VIII PRÉFACE
avec rassentiment spontané de la France. Oit prendre la force pour contraindre la France, pour lui faire accepter ce dont elle ne comprend pas la nécessité? A l'intérieur? L'armée, c'est la France même. Une armée ne se sépare de la nation d'où elle sort que par l'effet du sentiment prédominant qui l'attache à un général victorieux. Et même alors, les coups d'État (le 18 brumaire, le 2 décembre, par exemple) se font dans le sens voulu, à tort ou à raison, par la majorité de la nation. — Demanderait-on à l'extérieur l'appui nécessaire pour la réaction? L'extérieur, c'est l'Allemagne. L'Allemagne jouit du privilège de la victoire; elle a l'hégémonie en Europe pour le temps ordinaire que durent les hégémonies. Sa volonté est celle de Jupiter, d'ici à vingt ou vingt-cinq ans. Or l'intérêt de l'Allemagne n'est nullement que la France se réforme comme elle le fit elle-même à partir de 1808. L'intérêt de l'Allemagne est bien plutôt (elle le croit du moins ainsi) que la France reste dans l'état d'affaiblissement politique et militaire qu'entraînent à certains égards la démocratie et le gouvernement républicain.
Voilà ce que M. Thiers vit à Bordeaux, et en somme il vit bien. Le hasard des élections de février 1871, hasard qui nous domine encore,.