‹ Mélanges d'histoire littéraire (volume 2)Chapitre 39 sur 91 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

DR

JEAN-MARIUS PHILELFE

L'impulsion que Charlemagne avait donnée aux études s'était fort ralentie au dixième siècle', mais dans les âges suivants elle se ranima par la protection des papes, des empereurs et des rois. Les lettres, au onzième siècle *, s'étendirent des moines aux laïques; quelques écoles furent ouvertes; les Normands, qui depuis leur admission au christianisme avaient

t Dans le dixième siècle régna an grand docoaragement cansé par l'idée de U fin dn monde, par les invasions de plosienrs nations barbares, notamment des Hongrois et des Sarrasins, par celles des maladies, et enfin par les superstitions de répoqne. Snr le tableau da dixième siècle, voyes Baronins, Mnratori, SigonioSp Regn, liai»

* Snr le grand mouvement d'étude qui se manifesta au onsième siècle, voyes Denina, Duc. 1, p. 193 et soiv. Parmi les causes principales figurent les querelles des empereurs et des papes, ainsi que les croisades ; d'autre part la médecine fit rechercher les connaissances des Arabes, en même temps que la philosophie et les mathématiques se développaient également (Prunelle, Disc,) Lea Juifii, si répandus alors, furent souvent un moyen de communication entre les Arabes et l'Europe. (Renaudot apud Fabric. Harles. BihU GrtBC. t III, p. 300- 301.) Au douzième siècle, ce Ait l'étude du droit dvil qui fût une des grandes causes du développement de l'intelligence en Europe. En outre, on peut signaler comme ayant concouru à produire cet heureux résultat en Italie, durant le onsième et le deuxième siècle, la puissance des papes qui accéléra la résurrection des études renouvelées avec les premières étincelles de la liberté (Itettinelli, Risorgimmt, 1. 1, p. 59), l'émancipation des premières villes d'Italie, le projet de réunir l'Église grecque à l'Église d'Occident, la réfutation des hérésies, etc.

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montré tant de dispositions pour l'étude \ en portèrent le goAt en Angleterre et dans le midi de l'Italie, et, d'après l'exemple donné au siècle précédent par le célèbre Gerbert , on mit k contribution le savoir des Sarrasins d'Espagne*, qui eux-mêmes devaient aux Grecs leur instruction primitive \ La conquête de l'Egypte par les Arabes, en privant l'Europe du papyrus, avait été l'une des causes de l'ignorance du moyen âge; on cessa de copier les ouvrages de science et de littérature, et la cherté du parchemin engagea même à effacer les anciens écrits pour y substituer des ouvrages de théologie^. Mais, dans la suite, ces mêmes conquérants réparèrent le tort qu'ils avaient fait k l'espprit humain en réunissant dans les bibliothèques qu'ils formèrent en Orient et en Espagne les monuments des lettres et des sciences, et en sauvant, traduisant, commentant les ouvrages des Orientaux, des Grecs et des I^tins\ Au dixième siècle, ils firent connaître l'invention chinoise du papier de coton ^, et

* Gauffred. Malaterr. lib. I, cap. 3, apud Marator. Sci-ipt. t. V, p. 550. — Hist. liU. de la France, t. VII, p. 67, 68, 82.

* Mnratori, Antiq. JtaU t. III, p. 932. — Andres, 1. 1, cap. 10.

s Bahle, De itudio grwear. Utter. int. ArcA. in Comment, Soc, Gotting. 1701, p. 216-233. — Bable, De Arist, interp. Arab. in ArUt oper. t. I, 315-321, 323.— Sprengel, Hiti. rei herbar. t. I, p. 229, 230. — OEUner, EffeU de la religion de Mohammed, p. 135-140.

« Murât. Antiq. liai Dise. t. III, p. 833. — Robertson, HieU de CharUe- Quint, Introd. p. 219, traduction française. — D. Maichell, hvtrod. ad Hiet, Utter, de prœcip. biblioth, Parisieni, p. i8, 19. — Montfkucon, Patoog^ Grœc, p. 319. — Villoison, Prolegom. ad Homm-, lliad. p. ix, not. 2. — Les firagments de TEpitre aux Romains de la version d'Ulphilas, ms. dn sixième siècle, qui avait été effiusé et remplacé par les Origines d'Isidore de Séville. Ms. de la Bibl. de Branswick publié par Knittel en 1762, et par Ihre en 1763.

« Andres, DeU'origine e progressi d'ogni letterat, 1. 1, cap. 8 et 9.

8 Fabric. Bibl antiq. p. 958,édit. 1760, i».— Casiri, Bibl, Arab. Bisp, t. II, p. 9.— Andres, DeWorigine, etc» t. I, p. 199-^02. — Montfaucon, Mim, de l'Acad, des Inscript, t. VI, p. 605, 606.— Petrus Manricins, abbas Claniaeensis, sœcnlo XII : " . . . Sed ccûu'iuodi librnm? Si talem qnales quotidiè in usu legendi habemus, utique ex pellibus arietnm. . . aut certe ex rasuris veterum panno^ rum. . . » (Ex bibl. Clun. apud Mabillon, De re diplomatica, p. 35.) — Dans une lettre du cardinal Bessarion à Alexis Lascaris on lit qu*il trouva à Constantinopie un manuscrit en papier de coton antérieur de trois siècles au concile de Florence de 1439.

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rinstruction se releva peu après en Europe ' . Depuis le douzième siècle, le désir d'apprendre (it faire de grands efforts ; les grands s'intéressèrent aux études, les rois eux-mêmes y prirent part, les académies s'établirent et prospérèrent malgré les disputes philosophiques. À chaque extrémité de l'Europe il y avait un foyer de connaissances dont les lumières devaient un jour se réunir pour contribuer k la culture moderne ; k l'occident, les Arabes de l'Espagne avaient conservé le dépôt des sciences ; tous ceux qui voulaient faire de grands progrès allaient étudier chez eux*, et l'on trouve dans leurs ouvrages des citations tirées des auteurs de l'antiquité^; leur poésie fut peut-élre le modèle de celle des langues modernes. A l'Orient, les Grecs pouvaient se glorifier d'être les seuls dépositaires de la littérature classique et de la sublime philosophie de Platon.

L'histoire des ouvrages d'Arisiote occupe une place considérable dans celle de la culture européenne^, mais ce ne fut qu'au commencement du douzième siècle ^ que quelques-uns des livres de ce philosophe furent traduits en latin ^. Le siècle suivant offre

1 Hantor. Aniiq. liai t. III, Dits. XLIII, p. 871, 872. L'înyentioD du papier de lÎDge dont on se sert maintenant paraît être du treizième siècle. On l'attribue aox Italiens, aux Allemands ou aux Arabes d'Espagne. Voy. Meerman, Deehart. lin. ort^. — Ttraboschi, Staria delta Letterat. ital. t. V, p. 76-78, édit. 177S. — Andréa, Orig. e progress. 1. 1, p. 202-^2. — Kocb, Tableau des révolutiom de r^urop0,t. Il, p. 18-20.

* Hosheim, Jnst. Hist ecele», p. 397, note M.

' Lau*. Mehus, Vit. Ambroê, Traven, Camald. p. 1S5.

A Roger Raoon Op. maj. p. 19, 36.

s Cependant Aristote fût expliqué et commenté de bonne beure en Angleterre. Dès 850, Jean Scot Érigène expliquait à Oxford la Logique d'Aristote, ainsi qn'Ingnlfesous Edouard le Confesseur. En 1 109, les moines Croiotorufenjej professaient la philosophie d'Aristote à Cambridge. On peut citer plus tard, en 1146, Robert PoUeyn ;en 1164, Simeon Dunelmensis, J. de Salisbury, Odo Muremudensis ; en 1200, Jean Hanteville; en 1227, St. Edmond, archevêque de Cantorbéry, expliquait le liber de Slenehis, et Hugo, le liber Pœteriorum. Enfin, en 1230, Michel Scot, ou le mathématicien, traduisit une partie des ouvrages d'Aristote de Tarabe ou de l'hébreu, et, en 1232, Jean Blond, qui avait étudié à Paris et à Oxford, les expliquait dans cette dernière ville.

^ Boêoe, auteur de la Consolation de la philosophie^ avait entrepris de traduire en latin les ouvrages- d'Aristote et de Platon, mais il n'exécuta ce projet

plusieurs autres versions , parmi lesquelles on doit remarquer celle que l'empereur Frédéric II fil faire et qu'il envoya aux docteurs de Bologne ^ Ce prince avait, dit-on, k sa cour deux fils d'Âverroes', fameux commentateur arabe d'Âristote. Mais parmi ces nombreuses versions on a peine à en trouver deux ou trois'

qae poor les UvreB du premier, qmi traitent de la logique ; le Boëce, auquel on attribue la traduction des traites de métaphysique, est un autre personnage fort peu connu. (Jourdain, Rech. sur les trad. d'ÀrUtote^ p. 158-163.) — Les yersions d'Aristote que Trithème attribue à Herman Contractas sont imaginaires. (Tiraboschi, Stor, délia letter, ital, t. IV, p. 187.)— Sur celle de l'Anglais Robert de Rétines, qui, après avoir voyagé en Orient, se fixa en Espagne vers 1120, voyes Bmoker, Hist, philos, t. III, p. 670. — Fabric. Bibl inf. Latin, t. VI, p. 107, éd. Mansi.— Oudin, De Script, eecles, t. II, p. 1160. Ce Robert de Rétines avait traduit TAlooran par ordre de Pierre le Vénérable. V. Jourdain, p. 102 et suiv. On a attribué aussi quelque traduction d'Aristote à Gérard de Crémone on de Carmona, mort en 1187. (Cremon. Wustr. p. 269. — Muratori, Antiq. Ital, t. III, p. 037. — Mansi ad Fabric. Bibl. Med. latin, t. III, p. 40. — Jebb, Prœf, in Rog. Bacon. Op, maj. p. 4.) Cet écrivain tradubit beaucoup de livres arabes, entre antres Avicène : dans la Bibliothèque Pauline, à Leipzig, il y a une vie de Gérard avec la liste des livres qu'il traduisit. (Cotai, p. 256 cité par Mebns, Vit. Ambros, Camald. p. 156.) L'Espagne et Tltalie se disputent l'honneur de lui avoir donné le jour. (Muratori, .inf t^. Ital. t. III, p 937. — Tiraboschi, 5/or. t. III, p. 292 et suiv. t. IX, Suppl. p. 38, et les auteurs qu'ils indiquent.) — Sur les versions d'Aristote au moyen âge en général, consultes Jourdain, Recherches eritiq, sur les trad. d*Aristote^ 1819, S», et Buhle, Hist. de la philos, moderne^ 1. 1, p. 694 et suiv.

« Petrus de Vineis,£'/;Mf. t. III, p. 67.— Fabric. Bibl Grœc, t. ÏII, p. 305, éd. Harles. — Bayle, Drct. sub v. Averroës^ note 0, p. 391 .—La lettre écrite par Pierre des Vignes, au nom de l'empereur, aux docteurs de Bologne est extrêmement curieuse (V. Mehus, Vit, Amb. Camald. p. 155. — Jourdain, p. 169-178). — Sur le mérite littéraire de Frédéric II, voyes Notie, des ms, de la Bibl, de Pam, t. VI, p. 403. — Tiraboschi, Stor, del, lett, t. IV. — J.-Gottf. Schmutzer, De Friderid II in rem litterariam merilis, Lipsiœ, 1740, 40. ^Schneider, Prœfat. adFriderici II reliq. de or te venandi, p. xi-xvii. — Jourdûn, p. 164-168.

> iCgid. Column. apud Nicol. Anton. Bibl. Arab, Hisp. p. 242.

s to Celle d*uu Vénitien nommé Jacobus Clericus, connue uniquement par un passage de Robert de Thorigny. (Mosheim, Ênst. Hist. eccles.^ p. 396, note H. — Tiraboschi, Stor. t. IV, p 128.) Elle fut feite vers 1128. — 2° Celle que l'on fit a Paris dans les premières années du treizième siècle, lorsque la métaphysique d'Aristote fut apportée de Constantinople. (Rigord. apud Duchesne t. V, p. 51.— Muratori, Antiq. Ital, t. III, p. 938, 939. Diss, XLiv) et dont l'abus causa la proscription des ouvrages d'Aristote. — 3» Celle des Morales d'Aristote que Barthélémy de Messine fit par ordre de Manfred, roi de Naples, et que ce prince envoya à l'Université de Paris, avec la même lettre que son père avait adressée à l'Uni-

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qui aient été faites sur le grec. Toutes les autres ' avaient pour base des traductions arabes ou hébraïques extrêmement inexactes, et ce sont ces versions si fautives que Roger Bacon, qui d'ailleurs rendait justice au philosophe de Stagire *, aurait voulu brûler^. Ces traductions latines, si défectueuses qu'elles étaient inintelligibles ^, furent les seules dont se servirent les premiers auteurs scolastiques , jusqu'à ce que , malgré les anathèmes lancés a Paris contre Aristote, le fameux Thomas d'Aquin, par ordre du pape Urbain IV, en eut fait faire une traduction littérale sur le texte grec, par un de ses disciples ^ Assurément le mépris que Roger Bacon ^ et quelques autres savants montrèrent pour les versions d'Aristote dont Albert le Grand et Thomas d'Aquin ^ faisaient usage était parfaitement

▼enité de Bologne. (Mehus, Vit. Ambrot. Camald. p. 155. — Tîraboechi, 5lor. t. IV, p. 130.)

1 On compte parmi les traducteurs d'Aristote du treizième siècle, Michel Scot (Roger Bacon, Op. maj, p. 36. — Fabric. Bibl. Grae. t. III, p. 243, not. inï, éd. Harles. — Fabric. Bihl. inf. lat t. V, p. 77. — Camus, Hist. des animaux d'Aristote^ t f, p. XLiv); Alyrcdns Auglicus (Alfred le philosophe, treizième tiècle) nommé encore Alfredus de Sarchel (V. Jourdain, p. 107); Herman Alemanus, contemporain de Roger Bacon (Voyez Bac. apud Jebb. Prœf. ad Op, maj. p. V. — Bacon, Op. maj. apud Mittarelli, Cat. mi. S. Miehael à Murano^ col. 00) ; Guillaume Fleming (M^ood , Hist. et antiq. univ. Oxon. 1. 1, p. 120. — S. Jebb, Prœf. in Bacon. Op. maj, p. 4, 5), etc. — Je suis surpris que Buhle (édit. Aristol. oper. t. I, p. 285) confonde Herman Alemanus avec Herman Contractus : le premier, qui traduisit Aristote d'après la version d'Averroës, est bien plus moderne que le second.

* Rog. Bac. Op. maj. p. 36.

' Jebb, Prœf. in Rog, Bac. Op. maj. p. 5.

* Rog. Bac. Op. maj. p. 42, 262, 420.

« Quétif et Echard, Script. Ordin. Prœdie. t. I, p. 388. — Fabric. Bihl Gr. t. in, p. 305, édit. Harles. — P. de Rubeis, De gestis S. Thomœ diss. 23, c. I. — Wood, Hist. et antiq. univ. Oxon. t. I, p. 120. — J.-Fr. Foppens, Bibl helg. t. I, p. 416.

* Roger Bacon {Opu» majus, p. 45) fait de sages réflexions sur les qualités que doivent posséder les traducteurs et les difficultés quils ont à vaincre. II parle de Boêce et de Robert Grosthead, évèqne de Lincoln ; puis il ajoute : • Alii quidem mendici translatores defecemnt multum tam in scientiis quam in linguis ; quod oatendit îpsorum translatio. Nam tanta est perversitas et horribilis difficultas, maxime in libris Aristotelis translatis, quod nuUns potest eos intelligere. ■

^ Non-seulement les versions d*Aristote dont se servaient les savants du trei-

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équitable. Ces versions avaient élé faites |)our la plupart sur des exemplaires hébreux Y ouvrage des Rabbins \ qui les avaient tirées de la version arabe qu'Âverroés, vers la fin du douzième siècle, avait faite k Cordoue *, non sur le grec, langue qu'il ignorait', mais d'après les versions syriaques qu'on attribue au célèbre Honain de Hirta ^. Lorsqu'on connaît cette succession de versions, on n'est plus étonné des contre-sens et des dî^arates de tout genre qn'oflre la traduction latine des scolasliques comparée avec le texte grec ^.

Dans les douzième et treizième siècles, l'étude de la théologie, du droit et de la médecine avait fait négliger celle des belles-lettres; l'Europe retentissait du nom d'Âristote, mais il n'y avait qu'un très-petit nombre de savants qui entendissent

sième siècle oe rendaient point l'original, mais sooTent ces sarants ne présentaient les opinions du philosophe grec qoe d*après des extraits informes, tronques et tout à fait défigurés. Vincent de Beauvais {Speeul. Saturai, prolog, cap. X) et Albert le Grand (De miner, tract, I, cap. 1) (cités par Andres, t. 1, p. 244) affirment B*étre servis de pareils extraits.

Les Arabes, qui (avant la venion ordonnée par saint Tbomai] connaissaient fort mal Aristote, ajoutaient leurs propres idées, leurs découvertes dans ce quils appelaient des traductions on des extraits de ce philosophe, ou mettaient des ouvrages entiers sous son nom. C'est ainsi que, dans le Ketab Alattgiar ou livre des pierres, attribué à Aristote, il est question de la vertu polaire de l'aimant. (D*Herbelot, BibL Orient.^ Falcon. Aead. des ineeripU t. IV.)

« Wolff, BibLhebr.i, I, p. 17-21, t. III, p. 12 et seq. 1. 1, p.220-223.— Sim. Luzsat. a/nid Wolff, ibid, t. IV, p. 1122. — Nicol. Anton. Bibl. arab. hisp. p. 224. — Buhle, ArUt. oper, t. I, p. 169, 188, 1»4, 199.

* Sur la connaissance du grec chez les Arabes, voyez Prunelle, Disc; p. 102. — Buhle, De studii grœe. Uter. apud Arabes initiis et rationibus, in Comment. Societ. SeUnt. Gotting. t. II, p. 216. — Corn. Diet. Koch. De fatis studiomm apud Arabes^ Helmstadt 1 7 1 9, 4°.

s Nicol. Anton. Bibl. arab. hisp. p. 242. — Casiri, Bibl t. I, p. 185.

* Greg. Abulfar. Hist. Dtfnast. p. 171 et seq. — Renaudot apisd Fabric BiH. gr. t. III , p. 298, éd. Harles. — Buhle, Arist. oper. t. I, p. 325. — Aasemann, Bibl. or. t. I, p. 493. t II, p. 271 , uot t. III, part. I, p. 493 et aL loc.

A Voy. Bmcker, HisL philos. U III, p. 106, 700.— Fabric. BibLgr. t. lil, p. 293, 294, éd. llarles. — Casiri, Bibl. t. I, p. 306 et seq.— Tiraboschi, Sior. t. IV, p. 133,134. — Buhle, Comwwnr. Soc. Gotting. 1791, p. 228. — Buhle, Arist. oper. t. I,p. 323. — Richard Simon, Suppl. ad Léon. Mutin, p. 104.— Possevin, Bibl. t. XII, p. 16. *

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la langue maternelle de ce philosophe. L'Italie, qui avait des relations suivies avec la Grèce, en offrit quelques-uns \ tandis que le reste de l'Occident n'avait même aucun livre grec, si l'on excepte quelques manuscrits que des voyageurs ou des croisés avaient rapporté par curiosité. Les Français, pendant leur domination k Constantinopie, ne s'étaient occupés qu'à détruire et non k apprendre ' ; ils aidèrent plutôt les Italiens à introduire leur idiome dans le Levant, qu'ils n'en rapportèrent la connaissance du grec, et c'est Ik vraisemblablement l'origine première de la langue franque ' qui a été entretenue par les relations commerciales. Cependant les croisades eurent l'avantage d'exciter la curiosité, le goût de la lecture et de fournir des sujets intéressants aux historiens et aux poêles. Malgré ce peu de culture, l'Occident, h la fin du quatorzième siècle, Ait en état d'apprécier et de recevoir les leçons des Grecs que la décadence de l'empire de Constantinopie faisait sortir de leur patrie ^. L'Ilalie, qui les accueillit, avait toujours eu quelques hommes qui entendaient la langue grecque^; la connaissance de l'idiome vulgaire parlé en Grèce y était assez commune ; la domination des empereurs d'Orient sur la Calabre, les rapports connnerciaux, les ambassades réciproques des papes et des empereurs, les établissements des Italiens dans l'empire grec avaient multiplié l'usage de cette langue cultivée dans la Grande

< Tinboschi, Stor, t. IV. p. 277 et suiv.

* Heereo, Influence des Croisades, p. 409-416. — Nicepb. Gregor. IV, 2, S 6. — Nioetas ajntd Bandur. Imp, or. t. I, p. 107 et seq.

' Suivant ud historien catalan, Yen 1300, on parlait le français en Môrée et dans le dnché d'Athènes comme à Paris (Raymund. Mnntanerins apud Dacange, Ghes, tn/Sm. laltn. prafai, % xvii, p. 20), et Textrême corruption du langage moderne d'Atliènes date des premières années du treizième siècle, à Tépoque où les Francs s'emparèrent de Constantinopie et de la Grèce. (Ducange, Ihid. § x, p. Tiii et IX.)

^ Richard V, en 1028, fit venir à Rouen des moines grecs pour enseigner leur langue. (G. Malaterra apud Mnrator. Script, t. V, p. 5SS0.)

' Huratori, Antiq. Ital. med. <Bv. t. III, Dissert. XLiii, XMV. — Tiraboschi, Sior. t. V, p. 364 et seq. — Sur Bnrgundio et son école à Pise, au douxième siècle, voy. Baldelli, VU.di Boccat,^. i25-239.

Grèce * ; mais jusqu'à la fin du quatorzième siècle elle ne fut employée k aucun usage littéraire ; les savants italiens des siècles précédents avaient plutôt étudié l'arabe ; leurs liaisons avec les Maures d'Espagne, qui possédaient en cette langue les ouvrages des philosophes et des mathématiciens grecs, la renommée de l'école de Saleme, le goût dominant de l'époque pour la médecine, l'astronomie ou l'astrologie, avaient mis l'arabe en crédit dès le onzième siècle '. Aussi François Philelfe, dans le quinzième siècle, remarque que quelques hommes qui n'avaient appris le grec que par les voyages et le commerce, ayant voulu traduire des auteurs anciens, n'avaient fait que des versions obscures et fautives, parce que le langage moderne étant corrompu ne donnait point une intelligence complète des auteurs de l'antiquité '.

 cette époque, Dante et Pétrarque avaient déjk illustré leur patrie et poli leur langue ^. Le premier de ces poètes eut k peine connaissance de quelques mots de la langue grecque '^, et les leçons de Barlaam, vers 1342 (et peut-être de Léonce Pilate^), ne mirent jamais Pétrarque en état d'entendre Homère \ dont le premier exemplaire qui parut en Italie lui fut

< BaldelU, Ibid. p. 230 246, 248 et seq.

* Bettinelli, Risorg. d'Jtal t. 1, p. 54.

s Fr. Philelfe, Episi. p. 62 recto, édit. Venet. 1902. — Léonard. Arrêt. Epift IV, 22, p. 139, éd. Hehus.

* Dès le dixième siècle, la laogae italienne était distincte da latin ; on remploya dans les actes dès le commencement du doozième, et avant qull fut écoulé, les poètes s'en servirent dans leurs vers, comme moyen d'être mieux entendus par les dames. (Muratori, Antiq. Ital, med, <Bviy Dissert, xxxii, t. II, p. 1021, 1047-1050.-- Dante, TtCa nuova, t. iV, 1, p. 35, edit. Zattœ.)

» Mem, per la vit. di Dante, p. 63 ; in op. éd. Zatt», t. IV, 2. — Tiraboschi, Stor, t. V, p. 384. — BaldelU, Vit. di Boecaeio, p. 235. not. — Janott. Hanetti, Vila Dantis, éd. Uehns. — Gradenigo, Lett. greco-ital. cap. X.

« Tiraboschi, t. V, p. 426. — BaldelU, p. 136, note 35.

f BaldelU, p. 137, note 36.— Voyez sur Barlaam, Petrarekœ epist, var. p. 1 102, éd. Basil. -> Boccac. Geneal. Deorum^ Ub. XV, c. vi, foL 112, verso, éd. Venet. 1407, fol. — Fabric. Bibl. gr. t. XI, p. 462-470. éd. Uarles. — Mém. sur Pétrarque, t. I, p. 406-410. t. Il, p. 75-77. — BaldelU, Vit. di Boccacio, p. 250-254.

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envoyé par Nicolas Syoceros*. Boccace', contemporain et ami de Pétrarque, contribua aussi à perfectionner la langue italienne, et eut de plus le mérite de savoir un peu le grec et de mettre k la portée de ses compatriotes les poèmes d'Homère. Il dut ces avantages à un Calabrais, élève de Barlaam, nommé Léon ou Léonce Pilate', qu'il avait reçu chez lui en 1360, et qui le premier y professa le grec '^. Cet homme ramena les lettres grecques en Italie, et fit, à l'instance de Pétrarque et de Boccace ', la première traduction latine d'Homère ®, dont on ne

— Gradenigo, Leiter. greco-ital. p. 130-131.— Baldelfi, K. d. Petr. p. 232.— Sur le xèle de Pétrarque poar la décoaverte des manuscrits, t. Senil lib. XV, p. 048, éd. Basil. ISSl, et Famil. III, 18, p. 630, cité par Villoison, Pfotic. des manuMcriU^ t. VIII, 2, p. 27-28, not. — II avait fait Tenir des livres grecs. {SeniL Vf, I .) — Sor Tenthonsiasme ponr les poètes caosé par Pétrarque, y. BaldelU, ViL di Peir. p. 146.

« Petrarch. Var, epist, p. 1102. — Famil. IX, p. 2.— Nicolas Sygeros Precori, envoyé de Jean Cantacuxène à Gément VI et Innocent VI pour obtenir des secours contre les Turcs, en flattant ce pontife de la réunion de l'Église grecque ; il était encore à Avignon en 1353, et U y connut Pétrarque. (Raynald. AnnaL BeeL)

s Boccace, destiné successivement au commerce et à l'étude du droit canonique, fut entraîné dans la carrière des lettres par un goût naturel que firent éclater diverses circonstances, comme la vue du tombeau de Virgile, et la pompe de l'examen de Pétrarque (1341) devant le roi Robert (Boccace, Geneal. Deorum^ XIV, 22); l'amour acheva de décider cette vocation. Gomme Pétrarque, il fit venir des livres de la Grèce : et c'était en en copiant qu'il gagnait de quoi en acheter de nouveaux. (Comiani, / SecoL p. 354. — Manni, Stor, di Deeam, p. 82. — Marini, Papyr. Diphmat, p. 382.) Sur les copies de Boccace, v. Mehus, va. Ambrot. Camali. p. 265. — Manetti, Vit, Boe. — Ciampi^ JUonum, di un ms. di Bocc. p. 20 et seq. — Il parait avoir appris ce qu'U savait de grec : 1® de son séjour à Naples, où il connut Barlaam qui, de Constantinople , se réfugia dans cette ville en 1341 ; 2° d'un voyage en Sicile ; 3» des leçons de Léonce Pilate; il s'est servi du peu qu'il en savait pour donner dans ses ouvrages des étymologies quelquefois absurdes.

' fialdelli. Vit. di Boccac. p. 254.

« Boccace, Geneal. Deorum, 1. XV, p. 6.

s BaldeUi, Vit. di Boccae. p. 259-266.

0 Dominic. Aretin. apud Mehus, Vit. Ambroi. p. 265. — Mehus, ibid. p. 270 et seq.— Petrarch. Senil. lib. VI, i, p. 892.— értoma/. de* Utterat. d'Ital. 1 712, t. XII, p. 349 et seq.— Ca/a/o^. cod. ms. Bibl. Reg. Paris P. III, t. iv, p. 409, n<» 7880, 7881. — Mehus, p. 373. — Petrarch. Senil. 1. XV!, p. 1. — BaldeUi, Vil. di Petr. p. 138, not. - BaldeUi, Vit. di Boccac. p. 264.

connaissait avant lui qu'un abrégé qui portait mal à propos le nom de Pindare le Thébain^ Il traduisit encore une partie de Platon^. Les muses grecques avaient tant d'attrait pour Boccace que, malgré l'extérieur ferouche, le caractère intraitable et les manières grossières de Léonce, que Pétrarque ' appelle une grande bête sous tous les rapports^ il fit tout ce qu'il put pour retenir cet homme que son esprit inquiet ramena en 1363 k Constantinople, et qui, quelque temps après, fut foudroyé sur le vaisseau qui le reconduisait en Italie ^.

Boccace avoue lui-même qu'il ne savait le grec que trè&-imparfaitement ; mais, ayant tant fait pour l'étude de cette langue, il se crut permis d'insérer des citations grecques dans ses ouvrages. C'était de son temps une chose inouïe en Italie, et le soin qu'il prend de s'en justifier, l'orgueil qu'il montre en prouvant qu'il a ce droit à juste titre', indiquent assez que, si le

I C*e8t cet abrégé qui est cité, par ex., dans le catalogue des liyres rassemblés par Didier (Victor lU), an onzième siècle : Hittoriam Comelii cum Omero. (Murator.5crtpr.t.IV,p. 473.) — Pétrarque parle, enl360,d*aii exemplûre d*Homère existant à Padoue. (Baldelli, Vit. di Bùecac. p. 257. — F. d. Petrare. p. 137, note 36.) D'un autre côté, on lit dans Pétrarque (FamiL X, epist4) : • 1s qui Homerus vulgo dicitur, alterius nescio cujns scholastici opusculum scias, licet ab Homerica Iliade sub breriloquio descriptum. > (Epist ad Gerardum frntrem à Mingarello édita ad calcem oonj.deOdis Pindari.) -^ Sur les anciennes traductions et citations d'Homère, v. Mehus, Vit. Ambras . CamaUL p. 271. Armamno, an quatorzième siècle, auteur d*une chronique, met Homère au rang des sources de son ouTrage. Wolfram d'Eschenbach, au treizième siècle, dit quil lisait Homère.

Wemsdorf est tenté d'attribuer à Avienus cet abrégé de l'Iliade qui n'a que 1075 vers, et qui paraît ne porter le nom de Pindare que depuis le quatorâème siècle. 11 donne ce sommaire dans le tome IV de ses Pœtœ LcUini minores^ ainû que des recherches curieuses sur les antiques traductions latines d'Homère. V. la préfiioe de l'édit. de Pindare le Thébain de Van Koten.

s Baldelli, Vit, Boccac, p. 263-267.

3 Petrarch. Smil. 1. III, vi, p. 857.

* Petrarch. Senil 1. VI, p. 892 «... .Semper certè nunc intelligo. . . . nubes illa mcestique oris obscuritas nunciabat hoc fulmen. ...» Voyez encore Petrarch. SeniL Ub. III, 6, p. 857-858. Lib. V, p. 886.— Boccac. Gen, Deor. lib. XV« c. VI et vil, p. 113. — Hody, de Grœe, illustr. I, c. 1. — Tiraboschi, Stor, t. V, p. 372-375.

> Boccac. Geneal. Deor. lib. XV, o. vu. Tout ce chapitre d'un livre qu'on ne lit guères est fort curieux. Hody en a rapporté une partie, pag. 3 et 4.

J£AN-MABIUS PHILELFE. 19

commerce et les voyages avaient apporté eu Italie quelque connaissance du grec, les gens de lettres n'en avaient encore fait aucun usage. Il est curieux d'observer que les créateurs de la langue italienne arrêtèrent eux-mêmes ses progrès par les efforts qu'ils firent pour accréditer la langue grecque. On sait également que Pétrarque et Boccace ^ comptaient pour leur gloire plus sur leurs ouvrages latins que sur ceux en langue vulgaire '. Pendant plus d'un siècle, les littératures classiques, les recherches d'érudition furent exclusivement cultivées , et la poésie vulgaire fut pendant tout ce temps négligée et silencieuse '. Les talents et la protection de Laurent de Médicis donnèrent le signal de son réveil*, mais elle ne fut plus originale. L'éclat des lettres grecques et latines, l'admiration toujours croissante qu'elles inspiraient, interrompirent la marche lente de la culture européenne. Au lieu de suivre et de cultiver le génie de l'Occident, on espéra sauter k la perfection en prenant pour modèle les chefs-d'œuvre des Grecs, qui ne les avaient produits qu'en se perfectionnant eux-mêmes et peu à peu ; on s'imposa leurs règles, on adopta leurs systèmes ; le génie européen ne créa plus, il imita, et il suivit les voies d'un autre temps, d'un autre peuple qui avait eu d'autres institutions et un autre climat; on renonça dès lors et pour jamais à avoir une littérature d'accord avec la religion et les mœurs nationales, tandis que précisément chez celle que l'on voulait calquer la poésie était intimement liée k la politique et à la religion ^.

I Petnrch. Senil. lib. V, 2.— Id./Hd. Ub. XIII, 10.~ Id. Famt'Mib. VHI,3.- Bettinelli, Risorg, t. I, p. 142.

< BettinelU, Risorg. t. II, p. 91. — Schwab, De l'univers, de la langue française^ p. Si. — Corniani, / Secoli, t. II, p. 26, 227.

' On sait qae Bembo exhortmt Arioste à composer son poëme en latin, la langue Tolgaîre n*étant pas propre à une composition scrieuse.

« Giannon. Isi&r. di Napoli, t. 111, p. 469. — Tiraboschi, Stor. t. VI, c. il, p. 144-148.— Gibbon, Hist de la décadence de l'Empire romain^ t. XVII, ch. Lxvi, p. 446>449, trad. franc. — Roscoe, Vie de Laurent de JUédicis, chap. v et viJ. <— Sismondî, Bist, des républiques d'Italie^ t. VI, p. 173-175.

» Ch. Villers, Lettres à M. Hillin^ Magaz. encycl. IQiO, t. V, p. 5-lb. Le

Guarino de Vérone S vers la fin du quatorzième siècle, fui le premier Italien qui enseigna la langue grecque'. En étudiant sous Jean de Ravenne, il s'aperçut de la nécessité du grec pour Tintelligence des auteurs latins, et, ne trouvant personne en Italie qui pût lui enseigner celte langue, il prit le parti d'aller l'étudier en Grèce '. Il passa dans ce but cinq années k Con* stantinople, suivant les leçons du célèbre Emmanuel Chrysoloras et de son neven Jean '^ ; il y avait été conduit par Paul

mépris que témoignaient les savants pour toat ce qai n*était pas grec ou latin est remarquable, et j*en citerai ici les singuliers reg^ts du comte Louis Nogarola, célèbre Véronais du seizième siècle : • . . . Quapropter non possnm complures nostne œtatis prœstantissimos homines eosdemque Italos non incasare, qui com grœcam et latinam habeamus linguam, qnie quidem nostne proprioîque sunt, iîs tamen postbabitis, in Etrusco sermone totam œtatem inutiliter conterunt; nec illis venit in mentem, bunc ipsum fuisse tune ezortum, cnm in Italiam infusa peregrinitasLatini sermonis diguitatem et decorem oorrnpit, deprayavitque. In qua quidem verborum colluvie très ezcellnére nostrates viri, Danthes. Petrarcha et Boccatius, non meo tamen judicio tam absoluti atque perfectî ut non aliquid eis vitîo verti possit, etc.» (Ludov. Nogarolœ epiit, super vins Ulustr, génère Ualis qui grœce scripserunt, Venct. 4558.) Le mérite de ces poètes italiens fut attaqué et défendu, V. Mehus, Vit, Ambros. p. 176. — Perticari, Apolog. di Dante j c. juxiv, part. 2*. — Si nous prenons Pétrarque, chez qui la différence de la création et de limitation est fort sensible , nous trouverons qu'il atteignit la perfection de la poésie italienne presque sans modèle. Il s'abstint même de lire le Dante (Famil. X.I!, iS). Lorsqu'au contraire il voulut imiter Virgile et Cicéron, il manqua d'élégance, et ne fit que s'élever un peu au-dessus des autres imitateurs de son siècle.

< Carlo de' Rosmini, VU. di Guarino Veronése, 3 vol. in-S», Brescia 1805.

« Maffeî, Vir, iUust. p. 69. — Zeno, Dissert. Voss. t. I, p. 215.

' Guarino s'était fait en Grèce la plus flatteuse réputation (Rosmini, Guar. 1 1, p. 16) ; il professa successivement ensuite à Florence, Venise et Ferrare. Sur son voyage à Constantinople, voyez J. Pannonius, Panegyr. Guarini. — Naudé, Addit.àVhist. de Louis XL-- Bayle, Dict. % Guarin.

* Giorgi, Ouervaz, intomo Em. Grisohra. Caloger. raeeolt, d'opuseuL t. XXV.— Giornal. de' Lett. d*Jtal. 1712, t. XII, p. 352 et seq.— Rosmini, Vit. Guar. t. III, p. 182 et seq. — ^Hody, I, c. il, p. 64. — Sur un manuscrit contenant les Evangiles, et qui était autrefois dans la bibliothèque de Ste-Justine de Padone, on lisait : « Pertinente a Manuello Crisolora il quale nel 1395 venue da Gostantinopoli a insegnar Greco a Fiorenza. - (Fortun. Federici, Délie Bibl. di S. Giustina diPadova^ p. 11.) Manuel Cbrysoloras vint à Venise en 1393 (Giorgi, t. XXV, délia raecolla CaZo^er. ^ Rosmini, Vt'r. di Guarin. 1. 1, p. 43. — Tiraboschi, 5lor. t. VI, p. 798), et à Florence eu 1396. Martin Crustus {Germano-Grœeiaj p. 7)

JBAN-MARIUS PHILELFE. 21

Zani ^ Après son retour en Italie il fut suivi de près par son maître, et l'établissement d'Emmanuel dans ce pays donna aux lettres le mouvement le plus accéléré ^. Il était venu plusieurs fois en Italie : son premier voyage avait eu pour but de solliciter des secours contre les Turcs qui attaquaient Constantinople, et il parcourut l'Europe comme envoyé de l'empereur d'Orient \ Il était alors accompagné de Démétrius Cydonius, qui séjourna k Venise et k Milan, et dont les nombreuses traductions contribuèrent k répandre le goût de la langue grecque et lui valurent une grande considération^. Emmanuel, pendant ce premier voyage, s'attacha quelques écoliers et leur inspira pour la littérature grecque un enthousiasme qui se communiqua si promptement que, quelques années après, un certain nombre des citoyens les plus distingués de Florence se réunirent pour l'engager k revenir de Constantinople dans leur cité, et pour lui offrir un établissement honorable et avantageux ^. Vers le même temps, Pallas Strozzi, l'un de ceux qui attirèrent Emmanuel k Florence, fit venir k ses frais un grand nombre de livres grecs ^ ; il avait l'ambition de former dans sa patrie une

place son établissement en Italie quatre années après la bataille de Nicopolis, oit Bajazet défit les chrétiens (2S septembre 4396). Les anteurs à consulter sur Manuel Chrysoloras sont indiqués dans la Bibl. grecque de Fabric. éd. Harles. t. XI, p. 400 (9).

* Hody, 1, 11, p. 64.

« Haffei, Veran. iUust. Ub. III, p. 69-70. --Giùmal. de' Letter. d'Ital. Venea. f7li,t XII, p. 352 etseq.

» Tiraboschi, Stor. t. VI.

* Fabric. Bibl. gr, t. XI, p. 398. éd. Harles.— Saxius, Hiit. Liter. MedioL p. 493. — Hehus, Vit Ambroi. Camald. p. 336 et seq. — Tiraboschi, Stor, t. V, p. 375. — Rosmini, Vit, Guarin. t. III, p. 195-196. — Janot. Manetti, Vit. Bocc.

s Fr. Philelfe» Ep» p. 259 verso. — Léon. Âretin. De temp. $ui$^ p. 9i0, in Morator. Scriplor. t. XIX. — Sozomen. Pistor. p. 1168-1169 tn Murator. Script. t. XVI. — Hanck, De Seript, Byxant. pars I, cap. xxxvit. — - Hody, De Grœe, iU. I, II. — Furieti, PriBf. in Barzizior. Oper. p. xv. — Saxius, Hist. Lit, MedioL p. 35-36.— Mehus, Vit, Âmbros, p. 356-364.— Tiraboschi, Stor, t. VI, n, p. 11^118.— Bandini, Specim. Lit, Florent, t. I, p. 63. — La chronologie des voyages d'Emmanuel offre quelques difficultés.

« Fabroni, Vit. Cosmt, p. 105, annot.

bibliothèque publique * ; mais ce noble projet ne fui accompli que par le testament de Niccolô Niccoli '.

Bien différent du sauvage Pilate, Emmanuel par son extérieur, sa politesse, ses étonnants progrès dans les lettres latines, se concilia l'attachement de tous les Italiens, et son arrivée parmi eux fut regardée comme un bienfait de la Providence^. Il mourut au concile de Constance, en 1415. Les plus célèbres littérateurs du temps furent ses disciples ; ils avaient pour lui une vive admiration et le regardaient comme leur père \ Ses leçons furent le germe de cet amour pour les lettres qui produisit tant d'efforts, de recherches et de fruits. La

« Uehas, Vit. Ambros, prœf. p. 19 et p. 360.

« Mehos, Ibid. p. 62 et seq. — TiraboBchi, Stor, t. VI, i, p. 100. — Poggio, OraU in funer. Nieol. p. — Zeno, DiiserL Voss. t. I, p. 34, 35. — BaldelU (Vit. di Boceacio, p. 211] dit qae Boccace légua sa bibliothèqae à son confessear Martin da Signa, à condition qu'après lui elle passerait au couvent du St- Esprit de Florence, et Baldelli ajoute dans la note que Niccolô Niccoli établit à ses ferais le local qui renfermait ces livres (Mehus, Praïf, ad Vit Ambros, p. ixu et xxxii) qui périrent dans l'incendie de 1471 , raconté par Sdp. Ammirato. {ht. part. II, lib. xxiii, c. 108.) Par son testament, &it peu de temps avant sa mort (1437), Niccolô Niccoli mit ses livres à la disposition de seise citoyens de Florence, pour en faire une bibliothèque publique. (Mehus, Ihid. p. 62 et seq.) Cosme de Médicis s'engagea à payer les dettes de Niccolô, et les exécuteurs testamentaires de celui-ci consentirent par cet arrangement à ce que ces manuscrits ftissent placés dans la bibliothèque que Cosme avait fait construire dans le couvent de St-Marc à Florence , en observant les clauses de publicité prescrites parle testateur. (Id. Ilfid. p. 65-66.) — Catalogue et classification établis par Thomas de Sarsine, depuis Nicolas V. — On lit à ce sujet dans Poggîo {Orat. in funer. Nieol. p. 276 oper.): • . . .Rem sanè statuit temporum omnium ac sœculorum laudibus celebrandam. Ex libris quos homo nequaquam opulentns et rerum persœpè inops, suprà octogintos codices summo labore et diligentia comparaverat , decrevit testamento fieri per amieoê publicam bibliothecam ad utllitatem hominum sempitemam, etc. . . •

> Janott. Manetti apud Mehus, Vit. Ambros, p. 363.

« Guarin. Veron. Prœf.adRobertum Rossum, antèvers. lat. Plutarc. Vit. T.Q. Flaminii ; réimprimée dans laBîM. Smilh. p. 335 « . .. Accedit inter nos necessitndo qusedam et propinquitas ex viro antiqua virtute ao disciplina prsBstantissimo, et oïtate nostra clarissimo, Chrysolora, ex c^jus opéra et liberalitate manavit quidquid gprsBcarum hisce temporibus litterarum nostrates hansere. Ille communia ntrique parens, dulcissimusqneprœoeptor, arctissimo nos ita quodam cognationîs génère conciliavit, sicuti quos uno procréâtes genitore, eademque ortos familia cemimus. »

JEAN-MARIUS PniLELFE. 23

chaire de langue grecque, créée k Florence pour Léonce Pilale, et occupée successivement par Emmanuel Chrysoloras, Jean Ârgyropule, Théodore Gaza etDémétrius Chalcondylas, fut le point central d'où la connaissance des lettres grecques se répandit dans le reste de TEurope \ Les littérateurs qui étudiaient k Florence, sous Emmanuel, recevaient en même temps les leçons de Jean de Ravenne*, disciple de Pétrarque et Tun des restaurateurs de la littérature latine. Tout s'animait, tout prenait une nouvelle vie, toutes les routes de l'instruction étaient successivement découvertes. Tandis que, à l'exemple de Pétrarque *, le célèbre Poggio Bracciolini *, Nicolas de Trévise ^ et quelques autres littérateurs cherchaient et recueillaient les manuscrits enfouis dans les monastères de l'Occident^, d'autres Italiens parcouraient la Grèce et l'Orient et en rapportaient des trésors ^ que l'invention de l'Allemand Guttenberg

« Pontan. affud Tiraboechi, t. VI, i, p. 108. — Roscoë, Vie de LauraU de Médieùy chap. yii, p. 95 et seq.

s Voyez sur cet homme siogalier Mém. sur Pétrarque^ t. III, p. 700-709. — Tiraboechi, Sior. t. V, p. 510-517. — Raph. Volaterran. Commmi, lib. XXI, p. %i5, edit Basil. 1544 fol». < . . . Joaones Ravexmas qui Venetiis pnecepit, primas omnium qui ea tempestate, post longa tempora, ludum in Italia aperuit: onde, tanquam ex equo Trojano, yiri pnestantes plurimi prodierunt, qui posteà scholis ac litteris omnia refersernot. Hos ita jam latinis légitime litteris imbutos, Emmanuel Chrysoloras schola ezcepit, qui prasceptor gnecœ dîsciplinœ , Byaantios génère, tub Bontfacio IX in Italiam venerat, primùmqae Venetiis, deindè Florentiœ docuit. •

» Tiraboschi, Stor. t. V. p. 78-81— Baldellî, F. d.Petrarea, p. 349.— Sicco Polenton. ajmd Mehos, Prœf. ad VU. Àmbroi. p. cxixix.

^ Léonard Bruni écrirait au Pogge sur ses découyertes «... Erit profecto hsc tua gloria ut amissa jam ac perdita ezcellentium yirorum scripta tuo labore ac diligentia sœculo nostro restituas.- (Léon. Arretin. Epiât, IV^ 5, p. iii« éd. Mehus.)

« Rosminî, Vit. GuarinA, I,p. 67.

* Furieti, Prœfat. in Gaspar. Banriz. Oper, p. 18-19. -< Mehus, Vit. Ambros. p. 33 et seq. •— Quirini, Diatrib. ad Epist. Fr. Barbar. cap. I. — Zeno» Dm. Vote. 1. 1, p. 44 et seq. — Ambros. Camald. Epist. XXIV, 9, p. 984, éd. Mehns.

7 Fr. Philelf. Epist. p. 359 verso : «... Ut cum nonnulli postea juyenes mêlions dîsciplinœ et eloquentiœ cnptdi in Gneciam trajecissent, omnem îndè ad nostros eruditionis elegantiam reportarint.» — Sur les livres rapportes par Guarino de Vérone, voyez Maffei, Veron. Ulust.

2i VIE DE

allait bientôt rendre communs à l'Europe entière. D'autres commençaient à copier et à expliquer les inscriptions et les monuments antiques; les femmes même cultivaient les lettrés grecques et latines, et la découverte de chaque manuscrit produisait une vive sensation chez les savants et chez les princes. La décadence de l'empire d'Orient amenait chaque jour les littérateurs de la Grèce en Italie, et ils s'y réfugièrent en grand nombre après la prise de Gonstantinople par les Turcs*. C'est ainsi que, dans ce siècle mémorable, le mouvement rapide des esprits, l'amour et l'enthousiasme des connaissances, la protection des princes, l'invention d'un nouvel art et la destruction d'un grand empire, se réunirent pour favoriser l'Italie et répandre par elle les lettres en Europe. Le quinzième siècle n'est pas le siècle du goût, mais celui de l'enthousiasme; il n'est pas le siècle des succès, mais il est celui du travail qui les prépare. Il vit de grands efforts et de grands changements dans l'esprit des hommes. Non-seulement les sciences, les lettres et les arts prirent un aspect nouveau, et de nouveaux moyens par la découverte de l'imprimerie et de la gravure, mais le monde lui-même changea de forme et d'étendue par celle de l'Amérique. Yasco de Gama, en doublant le cap des Tempêtes, fit varier le commerce et les moyens d'acquérir les richesses. Enfin, les relations des peuples avec leurs princes et des nations entre elles furent entièrement modifiées par la politique de Louis XI et de Laurent de Médicis, et par l'établissement de l'équilibre des puissances. Ces derniers changements se firent aux dépens de la liberté de l'Europe, et les peuples aveuglés crurent que les lettres, les arls et quelques jouissances sensuelles les dédommageraient suffisamment de la perle du premier des biens.

« Déjà aux septième et huitième siècles, l'invasion des Mahométans avait jeté sur l'Europe un grand nombre de Grecs orientaux. Ils y avaient apporté beaucoup de livres, ainsi que le goût des lettres. L'Angleterre et la France avaient reçu plusieurs de ces savants fugitifs. (Matter, Histoire de l'Eglise ehrét. t. II,

JEAN-MARIUS PHILELFE. 25

J'ai cru pouvoir tracer cette esquisse du retour des lettres grecques en Italie, parce que François Philelfe, père de Marins, et le plus célèbre littérateur de son siècle, fut, après la mort d'Emmanuel Chrysoloras, un de leurs principaux soutiens \ qu'il rapporta de Gonstantinople un grand nombre de manuscrits et qu'il prit un constant intérêt au sort des nobles et savants Grecs fugitifs '.

La famille de François Philelfe était de Tolentino, ville de la Marche d' Ancône\ Il y naquit le 25 juillet 1 398 '^ de parents peu connus et de commune extraction. On aurait quelques détails sur sa famille, si l'on pouvait ajouter foi à ce qu'en dit le Pogge dans les invectives qu'il écrivit pour venger Niccolô Niccoli des satires de François Philelfe. Mais les littérateurs de ce temps ne se piquaient pas de véracité dans leurs querelles : ils inventaient des faits, cherchaient à couvrir de ridicule leurs antagonistes % et l'on doit croire que le public était averti d'avance du peu de vérité de leurs assertions, puisque les accusations atroces qu'ils lançaient dans leurs diatribes paraissent n'avoir fait aucun tort à ceux qui en étaient les objets. On trouve même des écrivains tels que Louis Puici et Matteo Franco , qui dans leurs productions se disaient réciproquement les plus grandes injures sans cesser d'être unis par l'amitié. Ils n'étaient ennemis qu'en

t Hier. Squarciafic. Epist, ad Franc, Léon, ante ^ers. lat. Diodor. Sic. edit.

Venet. 1481, et in Bibl. Smith, p. 215 : « Fr. Philelphi qui atriosque lingnœ

et splendor et décos extitit. •

* Voye2 des extraits des lettres de Fr. Philelfe dans Crusius, Turco-Grœc. p. 55-86.

s Fr. Philelf. Epist. p. 256 verso. — Philipp. Bergom. Suppl. Chronie, ann. 1398. — Gabr. Gaver. Fontana apud Sax. Hitt. Lit. Hiediol. — André Theyet s'est étrangement trompé sur la patrie de Philelfe : il dit qu'il était de Toiede en Eapaigne. (A. Thevet, Portraits et vies des hommes illustres^ Paris 1584, infol. f> 97 verso.) — Fossi (Catal. Bibl. Magliabeech. t. II, p. 331) dit : • Frandseos Philelphus ex familia BuccUia Florentina oriuodus, Tolentini in laoem éditas, etc. . . . •

« Fr. Philelf. Epist. p. 81 verso, 252 recto.— Lancelot, Aead. des inscr. t. X, p. 691, 40.

s Comparez Ciccron, De finibus, 1. II, c. 25.

vers\ el il semble que, dans cet âge, la calomnie était au rang des jeux de Tesprit. LePogge, en particulier, est trop connu par sa médisance ^, pour que l'expression de sa colère ait une autorité historique. Cependant, en rejetant les injures, on peut trouver dans ses trois invectives contre François Philelfe quelques faits qu'il ne peut, ce semble, avoir imaginés. On y voit que le père de François Philelfe s'appelait Cicco, et l'on peut croire qu'il cultivait de ses mains quelques possessions près de Tolentino. Sa mère était de Rimini, où, selon le Pogge, elle exerçait un métier peu honorable '. Un prêtre des environs prit soin de la première éducation de Philelfe, et le Pogge n'a pas manqué d'affirmer que ce prêtre était le véritable père du jeune François '', qui, ayant sans doute montré des dispositions

« Quadrio, t. II, p. 566. — Roscoe, Vie de Laurent de Médicis, t. I, p. 293-

s Tiraboschi, Stor, t. VI, ii, p. 41-42. - Sur les qaeKlles de Poggio, voyez Recanati in Mnrator. Script.

» Poggîo, Invect. I» in Fr. Philelf. {Oper. p. 62 verso, edit 1313) : ... .Veram neqoaqaam mimm videri débet, cun cogus mater Artmini dudiun in pargandis ventribos, et intestiiiis sorde dilnendis quiestam fecerit, maternfe artis fœtorem redolere ; hœsit naribns filii sagacis matemi ezercitii attrectata putredo et oontinai stercoris fœtens halitus. . . • — Comel. ToUii Append. ad libmm P. Valerianî, De litterat, infelie, p. 3, Helmstadt 1644 : « Fr. Philelfus. . . cam pater înops, qoiqne ex diumo labore in diem viveret, mater cui ad queestom nihil nisi fémur

superesset Comelios ToUins ne vécut que vers le milieu du dix-septième

siècle ; il copie le Pogge en cet endroit : Pogg. Invect, 3> in Philelf. p. 66 verso, "... qui genus tunm qnod sordidum , vile, abjectom putaras, ntpote ex pâtre Cyecho, viro stolido ac stupido qui manibus propter opus rusticanum ad fricandos

equos tergendosqne pro strigUi ati potuisset, in lucem extuli Voyea la note

suivante.

* Pogg. Invect. 3«, p. 66 : « . . . . Ortus enim ex presbytero rusticano oppido ToUentino et matre aded religiosa ut se corpusque devoverit sacerdoti, Deomm génère superbis. Romulus qnondam ex Rhea virgine vestali, Martisque sacerdote natns, cum a Diis genus traheret urbem condidit Romanam, caput orbis futnram. Tu non ex Martis sed ex Veneris ministra et matre, non Vestali sed Florali , ad tui nominis parentnmque memoriam, non urbem in Latio^ sed in oris spurcicia sterquilininm condidisti . . . Quid enim illa (mater) faceret confecta inopia, mendidtate coacta, cuî nil ad quaestum prœter fémur superesset, Cyecho viro patri (id enim ei nomen fhit) vel cieco potiùs ? qui uxoris tamdiù vitia ignorans ex diumo labore ac sudore in diem viveret, omnia prœter egestatem deessent , qui nedum uxori, sed ne sibi quidem vitam prœbere posset. . . •• — Id. ibid. p. 67: «... Educavit te

JEAN-MAUIUS PIIILELFE. 27

pour l'étude, fut successivement envoyé aux écoles de Fano, Venise et Padoue. Dans cette dernière ville, il fut disciple de Gasparino de BarziziaS qui y professa avec un grand éclat depuis l'an 1407 à l'an 1417, et qui parait avoir été, pendant le reste de sa vie, lié d'amitié et de correspondance avec François Philelfe '. Selon le Pogge, les mœurs dépravées de Philelfe le firent chasser ignominieusement de ces différentes villes ; il retourna à Venise, mais sa mauvaise réputation l'y suivit et le contraignit à passer en Grèce ^ François Philelfe nie les accusations du Pogge '^, et le cardinal de Pavie lui rend le témoignage d'avoir très-bien réfuté les contes de son ennemi ^. On doit d'autant plus se défier des assertions de ce Florentin, qu'il est certain que François Philelfe fut en grande considération à Venise, où il fut appelé pour professer la philosophie et l'éloquence^. Peu après il fut nommé chancelier de l'ambassadeur

saoerdos pro suo (nam Cyeeho parva ad îd cura, ob inopiam, erat) usqae ad annam decimom , acitiilum specioeamque puerum. Dehinc facis te ad litteras, in

qoibus tantùm emineres ut omnes saperiores stulticia excelleres, etc. etc

Vid. et Poggîî Facetta in oper. p. 470, Basile» 1538, in-fol.

< Gaaparino mourut à Milan en 1431 ; une partie de ses œuvres a été publiée par le cardinal Furieti (Romse 1723, 4») qui a écrit sa vie; le reste est encore en manuscrit. Voyez Fabric. Bibl. tn/Sm. kU, t. III, p. 32, éd. Mansî. — Argeloti, BibL Senpt, Mediolan, t. IV, p. 3061 . ~- Mazzuchelli, Serti. ItaL t. II, i, p. 498 et seq. — Tiraboschi, Sior. t. VI, c. Il, p. 278 et suiv. -— Gasparino fut, après Pétrarque, l'homme qui contribua le plus au rétablissement des lettres latines et un des fondateurs de la critique corrective ; il l'exerça beaucoup sur les œuvres de Cicéron. — Trithéme, De Seripi. Ecclee. no 744 : « Latini sermonis elegantiam semimortuam ab inferis ressuscitavit.» — Voyez les Testimonia rassemblés par Furieti à la tête de son édition.

« Fr. Philelf. Epist. p. 5 verso.

s P(^gio, Invect. 3> in Philelf. p. 63 recto.

« Dans sa lettre à Leodryse Crivelli(Fr. Philelf. Epist. p. 182 verso) il rend à celui-ci les injures quil avait reçues du Pogge.

> Jacob. Cardin. Pap. Epist. p. 468 : « Inventîones omnes Poggii tui, quas disertisslmè refntasti, etc. »

® Ce fht Fr. Barbare qui fit recevoir Fr. Philelfe citoyen de Venise et ensuite secrétaire du Baile. (Fr. Philelf. Satyr. Dec, IX, sat. 4.— Quirini, Diat.ad Barb. epist. p. XXX.) — Ce fut ce dernier, et non l'empereur, qui lui confia une mission pour Amurat. Voy. Rosmini, t. I, p. 12.

de cette république à Constantinople, où il arriva en 1420, et où l'empereur Jean Paléologue le distingua ; le Baile de Venise l'envoya en mission auprès d'Amurat II; plus tard il se rendit également en Allemagne * .

François Pliilelfe étudia à Constantinople sous Jean Girysoloras, neveu ^ et héritier d'Emmanuel. Jean Ghrysoloras jouis-

1 Jacob. Cardin. Pap. Epist. XK, fol. i41. — Lancelot, Acad, deslnâcr, t.X, p. 693-694. — Sazins, Hist. Liter, Mediol p. 226. — Tiraboschî, Stor, t. VI, II, p. 283-284. — Labbe, ConciL t. XII, col. 105, éd. Venet. 1731. — Zeno, Diiserî. I, p. 279.

* Guarin. Veron. apud Hody, 1, c. it, p. 64 : • Utriqae referenda Chrysolonc, viris œtatis nostrte clarissimis, ayanculo scilicet et nepoti.- — Id. ilnd. p. 49 (qui devrait être chiffrée 65) : « Johannes quoque Cbrysoloras ... et verè patruo Manuele dignissimus. ■ — Mar. Philelf. Amyris, lib. Il, y. 650 (ms. de la bibl. de Genève) : «• Johannes Cui Manuel patraus. • — Il ne faut pas confondre ce Jean Cbrysoloras a^ec un sectateur de Barlaam qui portait le même nom, mais qui était plus ancien et qui avait disputé contre Grégoire Palamas au temps de l'empereur Andronic Paléologue. (Phranz. I, 12. — Uanck, De Script. Byzant, p. 628.) — Pontanus ( not. adPhnnz. Chronie, p. 243) a mal à propos confondu Emmanuel avec cet ancien Jean Cbrysoloras, qui fut peut-ôtre le père d'Emmanuel ou du second Jean Cbrysoloras. (Vid. Hody, p. 21, 50. — Bulœus, Uisî. Univ» Paris. V, p. 873.)~/EueaB Sylvîus (Epist. lib. 1, 105, p. 600. éd. Basil. 1571) donne par erreur le nom de Jean à Emmanuel Cbrysoloras. Plusieurs auteurs ont confondu loncle et le neveu et ont dit que François Philelfe était gendre d*Emmanue1. (Trithem. — P. Jovius. — Ger. Voss. de Hist, Gr. p. 492. — Foppius, HiscelL Lips, t. V, p. 325.*— Niceron, Hém. t. VI, p. 73.— Pope Blount, Censur. p. 471. — Paul Freher, Theat. Vir. Doct. p. 1429. — Baillet, Jugem. des Sav. t. IV, p. 298, 4°. — Corn. ToUius, Append. ad P. Valerian. De infel. Hier. lib. p. 3. — Crescembeni, Délia vulgar, Pœs. t. III, p. 268. — La Sema Santander, Dict. bibliogr. t. III, p. 163.) — D'autres ont écrit, sans plus déraison, que Jean Chrysoloras était le fils d'Emmanuel. (Lancelot, Acad, des Inscr. t. X. p. 742. — La Monnoye, Not, sur Baillei, i. IV, p. 298, 4». — Furieti, Prœfat. in Barzizior. oper. p. XVI. — Tiraboscbi, Stor. t. VI, ii, p. 118, 257. — Gibbon, Ilist. de la décad. t. XVII, c. LXxvi,p. 408, trad. fVanç.) — Je suis bien étonné que Rosmini ( Vit, di F. Filelf. I, p. 11) dise que Jean Cbrysoloras était frère d'Emmanuel ; Rosmini lui-même ledit son neveu dans la Fil. di Guarini^ 1. 1, p. 165. Bœmer, De doct, hominibus Grœcis etc. 1750, p. 18-19, a fort bien expliqué que Fr. Philelfe était le gendre de Jean Cbrysoloras et non pas d'Emmanuel. V. aussi Crusius, Germ, Grœc. p. 7, 234.

Bibtioteea ms. Farsetti, part. 2«, p. 30-31. ■ Isocratis libellus, qui Panegyris dicitur, scriptusad Demonicum... traductus Byzantii. • « E precedutala versione da una lettera a certo Floro Valiero, cui la dirige un Italiano, il quale passato a Constantinopoli, ivi stadiava il greco sotto Manuelle e Giovanni Grisolora, e con

JEAN-MARIUS PIIILELFE. 29

sait (l'une grande réputation ^ et avait autrefois professé en Italie où les succès de son oncle Emmanuel l'avaient attiré *.

Ces Chrysoloras prétendaient descendre d'une des familles romaines qui s'établirent avec Constantin dans la nouvelle Rome; ils unissaient à la noblesse une grande érudition, et François Philelfe reconnaît en plusieurs endroits de ses lettres les obligations qu'il eut à Jean Chrysoloras, dont il fut le disciple à Constantinople^.

Jean Chrysoloras avait épousé Manfredina , née à Pise , de l'illustre famille de Auria ou Doria '*. Elle avait pour aïeul Hi-

qnesta traduiion« dà il primo saggio de* suoi studi : • Mearum igitur lacubrationom primitias habe, in quibus n qua latine prolata tuo gustu cihoque digna fuerint, laudandos ipsos crede Chrysoloras, florentissima Grœcœ nosirœ omamenta Utteraturee , hinc scilicet patruam, illinc nepotem , a qnibus nullam est yirtutis genus alienum, penitosque ubique déesse putato , quod illis non insit; quorum în me mellita fiicundia velut ex celesti rore in arentes herbulas, a cœlo ipso emanare puta, si quid in me fVugi darumque conspexeris. • Questo nostro Italiano non è altre, chè GiMrino Veronese^ il quale intomo al 1 399 portatosi a Constantinopoli, vi studio sotto i Grisolora, siccome dice in più luoghi délie sue opère e segnatamente in una lettera a Lionello d*E8te, che trovasi ms* nella libreria délia Salute, doTe scrive cosi : « Cum juvenilibus annis sub Mannele Chrysolora illustri philoaophoet ejus nepote Johanne, prœceptoribus amantissimis, Constantinopolim incolerem, et post prima deposita rudimeuta, pleuiore gradu discendo pergerem, etc. •

< Fr. Philelf. Epist. p. 1 verso : • Quem non Latini minus admirantur quam Grseci. >

* And. Jnlian. Orat, de mûri, Man, Chrysolor. apud Uody, p. 39 : « Et in primis mors carissimi necessarii tni ▼irî ornatissimi atque illa tua nobilissima familia dignÎBsimi Johannîs Chrysoloras lacrymœ movent.... Hic est qui generis tui dignitatem, studia, honores, cœteraque patriciœ fàmilise tuas ornamenta lacerata penèqne extîncta, non modo dara sobole, sed optîmarum artium disciplina, quas abs te olîm didicerat, ftvente Deo, refeciet. Sed omittamus nunc de Johanne dicere, cnjns humanitas, scîentia incredibilis, virtus ac sapientia, alios sibi locoe vindicare potuerunt. ■ — V. la note 2, p. 28. — Rosmini, Vit. Giiar. t. Il, p. 165-166. — Hody, De vir, ill. Grœc, t. I, c. il, p. 63 et seq — Léonard Bruni [Bpiit. III, 14) dans une lettre à Niccolô Niccoli, parle aussi de Jean Chrysoloras : « Johannes Grtecns Miles Bononiam venit ad xi kal. Martias : secum habet Demetrinm non Poliorcetum et Guarinum Veronensem. > (Cité par Tîraboschi, Stor. t. VI, II, p. 256 )

s Voyea Fr. Philelf. EpUi. p. 261.

^ V. la note 3 de la page suivante.

laire de Auria, nol4ii; Génois^ qui avait épousé Zampia, fille naturelle de l'empereur Jean Paléologue '. Une fille sortie de ce mariage, qui par conséquent était la tante de Manfredina, et qu'on avait surnommée la Dame de l'Orient, avait épousé, par ordre de l'empereur, Mustapha, fils véritable ou supposé de Bajazet Ilderim'. François Philelfe épousa à Constantinople une fille de Jean Chrysoloras et de Manfredina Doria ; elle était très^-jeune et se nommait Théodora^. Philelfe et son fils Marins se sont vantés d'une si illustre alliance \ Le Pogge, dans ses

< Adam de Montalto, De laud. Aur. famil. apud Murator. Script, t. KXI, p. 1178. — nist. politxc. apud Crusii Turco-Grœc. p. 2. — Du Gange, FamiL Byzant. p. 245. — Fr. Barbaro (De re vxoria, lib. I, c. viii, p. 91 « edit. 1630) parle de la magnificence avec laquelle Emmanuel Chrysoloras fit célébrer les noces de son neveu Jean. (Quirioi, Diatrib. ad Barb. epist, p. cxLViii.)

* Plusieurs auteurs ont dit à tort que Théodore était fille de Manuel Chrysoloras. (Rosmini, t. Il, p. 9, not.)

' Hi$t, politic. apud Crusii Turco-Grœc. p. 2. — Du Cange, Famil. Byzant. p. 245.

Il y eut deux Mustapha que les Grecs opposèrent l'un après l'antre à Amurat II : 1» Mustapha, fils de Bajazet- Ilderim. Suivant les historiens turcs, il périt en 1402 à la bataille contre Tamerlan ; mais les Grecs soutiennent qu'il n'était pas à cette bataille (Ducas, c. xvi, p. 38} : ils le secoururent contre son neveu Amarat II, qui le fit pendre en 1424. (Chalcocond. V, p. 117-121. — Ducas, c. xxii à xxvil, et Bnliald. Not. ad Duc. p. 250. — Phranz. 1, 32. — Leundav. Afin. Tureor. p. 325.) ~ 2° Mustapha, fils de Mahomet I^r et frère d'Amurat II. C'éuit un enfant que Jean Paléologue voulut opposer, en 1423, à Amnret, mais celui-ci le prit dans Nicée et le fit étrangler en 1424. — Phranza rappelle Mustaphopolus. ( Ducas, c. xxviii. — Chalcocond. V, p. 124-125. — Leunclav. Ann. Turc. p. 325. — Phranz. I, 40.) — Ainsi Amurat, dans la même année, fit périr son oncle et son frère. C'est le premier de ces deux Mustapha qui épousa la fille de Zampia, et non pas le dernier, quoi qu'en dise Vllistoire politique publiée par Crusius.

* Fr. Philelf. Epist. p. 1 verso : • Sed de uxore quod perurbanè Jocaris mecum, dttxi sanè uxorem illius Chrysolors filiam, qnem non Latini minas admirantur qoam Graîci : accedit ad generis vel bonitatem vel claritudinem quod nata est mea uxor, ea matre quœ et Auria ipsa sit, et mulierum omnium pndicissima atqne optima. «

Fr. Philelf. Hecatost. Dec. VI, sat. 3:

Chrysolora qnis usquam,

Quaque oritur Titan, et qua petit arduus imos Antipodas, prœclara domus te nesciat? alto Sanguine Romulidum quœ nobilioribus ortum Deducens titulis, priscisque omata triumphis,

JEAN-MARIUS PUILELFE. 31

écrits contre François Philelfe , a prétendu que cette union avait été forcée et que Philelfe, accueilli avec bonté par Jean Chrysoloras avait séduit sa fille ^ Philelfe assure, au contraire,

Rege Dovœ Romae gaudebas fausia propinquo. Hoc, Theodora, genus genitor tibi casta snperbum Tradidit, at genitrix claris majoribus orta Non minus auget avos ; quos proies Auria magnis Insiguita viris, Italœ fax nltima Pisœ, Horrisoni domitrix pelagi, decorata triumphis Millibus, et totum latè celebrata per orbem Progenuit. Nec avara mihi concederis uxor : Sed grandes dotes, et grandia munera porlans. Te mibi ad obsequium praestabas lœtior omne.

Id. UeecU. Dec. IX, sat. 8.

« Nata fuit Theodora viro (J. Chrysoloras] qua pulchrior urbem

Nec Byzantiacam, nec quidquid Thracia cingit,

Ulla puellari tendat décorasse pudore.

Hancmihi connubio, vinclisque jugalibus unain

Dum yir magnus a^et conjungere, plurima dulci

Ore movens, qoaecumqae refert Aurelius , et quœ

Grœcia docta probat, solidis sibi vinxit elenchis.-

Mar. Philelf. Amyrid. lib. II, ▼. 647 {Ms, de la bibl. de Genève) :

• Nam mihi qnondam

Urbs nativa fuit nova Roma et Chrysolorina Progenies, matris domns antiquissima clars, Oui Chrysolora fuit pater alta ex stirpe Johannes, Cui Manuel patruus, Genus materna vetustse Auria celsa domus, prseclarus Hilarius illi Factus avns, cujus Grœcis venerabile nomen. •

* Poggîi tfi Fr. Philelf. Invect. I«, p. 63 recto, oper. éd. 1513 : • . . . ConatantinopoHm tanqnam in asylnm, egenns atqne înops, coufugisti. Callidè id quidem et astotè ut ad ea loca adirés ad quœ citins auctor quam fama scelernm penreniret Ibi in Johannis Chrysolorœ doctissimi atque insignis Equitis fiimiliaritatem, discendi cnpiditatem prœ te ferens, insinuasti, qui, tua verboeitate motus, simul mendadtate commotus (nihil enim eo prœter linguam inanem et cntem aridam deportaras) te domi sus recepit, iguarus fiituri : hospitem enim pudicnm , non Paridem adulterum se recepturum putabat. At tu cum regiones, non mores, immatasses, ne quis locus esset vacuus sceleribns tuis, ejus virginem filiam stuprasti, ttds pollicitationibus et blanditiis deceptam. Cum te ille miser qui serpentera domi nutrierat, moBchum filise deprehendisset, de te interficiendo consilium cepit,cum tuaufngisses supplicii metu. Sed quid ageret vir licet prudens? Inops cofuilii erat, scelus detectum, virgp compressa, dos amissa virginitatis ; intercédant Italici mercatores, consulunt ut eam despondeat , hoc maxime pacto obombrari putantes tnrpitudinem susceptam. Itaque Chrysoloras mœrore con-

que Chrysoloras désira cette union * ; ses talents et la faveur de l'empereur grec purent la faciliter. Il existe un témoignage contemporain, mais peut-être partial en faveur de Philelfe, c'est celui de Gabriello Paveri da Fontana qui écrivit contre George Mcrula pour la défense de Philelfe *. Paveri raconte que l'empereur grec donna à Philelfe la charge de conseiller et de secrétaire, et lui accorda la main de Théodora Qirysoloras, qui était alliée à la famille impériale. Saxius, qui rapporte les paroles de Paveri , parait ne pas croire à cette illustration des Chrysoloras, parce que François Philelfe, tout or-

feclas, compulsiis precibus, malo coactus, filiam tibi naptaî dédit a te oorruptam, quse si eztitisset intégra ne pilum qnidem tibi abrasum ab illius natibua oatendiBset.»

Pogg. invect. 3» in PhileC p. 67 verso : « . . . Nam cum Johannes Chrysoloras te yelati nebalonem quemdam squalidum ac pannis orbnm couspexisset, tum pietate, tnm cujusdam Januensis saasu permotas, hospitio te excepit, famem, frigos depulit ; pro quibos beneficiis homo gratissimas sammom beueficiom reddidisti. Omisso enim Mosarum consortio quas castas esse sciebas, staprataqae ▼irgioe nnica filia, qaam postea desponsasti, morte débita poenam acelerum subiisses , nisi ope alterias viri egregii periculum evasisses. • ^- Voyez aussi Poggii Facetiœ dans ses œuvres, p. 470, éd. Basil. 1538, fol».

Un témoignage plus respectable que celui du Pogge, et qui, quoique trèsobscur par la manière dont il est exprimé , peut prouver qu'il y eut quelque chose à reprendre dans le mariage de Fr. Philelfe, est celui d'Ambroise Traversari, général des Camaldules; voici les paroles d'une de ses lettres à Niccolô Niccoli (Ambr. Epist. VHI, 9) : «... Nuper a Gnarino accepi litteraa , qnibus vehementer in fortunam invehitur, quod filiam Johannis Chrysolone clarissimi viri is acceperit cxterus, qui, quant umlibet bono ingenio, longe tamen illis nup> tiis impar esset, queriturque substomachans, uxorem Cbrysolorœ venalem babuisse pudicitiam,mœchumque ante habuisse quam socerum.» Ge passage semble attester que Fr. Philelfe épousa Théodora après avoir en une Kaison criminelle ou avec elle ou avec sa mère, femme de Jean Chrysoloras ; c'est ce dernier sens que Tiraboscbi donne aux paroles d'Ambroise que Ton ne sait comment entendre, car il faudrait generum au lieu de tocerum, (Tiraboscbi, Stor, t. VI, u, p. 28 i et t. IX, p. 126.) M. de Rosmini (t. I, p. 17, not.) croit que ce passage a été ou iutercalé ou corrompu, et qu'il ne désigne pas Fr. Philelfe.

t Fr. Philelfe, Satyr, 3, Deead, VI.

* Gahrielis Paveri Fontanœ Placentini in Geùrgium Merlanum seu Merulam invectiva, — Voy. sur ce livre très-rare, imprimé à ^ilan en 1481, Sax. HUt, Lit. Med. p. 187, 226, 573. — Giomal de' Letten d'Ital. 1714, t. XVII, p. 292, 330, 331 . ^ Cristof. Poggiali, Mcm. per la star. lett. di Piacensa, t. I, p 1143.

JEAK-MARllS PIIILELFE. 33

gueillcux qu'il était, n'en a point parlé dans ses lettres ' ; mais j'ai montré que la bisaïeule de Théodora Chrysoloras était fille naturelle de l'empereur Manuel Paléologue : d'ailleurs l'opinion de Saxius repose sur une erreur et François Philelfe a parlé de cette alliance^. François Philelfe témoigne dans ses lettres qu'il dut beaucoup aux leçons de son beau-père et de Théodora , qui prononçait le grec de la manière la plus agréable et vraiment attique^. Elle donna à son époux deux fils et deux filles'^, et l'ainé de ces enfants est ce Marius que cette notice doit faire connaître.

Jean-Marius-Jacob Philelfe ^ naquit k Constantinople ^ le 24 juillet 1 426 ^. Son père le ramena en Italie, lorsqu'après sept ans et cinq mois de séjour à Constantinople il revint k Venise, attiré par les promesses de Léonard Justiniani et de quelques autres patriciens. François Philelfe, rempli de l'idée que ses connaissances, ses talents et ses protecteurs lui vaudraient une grande fortune, quitta la nouvelle Rome le 26 août 1427, et arriva à Venise le 10 octobre avec Théodora sa femme, âgée de seize ans, leur fils Marius, qui n'avait pas encore quinze mois, et d'assez nombreux domestiques ^, parmi lesquels se trouvait la nourrice de Marius, appelée Marie, qui resta longtemps au service de

> Saz. Hiêi, Lit. Hfediol. p. 926.

* Voy. la citât, ci-dessus, note 3, p. 30.

* Fr. Philelf. Epistp. 31 r», 261 vo. -^ P. Jovii Elog. Philelph. p. 13.

* Lancelot, Mm. de VAead. des Inscript, t. X, p. 743. — Fr. Philelf. Dec. VI, Sot. 5, dit, en parlant de Théodora :

• Te milù ad obsequiam prœstabas lœtior omne :

Hei mihi qoid sine te vitam moestissimas optem.

Nec sterilem nobis fcecundis gesserat uxor

nia viro peperit qaœ quattuor ordine natos,

Nam Marium gênait, gênait Xenophouta, puellic

Angela prima patrem noront, Panthea secuuda,

Qai mixtim facie referont yaltaque parentes. • a Fr. Philelf, Epist. p. 1 r«.

0 Treban. Aarelius apud Saz. Hist. Lit. Mediol. p. 268 B. f Fr. Philelf. Epist. p. 1 ro.

» Fr. Philelf. Ep. p. 1.— Lancelot, JHém. de VAcad. des inscn'pt. t. X, p. 694, 69.^.

François Philclfe '. Philelfe avait amassé quelque argent à Gonstantinople, mais pas assez pour soutenir longtemps son goût pour la dépense, et plusieurs fois dans sa vie il passa alternativement de la magnificence au dénuement. Arrivé k Venise, il ne tarda pas k s'apercevoir que ses belles espérances ne seraient point réalisées^, et peut-être faut-il moins en accuser ses protecteurs que les circonstances : la peste désolait cette ville. Philelfe la quitta le 13 février 1428; il conduisit successivement sa famille à Bologne et à Florence, où, malgré les conseils de Jean Aurispa ', il s'engagea a donner des leçons sous la protection de Cosme de Médicis et de Pallas Strozzi. Il y arriva en avril 1429, et y professa avec un très-grand succès; mais bientôt ses ennemis le desservirent auprès de Cosme, et le caractère hautain et emporté de Philelfe acheva de le brouiller avec son protecteur. Il se retira à Sienne en janvier 1435, et y séjourna environ quatre années, qu'il employa k donner des leçons publiques et à soigner l'éducation de son fils Marins, qui reçut de son père l'instruction la plus approfondie dans la littérature grecque et latine. François Philelfe ajouta k ces leçons tous les préceptes qui peuvent former le cœur ou être utiles dans les vicissitudes de la vie, et l'on conserve, k Milan, dans la bibliothèque Ambrosienne^, une pièce de vers qu'il adressa k son fils , et dans laquelle il lui expose les principes qui doivent diriger sa conduite'. Dans ce temps, François Philelfe était en correspondance avec l'empereur Jean Paléo-

« Fr. Philelf. Ep. p. 68 v©.

« Fr. Philelf. Ep. p. «, et p. 5 vo. » Fr. Philelf. Ep, p. 8.

* RaccoUa Hilanese, 1756, qo 1. -^ Rosmini^t. lU, p. 83, 84. s Saxios (Biêt, Lit. Med. p. 179) rapporte les ▼ers soi^aDts de ce manuscrit: Nate Mari, Tita mihi carior, ana voluptas Spesque patris, prœcepta sequi si oostra, Philelphe, Perges, te magnam reddes, nobisque tibiqae, lUnstremque virnm . . .

Fr. Philelfe (Hecat. Dec. VI ^ Saî. 1), aa milieu des meilleurs principes de la morale, insiste en particulier avec assez de force sur les principes religieux.

JEAN-MARILS PUILELFE. 35

loguc, et l'on voit par une lettre du 21 août 1438, adressée à ce prince, qui était alors au concile de Ferrare, que Paléologue désirait que Philelfe revint à sa cour, et lui demandait son fils Marins pour lemmener à Gonstantinople. Philelfe, en s'excusant de suivre l'empereur, allègue ses engagements avec les Siennois, et promet avec plaisir de lui envoyer son fils *. Bientôt François Philelfe crut que la haine de Ck)sme de Médicis ne lui permettrait plus d'habiter Sienne avec sûreté, et il alla à Bologne, dont alors Nicolas Piccinino ^ était maître ; il devait y donner des leçons pendant six mois, et son dessein était ensuite de se rendre auprès du duc de Milan ^. Les troubles civils dégoûtèrent Philelfe pour la seconde fois du séjour de Bologne^ ; son fils Marins avait treize ans, et il se servit de lui pour sortir de cette ville. Marins s'enfuit dans la nuit du 25 avril, son père se mit à sa poursuite et le retrouva à la porte de Plaisance, ayant pour compagnon un Milanais nommé Florius Novatinus. Celui-ci raconta qu'il avait retiré Marins de la mauvaise compagnie de quelques soldats, et qu'il comptait le conduire chez Àntonello Arcimboldi, l'un des principaux officiers du duc de Milan % et frère d'un des amis de François Philelfe. Le père et le fils, arrivés dans une auberge de Plaisance, reçurent la visite de Pierre Platea, gouverneur de la ville, qui persuada à Philelfe qu'il ne pouvait se dispenser d'aller à Milan présenter ses respects au duc Philippe-Maria Yisconti *. Théo-

> Fr. Philelf. Epitt p. 15 : « Qaod horUrîs Johannem Mariam filinm ad te mittam, faciam id qnidem nequaquam inTÎtas. Qoid enim rnihi optatios cedere ponit, quam menm dileetittimuin filinm vel hospîtto tno, Tel disciplina mi, qai omnium Christianorom Principom et dignitate sia mazimus et virtnte primarios. •

* Mnntori, Annal. 1439.

' Lancelot, Mém. de CAcad. Hes inseript. t. X, p. 695-703. — Roamini, t. !, p. 92, 148.

♦ Fr. Philelf. Epût. p. 15 ▼<> et p. 21. — Pour la description des troubles de Bologne, voy. Fr. Philelf. Saiyr. Der. //, heeat. 9. — Decad. FI, hecai. 2.

s Air5, Scritt. Parmig. t. Il, p. 233. « Fr. Philelf. Epiit. p. 18.

dora était restée k Bologoc*, et François Philelfe, après avoir bercé les Bolonais de Tespérance de son retour ', fit venir sa femme k Milan et s'y établit avec sa famille '.

Cependant Marins était à Gonstantinople dès le commencement de Tannée 1440'^. Il parait qu'il quitta Milan avant l'arrivée de sa mère, et qu'il s'embarqua à Venise ou k Ferrare, avec les Grecs qui, le 6 juillet de l'année précédente, avaient signé au concile de Florence la fausse union des Grecs et des Latins ^ Il arriva avec eux k Gonstantinople^, et dut être témoin de la mauvaise réception que l'on y fit aux ecclésiastiques qui venaient de sacrifier leur conscience et leur opinion k l'espoir d'obtenir des Occidentaux quelque secours contre les Turcs. Bientôt tout l'ouvrage des conciles de Ferrare et de Florence fut détruit ^ et désavoué, et l'on ne reprit le projet de réunion que lorsque Mahomet II, sur le point de prendre Gonstantinople, força les Grecs k de nouvelles ruses pour engager le pape k les secourir *.

François Philelfe fit partir son fils pour Gonstantinople avec d'autant plus de plaisir, que, dans ce temps, on ne pouvait passer pour savant qu'autant qu'on avait étudié dans cette capitale de l'empire d'Orient; elle était regardée comme l'Athènes moderne, et comme la source qui fertilisait tous les endroits

« Fr. Philelf. Epist. p. 18 vo et p. 20.

• Voyez Fr. Philelf. Ep. (Voyez sartout les différentes lettres des pages 18, 20 et 21.)

» Fr. Philelf. Fp. p. 21.

♦ Fr. Philelf. Ep, p. 26 v«>.

^ Cf. Sylv. Syropoli Vera Historia unionU non venB inter Grœcoa et Laiinosy Uag. Comit. 1660, fol.

* L*einpereur s'embarqua à Venise le H octobre 1439, et arriva à Constantinople le 1«^ février 1440.

7 Léo AUat. De perpet. Eccl Or, et Occid, 'consent, lib. III, cap. 4, et sartout les additions, p. 1380-1395. On y traite Bessarion de traître qui a vendu sa conscience contre le cardinalat. — J. Aymon, Monum, authentiq, de la religion dee Grecsy p. 122 et suiv.— Ducas, cap. 31, § 3. — Dnpin, Nouvelle Bibliothèque, t. Xn, cap. 2.

8 Voy. (libbon, ïtitt. de la chute de VEmp. romain, chap. Lxvi, lxvii, lxviii.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 37

de l'Europe où l'on cultivait les lettres*. A cette époque, les hommes d'étude de l'Italie allaient finir leur éducation en Grèce*; mais il ne faut pas croire que l'état des lettres et des sciences fût beaucoup plus brillant dans ce pays que dans le reste de l'Europe. La bonne littérature y était presque abandonnée à de prétendus savants qui étaient, comme ailleurs, enfoncés dans des discussions de théologie et de dialectique qu'ils avaient prises chez les Occidentaux, dont ils avaient traduit les pernicieux ouvrages. La langue grecque avait complètement dégénéré : Gonstantinople était le seul lieu où les savants et les gens de la cour la parlaient encore avec l'ancienne pureté, et les femmes nobles avec la grâce et l'accent attiques '. Le Pélopo-

* /En. Sylv. lib. I, ep. IS(5, p. 705, edit. Basil. 1571 : « Neroo Latinorum satis Tideri doctns poterat, nisi p«r tempns Constanlinopolî studuisset. Quodque florenU Roma doctrinarom nomen habaerant AtheniB, id noetra tempestate ridebatur Constantmopolis obtinere. Inde nobis Plato redditiu, inde Artstotelis, Demosthenis, Xenophontis, Thucydidis, Basilii, DioDysii, Origenis et alîorum malta Latînis opéra dîebiis nostris manîfestata sunt . . . •

Id. ibid Fateor multis locis apad Latinos studia literarum esse illostria,

ut Romœ, Parrbîsiis, Bononise, Paduœ, Senis, Perusii, Colonise, Viennœ, Salamautics, Ozonis, Papiœ, Lipsiœ, Erfbrdiœ : sed ri^nli sunt omnes isti ex Gnccorum Ibntibtts derÎTati. »

* Foriet. prafat. ad Gaspar. Barxiz. Qp. p. kvi.

* Fr. Philelf. EpisL p. 31 r» et ▼<>. — Crus. Turco-Grcpc, p. 496. — Il n*y avait pins de poètes grecs.

Fr. Philelf. Epùt. XIV, p. 101 v» : « pjunc apud Graccos neminem video qui yersibus delectetur. » Aurispa, écrivant à Ambroise le Camaldule, dit que les Grecs se souciaient peu de la littérature profane. (Ambros. Trav. Episî. lib. 24, Ep. 53, p. 1027.)

Voici encore un témoignage de la décadence des lettres dans la Grèce ; il fiiit partie d'une note manuscrite qui se trouve sur le premier feuillet d*un exemplaire de V Anthologie grecque, éd. de Florence 1494, à la bibliothèque de Paris, et qui paraît avoir été écrite par Constantin Galopa : « . . . Quia quidquid et librorum et ingeniorum in Grœcia reliquum fuerat, jam totum in Italiam cornmigravit, pncter eum quem hic reperi, Aristobulum Apostolidem , antistitem optimum, cum quo solo ex Grscis omnibus in Creta loqni potui. Is ut moribus pnestat et litteris, ita sua bonitate et meo etiam suasu, ex juventute aliquos suscitât, quos instituât, ut hsc possint légère, et ut Grscœ litterœ Grascis aliqua ex parte restituantur. - (Cité par Chardon de la Rochette, Mélangea de crUiq. et de phihlog, t. I, p. 237, 238.) Ceci regarde le seizième siècle. — Aristobule, fils de Michel Apostolius, est auteur de la Galeomyornachie, en vers iambiques. — Arse-

nèse, gouverné par les faibles princes de la maison des Paléologues, était dans la barbarie; le langage et les mœurs y étaient également corrompus, et ce pays n'offrait plus de science et de culture que dans la personne du vieux Gemisthus Pletbon ^ Ce philosophe vénérable avait été, dit-on, le maître d'Emmanuel Ghrysoloras, auquel il survécut longtemps*; il passait pour l'homme le plus savant de son temps, et mourut k Gonstantinople âgé de près d'un siècle ^ Il était venu en Italie pour le concile de Florence, et avait expliqué avec tant de charme et de succès la philosophie de Platon, que ses leçons engagèrent Gosme de Médicis k établir son Académie platonicienne^. Platon et sa philosophie étaient déjà connus en Italie longtemps avant Gemisthus ; Pétrarque possédait une partie de ses œuvres en grec, et il devait à Barlaam la faible connaissance qu'il en avait. Pétrarque, dans un de ses traités, fit, sans exciter de querelle, une comparaison fort curieuse de la philosophie de Platon avec celle d'Aristote ; il y donne la préférence au philosophe d'Athènes, et remarque que sa doctrine est celle des princes et des grands, tandis que celle d'Aristote est celle du

nias, évêqne de Monembasie, était aussi fils de Michel Apostolius. Chardon de la Rochette (1. c.) a pense qu'Aristobule et Arsenios étûent le môme personnage.

* Fr. Philelf. EpUL p. 62 r», Sphortise et Saxolo, anno 1441. « Hody, De Vir, Grœc. lUust. p. 22, 23.

s Léo Allât. De Georg. apud Fabric. Bibl Gr. t. X, p. 739 et seq.

* Prohemium Marsili Ficini Florentini in Plotinum ad Magnanimum Laarentium Medicem Patrise servatorem : « Magnus Cosmus, Senatas consulto patriœ pater, quo tempore concilium inter Grœcos et Latinos sub Eagenio Pontifice Florentiœ tractabatur, Philosophum Grsecum, coguomine Plethonem, quasi Platonem alterum, de mysteriis Platonicis disputantem fréquenter audivit. E cujus ore ferventi sic afflatus est protinus , sic animatus , ut inde Academiam quamdam alta mente conceperit, hanc opportuno primum tempore pariturus. Deinde dum conceptum tantum Magnus ille Medices quodammodo parturiret, me electis-

simi medici sui Ficini filium , adhuc puerum tanto opcri destlnavit , etc

Cette édition des œuvres de Plotin fut imprimée à Florence , aux frais de Laurent de Médicis, l'an 1492, ainsi qu'on le lit à la fin de ce livre. — Sieweking, professeur à Gôttingue, vient d'écrire en allemand l'histoire de TAcadcmie Platonicienne à Florence (1813). Sur cette Académie, voir encore Ficin. Prœf. in Platonem, — Cramer, De CansU restauratœ sœcuh XV m Italiam philosophiœ Platonicœ, 1813.

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vulgaire*. Saint Thomas avait voulu aussi étudier Platon', et Léonce Pilale en avait traduit quelques parties avec Boccace *. Les leçons deGemisthus'^, k Florence, donnèrent de nombreux partisans à Platon, et, de retour en Grèce, il écrivit pour le comparer avec Aristote ; il exalta le premier, dénigra le second, et alluma, vers le milieu du quinzième siècle, la fameuse querelle dont le champ de bataille fut principalement en Italie, mais oh les Grecs seuls combattirent. Les partisans d'Âristote étaient Jean Ârgyropule, George Scholarius, Théodore Gaza, George de Trébizonde et Ândronic Galliste ; on comptait parmi les soutiens de Platon, Gemisthus, Michel Âpostolius et le célèbre Bessarion, qui, au miUeu des injures vomies par chaque parti, se fit remarquer par son savoir et sa modération \

Depuis longtemps il n'y avait plus de poètes en Grèce, les grammairiens y étaient les seuls httératenrs ; ils expliquaient les auteurs et entouraient leur texte d'un amas de scholies sans en sentir la beauté. Les sectateurs d'Aristote et de Platon semblaient avoir un peu plus d'idées et de finesse, tandis que les historiens qui nous ont transmis les derniers événements de l'empire d'Orient écrivaient presque tous en style barbare. Il

• Petrarch. De Ignorant, mi ipsius, p. 1 160-1162, edit. Basil. 1534 fol... On y Ut entre autres : • Si quidem de Platone et Aristotele si quœratur qoa- Hsnam major clariorque vir ftterit , non mihi tanta est ignorantia , etsi mul> tam jndiees mei tribuant , ut tanta de re ausim praecipitare sententiam . . . At ai quœratur nter ait laudatior, incunctanter ezpediam, inter hos referre, quantum ego arbitror, quod inter duos, quorum alterum principes proceresque, alterum nniversa plebs laudat. A majorihus Plato, Aristoteles laudatur a pluribus. A magnîs et a multis, immo ab omnibus, dignus uterque laudari : eo enim ambo naturalibus atque humanis in rébus perveuerunt, quo mortali ingenio ac studio perveniri potest, in divinis altius ascendit Plato, etc »

* Tiraboschi, t. VI.

s Baldelli, VU. di Boccae. p. 266.

« Voy. sur George Gemisthus Plethon , Allât. De Georg. ap. Fabnc. BibL Grœe. t. X, p. 739 et seq. — Brucker, Hisî. phil t. IV, p. 41.— Oudin, De Script. Ecelet. t. III, p. 2348-2360.

» Boivin, Acad. des Inscript, t. II, p. 714-729. — Tiraboschi, Stor. t. VI, part. I, p. 264-278. — Brucker, Hist, philos, t. IV, p. 71 et seq. — J. Morelli, Cùd. Ms. lai. Bibl. lyanianœ, p. 50.

ne restait donc aux Grecs, de leur ancien éclat, que Tintelligence de leur langue, leurs connaissances en philosophie et leurs bibliothèques, qui étaient fort considérables, s'il est vrai, comme l'assure le cardinal Isidore, que les Turcs, après la prise de Constantinople, détruisirent cent vingt mille volumes '. Mais, heureusement, la plus grande partie de ces trésors avaient été communiqués, avant cet événement, au reste de l'Europe, et les Italiens étudièrent avec tant d'assiduité, que Constantin Lascaris avoue que la langue grecque était plus cultivée en Italie que dans la Grèce même ^

Marins Philelfe avait quatorze ans quand il arriva k Constantinople, et sans doute il y fut accueilli favorablement. L'empereur était son protecteur et l'avait appelé dans sa capitale ; son père y avait réuni des places k une grande réputation, et l'on dut voir avec plaisir un rejeton de la famille des Chrysoloras. François Philelfe avait pour ami k Constantinople Jean Ârgyropule, qui, malgré son humeur morose et son inconséquence, était savant et éloquent ; il avait, quelques années auparavant, donné des leçons au célèbre Pallas Strozzi, lorsqu'il fut exilé k Padoue. Ârgyropule revint en Italie avant la prise de Constantinople, et y fut un des restaurateurs de la langue grecque '. François Philelfe lui recommandait ses amis*^, et sans doute il

* Laur. Qnirin. Epistol, ad Nicol. F, apud Degli Agostini, Scritt. Viniz. h p. 218. — Vid. etiam Ducœ Hist, Byz, c. 4f , p. 176.

* CoDst. Lascar. Proem. ad Grammat apud Iriart. Cat. Codic. Grœc. Matrit. p. 185-188.

s Sur Jean Argyropule, voy. Fabric. Bihl. Grœc, t. Xf, p. 460, éd. Harles.— Hody, De Vir. Gr. p. 194 et seq. — Mehu«, Praf. ad Ambr. Camald. Vit. p. XX. — Tiraboschi, Stor. VI, i, p. 239 et seq. et IX, p. 90. — Papodopoli, UUt. Gymn, Patavin. il, p. 179. — Bœrner, De Doct, Vir. Grcbc. p. 138, et les autres auteurs cités par Saxius, Onom. lilerar. t. Il, p. 446.

* Fr. Philelf. Epist. p. 30 r», Perleoni, Idibus April. 1441 : « Commendavr te per litteras Joanni Argyropylo, presbytère erudîto ac diserto et amicè et diligenter. Quantum autcm commendatio de te mea profuerit, fac ut certîor fiam. Solet enim qoaudoque vir iste non minus levitatis morositatisque prœ se ferre qnam disciplinas. Sed tu uteris, si sapias, prudentia tua, teque et hominis ingenio accomodabis et tempore. Litteratura tibi ex eo comparauda est, non mores. »

JEAN-MARIUS PHTLELFE. 41

prit ce soin pour son fils. Mais Marins, jeune et bien venu dans une grande ville, pensa plutôt k ses plaisirs qu'à ses études S il perdit son temps, dépensa plus d'argent que son père n'aurait désiré, et il parait que celui-ci s'en souvint lorsque, bien des années après, il fit son testament dans un temps oh il était très-mécontent de son fils *. On voit par les lettres de François Pbilelfe que ses amis de Gonstantinople lui rendaient compte de la conduite de Marins, et qu'il les priait de lui faire des remontrances^.

Cependant François Pbilelfe perdit sa femme, sa chère Théodora Cbrysolorina, mère de Marius. Elle cessa d'exister le mercredi 3 mai 1441 . En annonçant cette triste nouvelle à Marius, son père lui donna l'ordre formel de revenir au plus vite à Milan, ff n est inutile, n lui écrit-il, « que tu perdes ton temps à Gonstantinople, où tu avais été pour étudier, et où non-seulement tu n'apprends rien, mais où tu oublies ce que tu avais appris, tant tu te montres soigneux de ton éducation^. » Mais Marius ne se hâta point d'obéhr k son père, et il ne revint k Milan qu'après le 15 mai 1442 \ D parait qu'k son retour il répara, soos la direction de son père, ses distractions de Gonstantinople, qu'il étudia avec zèle et succès, puisque François Pbilelfe, dans son testament, lui rend le témoignage d'être devenu à um école un homme très-$avant ^.

« RaceoU. Milanes. 1756, no 19. — Rosmini, t. III, p. 84.

« On lit danB le testament de Fr. Philelfe fkit en 1 479 : t . . . Quod dictus Marias filîas... habuent maltas prœrogatîvas et adjiunenta â dicto testatore pâtre sao qoœ non habuernnt alii filii . . . pnecipuè qaandô misit eum ad studendom Constantinopoli, ubi retinoit eum dominnm Marium per pliures annos, cum mazimis impensis et laboribos, etc. • (Sax. Hist. Lit. Med, p. 223.)

> Rosmini, t III, p. 85. — Fr. Philelf. p. 30 vo. Perleon. : « De Mario filio quas seapsisti ex aliis qnoque didiceram. Frustra nitimur invita Minerva. Tu hortare adolescentem assidue, ut fiicis, non minus ad mornm integritatem et elegantiam qaam ad litteras. -

* Fr. Philelf. Ep, p. 3i r' du 31 mai.

s Fr. Philelf. Ep. p. 32. Cat. Sacco.

« Sax. ni»t. LU. Med. p. 223.

42 VIE ll£

Quoique François Pliilelfe ait, à plusieurs reprises, lémoigiié le désir d'entrer dans les ordres sacrés, le célibat était peu de son goût, et bientôt le duc de Milan, Philippe-Marie Yisconti, qui faisait grand cas de Philelfe, lui fit épouser Urstna Osnaga^ ou de Oxnago^ qui avait de la fortune, de la naissance, de la beauté et de la jeunesse % et il est assez remarquable que Philelfe, même k l'âge de cinquante-cinq ans, disait encore qu'il n'aurait jamais épousé et n'épouserait jamais que des jeunes filles'. On juge de l'époque de ce second mariage par les enfants qu'Ursina donna à Philelfe : elle mit au monde deux filles k la fois, dont Julia mourut en bas âge et Augusta survécut k sa mère, et devint, dans la suite, religieuse^ sous le nom de Prudentia. Ursina eut un fils appelé Olympus-Flavius , qui mourut âgé de neuf mois en mai 1446*^, et une troisième fille qui mourut le 6 janvier 1448 ^ U parait que le chagrin de la perte d'Olympus altéra la santé d'Ursina, qui était mourante au mois de juillet 1447 ^.

Je pense que Marins reçut k Milan le degré de docteur, et que son goût pour l'indépendance, et le nouveau lien que son père venait de contracter, l'engagèrent k quitter cette ville. U alla faire, k Savone, le premier essai de ses talents pour enseigner \ Les Anciens qui gouvernaient cette petite république

« Fr. Philelf. Ep. p. 39 ro. — G. Paver. Font, apud Sax. Hiêt. LU. Hed. p. 223. — Fr. Philelf. Heeat. Dec. !X, Sat. 8 :

« Quœ fait Insabribus forma prslata puellis

Omnibus, Artemidi at quœ nec concederet ipsi,

Hosnaga de stirpe fluens mihi jungitor uxor,

Vulgari ne dote quîdem; peperitque puellas

Très Ursioa vlro, quse nunc vescuntur et aura.

At quartus, formœ splendor, cui nomen Olympo

Indiderat, patrium dam festinasset Olympnm

Attulit heu misenc mortem. »

« Fr. Philelf. £p. p. 81 vo.

s Sax. Hist. Ut. Med. p. 223.

♦ Fr. Philelf. Ep, p. 39 ro.

s Rosmini, t. II, p. 284. — Fr. Philelf. Deead. IX, Sat. 8. 6 Fr. Philelf. Ep. p. 40 r«.

^ Rosmini, t. III, p. 87, dit que Marins alla à Savone en 1446, et cite le ms. de

JEAN-MAIUUS PUILELFE. 43

Tavaient choisi pour professeur de grammaire et de rhétorique, et lui avaient assigué 128 Uvres par an d'appointements ^ La ville de Savone, dans les siècles précédents, n'avait cessé de travailler à recouvrer son ancienne Uberté ; elle avait fréquemment brisé le joug que Gênes, sa voisine et sa puissante rivale, prétendait lui imposer, et les Génois , qui la traitaient de rebelle, faisaient de grands efforts pour la soumettre. Il n'y avait pas longtemps que ces deux villes avaient secoué la domination du duc de Milan, qui, pendant quinze années, en avait été maitre. Savone, dans ce temps, était riche et florissante : un commerce considérable, favorisé par un beau port, était pour elle une source féconde de prospérité. Comme toutes les villes d'Italie, elle cherchait k avoir des professeurs distingués, et sans doute les relations de François Philelfe avec la puissante famille des Frégose procurèrent k son fils la chaire de cette ville. Savone, alors si brillante, perdit depuis, en moins d'un siècle, tous ses avantages par la ruine de son port. Il fut détruit en 1528 par les Génois, lorsque, délivrés par André Doria de la domination des Français, ils reprirent sur eux cette ville. Ds eurent l'idée de raser entièrement une cité qui toujours s'était opposée k leur puissance, mais ils se contentèrent de détruire son port et ses fortifications '. Ds espéraient attirer dans leur capitale tout le commerce de Savone et ôter k la maison de Savoie le désir de posséder cette place, sur laquelle elle avait des

son ouvrage De communit vitœ continentia. Il reçat dans cette ville le droit de cité. — Andres, Calai. Ms. Captlupi, p. 78. — Bettinelli, Délie Lettere ed Arti Mantouane, p. 23. — Sur Savone, voy. Agost. Maria De Monti, Compendio di Memorie Utoriche délia ciità di Savonne e degli tutmini illuttri Sawmnesi, Roma 1697, S».

> Tiraboschi, Stor. t. IX, Sappl. p. 126.

i Jaoob. Bonfadius, Annal. Genuens. lib. 1, p. 1342 (in Thesaur. Grœv. et Barmann.) rapporte en ces termes le décret rendu par le sénat de Gênes contre Savone : • Cam Savonenses à Genuensibus per perfidiam defecerint , placere muros Savons funditiis everti, nova propugnacula omnesqne mnnitiones complanari, fossas nrbis compleri , portum obstrui , cives vero ipsos cum eorum bonis incolumes esse. »

prétentions. Depuis ce moment, la décadence de Savone fut rapide * ; plusieurs événements l'accélérèrent dans la suite, et cette ville, si opulente au temps des papes Sixte IV et Jules II, dont elle était la patrie, n'a plus maintenant aucune considération, et montre dans quelques palais, disproportionnés à son état actuel, la preuve de tout ce qu'elle a perdu '.

Après quelques années de séjour k Savone, la renommée de René, comte de Provence, duc d'Anjou et roi de Naples, attira Marins k Marseille. Ce prince avait une grande réputation militaire, mais il avait toujours été malheureux dans ses entreprises. Sans cesse employé dans les guerres de France et d'Italie, sa vie active contrastait avec ses goûts, et dans la suite, après avoir échoué dans une entreprise contre Gènes (1461), dans laquelle il servait sous Charles VII, il finit par renoncer k la guerre ', et s'adonna entièrement k l'étude des arts, surtout k la peinture, pour laquelle il avait une véritable passion^. Il composa quelques ouvrages en vers et en prose ^, et fut aussi l'auteur de la musique destinée k accompagner la bizarre pro-

I Jacob Bracelli, Orœ Ligttsticœ Deicript. p. 55, in Burmao. The9. 1. 1, part, i : « Est et Vadorum portuB. Hinc septem passuum millibus Savona distat, urbs multorum popalorom commercio nobilis ; nonc dîsjecta mole, qaœ fluctibus opposita portum efficiebat, manca et trunco corpori similis relicta. •

* Muratori, Annal, t. XII, p. 204. — H%$t, Univ. trad. de Tanglais, t. XXXV, p. 630, 4». — Lalande, Voyage en Italie^ t. IX, p. 415 et suiv.

s Villeneave-Bargemont, Hiit de René d'Anjou. — Bodin, Recherches sur U Haut-Anjcuy t. II, p. 7, 28. — Millin, Voyage dans le midi de la France.

* Sur les ouvrages de peinture et d*enlnminnre du roi René, voyes Catahg. de la Bihl du duc de la Vallière^ n» 285 et 1. 1, add. p. 13-16. — M. de Saint- Vincens, Magasin Encycl. 1813, t VI* p. 351 et suiv.

s Sur les écrits de René, voy. Caial. de la Bihl. du duc de la Vallière, n»* 2811, m^.-^Biblioth. des Romans, année 1778, t. II, p. 182 et suiv.- Bodin, Rech. Bist. sur le Bas-Anjou, t. II, p. 1-22, 22-24, 483. Le confesseur du roi René, Pierre Marini , évéque de Glandeves , blâma le goût de ce prince pour les romans et les tournois. Dans un sermon prêché devant lui, il cite Tezemple de Charlemagne, qui lisait chaque jour quelques chapitres de saint Augustin : > Non sic &ciunt multi reges modemi. Ils préfèrent des livres pleins d*amour, de vanité et de mensonge, tels que les romans d*Artus et de Lancelot, qui potlùs ad vanitatem, lasciviam, et superstitionem mentem incitant quam ad devotio-

JEAN-MARIUS PIIILELFE. 45

cession de la Féte-Dien, qu'il élablit à Âix, et dont il prétendit faire un spectacle honorable pour la religion V

René protégeait et accueillait tous les talents % et s'efforçait, dans sa modeste cour de Provence, de ranimer les arts, les sciences et le génie des anciens troubadours '. Ces pères de la poésie vulgaire remontent au onzième siècle; les Arabes d'Espagne leur indiquèrent peut-être les charmes de la poésie, mais les troubadours ne furent point imitateurs : leur génie fut indépendant et leur imagination aussi vive qu'originale. Les premiers de ces poètes furent de la Catalogne^; les Provençaux suivirent leur exemple, et furent imités par les Italiens \ Cette poésie provençale, toute lyrique, eut un si grand succès qu'elle étendit

nem. • (Notic. des Sermons de Pierre lUarini, par Faons de St- Vincent, Magasin Bneydop. 1813, t. III, p. 26.)

< Cies. Nostradamns, Hist, de Prov. p. 682.— Bouche, Uist. de Prov. p. 471.

— Papon, Hist. de Prov. t. III. — Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d'ÂiXy Aix, in-I2. Esprit David. — Millin, Voyage, — Rouard, ^olte. surlaBiblioth. d'Aix, p. 53.

* René prit des leçons de grec de Marias. (Fr. Philelf. £p. p. 52 y».)

' CaeaarNostradamus, Und. part VI, p. 583. — On voit que la poésie des troubadours était originale et qu'elle venait de prendre naissance, puisqu'elle était encore unie à la mnsique, caractère propre à toute poésie primitive.

^ Les Provençaux furent mis en rapport avec les Catalans par le mariage de Donce a Raymond Bérenger, comte de Barcelone, en 1112. La langue provençale était alors la langue moderne la plus élégante. On l'apprenait par goût et par prétention, comme aujourd'hui le français. ( Bembo, cité par PruneUe, Discours^ p. 64.)

' Voy. Andréa, Orig. e prog. d'ogni leter. t. I. cap xi. — Lampillas, Saggio délia Leter, 5/Mi^ntioto.— Sainte-Palaye, Acad. des Inscr. t. XXIV, p. 681-683.

— Bastero, Crusca ProveniaU,, Rom. 1724, fol. — Le plus ancien poëte connu en langue d'oc ou provençale est Guillaume IX, comte de Poitiers, qui composait avant la fin du onzième siècle. Le plus ancien poëte sicilien connu est CiuUo dal Camo, mort en 1193. Le Dante ( Vit. nuov. p. 35, op. éd. Zatt t. IV, i), en fixant les commencements des poésies provençale et italienne à 150 ans avant Tan 1295, époque où il écrivait, a pris un terme moyen par lequel il a trop retardé l'origine de la première, et donné trop d'antiquité à la seconde, pour les faire naître en même temps. (Tiraboschi, Stor, t. III, p. 281. — Bettinelli, Risorg. d'Étal, t. II, p. 67.) — La poésie provençale et la poésie sicilienne ne sont point nées l'une de l'autre, mais paraissent dues chacune séparément à l'exemple donné par les Sarrasins qui vinrent d'.\frique en Espagne et en Sicile. Les Arabes d'Espagne n'eurent aucune influence sur la Sicile ; mais bien peut-être ceux d*A-

la langue (ïoc depuis TEbre jusqu'au Pô, et qu'elle fut cultivée avec quelques différences de dialectes en Espagne, en Gascogne, en Provence et en Lombardie*. Dans le douzième siècle, les Allemands et leur empereur Frédéric II ', les Anglais et leur roi Richard, composèrent en langue provençale ', et les charmes de cette poésie légère, faite pour être chantée plutôt que pour être écrite, eurent nne grande influence sur les mœurs et la culture d'une grande partie de l'Europe.

Le temps brillant des troubadours fut le douzième siècle et la preniière moitié du treizième ; la Provence était alors gouvernée par la maison de Barcelone. La cour de ces princes k Aix, celle des vicomtes de Marseille, et de plusieurs autres seigneurs, recevaient leur plus grand éclat des chants et des amours de ces nobles et tendres poètes'^. Us ne se bornaient pas toujours k célébrer leurs dames, quelques-uns avaient des vues plus sérieuses, et censuraient avec autant de liberté que de naïveté la conduite du pape, des rois, du clergé et des grands ^ C'est surtout contre les Français que les troubadours

friqae, car an neaviôme siècle les Arabes commerçaient avec Tltalie et principalement avec Amalfi. Guillaume de Pouille dit en parlant de cette ville :

« Hue et Alezandri gens hsec fréta plurima transit,

His Arabes, Indi, Siculi noscuntur et Afri. » En tout cas, la poésie existait dans cette île, et dans le midi de l'Italie, avant l'arrivée des Normands. Ainsi les idées de Lampillas et des Bénédictins {Uist. lit. (le la France^ t. VII) ne sont pas justes. ( Voy. SignoreUi , Vicende délia coUura neUedue SicUie, 1. 1, p. 193 seq.) Il est remarquable que Pétrarque, qui connaissait si bien la Provence et ses poètes, accorde la priorité aux Siciliens. (Prœf. in EptMt. Famil.)

< Comparez Ste-Palaye, Aead, de» Inser, t. XXIV, p. 672-677, et Papon, Uist, de Prov. t. Il, p. 468472. -« Le Dante a écrit une Gansone dont les vers sont provençaux, latins et italiens (Ginguené, Hiêt litt. d'ItalA, 1, p. 465), et, dans son Purgatoire, il a fkit parler Arnaud Daniel en provençal.

< Voltaire, Es$ai tur les mœurs, ch. 82. — Schlegel, De la poés, provençale, p. 75.

s Zurlauben, Acad. des Ênscr. t. XL, p. 154-169. — Andréa, Oriyin. e prog. t. I, p. 316. — Papon, Lettres sur les Troubadours, p. 229 et suiv.

* Raymond Béreuger et ses filles faisaient des vers.

s Voyez Millot, Hist. des Troubad, t. I, p. 452. — Papon, Hist. de Prov, — Millot, ibid, t. II, p. 138, 432, 448.

JEAN-MARIUS PHILELFE. 47

expriment vivemeat leur haine ^ En effet, leur domination causa la ruine de ces poètes, comme celle de toute la Provence, et les persécutions contre les Albigeois les avaient déjà fait haïr dans les provinces méridionales'. Charles, frère de saint Louis, devint, par son mariage en 1245, souverain de la Provence, et vingt ans après il conquit le royaume de Naples. Ce fut alors que l'absence de la cour, le manque d'encouragement, la ruine de la noblesse par les guerres d'Italie, portèrent le premier coup k la poésie, et que les concussions des officiers de Charles désolèrent la Provence, qui ne cessa de s'épuiser pour maintenir ses comtes sur le trône de Naples. Malgré l'établissement des Jeux Floraux et des FMs d'Amour k Toulouse, et celui de l'Académie de la Gaye Science vers la fin du quatorzième siècle, à Barcelone ', ce siècle vit la chute de la poésie provençale dans le Midi de la France; elle fut surtout accélérée par la décadence du système féodal, la réunion, aux treizième et quatorzième siècles, des provinces du Midi à la couronne de France, et la formation et la séparation des langues : au quinzième siècle la poésie des troubadours n'existait plus qu'en Catalogne, où elle s'est soutenue jusqu'au dixseptième*.

Lorsque Marins Philelfe arriva à Marseille , René avait été forcé d'abandonner le royaume de Naples. Ce prince était en Provence, où les grands seigneurs lui donnèrent des tournois', noble exercice que René aimait et dans lequel il s'était jadis

« Papon, Bût. de Prov. t. III, p. 447, 459.

« Panni les tronbadoan et les persécuteurs des Albigeois on remarque Fulco ou Foiquet de Marseille.

5 Elle fut fondée par Jean l. (Zurit. Indie. rer. Aragon, in tom. lU. HisfHin. iUuitr.)

♦ Andres, Orig. e progr. t. Il, p. 52 et seq.

* Tournois de Saumur en 1446 (Bodin, Recherch. sur le Bas-Anjou, p. 22}; tournois de Tarascon en 1449 (Id. ibid. p. 28 à 32) ; c'est le tournois décrit en Ters par Beauveau. Eut-il lieu à Arles, comme le dit Pa^n {Hist.de Prov. t. III, à la fin), ou à Tarascon, comme le dit Bodin? V. encore Villeneuve- Bargemont, liât, de René d'Anjou.

rendu célèbre. René et sa première femme, Isabelle S étaient chéris des Provençaux, dont rattachement avait encore augmenté par les réformes qu'il avait faites dans l'administration de la justice, la procédure criminelle et les lois en faveur des pupilles'. Quand le bon roi René habitait la Provence, il passait l'été aux environs d'Aix, et l'hiver a Marseille, dont le climat et le port lui plaisaient. Marseille n'était plus cette ville libre , riche et florissante qui , au douzième et au treizième siècle, rivalisait pour le commerce avec les républiques d'Italie, et avait des établissements et des privilèges avantageux dans les villes de la Palestine, de l'île de Chypre et des côtes d'Afrique '. Charles d'Anjou prit Marseille en 1257 '^, et en lui ôlant une partie de ses privilèges et de son indépendance, il altéra la source de sa prospérité. Après la conquête de Naples, l'absence de la cour, les frais de guerre, les importions accablèrent cette ville comme le reste de la Provence. Les rois de Naples n'eurent pas même l'idée de contre-balancer une partie des maux qu'ils faisaient éprouver aux Provençaux, en leur facili-

1 Elle était fille de Charles II, duc de Lorraine; mariée le 24 octobre i420, elle mourut a Angers le 28 février 1 452.

* Papon , Hist. de Provence, t. III, p. 392. — Boisson de la Salle, Et$ai sur Vhist. des comtes de Provence, Aix 1820, 8«. — Le comte de Villeneuve, Précis historiq, sur la vie de René d'Anjou, Aix 1820, 8° (avec Touvrage précédent). — De Villeneuve -Bargemont, Hist. de René d'Anjou, Paris 1825» 80, 3 vol.

5 Papon, Hist. de Prov. t. II, p. xiv, xvii, xviii. Charte 14 et 18, et p. 353- 356. — La ville basse jouissait seale de tous ces avantages. Elle avait acquis au commencement du treizième siècle les droits seigneuriaux des vicomtes, et se gouvernait par des consuls ou un podestat. La ville supérieure n'avait ni commerce ni liberté; elle appartenait à l'évéque, en vertu d'anciens droits cédés par les empereurs, et gémissait sons ce joug. Charles, en 1257, acheta les droits de Tévêque et devint maître de toute la ville.

* Sur la prise de Marseille et la cruauté de Charles, voy. G. de Nangis, Ann, p. 244.— Bouche, Hist, de Prov. t. II , p. 271.— Chronique de St-Denys, f. 80. — Baralde Baux, lieutenant de Charles d'Anjou, prit encore cette ville en 1262, et recommença les exécutions. Marseille perdit alors la plupart de ses privilèges. Bouche, t6i(/. p. 274. — F. delà Chaise, Hist. de saint Ixfuis, t. XII, c. 29.

JEAN-MARIDS PfllLELFE. 49

tant le commerce avec l'Italie, et celui de Marseille fut réduit à l'expédition de quelques navires dans le Levant. Le numéraire disparut) le peu qui en restait était entre les mains des Toscans et des Lombards, qui prêtaient sur gage k un haut intérêt S La pénurie était extrême autour de René, et ce roi (ut toujours sans argent.

Le roi René, qui était en correspondance avec des savants et des patriciens de Gênes et de Venise ', connaissait certainement le mérite de François Philelfe. Marins dut à la réputation de son père le bon accueil qu'il reçut du roi, qui, charmé de son nouveau protégé, lui donna à Marseille une charge de magistrature", qu'il sut exercer convenablement^. Marins était dès lors marié, mais tout ce que l'on sait de sa femme, c'est qu'elle avait nom Marie ^, et que, dès l'an 1451, il avai^une fille appelée Jeanne^, et un autre enfant^ qui est sans doute celui qui porta le nom de César ^. Marius s'était donc marié en 1448 ou 1449, et l'on ignore le lieu où se fit son mariage ; ce fut vraisemblablement à Savone.

Parmi les lettres de François Philelfe, la première qu'il adressa à son fils, en Provence, ne renferme que des exhortations morales', et l'on peut remarquer que, malgré de grands

« Papon, HitLdeProv.i. UI, p. 408.

s PapoD, Hiêt, (h Prov. t. in,p. 38S-386. ~ Vespasian. Florentin, apud Rosmini, VU. Guarin, t. II, p. 137.

' VilleneuTe - Bargemont, HisL de René d'Anjou, t. II, p. 106, dit que le roi René donna à Marins Philelfe V honorable place de juge du pcUaie en Pro-

* Fr. Philelf. Epist. p. 49.

> Mar. Philelf., dans ses Epiiomala^ nomme sa femme Marielta Carretta (p. 55) ; elle appartenait vraisemblablement à la famille des Carretto de Final on de Millesimo.

• Fr. Philelf. Epi$t. p. 55 ro.

"* Fr. Philelf. ibid, p. 64 v», parle des enfiints de Marias anplariel et

fUuM » : U y avait donc un fils.

s Fr. Philelf. ibid. p. 117, 127. — A la page 1 17 : « Csesarem meum bene in litteris profioere plorimom lœtor. - César devait avoir dix ans environ, à l'époque où fut écrite cette lettre.

» Fr. Philelf. ibid. p. 47, du l«r octobre UbO.

défauts, il fut très-bon père, et ne cessa jamais de donner à ses enfants des marques d'intérêt et des conseils vertueux. Une seconde lettre félicite Marius sur sa nouvelle dignité, et l'exhorte k s'attacher au roi René, s'il peut obtenir la faveur de ce prince, ou k revenir en Italie ^ Dans le mois de novembre, Marius fit un court voyage k Milan pour voir son père, qui, charmé des bienfaits dont René comblait Marius, écrivit k ce prince une lettre de remerciement, dans laquelle il lui recommande son fils, lui vante son érudition et s'efforce de prouver que la générosité envers les gens de lettres est la vertu la plus digne d'un roi '. Marius fit un court séjour k Milan, et revint en Provence par la côte de Gènes, où son père le recommanda

f Fr. Philelf. ibid. p. 49 r« : « Aadio te fùnctum Massiliœ magistrato, eteo qui* dem non mediocri, tua cum lande, id qnod me plurimnm delectat. Tua enim lans omnis nostra est. Reliquam est ne tempns vacnam labi patiaris , qnod eo magis facere debes, quo melius tibi et uxori familiasqne consnlas. Qnare da operam ne istic tibi frustra tempus teratur. Si Renatus rex te carum habet, nt solet pro humanitate et munificentia ingenîisni, enm cunctis in rébus sequaris jnbeo. Quod si secus fortuna tulerit, te in Italiam recipe, et ibi malis esse ubi aliqno numéro sis, ut inqoit Cicero, quam istic, ubi solus sapere videare. Expecto mathematicum illnd opus, de quo scripsisti ad me antea, et si quid Grsecorum librornm offenderis. Cura ut valeas, teque ab imminenti pestilentiœ morbo, quoad possit, incolumem reddas.

« Vale. Ex Mediolano, vi kal. norembr. M.CCCC.L. •

* Fr. PhUelf. Epiât, p. 52 : « Joannes Marius fiUos, corn nuper Mediolanum mei visendi gratia rediisset , cum adyentu suo cupienti et exoptanti mibi to- Inptatem maximam attulit, tum eo jucundior fuit, quod se tibi carissimum esse dedaravit et id quidem permultis, erga se , tuis ac pnlcherrimis beneficiis. Quid enim adolescenti ad virtutem vel nato vel contendenti, fortunatiua possit contingere , quam ejus principia uti consnetudine apnd quem versari non minus

sit honorificum quam frnctuoeum? Quare cum video esse filio, apud te,meo

et honestati simul et utilitati locum, non possum médius fidius non lietari , cum ejus, tum etiam tua causa, cujus laudi vehementer faveo. Ego tibi , rex Renate, non mediocriter sum affectus, quippe quem andiam iis virtutibns prsditum, qu8D maximsB sunt in rege, humanitate, munificentia et studio disciplinée... Liberalitatem autem et munificentiam tuam, etsi jam pridem,et una et viva et eadem omnium voce atque laudatione, audieram celebrari, eam tamen cum sum expertus in filio , te hujus modi esse statuo cujus vitam et incolumitatem debeant sa-

pientes Vix est enim alla virtus alla quœ munificentite prœstet in condlian-

dis hominum studiis atque bcnivolentia. Prœterea quid aliud habent boni fastigia

JEAN-MARIUS PHILELFE. 51

k Thomas Frégose, gouvernetir de SavoneV Le roi René employa Marîus à former, à Saint-Maximin, une bibliothèque dans le couvent des Dominicains, qui avait été fondé par Charles II, comte de Provence, vers la fin du treizième siècle, en l'honneur des reliques de Sainte-Madeleine '. Aux livres rassemblés par Marius, le roi René fit joindre tous ceux qu'il avait rapportés d'Italie', et dans la suite (1476) ce prince fonda au même lieu un collège où l'on enseignait la philosophie, les belles-lettres, le droit canon et la théologie ^.

D semblait que Marins Philelfe devait se trouver heureux à la cour d'un prince qui l'aimait et avait, comme René le Bon, un certain charme dans le caractère qui lui attachait tout le monde. Mais l'inconstance qui dominait notre poète et dirigeait ses démarches, non-seulement l'empêcha de suivre son protecteur en France , mais le poussa à quitter Marseille. On sait que, vers la fin de 1450, il fit un second voyage à Milan, qu'il

principatuam ac regnorum quo illomm pneaides cœteris hominiboB vîdeantar beatiores, nisi ut his dandi et bene&ciendj probatîs Tiris facîlîor sit facultas? Qnanto igitar dandi atqae donandi manere diligentior fueris, tam eo te magis prîncîpata dignum ostendis, tum cœteros omnes aut rapis in amorem toi , aat ad te amandom facia ardentiores. His ergo tam prseclaris regalibasque Tirtatibos cnm te ornatnm esse intelligo, rex Renate, œqniore patior animo absentîam dilectiasimi filii, pnesertim cum animadverto filii utilitatem, cnm tua et utîlitate et Toluptate conjunctam esse. Non enim is tîbi parum prodesse queat ad GrœcsD disciplins pneceptionem, qua te jure delectari andio ac Isetor. Reliqnnm est ut intelligas me totum esse in filio. Quare qnidquid in hune humanitatis tuas benignitatisque contuleris, id omne in me ipsum abs te collatum judicabis..... Ex Mediolano VI kal. decemb. M.ccccL. ■

t Fr. Philelf. Epist, p. 52 to, 6 kal. dec. 1490.

< Bouche, Hùt. de Prov, t. II, p. 330.

s Andr. Alciati EpiitoL ad Fr. CaWum ( in Marq. Gu<m Epistol 1. 1 , p. 84) : •• Scripsi ad te alias nactum me integrum Donatî commentarium, quo ille Vergilitun interpretatur ; is in Castro quodamSanctî Maximini, quod est prope Aquas Sextias in Provincia habetur; inibi enim biblioCheca à Renato AndegaTensi in grarîam qnorumdam monachorum instructa, iufUque plurimi libri quo» Ma- HiM PhUelphu» eo eongessit, sunt et quos bellorum calamitas, quœ sub eo rege in Neapolitano regno fuit,dissipavit,donec in eam bibliothecam reponerentur... ATenione, XIV kal. Jan. 1520. »

* Bouche, Hist. de Prov, t. Il, p. 476.

52 VIB DE

revint en janvier, qu'il fut incommodé dans sa route \ et que, malgré les exhortations de son père, qui le pressait de retourner auprès du roi René, il s'arrêta à Final, petite ville à environ onze lieues de Gènes', fl avait promis de revenir promptement pour assister aux noces de sa sœur Panthéa, qui, au mois de février, épousa Jérôme Bindoti de Sienne'; mais il n'était pas encore arrivé à Milan au commencement de juin, puisque son père, à cette époque, demande à Gènes des passeports pour Marins, sa femme, ses enfants et ses domestiques ^. Peu après, Xénophon, frère de Marins, fut envoyé à sa rencontre jusqu'à Gènes" ; mais ne l'ayant point trouvé, il revint vers son père et le suivit k Crémone, où la peste obligea François Philelfe de se retirer avec toute sa famille. D donna avis de ce départ k son fils Marins*, et la crainte de la contagion valut k ces fugitifs un mauvais accueil, que Philelfe ne pardonna pas aux Grémonais^.

Cependant Marins était k Final , ville alors ennemie de Gènes ; c'est pour cela que François Philelfe montre tant de sollicitude eu demandant des passeports qui assurent la sécurité du passage de son fils par le territoire de cette république ^. Les marquis de Final' étaient depuis longtemps des voisins in-

> Fr.Philelf. Ep, p. 54 vo. Mario.

« Id. Und. p. 55 ro. Mario, vu kal. feb. 1451.

> Id. ibid. p. 62 v». Nie. CebiB, Guin. Barzîzio « Id. ibid, p. 64 yo.

» Id. ibid. p. 66 r».

« Id. ibid, p. 66 v<».

-* Id. ibid. p. 67 r*.

* Id. ibid.p, 64 ▼<>. Nie. Cebie : • Verum id tuto ae sedulo Joannes Marias filins instituit ad nos redire. Itaqne rogo te migoreni in modnm, qno id commode filins fiicere possit, cnres meo nomine apud nrbis prœfectnm... Nicolanm Pnegosnm... nt pnblicœ fidei littene ad illnm dentur, qnibns ei cnm uxore et filiis ac rebns et cnm sociis sex qnam tntissimè iaeere iter lioeat , per Gennennnm locos, sen Sagona iter sit habitnms, sire qnacnmqne decreverit. Nolim enim qnoniam Tersatns est in eomm oppidis qnos vestra respnblica dncit in hostibns, qnicqnam ei imminere inde possit inconunodi...* vi. Id. Jnn. MCCCCLI.

B Jac. BracelUi Orœ Liguêtic. ducript, p. 55. Bnrmann. ThcM, t. I. « ... Finarinm oppidnm a cœli salnbritate nominatnm, abest a mari duo prope passuum millia, angustias yallis clandens, in cujns fancibus situm est. •

JEAN-MARIUS PHILELFE. 53

commodes et dangereux pour Gènes. Galeotto Carretto, l'un d'eux S secondait dans toutes les occasions les ennemis de cette viUe, et faisait fréquemment des incursions sur ses terres'. Lorsqu'en 1447 Janus Frégose (mort k la fin de 1448) fut devenu doge en expulsant les Adomes, il fit déclarer la guerre au marquis de Carretto, et, deux ans après (1449), Louis Frégose prit la ville de Final. On agita alors à Gênes la question de savoir si l'on ne raserait pas cette ville, mais on se contenta de démolir sa citadelle. En 1451, Jean, frère de Galeotto, aidé de quelques troupes françaises et de Spinetta, marquis de Savone, parvint à reprendre la ville de Final '•

Il parait que Marins demeura k Final ou k Millesimo jusqu'k l'automne de 1451, et que, pendant son séjour, il s'occupa k écrire, k la gloire des Carretto, l'histoire de la guerre qu'ils venaient de soutenir contre Gènes. Cet ouvrage existe encore, et Marins le présenta, le 1^^ janvier 1453, au marquis de Savone, qui avait contribué au rétablissement de Carretto. Il l'envoya aussi a Constantin Paléologue, en y ajoutant une autre épitre dédicatoire, et il le croyait propre k encourager la défense de Constantinople, qui était au moment de succomber sous les efforts de Mahomet. Cette histoire est écrite d'un style emphatique et plus oratoire qu'historique '^.

1 Les Carretto descendaient, dît-on, de Witiking. -« Galeotto et Jean étaient fils de Lazsarino del Carretto. Galeotto mourat en janvier 1450; sa femme, Bannina Adoma, moamt à Millesimo d*ane blessure reçue pendant la guerre. — Spineta , fils d'Oddoniuo I^, marquis de Savone ( de la branche des Carretto de Millesimo), avait pour femme Mariola ab Auria. Voy. Jo. Bricherii Columbi Tabulœ genealogieœ gentis Carrettemis et marchionum Savonœ^ fVfiarit, ClavexafUBy etc. manuductione prœmitsa^ etc. Vindobonœ, 174i, fol. — On trouve des extraits de cet ouvrage dans : Novelle Letterar. di Venezia^ 1745, p. 327, et dans : Novelle Letterar. di Firenze, 1748, col. 535,558. — Sur Tauteur Giov. Bernard Brichieri Columbi, de Final, mort en 1753, v. Mazzuchelli, ScriU, t. VI, p. 2089-2091.

* P. Bizarro, 1. XII, p. 275.— Agostino Giustiniani, 1. V, p. 204.

3 Ubert. FogUett. Hi$t, Gen. lib. X, p. 601-602. — I7ûf. univ, t. XXXV, p. 479-483. — Sazius, Hùt Litter, Mediol p. 266.

« Saxins, Uigt.LiUer. Hed. p. 260.— Tiraboscbi, Stor, t. VI, II, p. 297.— J*ai va

54 VIB DE

Tandis que François Pkilelfe croyait son fils encore à Final , et le recommandait, le 13 janvier 1452, k Nicolas Frégose, k Gênes, Marins avait traversé toute la Lombardie pour venir k Ferrare, où Borso tenait une cour brillante. Cette ville parait devoir son origine k des habitants du Frioul, qui, lorsqu' Attila envahit l'Italie, se réfugièrent dans les marais formés par les bras du PdV Ce terrain, qui n'existait peut-être pas quelques siècles auparavant, et qui, alors, n'offrait que des marécages, fut desséché par l'industrie de ses premiers habitants, et dans la suite devint une des villes les plus florissantes de l'Italie.

cet ouvrage de Marius Philelfeà la bibliothèque Àmbrosienne ; il eit précédé d'une préface de Muratori et d'une lettre de Sassi. Vient ensuite le corps de l'histoire intitulé :

« J. Marii Philelphi annalium i^ historiam Finariensis belli atrocissimi , a Genuensibus promoti, volumen librorum octo, et primo proëmiolumad magnificum Spinetam Sagunœ Marchionem.

« Est enim sanctissimum , amplissimumque ezemplum Finarium cum Ga-

leotto et Johanne Marchionibus , quorum res gestae perillustres antecellunt omni antiquitati... Es enim sanguine, Marchio Spineta, ex reliquis Carrectis primus, aliorum pace dixerim , qui nomen immortale in eo bello tibi compararis : nec enim pecuniœ, nec opibus , necdientelis, nec amicis, nec corpori , nec ipsi vits tuœ tuorumqne pepercisti, quo prodiret in lucem ea Victoria. Nec es fessus primo bello, quo captum est Finarium , nec interea labefactus , aut mente motus , nec destitisti hoc secundo, cum redit ad Johannem sobrinum tuum , cum te dico et tuos fratrea germanos , dico viros et darissimos et dignissimos. Habebis ergo primus eam historiam , nec soltim primus eam leges , sed leges quam ego propriis manibus scripsi, etc., etc. *

On lit ensuite : • Joh. Marii Philelphi annalium in historiam Finariensis belli. . pnefktioad sacratissimum Constantinam Romeorum imperatorem, in eam historiam et annalium libres. ••

A la tète de chaque livre (excepté le premier ) il y a un prologue adressé à cet empereur.

L^volume finit par : • Illustri Johanni Finarii Marchioni Joh. Marius PhileU phus salutem plnrimam dicit. » C'est un envoi de son histoire, daté de Millésime, kalendas Quintiles.

« J. M. Philelphi carmen pro Johannis Marchionis reditu Finarium congratnlatorium.

• Pro Galeoti Marchionis obitu ad sepulcrnm epitaphium.

- Carmen ad historiam quo itinere gradiatur ad magnificum Spinetam, Marchionem Sagunœ. -

» Cynth. J. B. Gyrald. de Ferrar. p. I, 2; in Uurmann. Thés. t. VII.

JEAN-MARIUS PUILELFE. 55

L'illustre et antique maison d'Est la possédait, et ses princes, qui dominaient aussi sur Modène et Reggio, furent célèbres par leur valeur, leur magnificence et leur goût pour les lettres. L'université de Ferrare, mal à propos attribuée h l'empereur Frédéric II, ne date que de la fin du quatorzième siècle ; Albert, marquis d'Est, souverain de Ferrare, en obtint l'érection du pape Boniface IX ^ Nicolas III., fils et successeur d'Albert, fut le second fondateur de cette université, et favorisa les lettres autant que les guerres, qui l'occupèrent toute sa vie, purent le lui permettre. Il appela k sa cour Jean Aurispa et Guarino de Vérone * ; celui-ci fit l'éducation de son fils Leonello ', et les talents poétiques de Blanche, fille du marquis Nicolas, ont été célébrés par Titus Strozzi ^. Nicolas fut le père de trois princes qui, dans la dernière moitié du quinzième siècle, donnèrent à Ferrare le plus grand éclat. C'est sous son règne que se tint dans sa capitale le fameux concile qui avait pour but l'union des Grecs et des Latins, et il prenait plaisir à assister aux discussions philosophiques qui avaient souvent lieu entre les savants des deux nations \ N'ayant laissé que des fils légitimes en bas âge, deux de ses vingt et un enfants naturels* eurent successivement ses États, et après eux un fils légitime de Nicolas les posséda. Le premier de ces trois seigneurs de Ferrare fut Leonello % que les historiens représentent comme un

* Tiraboschi, Stor. t. IV, p. S4 et t. V, p. 70.

* La renommée de Gaarino attira à Ferrare une foule de disciples, et plusîears Anglais, déjà célèbres dans leur patrie par leur érudition, viureot en augmenter le nombre. (Rosmini, Vit. di Guarin. t. III.]

3 Tiraboschi, Stor. VI, i, p. iO. ^ Rosmini, Vit. di Guarino^ t. I, p. 26 et •eq., 56 et seq.

♦ Fr. Philelf. Epist. p. 130 r», 153 v«>. — Tiraboschi, Stor. VI, ii, p. 170. — Blanche épousa, en U68, Galeotto Pic de la Mirandole. (Fr. Philelf. Ep. p. 220 v».;

s i£n.Sylv. de Europ.cap. 52, p. 450, oper. éd. Basil.

• Cynth. J. B. Gyrald. de Ferrar. p. 30. — G. B. Pigua, Stor. de* Princip. d'Eeie^nb. VU, p. 518-521. — Rosmini, Vit. di Guarin. 1. 1, p. 60 et seq.

7 La succession de Leonello au marquisat de Ferrare ne fut point une usurpation; elle ayait été arrangée d'avance entre son père, le pape et le marquis

i 56 VIE DE

prince accompli. La paix dans laquelle il sut maintenir ses États lui valut le titre de Père de la patrie^ et lui permit de favoriser l'université de Ferrare, de la réformer et d'y attirer les gens de lettres les plus distingués' ; il était lui-même très-savant ; il cultivait l'éloquence, la philosophie, la poésie, et ses vers itaUens sont très-remarquables pour le temps '. François Philelfe fut du nombre des savants que Leonello invita k sa cour; mais il était alors à Milan (1449), dont les habitants prétendaient former une république, et ils ne voulurent point le laisser sortir de leur ville'. Leonello mourut le 1^^ octobre

de Mantoae; le testament de Nicolas la lui accorde, et en époasant, en 1429, Richarde de Saluées, celui-ci avait stipulé que les enfants qu'il aurait d'elle n'hériteraient pas de la seigneurie de Ferrare. (Voy. Rosmini, Vit. di Gtiarin. 1. 1, p. 75 et seq., oh. il défend Leonello des accusations de J.-B. Giraldi, et les auteurs qu'il cite dans les Notes , p. 111-112.) Le pape Martin V avait légitimé Leonello en U29. (Muratori, AnI, Est. t. II, p. 194.)

Hercule d'Est naquit en 1431.

* Entre autres Théodore Gaza. (Uody, p. 87.) — Ludovico Carbone. (Laire, Ind.libr.t. I,p. 330.) — Jean Pannonius. (Rosmini, Vit. di Guarino^ t. III, p. 88.) ~ Sur l'Académie de Ferrare , voy. Bettinelli, Risorg, t. I, p. 213. — Pendant le carême de 1450 eut lieu une lutte littéraire, bien souvent renouvelée depuis. Jean de Prato prêchait contre les lettres profanes et les sciences ; c'étaient Albert de Sarziano et Gnarino qni défendaient leur cause. (Lettr. de Guarin ap. Martenne Ampliss, Collect, t. III. — Rosmini, Vit. di Guarino, t II, p. 22,161, et t. III, p. 57-00.) Timotbée MafFei, archevêque de Raguse, a traité le même sujet en faveur des lettres. (Rosmini, ilnd. t. III, p. 66-69. — V.Comiani, ISecol. t. I, p. 410. — Basilii magni oratio de legendis gentilinm libris.) — Quant à Albert de Sarteano ou de Sarziano (en Toscane, et non pas de Sarzane près de Chiusi), voy. Rosmini, Fir. di FiUlf. t. II,p.25,not. — Tiraboschi, t. VI, p. 255- 258. — Voy. Lettres à* kWïen de Sarziano, dans Martenne et Durand, Amplis, I Colleet. t. III. — Argelat. Script. Mediol. col. 2028 (il dte d'A. de Sarziano:

« Oratio habita Ferrariœ die septima maji anno 1447*). — F.-D. Camusat. ad I Ciacconii Biblioth. p. 838-841 (indiqué par Sax. Onom. Litt.). — Il mourut en

« Muratori, Annal, t. IX, p. 239. — Tiraboechi, t. VI, p. 21-22.— G. B. Pigna, ibid. 1. VII, p. 542-543.— Rosmini, Vit. di Guarin. 1. 1, p. 60.

s Fr. Philelf. Ep. p. 44. — Philelfe avait longtemps été du parti de la liberté. (Voy. Lancelot, Aead. des înser. t. X , p. 706-71 1 . — Sax . Hist. Litt. Med. p. 180.) 11 s'unit ensuite an parti de Fr. Sforce, et appela alors la liberté prétendue des Milanais « une atroce et affreuse tyrannie. • ( Fr. Philelf. Epist. p. 110 ro.)

JBAN-MARIUS PHILELFE. 57

1450, et eut pour successeur Borso, son frère, autre fils naturel de Nicolas '. Moins remarquable par son savoir, il l'emporta peut-être sur son prédécesseur par son amour pour les lettres et sa générosité : sous sa domination, Ferrare devint le rendez-vous de tous les savants distingués de l'Italie. L'empereur Frédéric m, en 1452, lui donna le titre de duc de Modène et Reggio, et, en 1471, le pape y ajouta celui de duc de Ferrare. Borso mourut peu après cette faveur, et son successeur fut cet Hercule, fils légitime de Nicolas III, que ses fi'ères bâtards avaient deux fois exclu de la principauté. Les guerres dont son règne fut rempli ne lui permirent pas de s'occuper des lettres autant que ses prédécesseurs ; cependant il les encouragea, n eut aussi du goût pour les arts, et ses travaux ont été célébrés par plusieurs poètes, entre autres par Titua-Vespasien Strozzi, l'un des plus grands poètes de son temps. C'est à Borso et k Hercule, dont la magnificence effaçait en tout ceDe des autres potentats, que Ferrare doit ses principaux embeDissements*. Celte succession de quatre princes qui chérissaient les lettres et les arts, donna un grand lustre à celte ville, et produisit, dans la seconde moitié du quinzième siècle, les premiers poètes latins qui rétablirent le bon goût, et qui ne le cèdent peut-être qu'au célèbre Pontanus, qui, vers le même

* La mère de Leonello et de Borso, Stella da TAssasino, était de la famille des Tolomei de Sienne. (iEn. SyW. De Europ. c. LU, p. 450. — Diar. Ferrar. dans Mnratori, Seript. rer, liai t. XXIV, p. 184. — Cynth. J. B. Gyrald. de Ferrar. p. 32.— Tiraboschi, t. VI, i, p. 295.— J.-B. Pigna, Stor, de^prineip. d'Eête, Ub.Vin.p. 561.)

s Uraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 183. — Hercule fit élever un théâtre à Ferrare, et il se délassait en y fiûsant représenter arec magnificence les chefsd'œuvre de Plante et de Térence , dont il ne dédaignait pas d'être quelquefois le traducteur. Le duc de Ferrare imita ainsi les spectacles de Rome, oii Pomponius Letns avait renouvelé ce noble amusement. (Tiraboschi, t. VI,u, p. 185 et seq.) L'Université de Ferrare comptait alors cinquante-quatre professeurs, dont plusieurs étaient les plus célèbres du temps , et leurs appointements s'élevaient à 11,047 livres. (Borsetti, HUt. Gymnas. Ferrar. 1. 1, p. 93. — Tiraboschi, t. VI, i,p. 72.)

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temps, rappelait à Naples les poètes du siècle d'Auguste \ La perfection des vers latins des poètes de Ferrare était due en grande partie aux leçons de Guarino de Vérone et de Jean Aurispa, qui étaient eux-mêmes des poètes au-dessous du médiocre, mais qui pénétrèrent leurs élèves des beautés des modèles antiques.

Lorsque Marins Philelfe vint à Ferrare, il y avait environ un an que Borso avait succédé à son firère Leonello. Il dut le bon accueil que lui fit le prince k la protection de Louis Casella, ministre de Borso et disciple de Guarino. Gasella était en place depuis le temps du marquis Nicolas ; il avait toujours été chéri du peuple et de ses maîtres'; il était le Mécène de tous les gens de lettres, et leur faisait fréquemment éprouver sa générosité. Dans une de ses lettres, François Philelfe le remercie de ses bontés pour Marius ' ; d'autres lettres nous apprennent qu'il recommandait ses amis au ministre de Ferrare, et que celui-ci avait souvent dirigé les bienfaits du marquis sur François Philelfe.

Le célèbre Théodore Gaza, dont on a dit que la conversation était la vie, et la bienveillance l'immortalité'^, avait professé pendant quelques années à Ferrare, et, à la mort de Leonello, il avait passé au service 'du pape Nicolas V^ mais Marius trouva

1 Parmi les poëtes de Ferrare on distingue les deux Strozad, c^ai descendaient de l'illostre famille florentine du même nom. Titus -Vespasien Strosâ exerça des charges dans lesquelles il s'attira alternativement les applaudissements et rinimitié de ses concitoyens ; il était élève de Guarino ; ses poésies sont d'une élégance rare au quinzième siècle. Il mourut en 1503, en laissant à son fils Hercule, plus grand poëte encore que son père, le soin d'achever un poëme en l'honneur du duc Borso ; mais l'assassinat qui termina la vie d'Hercule Stroszi trois ans après la mort de son père, empêcha l'accomplissement de ce dessein. (Tiraboschi, t. VI, il, p. 207-21 1 . — Barotti, Hem. storich. de" LeUer. Ferrar. t. I. — Rosmini, Vit. d. Guarin, t. II!, p. 134 et seq.)

» Diar. Ferrar. dans Muratori, Script, t. XXIV, p. 221.— Roammi, Vit.d. Guarin. t. III, p. Ul.

s Fr. Philelf. Ep, p. 70 v».

* Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 126-127.

s J. Andreœ de Bussi, Episcopi Aleriensis, Epist, ad Paulum II ^ in S. Bieronymi Epist. edit. Rom. 1468.

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encore dans cette ville Guarino et Aurispa, ces vénérables instituteurs de l'Italie et de rËuro])e ^ Il y trouva aussi un homme qui, dans un autre genre de science, avait la plus grande réputation : c'était François Accolti d'Arezzo, jadis disciple de François Pliilelfe pour les belles-lettres, et qui était alors l'oracle de la jurisprudence *. Flavio Biondo, célèbre antiquaire, était aussi vers le même temps à Florence', et les poètes, qui recherchaient toujours les princes distingués par leur munificence et leur générosité, y étaient si abondants que l'on comparait leur nombre k celui des grenouilles^. Mais avant la fin du quinzième siècle, un de ces poètes, que cette comparaison semble déprécier, eut la gloire de créer la poésie épique italienne : VOrlando innamorcUo de Boiardo, comte de Scandiano , est la première composition de ce genre, et, dans le temps dont nous nous occupons, son illustre auteur étudiait dans l'Université de Ferrare '. A l'époque de la mort de Boiardo, un autre Ferrarais, François Gieco, fit paraître son MambrianOj et au commencement du seizième siècle, Arioste, leur compatriote, produisit son immortel et prodigieux poème. Marins Philelfe , après quelques mois de séjour k Ferrare, revint k Milan chez son père^, et bientôt recommença sa vie errante. Son père savait à peine où il était; cependant il lui écrivit vers la fin de septembre pour Tinformer que Pierre

* iEn. Sylv. De Europ. e. ui, p. 451 oper. : • Fuit autem domus Estensis viril lemper doctia arnica... In stadiis rero eloqaentiee Joannem Aurispam, Sieulmn, Gnecis ac Latinis litteris edoctum, et qui yersu prosaque claruit, inter fiuniliares habitnm, ditem beatomque fecit Guarinus autem Veroneusis omniumqae fennè pater ac magtater qui nostra œtate GrsecaB iitteras didicere, admirabtlis et omni honore dignus aenez, qui omnem statem suant legendo^ doceodo, scribendo percnrrisset , anicum senectutis suas refugium , et illud quidem honestnm, dignnmque suis exercitiis ac virtutibus inrenit. •

« Tiraboschi, t. VI, l, p. 394.

s Fr. Philelf. Ep. 1. IX, p. 63 vo.

* Tirabowïhi, Sior, t. VI. il, p. 218.

* Tiraboschi, Stor. t. VI, ii, p. 176.

« Fr. Philelf. Ep. p. 70 ▼<>. Lud. Casell.

Perleone quittait la chaire de professeur à (jénes pour retourner k Rimini sa patrie, et offrait d'employer ses bons offices pour faire avoir cet emploi k Marius^ Il ne parait pas que ce dernier en ait eu envie. Sans doute Tétat politique de Gênes engagea Pierre Perleone à abandonner cette ville et empêcha Marins de rechercher sa place. A cette époque, les révolutions se succédaient avec rapidité dans cette république. Les familles plébéiennes des Frégoses et des Adornes avaient hérité des inimitiés des Gibelins et des Guelfes ; les anciens nobles, exclus du gouvernement actuel, étaient armés contre leur patrie, et Tinfluence du roi de France, ainsi que celle du duc de Milan, augmentaient encore les troubles. Gênes était la plus agitée des villes d'Italie *, et Perleone voulut fuir les dissensions civiles qui sont si peu favorables aux études.

J'ignore quels furent les lieux habités par Marins Philelfe pendant la plus grande partie de l'année 1453. U revint peut-être dans la rivière de Gênes ; car, ainsi que je l'ai déjà dit, il présenta le premier de l'an son Histoire de la guerre de Final au marquis de Savone*^. Cette année fut remarquable par la prise de Constantinople : une population de cent mille âmes'^ ne put pas fournir cinq mille combattants" pour la défense de la capitale

t Fr. PhUelf. Sp, p. 72 ro. Mario , Sept. 1453. — Perleone, depais quelque temps, arait prié Fr. Philelfe de chercher quelqu'un qui pût Taider dans ses fonctions. (Fr. Philelf. Ep. p. 66 yo, kal. Aug. 1451.) Avant d'enseigner à Gênes, Perleone avait professé à Milan. (Blondus, cité par Mehns, Prœf. ad. Vit Afnbros. p. 20.)

Ce fût pendant cette même année 1452 que Fr. Philelfe épousa , en troisièmes noces, Laure Magiolini. (Rosmini, t. II, p. 53. — Lancelot, Aead. des Inse. 1. 1, p. 749. — Sax. Hist. Lit, Med, p. 221 -222.)

> A la fin de cet ouvrage on trouve plusieurs pièces de vers. (Voy . pag. 54. ) On lit ensuite : « Dono datus liber Spinettœ Sagunce Marchioni a Jo. Mario Philelpho, kal. Januarii ann.l45d. > (Mehus, Vit. Âmbro». Travers, p. 375.)

^ Il est vrai qu*U y avait peu de fond à fiiire sur une population de cette espèce. Voyez Poggio, De miseria conditionis humanœ, pag. 89 oper. : « Tum Matthœus (Palmerius)... : Si vero Grœcorum naturam, mores, vitam, perfidiam, desidiam, avaritiam ezpendas, digni mihi omni snpplicio videntur, etc. etc. » ^

> Phranzœ Protovest. Chronic. t. III, viii, p. 90,91. Edit. Venet.

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de l'empire d'Orient, et, malgré la vaillance des auxiliaires italiens et de ceux de l'Archipel \ cette grande ville succomba le 29 mai sous les attaques répétées du terrible Mahomet'. La haine religieuse qui séparait les Grecs et les Latins, et surtout les inimitiés qui divisaient les princes de l'Occident % avaient empêché ceux-ci de secourir la nouvelle Rome. Cependant la prise de cette superbe cité causa un effroi général en Europe. Les souverains se repentirent d'avoir fermé l'oreille'^ aux cris des Grecs qui demandaient leur assistance , et quelquea-uns prirent la croix. L'Italie (ut surtout alarmée par les lettres du cardinal Isidore". Ce légat, seul secours que Nicolas V eut en-

I Cnisii TurcO'Grmc, p. 52-53. — Ducas, c. 36 et seq.

* Bajazet aurait d^à pris Constantinople sans Tamerlan, Mongol de la Transoziane , qui attaqua l'Ânatolie en 1400 ; la bataille d'Ancyre fht livrée en 1403.

Ubert. Posculo de Brescia, élève de Gaarino, queTardeor de Tétude avait entraîné à Constantinople, s*y trouvait lorsque les Turcs prirent cette ville. Il composa ensuite son poëme sur cet événement. (Voy. Rosmini, Vit, di Guarin. t. ni, p. 170-179.)

> Odor. Rayuald. Ann. 1453, no 1. — Voy. Platina in Bonifacio V, cité par Bayle, Dicf. art. Mahomet II, not. E.

« iEneasSylv. Bist. Europ, c. vu. p. 401 : • Surd»(proh dolor) nostrorum prindpum aures Aiere , c»ei oculi, qui cadente Grsseia, mitnram Christian» religionis reliqoam partem non viderunt, quamvis privatis quemque aut odiis , aut commoditatibus occupatum, salutem publicam neglezisse magis crediderim. •

* La lettre du cardinal Isidore, sur la prise de Constantinople , se trouve dans les Annales d'Odoric Raynald (1453, n» 5 et 6, t. XVIII, éd. Rom. 1659). Il indique en marge qu'elle est tirée de S. AntAil, p. tit. 22, o. 13 « § 14. — Cette même lettre, plus ample et fort différente, a été de nouveau publiée par Dom Luc d*Acheri ( Spieileg. t. VIII, p. 286-292, éd. 4s 1668), « ex ms. cisterciensi a D. Jacobo de Lannoy descripto, • et par Reusner {Epiêt, TVrciecv, lib. IV, p. 104). Voici le fragment concernant les projets ultérieurs de Mahomet, tiré du SpiciUg. de d*Acheri, p. 291 : « Primo enim dromones centum septuaginta inter parvas et magnas pneparavit et ad Mare Nigrum misit ad insulas Cyclades causa suo imperio eas subjugandi. Deinde prœparat se cum infinito ezercitu ad très urbes solidas et potentes juzta Danubium sitas transmigrare et eas ezpugnare et de- ▼astare ; videlicet unam quam Pensteium ( en marge : Petsium, Pesser et Pet ter) nuncupamus, aliam Sondorobrium , aliam Colostadium. Et sic proponit totam transire Ungariam, eamque perdere et delere, ut neminem habeat impeditorem: quoniam in Italiam anno futuro transmigrare decrevit , unde jam anno pressenti haec omnia agere introducit et proponit. Itaque prœparat et pnep%rare conatur galeas parvas et magnas trecentas, uaves magnas viginti et ultra, pedestrium et

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