaction de ce passage est antérieure à la fondation du premier empire chaldéen à la fin du vingt et unième siècle avant J.-C., et beaucoup plus antique que la splendeur de la grande Ninive. » M. Vigouroux adopte cette vue de M. Oppert dans La Bible et les découvertes modernes. (T. TI, p. 265 sq., 3° édit.)
valent ces lignes, elle avait eu la prépondérance qu'on Jui prête, aurait-on déterminé sa position par d’autres villes de moindre importance? — Quand on ignorait absolument la position respective des villes nommées, il était difficile de songer à une autre solution, de les supposer assez rapprochées pour être considérées comme un seul tout, comme une vaste tétrapole à laquelle se rapporterait l'énigmatique phrase : « C’est la grande cité. » Pour se prononcer à ce sujet, il fallait attendre de connaître exactement Le site de Ninive et de Calah.
Singulière destinée de Ninive! Quand à la fin du VII° siècle, qui a vu l’apogée de sa gloire, elle disparait soudain, l’histoire n’enregistre pas d’une facon sûre l’époque de sa chute : même avec les données nouvelles fournies par les monuments, on hésite entre les années 625 et 606 av. J.-C. Bientôt . après, la place de Ninive est déserte, et perd jusqu'à son nom. À la fin du V° siècle déjà, Xéno- phon‘, passant dans ces parages avec les Dix-Mille, | rencontre les enceintes ruinées entre le grand Zab et le Tigre et les nomme Larissa, Mespila : 1l semble ignorer quel sol fameux il foule. C’est
1. Anabase, 1, 4. M. Oppert identifie Mespila avec les ruines de Khorsabad, et Larissa avec Resen dont elle rappelle vaguement le nom. Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 82, 350. Xénophon éva-
lue l'enceinte de la Mespila à 6 parasanges — 180 stades (environ
83 kilomètres).
| MÉLANGCES D'HISTOIRE. 17
à côté du champ de ruines de Ninive qu’Alexandre livre le combat qui décide du sort de l’Asie, au bourg de Gaugamèle. D’après Strabon (lib. XVI, init.), on trouva ce nom trop peu connu pour le donner à la bataille; on lui préféra celui de la ville d’Arbèles distante de 600 stades (Cf. Arrien, lib. IT, vin). Les historiographes du roi ne paraissent pas soupconner qu'on s'était trouvé presque sur le site de Ninive. Les auteurs ! qui parlent d’elle ne présentent que des souvenirs vagues sur son emplacement, quand ils ne tombent pas dans des erreurs grossières, comme Diodore citant Ctésias : il la met sur l’Euphrate! Cependant, toute tradition locale ne s'était pas perdue; au moyen âge, le géographe arabe Yakout rappelle que près de Khorsabad il y avait une ville antique appelée Sar’un (Sargon) « dans le‘‘district de Ninive ?. » Chez les chrétiens, on donnait le titre de métropolitain de Ninive au métropolitain jacobite de Mossoul. Surtout, en face de cette ville, sur la rive orientale du Tigre, au milieu des £e/{s qui couvrent
la plaine, émergeait, comme un point de repère, avec son petit village turc et sa mosquée, la colline
portant encore le nom du prophète Jonas, Nebbi- |
Yunus, la colline du repentir, Tellet-taubeh.
1. Pline (H. N., vi, 13, $ 16); Tacite (Ann. xu, 13); Strabon XVI, 1, 3); Diodore (II, 11).
9. Of. les citations dans Oppert, Expéd. en Mésop., t. I, p. 351:
Déjà, vers 1810, un Anglais, Rich, résident de la Compagnie des Indes à Bagdad, en passant à Mossoul, avait examiné les tumulus de la rive droite et y avait reconnu l'emplacement de l’ancienne Ninive. Mais on ne put encore exécuter de fouilles ; on se contentait de recueillir de menus débris à la surface. Enfin, en 1849, M. Botta futenvoyé comme
consul français à Mossoul, avec la mission spéciale
de rechercher les restes de Ninive. La colline de Nebbi-Yunus était, pour les Musulmans, un terrain consacré ; on commença les explorations à côté, sur la colline et près du petit village de Koyundjick:; rien d'important ne fut découvert. Sur les indications d’un paysan turc, M. Botta se rendit alors au village de Khorsabad, à une quinzaine de kilomètres au nord-est de Koyundjick; et c’est là que pour la première fois, les tranchées mirent à nu les ruines d’un palais assyrien (mars 1843). On
crut avoir retrouvé Ninive !. Un autre explorateur, l'Anglais H. Layard, imita l'exemple donné par
1. Aussi le magnifique ouvrage de Botta et Flandin, qui donne le résultat des fouilles, porte-t-il le titre de Monument de Ninive (5 vol. in-fol. 1846-50). « Si l’on peut dire avec raison, observe M. Oppert, que le titre de Monument de Ninive qu’on a donné à son livre, n’est pas parfaitement exact, on ne saurait nier que la décou-
… verte de cette dépendance de la capitale, découverte qui a autorisé
et encouragé les fouilles exécutées en d'autres endroits, peut à juste
titre prendre le nom de la découverte de Ninive. » (Expéd. en
Mésop., t. I, p. 67). On peut suivre les progrès des fouilles de Botta dans ses Lettres, publiées par le Journal asiatique, 1843-1845.
Botta. Dans la vaste plaine triangulaire formée par. le confluent du Tigre et du Zab supérieur, d’autres
monticules attiraient l'attention et pouvaient cacher des ruines ; Layard s'attaqua d’abord (1846) à celui
qui portait le nom de Nimroud, à 28 kilomètres
au sud de Koyundjick. Une autre cité royale, les
restes de plusieurs palais y étaient enfouis. En 1848,
Botta, tombé en disgräce, quitta Mossoul !. Les
Anglais reprirent alors les fouilles abandonnées à
Koyundjick; on suivit le tracé d’une enceinte qui
renfermait cette colline et celle de Nebbi-Yunus, et. dans les flancs de l’une et de l’autre apparurent les ruines de nouveaux palais. Sur plusieurs points du vaste triangle, dont Khorsabad au nord-est, Koyundjick et Nebbi-Yunus à l’ouest et Nimrud au sud marquaient les sommets, d’autres tumulus recélaient des débris anciens ; mais on n’y a trouvé encore aucun reste de quelque importance, sauf à Belrwat, à une douzaine de kilomètres au nord-est de Nimroud, où M. Rassam a découvert plus récemment les portes à bas-relief de bronze d’un palais de Salmanasar.
1. M. Place, envoyé plus tard à Mossoul, a continué les fouilles de Botta à Khorsabad et consigné, lui aussi, ses recherches dans un grand ouvrage, Minive et l’Assyrie, 3 vol. in-fol. Paris, 1867=
Qu'étaient par rapport à l’ancienne Ninive les groupes de ruines découvertes à Khorsabad, à Koyundjick et Nebbi-Yunus et à Nimrud? On n’a pu répondre d'une facon sûre qu'après avoir déchiffré et lu les inscriptions cunéiformes trouvées dans ces ruines elles-mêmes, et voici les résultats de l'enquête en commençant au nord-est par le premier site exploré.
1° À Khorsabad, le palais et l'enceinte (5 à 6 kil. de pourtour) appartiennent à la ville fondée tout entière par Sargon (722-705) dans la dernière partie de son règne et portant le nom de Dur-Surrakin (château de Sargon). Elle était donc de création trop récente pour figurer dans l’ancien document de la Genèse ; elle n'existait pas même à l'époque de Jonas, qui vivaitenviron cinquante ans auparavant; on ne doit pas en tenir compte pour expliquer les dimensions de la « grande cité » du livre de Jonas.
2° À Koyundjick et Nebbi-Yunus, l'enceinte (près de 10 kil. de pourtour, plus longue que
1. D'après II Reg. x1v, 25, Jonas exerçait son ministère prophétique au début du règne de Jéroboam II, qui se termine vers 750. Nous fixons cette dernière date en corrigeant d’après les tablettes chronologiques assyriennes, non les données de la Bible, mais la chronologie reçue, plus ou moins fondée sur ces données et supposant sans preuve des interrègnes entre les rois d'Israël.
large), dont le côté occidental passait sur ces deux collines, était bien celle de Ninua; c’est le nom ! que l’on trouve sur les briques des murs et dans les inscriptions qui nous apprennent que Sennachérib (705-681) a complètement restauré cette cité royale; les palais qu'elle renferme datent tous du règne de ce prince ou de ses successeurs : sur le monticule de Koyundjick, au nord le palais d'Assurbanipal (667-?) et au sud-ouest celui de Sennachérib lui-même, où furent déposées ensuite les tablettes d'argile qui composaient la bibliothèque d’Assurbanipal et dont les débris sont le plus précieux trésor du British Museum; sur la colline de Nebbi-Yunus, il y avait un autre palais de Sennachérib et celui de son fils et successeur Assaraddon (681-667). Ces constructions ne sont donc toutes que du dernier siècle de l'empire assyrien ; mais déjà auparavant des rois avaient habité Ninua, nous le savons par quelques vestiges de leurs résidences, et surtout par leurs inscriptions trouvées ailleurs. On ne peut douter que l’enceinte de Sennachérib ne représente le vieil emplacement et.
1. A cette prononciation correspond bien la transcription en hébreu : Ninwé, si on prononce correctement le w. Dans ses précieux et trop oubliés commentaires, Cajetan observe (in Gen. x) : « Iuxta hebraeum, Ninive bissyllabum est, proferunt enim Ninuch. » — De la transcription grecque Niveuñ ou Nivevé, on a fait en latin. dans les manuscrits Nineve, puis Ninive, et c'est celte dernière forme qui est passée dans nos éditions.
comme le noyau le plus ancien de la capitale assyrienne. Notons cependant que dans cette enceinte même, en dehors des monticules de Koyundjick et de Nebbi-Yunus où on a découvert les palais mentionnés, il ne se trouve aucun autre tumulus qui révèle des constructions antiques {.
3° À Nimrud, c'était aussi tout un groupe de palais situés dans l'angle sud-ouest d’une enceinte (6 kil. de pourtour) : d’abord ceux des plus puissants monarques du moyen empire assyrlen : celui d'Assurnasirhabal (883-858) et celui de Salmanasar III, son successeur (858-823), le contemporain d’Achab et de Jehu d'Israël, qui figurent dans ses inscriptions, l’un à côté de Benadad de Damas parmi les rois alliés battus en 854, l’autre plus tard parmi les tributaires. Dans la seconde moitié du VIII siècle, le restaurateur de la puissance assyrienne, Teglathphalasar IV (745-727), bâtit aussi un palais à côté des précédents; mais il fut démoli quelques années après sous les Sargonides, peut-être comme étant l'ouvrage d'un usurpateur; les débris, avec leurs inscriptions mutilées, furent employés en ce même endroit dans la construction d’un palais d’Assaraddon (681-667). Or, l'enceinte qui renfermait ces demeures princières n’était autre que Calah.