PRÉFACE. XIII
qui, à la fin du dernier siècle, a proclamé Tidée de nation, aura été la première à réagir contre ce que cette idée avait d'exagéré. Cela sera dans Tordre. Notre spirituelle vivacité, notre logique fiévreuse, nous font éprouver avant les autres les symptômes des crises qui se préparent dans le grand corps européen. Honneur dangereux !
Après tout, nous n'avons pas le droit d'être bien difficiles. Les partis réactionnaires et monarchiques ne nous ont pas traités de telle façon que nous soyons obligés de prendre le deuil avec eux. Déjà, dans les dernières années du règne de Louis-Philippe, on voyait poindre cette faiblesse générale qui a corrompu chez nous la haute culture intellectuelle. Rappelons-nous ces lugubres années de 1849, 1850, 1851, où l'esprit humain fut régenté par ses ennemis, et les dix premières années de l'Empire, où tout ce qui n'était pas médiocre ou frivole passait pour dangereux. Nous ne serons jamais les flatteurs de la démocratie ; nous avouons cependant qu'il ne lui sera pas difficile d'égaler les aristocraties de ces temps-là. Maintenant du moins, nous sommes libres, or nous ne l'avons pas toujours été. Ne nous faisons pas d'illusion : nous ne dirigerons rien, nous ne réformerons rien, nous n'organiserons pas grand'chose; mais soyons modestes, on ne nous impor-
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tunera pas; c'est beaucoup. Si nous avons pa rêver une force dont nous disposerions, laissons ce rêve. Le monde est entraîné par un penchant irrésistible vers raméricanisme, vers le règne de ce que tous comprennent et apprécient. Galilée de nos jours n'aurait plus à craindre la géhenne et les cachots. Il assisterait au triomphe de M. Raspail. Certainement, il serait assez philosophe pour y être peu sensible, et même pour voir que cela est légitime à beaucoup d'égards.
Profitons donc et jouissons de Theure présente; elle est bonne et douce. Tâchons tous de nous surpasser. Ne boudons pas notre patrie, quand elle n'est pas de notre avis. C'est peut-être elle qui a raison. Pauvre France ! malo tecum errare quam cum ceteris recte sapere.